‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 11 sur 40 · PRIX MOYENS · texte numérisé non relu

PRIX MOYENS

PROPORTION

des

fins indigi^nos par vedro.

du droit ci-dessus par

rbles arg.

kop.

rapport à

i ces prix.

Vins de la Crimée :

Première qualité. . .

406 pour 400

Deuxième qualité. . .

Troisième qualité. . .

Vins du Terek :

Première qualité. . .

Deuxième qualité. . .

Troisième qualité. . .

Vins de la Bessarabie :

Première qualité. . .

Deuxième qualité. . .

Troisième qualité. . .

Vins du Don :

Première qualité. . .

Deuxième qualité. . .

Vins du gouv^, de Kherson :

Première qualité. . .

Deuxième qualité. . .

Troisième qualité. . .

Ainsi, les droits, qui protègent l'industrie vinicole indigène, reviennent/ au minimum, à 33 pour 100, et, au

maximum, à plus de dix fois la valeur vénale des vins du pays.

Il résulte clairement de tous ces chiffres que la concurrence n'est possible que pour les vins étrangers, de qualité supérieure, qui peuvent se vendre à des prix beaucoup plus élevés que les meilleurs vins du pays. A prix égal, il n'y a que les vins d'Autriche et de Hongrie, importés par les frontières sèches, qui peuvent concourir avec les meilleurs vins de la Crimée et du Don , qui se vendent au prix moyen de 2 roubles? 50 kopecks et de 2 roubles 25 kopecks le vedro. En déduisant de ces prix le droit de 83 kopecks, il ne resterait au vendeur que 1 rouble 67 kopecks, ou 1 rouble 42 kopecks pour 1 vedro , les frais de transport compris. Il est donc évident qu'avec ce droit la concurrence des vins d'Autriche et de Hongrie, les plus favorisés de tous, est nulle pour tous les vins du pays , qui se vendent au prix de 1 7 rouble le vedro ; et pour les vins de Valachie, de Moldavie et de Grèce, qui payent 1 rouble 33 kopecks, elle doit s'arrêter déjà (à prix égal), dès que ce dernier descend jusqu'à 1 rouble 75 kopecks. Or, on ne récolte pas, en Russie, plus de 200,000 vedros qui atteignent ce prix. En Crimée, qui produit les meilleurs vins et dont la récolte s'élève à environ 1 million de vedros , on n'en compte qu'environ 120,000, dont le prix dépasse

1 rouble.

Pour tous les autres vins étrangers qui sont imposés à

2 roubles 66 kopecks par vedro, le droit seul excède déjà le prix moyen des vins du pays les plus estimés.

Les vins mousseux importés en bouteilles, étant imposés à 90 kopecks la bouteille, ne peuvent guère se vendre à moins de 2 roubles , tous frais compris ; tandis que les meilleurs vins mousseux du Don et de la Crimée se vendent à un rouble la bouteille.

Il nous semble qu'une concurrence, ainsi modérée par

- Ml

des droits protecteurs et réduite aux qualités supérieures des vins étrangers, qui ne peuvent se vendre qu'à des prix beaucoup plus élevés que ceux des meilleurs vins du pays, ne peut pas gêner et entraver le développement de l'industrie vinicole , dans les provinces méridionales de la Russie d'Europe, ni empêcher les améliorations nécessaires. Elle doit, au contraire, les stimuler et les provoquer. Ces provinces produisent, comme on l'a vu par les données statistiques qui précèdent, environ 7 ^ millions de vedros, dont plus de 7 millions se vendent à des prix au-dessous d'un rouble et bien au delà des trois quarts au-dessous de 50 ou de 60 kopecks le vedro (une grande partie de ces vins ne sert qu'à la préparation de l'eau-de-vie). Or, en améliorant la culture et la préparation, on pourrait en porter la valeur vénale à 1 7 et môme à 2 roubles , sans avoir encore à redouter la concurrence des vins étrangers; ce qui triplerait ou quadruplerait la valeur brute de la production actuelle. On voit, par là, quel vaste champ d'améliorations est encore ouvert à nos vignerons, indépendamment de l'importation des vins étrangers.

On importe en Russie, année moyenne, 1,100,000 à 1,200,000 vedros de vins, les vins en bouteilles compris ; et la production indigène, avec celle des provinces transcaucasiennes, s'élève à 15,830,000 vedros ; ce qui donne, pour total de la consommation de cet article, environ 17 millions de vedros , dans lequel total les vins étrangers n'entrent que dans la proportion de 6 7 pour 100.

Si l'on ne prend que la production des provinces méridionales de la Russie d'Europe (environ 7 7 millions), elle est au total de l'importation comme 66 est à 10. La moyenne triennale de l'importation, pendant les années 1847 à 1849, s'est élevée à 58,835 oxhoft et 1,031,306 bouteilles, en tout 63,132 oxhoft (en comptant 240 bouteilles pour 1 oxhoft), ou, en comptant 18 vedros pour 1 oxhoft, 1,136,376 ve-

IGMCULTURE. 85

dros. Dans cette importation, les vins , favorisés sous le rapport des droits d'entrée à leur importation par terre et dans les ports de la mer Noire et de la mer d'Azow, figurent dans les proportions suivantes :

Vins d'Autriche et de Hongrie les plus favorisés par le tarif, 574 oxhofl = 10,332 vedros, ou moins de 1 pour 100 de toute Timportation.

Vins de Grèce 12,481 oxhoft = 224,658 vedros ou 19 i pour 100.

. Vins de Valachie, y compris le \m de Ch}-pre, qui n'est pas favorisé sous le rapport des droits d'entrée, (1) 13,020 oxhofl = 234,360 vedros , ou 20 t pour 100 du total de Timportation.

