‹ Études sur les forces productives de la RussieChapitre 23 sur 33 · Estbonie · texte numérisé non relu

Estbonie

Total . . .

on voit par ce tableau que l'activité commerciale des foires se concentre principalement dans les gouvernements de Nijni-Nowgorod, Perm, Kharkow, Poltava, Koursk, Ekathérinoslaw et le pays des Cosaques du Don, et que les foires de ces sept gouvernements (au nombre de trentequatre), qui servent d'intermédiaire au commerce entre le centre , l'est et le midi de l'Empire , représentent les quatre cinquièmes de la valeur de toutes les marchandises apportées aux foires de la Russie d'Europe pendant l'an^ née 1851.

On voit également que les foires jouent un grand rôle dans les provinces faiblement peuplées , où ' il y a peu d'industrie et peu de villes commerçantes. Ainsi, par exemple, dans le gouvernement d'Ekathérinoslaw , qui ne compte que 824 habitants, et dans le pays des Cosaques du Don, qui n'en compte que 255 par mille carré géographique , la valeur des marchandises apportées aux foires, en 1851 , s'élevait à 15,300,000 roubles pour une population de 1,750,000 habitants, ce qui donne près de 9 roubles par habitant, tandis que, dans les gouvernements de Wladimir et de Livonie, dont le premier compte 1,860 habitants et le second 980 par mille carré, la valeur des marchandises envoyées aux foires ne s'est élevée qu'à 1,819,000 roubles, ce qui ne donne, pour une population de 2 millions, que 91 kopecks par habitant.

Dans les possessions de la Russie en Asie on compte onze foires, dont les revirements excèdent habituellement la somme de 50,000 roubles argent; mais il manque des données complètes sur la valeur des marchandises apportées et vendues à ces foires. A celle de Ryn-Peski, dan» les steppes des Kirghiz, on en a apporté, en 1861, pour 1,345,000 roubles argent et il en a été vendu pour 1,270,000 roubles. -

Nous passons maintenant à la statistique de nos classes commerçantes.

On comptait, en Russie, en 1851, sans la Finlande et le royaume de Pologne, 175,666 individus mâles appartenant aux familles qui font le commerce et qui étaient classés ainsi qu'il suit :

Marchands de première guilde Î,06Ô

— de deuxième guiide 6,030

— de troisième guilde 466,315

474,405 Bourgeois, notables, commerçants de première

guilde . 313

— — de deuxième guilde. 413

— — de troisième guilde. 268

Individus appartenant à la noblesse, qui se livrent au commerce et qui sont inscrits dans

la première guilde. 27

— — dans la deuxième guilde. 33

^ -* danB la troisième guilde. , 207

Total 175,666

Ce qui donne, pour une population de 60 millions, 1 individu mâle appartenant aux familles de commerçants sur 342 habitants des deux sexes, ou, en prenant la nfoitié de la population, 1 sur 171 individus mâles. En Prusse, il y avait, en 1843, d'après la statistique officielle, 131,557 commerçants de toute classe, en gros et en détail, sans compter 18,146 marchands colporteurs, ce qui donne, pour une population de cette époque (15,537,000 habitants), 1 commerçant sur 118 habitants. Mais il est trèsdifficile d'établir, sous ce rapport, une comparaison bien exacte, car, dans notre statistique des classes commerçantes, se trouvent compris tous les individus mâles ap-

partenant aux familles des négociants , ce qui ne donne pas une juste idée du chiffre de la population qui s'occupe . effectivement du commerce. Par contre, il y a, dans toutes les villes, de petits bourgeois qui font le commerce en détail, dans certaines limites, sans être inscrits dans les guildes, et des commis marchands {prikaschtchiki) qui forment une classe commerçante à part. A ces différentes classes de commerçants il faut encore ajouter un certain nombre de paysans qui font un commerce, quelquefois même assez considérable, en vertu de certificats tenant lieu de patente, en payant une taxe annuelle d'après les catégories dans lesquelles ils sont rangés.

Les marchands et autres individus inscrits dans les guildes sont aussi munis, chaque année, en payant la taxe afférente à leur guilde, des certificats analogues, qui constatent leur droit à faire le commerce.

Les certificats délivrés aux paysans sont partagés en quatre classes, qui déterminent l'étendue de leurs droits relativement à l'extension qu'ils peuvent donner à leurs opérations commerciales. Vu toutes ces circonstances , nous avons dû consulter les listes des certificats délivrés à ces différentes classes de commerçants pour avoir le nombre effectif de toutes ces unités qui font le commerce pour leur propre compte.

Or, voici le chiffre de ces unités qui représentent les intérêts de notre commerce tant intérieur qu'extérieur.

Certifieats délivrés^ en 4851, aux marchands dô première

guilde. . 755

— de deuxième guilde. . 4,970

- — de troisième guilde. . 42,240

14,965 A reporter.

Report . . .

Certificats délivrés aux bourgeois notables inscrits

dans la première guilde.

— dans la deuxième guilde.

— dans la troisième guilde.

Ceriiticats délivrés aux individus appartenant à fa noblesse et inscrits dans la première guilde . .

— dans la deuxième guilde . .