On voit , par ces chiffres , que la concurrence des \ins d'Autriche et de Hongrie est tout à fait insignifiante ; et leur importation suit même, depuis quelque temps, un mouvement décroissant. Celle des \ins de Valachie, de Moldavie et de Grèce a été à peu près stationnaire, dans le cours des vingt dernières années. Voici les moyennes triennales de tous les \ms venant du Levant, et de ceux des principautés danubiennes, pris ensemble, depuis 1832.

4832-1834 S4,646 oxhoft.

Ainsi , la quantité des \ins de cette provenance , importés pendant les années 1847 à 1849, ne dépasse que

(1) Les ifOÈ deTalachie et de MoIdaTie ne figiirent pu séparément dan» les leleTés deU doome. Us sont cmnpris dans les importations de la 1 urquie.

de 3 7 pour 100 l'iraportalion de 1832 à 1834, et elle est de près de j inférieure à celle de 1838 à 1840.

Dans les relevés officiels du commerce extérieur, les vins d'Aulriche et de Hongrie sont évalués, en moyenne, d'après les prix courants , à 63 roubles 93 kopecks le oxhofl = 3 roubles 55 kopecks le vedro ; les vins de la Cirèce à 32 roubles 28 kopecks = 1 rouble 79 kopecks le vedro, et les vins de Moldavie et de Valachie à 20 roubles 48 kopecks = 1 rouble 14 kopecks le vedro. Or, en adoptant cette estimation et en y ajoutant les droits de 83 kopecks par vedro , pour les vins d'Autriche et de Hongrie, et de 1 rouble 33 kopecks, pour ceux de Valachie, de Moldavie et de Grèce, ces vins ne pourraient se vendre, en Russie, au-dessous des prix suivants:

Vins d'Autriche et de Hongrie, 4 roubles 38 kopecks le vedro , ou bien au delà du prix des meilleurs vins de la Crimée.

Vins de la Grèce, 3 roubles 12 kopecks le vedro, prix qui excède encore celui des meilleurs vins du pays (1).

Vins de Moldavie et de Valachie, 2 roubles 47 kop. le vedro, ce qui fait à peu près le prix moyen des meilleurs vins de la Crimée.

Aiasi, la concurrence de ces vins est déjà limitée par leur prix vénal, au moins en ce qui concerae les petits vins du pays de qualité inférieure.

L'importation de tous les autres vins, non favorisés sous le rapport des droits d'entrée, a progressé dans les proportions suivantes :

(1) On peut acheter à Taganrog des Tins de Grèce à moins de 3 roubles; ce qui semblerait prouver que leur estimation , dans les tableaux du commerce extérieur, est trop éleyée.

l^BICULTURB. 87

Vins en cercles imposés à 48 roubles par oœhoft :

VOTENKE TBIENNALB de l'importation.

De 4835M834 27,999 oxhoft.

Vins de Champagne imposés à 90 kopecks la bouteille :

De 4832-4834 482,956 bouteiUes.

Vins non mousseuao en bouteilles imposés à 50 kopecks

la bouteille:

De 4832-4834 407,000 bouteilles.

Il résulte de ces chiflBres que l'importation a augmenté, dans cette période de 18 années :

Pour les vins de France , d'Espagne , de Portugal et autres, non favorisés sous le rapport des droits d'entrée et importés en cercles, dans la proportion de 17 pour 100.

Pour les vins mousseux, en bouteilles, de 84 pour 100.

Et pour les autres vins en bouteilles, de 33 pour 100.

Ainsi, en dernière analyse, les vins mousseux, ceux de Champagne surtout, sont les seuls qui présentent un accroissement d'importation très-considérable. Pour tous les autres» cet accroissement est insignifiant, en le comparant

88 ÀGRIGULTUHE.

avec les progrès de la consommation des vins du pays, dont la production a plus que triplé, pendant la même période. Il y a à peine vingt-cinq ans que les vins des provinces méridionales de la Russie d'Europe n'entraient que pour la moitié, à peu près, dans le total de la consommation, tandis que , maintenant , ils y figurent dans la proportion deij.

Tous ces calculs prouvent que, sans trop restreindre la consommation des vins étrangers , et tout en assurant a l'État un revenu assez considérable, par la perception des droits prélevés sur cet article, le tarif actuel, imposé à ces vins, offre des garanties plus que suffisantes à notre industrie vinicole, qui a déjà fait de si rapides progrès. Elle s'étendra et se perfectionnera sans- doute de plus en plus, à mesure que les connaissances nécessaires , pour la culture de la vigne et poiu- la préparation des vins, se propageront davantage parmi les classes agricoles, et avec les progrès du bien-être des habitants. L'amélioration des voies de communication exercera également une influence incontestable sur les progrès de cette branche de l'économie rurale.

Horticulture.

Les courtes données statistiques, contenues dans le I" volume , pages 210 et suivantes , ont servi à indiquer l'importance que la culture des arbres fruitiers a déjà acquise dans quelques parties de la Russie, et celle bien plus grande qu'elle peut encore atteindre à l'avenir, surtout dans les provinces du midi et de l'ouest^ et dans quelques contrées du centre de l'Empire. On a vu, par des données, qu'on compte en Russie plus de 2 millions de dessiatines, consacrées au jardinage (sans la Finlande et le royaume de Pologne). En France, le produit des jardins est évalué,

en moyenne, dans la statistique agricole officielle, à 435 fr. par hectare = 120 roubles 83 kopecks par dessiatine. Or, avec un peu de soin, cette culture pourrait rendre chez nous, en moyenne, au moins 75 roubles par dessiatine (1) ; ce qui porterait le produit total à plus de 150 millions de roubles argent. Cette supposition ne paraîtra sans doute pas exagérée, si l'on considère que, dans le raidi de la Russie, il y a des jardins fruitiers qui rapportent jusqu'à 700 roubles par dessiatine. 11 faut, en outre, considérer que cette culture est encore susceptible, en Russie, d'une grande extension. Les arbres fruitiers ne sont cultivés maintenant, à l'exception de quelques gouvernements, que chez les propriétaires de terres, dans les jardins apparienant aux habitants des villes les plus considérables et dans les établissements horticoles de la Couronne , assez rarement chez les paysans; ce qui provenait jusqu'à présent, d'un côté) de ce que le goût de cette culture et les connaissances pratiques qu'elle exige n'étaient pas encore assez répandus chez nos populations rurales, et de l'autre, de la difficulté de se procurer de jeunes arbres pour les plantations. Le Gouvernement a pris, dans ces derniers temps, différentes mesures pour lever ces difficultés et pour encourager les plantations. Les établissements horticoles de la Couronne furent réorganisés et reçurent un plus grand développement. On a établi des vergers auprès des écoles communales, et il en existe déjà dans quinze gouvernements ; de nouvelles écoles d'horticulture et des pépinières d'arbres fruitiers ont été fondées dans différentes parties de l'Empire, pour former des élèves au jardinage et pour faciliter aux particuliers les moyens de se procurer.

(1) Dans nos évaluations des produits bruts du sol , nous n'avons porté celui du Jardinage qu'à 2& roubles par dessiatine.

à des prix modérés, de jeunes arbres de qualité supérieure. Dans certains cas, on délivre, gratuitement, déjeunes arbres et des greffes des pépinières et des vergers de la Couronne. Un manuel populaire de jardinage, publié en 1832, a été réimprimé et distribué à grand nombre d'exemplaires, pour répandre , le plus possible, les connaissances nécessaires dans cette branche d'agriculture , et l'on a institué, en même temps, des primes pour favoriser cette industrie. Ces moyens d'encouragement et d'instruction doivent . nécessairement contribuer à propager, de plus en plus, le goût de rhorticullurc parmi les classes agricoles ; mais la prospérité de e^ttc culture , comme branche d'industrie, dépendra toujours essentiellement de la facilité du débit. Comme le siège principal s'en trouve dans les provinces méridionales, elle ne peut s'y maintenir, sur une grande échelle, que par le commerce des fruits avec le Nord. Or, le commerce des fruits frais est toujours très-limité à cause de la difficulté du transport. Sauf poui* les petites distances, il n'est, en général, praticable que pour quelques espèces, et plus particulièrement sur des voies de communication par eau. Aussi les contrées où la culture des arbres fruitiers a déjà pris une grande extension, et nommément la Crimée, éj)rouvcntreIles souvent de la difficulté à vendre les produits de leurs jardins; circonstance qui n'a i)as échappé à la sollicitude éclairée du gouvernement pour c(îttc branche importante de l'économie rurale. Pénétré de la nécessite d'encourager la préparation des fmits secs et des fruits confits, et de répandre les connaissances pratiques nécessaires à cette industrie, l'administration des domaines de l'État a envoyé , en 1847, un employé du département de l'Économie rurale dans le midi de la France, en Italie et dans les îles de l'Archipel, pour y apprendre les meilleures manières de sécher et de préparer les fruits. Des récompenses et des secours ont été accordés à ceux des

propriétaires particuliers, dont les envois faits aux expositions des produits agricoles méritaient un encouragement. Pour familiariser les habitants du nord avec les fruits secs du midi de la Russie, le département de l'Économie rurale a fait venir, à plusieurs reprises, à Pétersbourg, les meilleures espèces de fruits secs de Simféropol et de Kirschenew. Toutes ces mesures sont , sans contredit, très-sages et ne peuvent pas manquer de produire les meilleurs effets ; mais, on ne doit pas se dissimuler que, malgré les progrès partiels de la préparation des fruits confits et des fruits secs pour le commerce, cette branche d'industrie ne pourra jamais atteindre le degré de développement et d'importance dont elle serait susceptible, tant que le sucre sera aussi cher qu'il l'est maintenant en Russie, par suite de la forte imposition du sucre colonial. Notre tarif excède, pour cet article, les taux d'imposition des tarifs les plus élevés de TEurope. Le sucre brut paye, selon la couleur, 3 roubles 20 kopecks et 3 roubles 80 kopecks par poud ; ce qui donne, pour moyenne, 3 roubles 50 kopecks. C'est plus que ne paye le sucre étranger, dans les États maritimes , qui sont le plus intéressés à protéger les plantations de sucre dans leurs colonies. En Angleterre, le sucre de provenance étrangère paye, selon les qualités, 1 rouble 81 kopecks, 1 rouble 97 kopecks et 2 roubles 11 kopecks, par poud : moyenne, i rouble 96 kopecks; en France, 2 roubles 44 kopecks, 2 roubles 64 kopecks, 3 roubles 25 kopecks et 3 roubles 45 kopecks , selon les qualités et les provenances (1) : moyenne, 2 roubles 94 ^ kopecks ; dans les Pays-Ras, 1 rouble 17 kopecks ; en Danemark , 54 kopecks et 73 kopecks : moyenne , 63 ^ kopecks ; en Portu-

(1) Nous omettons ici la surtaxe sur le sucre importé par navires étrangers, qui a pour objet de protéger le pavillon national. Le sucre brut des colonies françaises ne paye, selon les qualités, que 1 rouble 84 kopecks et 2 roubles par poud.

gai, 1 rouble 10 kopecks et 1 rouble 27 kopecks : moyenne, 1 rouble 18 ^ kopecks ; en Espagne, 1 rouble 5 kopecks et 1 rouble 70 kopecks : moyenne, 1 rouble 37 { kopecks.

Ainsi , le droit prélevé en Russie excède de 56 kopecks et de 1 rouble 54 kopecks, par poud, ou de 20 à 80 pour 100, les tarifs des États maritimes , qui imposent le plus fortement le sucre étranger, pour protéger leurs colonies.

En Autriche , le sucre colonial importé pour les raffineries indigènes paye 1 rouble 45 kopecks par poud, ou moins de 1; et, dans les États de l'association douanière, 1 rouble 50 kopecks, ou exactement 1 de la moyenne des droits prélevés en Russie.