— dans la troisième guilde . .

Certificats délivrés aux paysans. Première classe .

— Deuxième classe.

— Troisième classe.

— Quatrième classe .

4,ni

Total général 53,254

Savoir: 1,100 cortificats de première guilde ou classe. 2,461 — de deuxième —

45,522 — de troisième —

El : 4,171 — de quatrième —

Total comme ci-dessus. 53,254 —

C'est un chiffre bien minime pour une population de 60 millions, 1 commerçant sur 1,127 habitants, tandis

(1) n est assez remarquable que les individus appartenant à la noblesse qui se livrent au commerce, s'inscrivent de préférence dans la troisième guilde. Sur le nombre total de 284, il n'y en a que 62, ou moins d'un quart, qui sont inscrits dans les deux premières gulldes. Gela s'explique par les circonstances suivantes.

Comme les nobles qui font le commerce conservent tous les privilèges de leur classe, les prérogatives accordées aux bourgeois marchands^ -d'après les guildes auxquelles ils appartiennent, n'ont pour eux aucune valeur, et comme ils se livrent rarement au commerce étranger, l'inscription dans la troisième guilde assujettie à une taxe moins élevée leur suffit. La plupart des nobles qui s'inscrivent cbez nous dans les guildes sont des propriétaires possédant des fabriques, auxquels cette inscription accorde certaines facilités pour tout ce qui concerne les arrangements économiques de leur industrie.

298 COMMëR€ë.

qu'en Prusse nous en avons compté 1 sur 118 habitants. ^ Ce qui est surtout remarquable, c'est le petit nombre de marchands et de bourgeois notables inscrits dans la première et dans la deuxième guilde. Il y en a en tout 3,471, ce qui donne 1 commerçant de première ou de deuxième guilde pour 17,286 habitants. En Prusse, on comptait déjà, en 1843, 4,609 banquiers et marchands en gros qui ne tenaient pas boutique, ce qui donnait 1 négociant de ces deux catégories sur 3,375 habitants, et ce nombre augmente d'année en année. Ainsi, le nombre de nos commerçants de la première et de la deuxième guilde est à celui des marchands qu'on peut ranger dans ces deux catégories, en Prusse, comme 100 est à 512. Tout cela prouve, il nous semble, que chez nous l'esprit mercantile est encore peu développé, qu'il y a peu de concurrence et que tout le commerce en gros est monopoUsé entre les mains d'un petit nombre d'individus. C'est ce qui explique aussi, conjointement avec d'autres causes, la cherté de toutes les marchandises qui sortent du rang des objets de première nécessité et que le pays offre en abondance.

Cet état de choses tient essentiellement à une circonstance que nous avons eu , plus d'une fois , l'occasion de mentionner dans le cours de ce travail : c'est l'état insuffisant du crédit entre particuliers.

Il a été reconnu de tout temps que le crédit est le plus puissant levier de la richesse nationale et qu'il est l'âme de toutes les industries ; mais jamais cet agent actif, qui stimule le travail et la création des valeurs, n'a joué un rôle aussi prépondérant que dans notre siècle. Son influence sur les progrès de la prospérité nationale a peut-être décuplé.

Dans les pays où le crédit privé est accessible à toutes les entreprises utiles, un homme rangé, actif et intelligent peut entreprendre des opérations industrielles et commer-

ciales avec de petites ressources financières et acquérir une fortune par l'effet seul de son travail et de son Intelligence. Là, au contraire, où le manque de crédit se fait sentir, ces cas sont beaucoup plus rares; le commerce languit et devient le domaine exclusif de quelques riches capitalistes qui le monopolisent. De là, manque de concurrence et enchérissement de tous les articles de consommation. Un pays qui vit sur un crédit bien consolidé, peut, avec le même fonds, faire cinq ou six fois autant d'opérations et créer cinq ou six fois autant de valeurs que celui qui manque de ce puissant moteur. Dans le développement de leurs forces productives, les pays privés d'un crédit bien consolidé, peuvent, à l'égard de ceux qui possèdent cet avantage à un haut degré , être comparés à un homme qui courrait au but ^ côté d'une locomotive.

L'insuffisance des ressources de crédit qui se fait souvent sentir chez nous dans le commerce et l'Industrie, présente un certain contraste avec les exemples d'une grande confiance, dont on voit souvent la preuve dans les habitudes de nos classes commerçantes et industrielles. Nous avons déjà signalé cette confiance en faisant mention de la simplicité des transactions les plus Importantes qui se font sur la foi d'un engagement verbal. Les fabricants et les marchands en gros confient souvent des valeurs très-cônsldérables en marchandises ou de fortes sommes pour en faire l'achat dans l'intérieur du pays, à des agents intermédiaires, souvent même à de simples paysans qui n'offrent d'autre garantie que celle de leur probité, et il arrive bien rarement que cette confiance soit trompée; de sorte qu'en réalité, le manque de crédit ne se manifeste que lorsqu'il s'agit des avances pécuniaires , à titre de prêt ou d'escompte, pour des entreprises industrielles ou commerciales , avances qu'on ne peut ordinairement obtenir qu'en payant de gros Intérêts. Cela tient à la pénurie des