Aussi n'existe-t-il pas de pays où le sucre soit aussi cher que chez nous; et il est évident que cette cherté doit exercer une grande influence sur la préparation et la consommation des fruits confits. Il est notoire que, pour confire une livre de fruits, il faut, selon les espèces et les qualités, 7 jusqu'à 7 livre de sucre.

Sous le rapport du commerce des fruits frais avec les autres provinces de l'Empire, c'est la Crimée qui occupe le rang le plus important. Les pommes de la Crimée sont trèsrenommées et se vendent dans presque toutes les parties de la Russie. Les envois des poires de cette contrée jusqu'à Pétersbourg ont considérablement augmenté dans le cours des dernières années ; mais le débit principal en est à Moscou, où elles n'ont pas de concurrence aussi difficile à soutenir que dans les ports de mer du nord, où les fruits étrangers arrivent facilement et avec peu de frais, pendant la navigation (1).

(1) 11 arrive de Téiranger, dans les porto de la Baltique, pour environ 70,000 à 80,000, quelquefois pour 100,000 roubles de pommes et de poires fraîches. La moyenne triennale de Timportation, pendant les années 1847-1849, s'élevait à 74,244 roubles.

Chez les propriétaires particuliers, la culture des arbres fruitiers a fait plus ou moins de progrès, même dans les provinces septentrionales. Il est notoire que, aux environs de Pétersbourg et de Moscou, on cultive depuis longtemps dans les serres des arbres qui ne réussissent pas bien en plein air , tels que les cerisiers , les pruniers , les pêchers et les abricotiers, et cette culture, quelque pénible et coûteuse qu'elle soit, est assez profitable, vu les prix exorbitants qu'on paye pour les primeurs.

En général , cette branche de l'économie rurale, bien qu'elle soit encore loin de ce qu'elle peut devenir avec le temps , est en voie de progrès et d'amélioration ; mais ces progrès dépendront beaucoup du développement des voies de communication par terre et par eau, qui pourront faciliter le commerce des fruits frais de toute espèce.

Nous donnons ici, en abrégé, sur les progrès de la culture des arbres fruitiers, les notions statistiques tirées du compte-rendu du département de l'Économie rurale au ministère des Domaines, publié en 1849.

Dans la région du nord, indépendamment des vergers avoisinant la capitale, il y en a bon nombre dans le gouvernement de Pskow et dans une partie de celui de Nowgorod. Dans les gouvernements de Twer et de Smolensk, on cultive principalement le pommier. Aux environs de Saint-Pétersbourg, les paysans cultivent beaucoup de framboises et de groseilles, et cette culture leur donne des bénéfices considérables.

Dans le centre de la Russie, et nommément dans les gouvernements de Moscou, Toula, Kalouga et Orel, la culture des arbres finiitiers a beaucoup souffert de la sécheresse et d'une température trop froide, pendant les années 1839 et 1840 ; mais elle commence à se relever. Le gouvernement de Koursk abonde en vergers. Dans les villes de Koursk et de Toula, les pépinières d'arbres fruitiers forment un

objet d'industrie assez important. Dans le gouvernement de Wladimir, on cultive beaucoup de pommiers et de cerisiers. Les cerises de ce gouvernement sont très-renommées. Dans le gouvernement de Nijni-Nowgorod , la culture des arbres fruitiers a pris un grand développement sur les bords du Volga. Dans le gouvernement de Penza, il y a beaucoup de vergers connus par l'abondance et la variété de leurs fruits. Dans les gouvernements de Tambowetde Woronèjé, cotte culture est assez productive et conunence depuis quelques années à s'introduire chez les paysans de la Couronne.

Dans le gouvernement de Saratow, le jardinage forme une branche très-productive de l'économie rurale, surtout aux environs des villes de Saratow, Wolsk , Khvalynsk et Kamychine, où l'on a assez d'eau pour l'irrigation des vergers. Il y a, dans ce gouvernement, des jardins fruitiers qui rapportent 4,000 à 7,000 roubles par an.

Dans le gouvernement d'Astrakhan , la culture des arbj'cs fruitiers, qui n'existait autrefois qu'aux environs de la ville d'Astrakhan , s'est répandue depuis quelque temps dans le district de Krasnoiarsk, où il y a des vergers trèsconsidérables qui donnent des fruits supérieurs à ceux d'Astrakhan.

Dans la Petite-Russie, cette culture est très-ancienne et Irès-répandue ; mais elle a, dans les derniers temps, perdu de son importance, h la suite des progrès de l'horticulture dans les gouvernements voisins de celui de Moscou, qui se trouvent plus à portée d'approvisionner la capitale en fruits de toute espèce. Dans le gouvernement de Poltawa, il y a un assez grand nombre de vergers , dont plusieurs très-considérables; dans celui de Kiew, ils sont innombrables. La culture des arbres fruitiers est répandue, dans ce gouvernement, même chez les paysans, qui ont presque chacun leur petit jardin. En Podolie, le jardinage a priîi

une telle extension que le manque de pépinières s*y fait déjà sentir, et que les propriétaires ont souvent recours à l'école d'horticulture de Rischenew pour avoir de Jeunes arbres. Dans les provinces de la Nouvelle-Russie , surtout en Crimée et en Bessarabie, les progrès de la culture des arbres fruitiers sont encore plus marquants que dans la Petite-Russie. Dans le gouvernement de Tauride, le jardinage est répandu, non-seulement en Crimée, mais aussi dans les parties septentrionales de ce gouvernement. Chez les colons Mennonites seuls, on plante chaque année 25 à 50,000 arbres fruitiers ; ils en possèdent maintenant plus de 375,000 pieds, et il surgit constamment de nouveaux établissements fruitiers , partout où les circonstances locales sont favorables à cette culture. Il y a des vergers qui comptent jusqu'à 50,000 arbres fruitiers et au delà. Parmi les plus considérables et les plus renommés, on distingue particulièrement, en Crimée , ceux du prince Woronzoff, à Marsanda; du comte Potocki, à Livadie, et des héritiers de Narischkine, à Myskhora. On cultive beaucoup, en Crimée, les pommes de reinette, les poires de Saint- Germain et les virgouleuses (poires d'hiver). Un seul poirier de cette espèce donne quelquefois un revenu de 30 roubles argent=120 francs. Parmi les cerises, les meilleures sont celles d'Espagne et d'Anatolie. L'exposition de Simféropol, de 1846, a fourni les meilleures preuves de l'abondance et de la variété des fruits de la Crimée. Un des propriétaires de vergers y a envoyé un assortiment de 45 espèces de pommes de très -bonne qualité. Les envois des fruits de la Crimée à Moscou représentent une valeur d'environ 43,000 roubles = 172,000 francs par an, et ils pourraient être beaucoup plus considérables, si les frais de transport n'étaient pas si élevés. Ils reviennent de 50 kopecks à 1 rouble par poud = 2 à 4 francs pour 16 kilogrammes. En 1846 , on a expédié de la Crimée pour Mos-

COU, environ 1,000 charriots de pommes et 500 caisses, ou environ 2,500 pouds de poires ; et dans les gouvernements de Kharkow, près-de 500 charriots de différents fruits.

La culture des fruits fait aussi quelques progrès dans le gouvernement de Kherson, tant chez les colonistes que chez les propriétaires dont les terres avoisinent le Dnieper, le Boug, la Teligoul , Tlngoul et l'Ingouletz , de même que dans les colonies militaires, près de Wossnossensk, où l'on a planté plus de 60,000 arbres fruitiers, ainsi qu'aux environs d'Odessa. A Tiraspol, il y a un verger de 20 dessiatinés = 21 7 hectares, qui rapporte, dans les bonnes années, jusqu'à 15,000 roubles argent, ou 750 roubles par dessiatine = 2,752 francs par hectare. Parmi les vergers les plus remarquables du gouvernement de Kherson , la première place appartient , sous tous les rapports , à ceux de M. Skarzynski et du négociant Garoutt, près de Kherson. Dans ce dernier, fondé en 1840, les abricotiers seuls donnent une récolte de 700 pouds. Dans le district de Tiraspol, on récolte de 10,000 à 30,000 pouds de prunes, et environ 20,000 pouds d'autres fruits. Ce n'est que depuis 1845 (ju'on a commencé à envoyer à Moscou des fruits du gouvernement de Kherson.

En Bessarabie, le Jardinage est très-répandu, tant chez les grands propriétaires que chez les colonistes et chez les paysans de la Couronne. La culture des arbres fruitiers fait le plus de progrès dans les villages avoisinant le Dniester et le Prouth. Dans les contrées boisées des arrondissements de Kischenew, d'Orgouew, de Soroki et de Choczim (Rhotin), surtout là où il y a des forêts de hêtres, de même que dans quelques villages de l'arrondissement de Bender, le jardinage constitue la principale branche de revenus. Dans les derniers temps, ce sont surtout les cultivateurs colonisés de l'arrondissement d'Akermann qui ont donné le plus d'extension à cette culture. Dans les jardins communaux

de cet arrondissement, on a planté, en 1846, près de 150,000 arbres fruitiers. Les pruneaux de la Bessarabie, qui sont le fruit le plus important de cette province, vu son abondance , se vendent dans beaucoup d'autres provinces (1), et Texposition de Kischenew, de 1847, a fourni des preuves que l'on peut aussi y cultiver plusieurs espèces de fruits très-délicats.

Dans le gouvernement d'Ékathérinoslaw , c'est chez les colonistes allemands que l'horticulture prend le plus de développement. On compte dans 10 villages, les plus remarquables sous ce rapport, jusqu'à 300,000 arbres fruitiers, et on en plante chaque année de 20,000 à 30,000.

Dans le midi de la Russie, les poires sauvages et les noisettes forment aussi un objet de commerce. Les poires sont séchées et servent de nourriture pendant le carême ; elles remplacent, en quelque sorte, dans le midi, l'usage des champignons secs, qui jouent, dans le nord, un rôle important parmi les articles d'alimentation du peuple , surtout pendant le carême.

Ces immenses et rapides progrès de l'horticulture dans les provinces de la Nouvelle-Russie, dus en grande partie aux établissements horticoles de la Couronne, sont d'autant plus remarquables et d'autant plus satisfaisants que le climat de ces contrées ne peut pas être considéré, en général, comme particulièrement favorable à la culture des arbres fruitiers. Les fréquentes sécheresses et les ouragans qui arrivent le plus souvent au printemps, lors de la florai-

(1) La culture des pruneaux, dans le midi de la Russie, pounait devenir beaucoup plus importante, si le système des fermes, pour le débit des boissons, ne privait pas les propriétaires de la faculté d'en distiller de l'eau-de-vie connue sous le nom de Slivianka (en allemand Slivovitxer)* Faute de cette industrie, dans les années fertiles , Ja plus grande partie de la récolte est abandonnée et pourrit sur pied.

Il, 7

son des arbres, sont le plus grand fléau de cette culture dans le midi de la Russie.

Nous passons sous silence les nombreux jardins fruitiers qui se trouvent dans les grandes villes et leurs alentours, car il y aurait de la difficulté h énumérertous ceux qui mériteraient une mention particulière. Quant aux jardins botaniques, indépendamment de ceux qui se trouvent auprès des universités et de beaucoup d'autres établissements d'instruction publique , il y en a aussi chez des particuliers amateurs. 11 y a en outre des jardins de plantes médicinar les dont la fondation date encore du temps de Pierre-le- Grand (tjoir l'ouvrage de E. R. Trauttvetter, Grundriss einer Geschichte der Botanik in Bezug auf Russlandj publié à Saint- Pétersbourg, en 1837).