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capitaux et à d'autres causes dont Texamen nous éloigne- î

rait de notre sujet. î

Nous revenons donc, après cette courte digression sur la puissance du crédit, à l'analyse statistique de notre com- \ I

merce-

La classification des commerçants , d'après les guildes dans lesquelles ils sont inscrits , implique les distinctions suivantes , en ce qui concerne l'étendue de leurs opérations commerciales :

Pour être admis dans une des trois guildes, il faut déclarer la possession d'un capital de 15,000 roubles pour la première guilde, de 6,000 pour la deuxième et de 2,400 pour la troisième , et ces déclarations servent de règle au crédit que les banques accordent aux marchands inscrits dans les guildes ;

Les commerçants de la première guilde peuvent faire le commerce en gros , des marchandises tant indigènes qu'étrangères , dans toute l'étendue de l'Empire. Ils peuvent aussi établir des maisons de banque et des comptoirs d'échange et d'assurance et faire en même temps le commerce en détail dans la ville et le district où ils sont domiciliés. Ils peuvent aussi armer pour leur compte des bâtiments marchands ;

Le marchand delà deuxième guilde jouit, quant au commerce en gros et en détail des marchandises indigènes, des mêmes prérogatives que le marchand de la première guilde ; mais la valeur des marchandises, qu'il peut tirer de l'étranger, ne doit pas dépasser 90,000 roubles argent, et il n'a pas le droit d'établir des maisons de banque ni des comptoirs d'assurance ;

Le commerçant de la troisième guilde peut faire le commerce en détail de toutes les marchandises indigènes, et, en même temps, des marchandises étrangères, achetées

chez un marchand de la première ou de la deuxième guilde (1).

Les brevets ou certificats des trois premières classes donnent, à ceux qui les acquièrent, tous les droits relatifs au commerce, qui incombent aux marchands inscrits dans les guildes, sans toutefois les faire participer aux autres immunités et prérogatives conférées, par la loi, aux marchands de ces trois classes. Aussi rencontre-t-on souvent, en Russie, des paysans qui ne sont pas sortis de leur classe et de leur dépendance envers leurs seigneurs et qui font des opérations commerciales pour des centaines de mille roubles.

Cependant la grande majorité des titulaires de ces certificats, au moins les neuf dixièmes de ceux de la troisième et de la quatrième classe, ne sont que des détaillants qui ont un petit trafic de comestibles ou autres menues marchandises •

Quant aux commerçants inscrits dans les guildes, il est évident que le capital, déclaré pour satisfaire aux dispositions de la loi concernant les guildes, ne peut pas donner la mesure des fonds dont ils disposent et de l'étendue de leurs opérations commerciales.

Ce capital ne constitue pas, dans bien des cas, la dixième partie de la valeur des fonds dont le marchand dispose, ni la vingtième partie dès revirements de son commerce.

D'après un calcul approximatif, il nous semble qu'on ne peut évaluer, en moyenne, les capitaux engagés dans le commerce à moins de 100,000 roubles pour un marchand de première guilde , de 40,000 pour la deuxième guilde.

(t) Nous omettons ici l'énumération des autres droits et prérogatives attachés à rinscription dans Tune ou Tautrc des trois guUdesi comme n'ayant pas directement trait au sujet que nous traitons.

Kt5

de 6,000 pour la troisième guilde et de 1,000 roubles pour les commerçants de la quatrième classe.

Cette évaluation approximative ^ appliquée au nombre des certificats de chaque classe, délivrés en 1851, donne .j

le résultat suivant : j j

roubles. roubles»

4,400 certificats de première classe, à 400,000. . . 440,000,000

2,464 — de deuxième classe, à 40,000. . , 98,440,000

45,522 — de troisième classe , à 6,000. . « 273,432,000

4^474 — de quatrième classe, à 4,000. . . 4,474,000

Total 485,743,000

Si l'on admet que ce capital rapporte 10 pour 100 ou 48,574,000 roubles, cela ne donnerait, en moyenne, pour 53,254 commerçants, qu'un revenu de 912 roubles par tête; ce qui prouve que notre évaluation est très-modérée.

En ajoutant 10 pour 100 au chiffre ci-dessus de près de 486 millions, les capitaux engagés dans le commerce de la Finlande et du royaume de Pologne qui ne sont pas compris dans ce calcul, on peut en porter le total général à environ 530 millions.

La masse totale des valeurs livrées au commerce intérieur a été portée, d'après un calcul également très^raodéré, à 1,260 millions de roubles; valeur à laquelle il faut ajouter le commerce extérieur, qui s'élève à plus de 200 millions, ce qui donne pour total du mouvement une valeur de 1,460 millions; de sorte que le capital engagé dans le commerce serait, à la masse des valeurs qu'il met en circulation, comme 100 est à 273, ce qui ne présente pas une trop grande disproportion.

Le nombre total des commerçants inscrits dans les trois guildes, y compris les nobles et les bourgeois notables, se répartit entre cinquante-quatre gouvernements

de la Russie d'Europe et de la Sibérie de la manière suivante :

flOUVkRNËlUSNTS.

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