La culture des légumes et des herbes potagères n'est pas, à beaucoup près, aussi avancée que celle des arbres fruitiers. Elle ne prospère que dans la proximité des grandes villes. Dans les campagnes, on se borne ordinairement & planter par ci par là un peu de choux, de navets, des concombres, des oignons et des radis. Cela s'explique par des causes assez naturelles. Les jardins potagers exigent beaucoup plus de soins et de travail que les jardins fruitiers, £i ils offrent moins de chances de bénéfices. Les légumes ne supportent pas les frais d'un transport lointain, et leur culturc n'est profitable que dans les contrées oii le débit sur place est considérable. Cependant celte culture mérite au plus haut degré d'ôtre encouragée. Elle est chez nous on ne peut plus importante, non-seulement au point de vue des intérêts agricoles, mais aussi sous le rapport hygiénique. Le mélange des légumes avec la viande et avec les farineux est généralement reconnu comme très-favorable au régime

alimentaire ; mais il est surtout indispensable là où le peu pie tfa pas souvent le moyen de se procurer de la viande fraîche, ou lorsqu'il s'en abstient par des motifs religieux. Aussi a^txm souvent eu Foccasion d'observer en Russie que les maladies épidémiques^ et surtout le scorbut, faisaient le plus de ravages dans les contrées où manquent les légumes.

A l'exeeption des villages avoisinant les capitales et quelques autres grandes villes, ainsi que de quelques contrées de la Petite-Russie , où l'abondance des eaux favorise la culture et la conservation des légumes verts pendant tout Tété» la pauvreté des jardins potagers des paysans est assez générale. Parmi les causes morales qui entravent je» progrès de cette branche de l'horticulture , le département de l'Économie rurale place, avec raison, en première ligne, d'un côté, le peu de besoin qu'éprouvent nos paysans de varier leur régime alimentaire, et, de l'autre, le manque, parmi eux, de connaissances nécessaires à cette culture. On peut y ajouter que chez nos populations rurales, au moins dans une grande partie de la Russie, les femmes s'occupent, en général, très-peu du jardinage (1). Or leur assistance n'est, dans aucune branche de l'économie rurale, aussi indispensable que dans celle-ci. Dans tous les pays où cette culture est très-répandue, ce sont presque toujours les femmes et les enfants qui ont soin des plantations, de l'arrosement et du sarclage.

Pour encourager cette branche de l'horticulture, l'administration des Domaines ne cesse d'exiger des agents pré-

(1) Dans les contrées où la population mâle exerce quelque industrie qui l'éloigné des foyers domestiques, les femmes s'occupent beaucoup des travaux des champs ^ mail câ ne sont que des exceptions motiyées par une nécessité locale, car, en général, les femmes du peuple mènent, chez nous, une vie moins active et molni indastrleuse que dans d'autres pays.

iOO AGRICULTURE.

posés aux fermes et aux établissements horticoles de la Couronne qu'ils s'appliquent particulièrement à étendre les jardins potagers, à y introduire la culture de différentes espèces de légumes, et à former de jeunes élèves en leur enseignant les connaissances pratiques de cette culture. Par suite de ces instructions , on cultive déjà, dans plusieurs établissements de la Couronne, différents légumes, et pour diversifier cette culture, le département de l'Écanoraie rurale a fait venir de l'étranger des semences de différents légumes inconnus jusqu'à présent en Russie, et les a fait distribuer tant aux écoles agronomiques, pour faire des essais, qu'aux meilleurs économes parmi les paysans de la Couronne, en guise d'encouragement.

Comme objet de commerce et de spéculation, la culture des jardins potagers n'existe, en Russie, qu'aux environs des deux capitales et de quelques autres grandes villes, dans quelques parties du gouvernement de laroslaw, surtout dans le district de Rostow, dans le gouvernement de Nijni- Nowgorod, et principalement dans les villages riverains du Volga, dans quelques contrées du gouvernement de Kalouga, sur les bords du Dnieper, dans quelques villages du gouvernement de Khcrson et de Tauride, et en Courlande, sur les bords de la rivière Aa, depuis Mitau jusqu'à la côte. Il y a également des jardins potagers assez considérables sur les îles de la Dwina, aux environs d'Arkhangel.

Les potagers les plus remarquables se trouvent dans le district de Rostow, gouvernement de laroslaw, qui fournit aussi les meilleurs jardiniers, et dans les villages avoisinant la ville de Moscou, dans un rayon de 3 à 14 verstes. Le jardinage y rapporte aux paysans des profits considérables. . Aux environs de Rostow, une dessiatine consacrée à la culture des petits pois peut donner un revenu de 400 à 480 roubles argent = 1,747 à 2,096 francs par hectare. Cet article est un objet de commerce intérieur assez important.

AGRICULTURE. m

el, à partir de 1844, il a même pris place parmi les articles de notre commerce d'exportation. Aux environs de Pétersbourg et de Moscou, la culture des primeurs est très-élendue et très-lucrative. Aux environs de Nijni-Nowgorod, il y a des villages de la Couronne qui s'occupent principalement de la culture et de la salaison des concombres qu'on envoie à Pétersbourg et dans d'autres contrées. A l'entour des villes de Kazan, Saratow, Astrakhan et Penza, le jardinage a également acquis une certaine importance. Aux environs de la première de ces villes et dans le district de Rostov^ (gouvernement de laroslaw), outre les légumes, on cultive aussi beaucoup de menthe qu'on emploie dans * la fabrication du savon de Kazan. Sur les marchés de Penza, on peut trouver, presque l'année durant, des asperges, des concombres frais et des champignons. Il y a, à 12 verstes de Penza, un village appelé Bessonowka, où environ 2,000 individus s'occupent de la culture de l'oignon, qu'on envoie dans tous les gouvernements voisins, et même jusqu'à Kiew et Astrakhan.

La culture des concombres en plein champ est très-répandue dans une grande partie de la Russie. Dans les provinces méridionales, on cultive également en plein champ beaucoup de melons et de citrouilles. Une melonnière donne quelquefois un revenu de 80 à 100 roubles argent par dessiatine = 349 à 436 francs par hectare. Les citrouilles remplacent souvent , dans ces contrées , les autres légumes pour la nourriture du peuple. On les cuit avec un mélange de gruau. Dans les gouvernements du nord, on cultive en^plein champ beaucoup de navets. On en fait aussi une boisson fermentée qu'on appelle repitza. Dans la Petite- Russie et dans les provinces polonaises, la culture de la betterave, comme article d'alimentation, est très-répandue d'ancienne date, et l'on en fait une soupe aigre-douce trèsconnue sous le nom de borschtch.

loa AGRICULTURE.

Nous devons également faire encore mention de la graine de moutarde , qu'on cultive dans la colonie de Sarepta (gouvernement de Saratow) ainsi que de la culture de la chicorée qui a pris, depuis quelque temps, une certaine extension dans les gouvernements de laroslaw et de Wladimir.

Parmi les expositions des produits agricoles les plus remarquables, jusqu'à présent, sous le rapport des légumes et des herbes potagères, étaient celles de Simfero{)ol(en 1846), dans le gouvernement de Tauride; de Lebediane (en 1845, 1846 et 1847), dans le gouvernement de Tambow; dé Wologda et d'Élisabetgrade , dans le gouvernement de Khefson (en 1848).

La culture des fleurs , prise dans sa plus grande acception, est encore peu répandue en Russie. Le besoin, pour les habitants , d'orner de fleurs leurs habitations et leurs jardins, ce qui dénote toujours un certain raffinement dans le goût et un adoucissement dans les moeurs , n'a encore pénétré chez nous que dans les hautes classes de la société. Aussi la culture des fleurs n'a-t-elle pu jusqu'à présent se développer qu'aux environs des grandes villes et dans lés jardins des grands propriétaires, où elle est même souvent poussée jusqu'à un certain dcgté de luxe. A Pétersbotil'g et à Moscou, le luxe des fleurs estbejiucoUp plus grand que dans aucune autre capitale de l'Europe, bien qu'il y soit en môme temps beaucoup plus dispendieux que partout ailleurs; car un bouquet ou un pot de fleurs coûte, à Pélersbourg, autant et souvent plus de roubles qu'il ne coûterait de francs à Vienne ou à Paris. Malgré cela, il est rare de voir un appartement quelque peu soigné qui ne soit pas orné de fleurs. Elles abondent dans toutes les maisons de

campagne, les parcs et les jardins, appartenant à des propriétaires qui jouissent d'une certaine aisance ; mais ce goût ne s'est pas encore communiqué aux basses classes. Dans les provinces du nord, on pourrait attribuer telle absence de goût pour les fleurs, chez le bas peuple, à la rigueur du climat, qui en rend la culture plus pénible et plus dispendieuse ; mais on le remarque également dans les contrées à climat plus tempéré. On voit souvent à l'étranger, devant ks plus modestes chaumières , des jardinets ornés de fleurs; ce qui se rencontre rarement chez nous. Le pavot est presque le seul ornement des jardins de nos paysans. Sous ce rapport, les provinces de la Petite-Russie se distinguent de toutes les autres parties de l'Empire. Le Petit- Russe a un goût inné pour la culture des fleurs, et ce goût pénètre aussi dans les basses classes de la population . Le paysan russe n'est pas, en général, indifférent, de sa nature, pour tout ce qui concerne l'ornement de ses vêtements et de son habitation. Il aime au contraire le clinquant et les vives couleurs ; il orne le toit, les portes et le pignon de sa maison de ciselures en bois qui frappent souvent l'œil du voyageur par l'originalité de leurs dessins et le soin apporté à ces ornements. C'est ce qui nous porte à croire que, dans toutes les contrées à climat tempéré , le goût de la culture des fleurs se communiquera, avec le temps, à nos populations agricoles, à mesure que les connaissances nécessaires à cette partie de l'horticulture se propageront davantage dans les générations à venir, résultat auquel conduiront le plus sûrement, comme le fait très-bien remarquer le département de l'Économie rurale, l'influence des associations des économes les plus éclairés et une émulation excitée par des expositions publiques. Jusqu'à présent, il n'y a qu'une société de ce genre instituée, à Moscou, sous la haute protection de S. M. l'Impératrice, qui porte le nom de Société des amateurs du jardinage. Elle a pour objet d'en-

courager rhorticullure en général , et la culture des fleurs en particulier. Pour exciter l'émulation, cette Société a organisé des expositions annuelles de fleurs et autres produits des jardins. A plusieurs de ces expositions , qui se sont succédé depuis 1844 , on a vu figurer jusqu'à 5,000 échantillons de plantes et de fleurs de différentes espèces. Le département de l'Économie rurale , au ministère des. Domaines, s'applique également à encourager cette branche de l'horticulture, en l'introduisant dans les établissements de jardinage qui se trouvent sous sa dépendance, tant pour fournir des fleurs aux amateurs particuliers, que pour familiariser avec leur culture les élèves des écoles d'agriculture et de jardinage, et pour en propager le goût dans les classes agricoles

Culture de la pomme de terre.

Cette culture, pour laquelle nos populations rurales avaient une certaine répugnance, ne se soutenait pendant quelque temps que par des mesures d'encouragement. Maintenant elle est assez généralement naturalisée en Russie, à l'exception toutefois des provinces du midi et de quelques gouvernements de la partie orientale de l'Empire où le sol et le climat ne semblent pas être très-favorables à ce tubercule ; mais ce sont surtout les préventions du peuple qui en entravent les progrès dans ces contrées.

Dans les provinces qui ne produisent pas ordinairement assez de grains pour la subsistance de leur population, la pomme de terre est un surrogat, non-seulement très-utile, mais même indispensable. Dans celles qui abondent en grains, c'est un moyen d'alimentation en réserve, pour les années de mauvaise récolte ; mais , pour en maintenir la culture, surtout dans les contrées appartenant à cette der-

nière catégorie, il faut assurer à ce tubercule un emploi productif dans les diverses branches d'industrie, telles que la distillation de l'eau-de-vie et la préparation des sirops et de l'amidon. C'est aussi dans ce sens que le Gouvernement a encouragé cette culture.

Les principales mesures d'encouragement datent des années 1839 et 1840, qui ont été signalées par une mauvaise récolte de céréales et par la disette, dans une grande partie de l'Empire. C'est aussi à partir de cette époque que la culture des pommes de terre a fait les plus rapides progrès. Les premières résolutions arrêtées par le gouvernement consistaient dans les mesures suivantes : on ordonna de semer des pommes de terre dans toutes les terres communales des domaines de l'État, afin d'en fournir pour les semailles aux paysans ; on fit publier des instructions pratiques sur la culture, la conservation et l'emploi utile de ce tubercule, et on institua des récompenses et des primes d'encouragement pour ceux des économes qui donneraient un bon exemple des progrès et de la propagation de cette culture. A la suite de ces mesures d'encouragement, les semailles de pommes de terre, qui auparavant atteignaient à peine 1 million de tchetwerts, furent portées, dès l'année 1841, à 3,874,000. En 1843, on a supprimé, comme superflu, l'ensemencement des terrains communaux avec des pommes de terre, dans tous les villages où les semailles, chez les paysans, atteignaient déjà un tchetwerik (j tchetwert) par âme. En 1844, il a été résolu de ne conserver les récompenses et les primes d'encouragement que dans les gouvernements de l'est et du midi, où celte culture avait encore fait peu de progrès (1),

(1) Ces données historiques, sur les progrès rapides de la culture des pommes de terre, doivent servir de commentaire à l'opinion énoncée sur ce sujet, page 204 du l«r volume. ( Voir la Not^ supplémentaire à la fin du 1er volume. )

Comme, dans beaucoup de contrées, les paysans, peu disposés à se servir de t)omrties de terre dans leur alimentation quotidienne, ne savaient pas s'y prendre pour conserver le reste de leur récolte pendant l'hiver, ou pour en faire un objet de commerce le gouvernement reconnut la nécessité d'encourager et de propager l'emploi industriel de ce tubercule à la distillation de l'eau-de-vie et à la préparation de la fatine, de l'amidon et du sirop. A côté d'autres mesures qui ont été prises pour favoriser ces branches d'industrie, le gouvernement promit des médailles d'or et d'argent à ceux qui établiraient des fabriques d'amidon, de sirops et d'autres produits de la pomme de terre, dans le cas où ces établissements resteraient en activité pendant un certain nombre d'années. Ces mesures, secondées par labonne volonté des propriétaires particuliers, produisirent tout l'effet qu'on devait en attendre. Les semailles de pommes de terre augmentèrent d'année en année. En 1844, elles atteignaient déjà 5,909,000 tchetwerts. Des fabrique» d'amidon et de sirop furent établies dans plusieurs contrées, et le prix de ces deux articles a baissé de plus de la moitié.

Différents procédés ont été inventés et mi^ en pratique pour conserver les pommes de terre , tant dans leur état naturel qu'au moyen de la dessiccation, et pour en faire du pain de très-bonne qualité; comme aussi pour utiliser ce tubercule, même après qu'il a été attaqué par là gelée»

La culture de la pomme de terre a pénétré, depuis quelque temps, dans des contrées où elle était entièrement inconnue, il y a à peine huit ou dix ans ; elle s'est même introduite dans quelques contrées de la Sibérie. Dans les provinces de l'ouest, elle a pris un tel développement que, en 1844, elle excédait déjà les besoins de la population de ces contrées , et qu'à partir de cette époque on a commencé à diminuer les quantités des semailles.

Pour compléter les progrès de cette culture, il he reste plus à désirer que l'extension de Remploi des pommes de teire à Falimentalion du bétail, ce qui serait très-utile et très -avantageux, surtout dans les provinces qui manquent de plantes fourragères.

Dans quelques contrées, la récolte des pommes de teri*e doiine dix à douze fois la semaille, mais la moyenne générale, pour toute la Russie, n'est que de trois ou quatre fois la semaille.

Voici les quantités semées et récoltées pendant dix ans, de 1841 à 1849, dans quarante-six gouvernements :

SEMAILLES. RÉCOLTES. RENDEMENT tcbetweris. tcheiwerU. de la recolle.

En 1841. 3,920,479 18,540,759 4, 7 fois la semaille.

Total. . . 55,728,491 200,762,858 liiôyeniies par an. 5,572,849 20,076,285

Ce qui donne une moyenne générale de 3 7^ tchetwerts dé récolte, pour 1 tchetwert de sernailles.

On voit, par ces chiffres, que, pendant les quatre preililères années, la quantité des semailles a suivi un mouvement constamment ascendant. A partir de cette année, il y a eu des différences, tantôt en plus, tantôt en moins ; mais, en dernier résultat, plutôt une augmentation qu'une diminution des quantités semées ; tandis que la récolte, après avoir considérablement augmenté pendant les trois premières années, a suivi, depuis 1844, uo triouvement

constamment décroissant, à l'exception de l'année 1847, qui présente une augmentation de 6 pour 100, par rapport à l'année précédente. La plus forte quantité de semailles appartient à l'année 1846 , et la plus riche récolte a eu lieu en 1843. Elle a rendu près de cinq fois la semaille.

Les moyennes triennales présentent les résultats suivants :

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