‹ Études sur les forces productives de la RussieChapitre 29 sur 33 · MONTANT · texte numérisé non relu

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Les grandes disproportions qu'on remarque dans la dernière colonne de ce tableau prouvent que le développement et l'importance du commerce n'est pas toujours en rapport avec les progrès de la population des villes, ni avec le degré de bien-être et de prospérité des différentes provinces, et qu'il dépend beaucoup plus, dans bien des cas, d'autres circonstances locales et surtout de la situation géographique et de la concentration ainsi que de la direction des voies de communication.

On voit dans ce tableau, comme dans celui page 813, que des gouvernements, peu fertiles, peu industrieux et très-arriérés, sous le rapport de l'économie rurale , prennent le pas , sous le rapport du nombre relatif des négociants et du capital engagé dans le commerce , sur beaucoup d'autres provinces où le bien-être, la richesse nationale et les forces productives sont plus développés.

Cela prouve aussi que , dans beaucoup de provinces ,

très-fa vorisées sous le rapport des productions du sol , la population des villes prend une faible part dans les opérations commerciales , et que , par contre , dans beaucoup de gouvernements moins favorisés sous le rapport de leurs propres ressources, le commerce se fait principalement pour le compte d'autres contrées plus ou moins éloignées. C'est encore ce qui explique l'importance des foires en Russie, dont nous avons déjà signalé les principales causes.

Ces disproportions, entre le mouvement commercial et la population des villes, ne se rencontrent, à notre connaissance et au même degré, dans aucun autre pays et ne peuvent être égalisées avec le temps que par les développements qu'on pourra donner, par la suite, à nos Voies de communication qui sont encore très-inégalement réparties, car beaucoup de nos provinces les plus fertiles en sont presque entièrement privées pendant une grande partie de l'année et regorgent de produits de toute espèce faute de débouchés.

Il nous reste encore quelques mots à dire sur la participation de nos paysans au commerce intérieur. Il n'y a pas de pays où cette classe de la population joue, sous ce rapport, un rôle aussi important. Il est certain que la majeure partie des commerçants de cette catégorie ne s'occupe que du petit commerce de détail de certaines denrées et marchandises; mais il y en a aussi un bon nombre dont les opérations commerciales sont si étendues qu'ils peuvent aller de pair avec les négociants inscrits dans les guildes.

On a vu, par les données qui précèdent, que les certificats ou patentes, délivrés aux paysans pour exercer le commerce, sont partagés en quatre classes. Ceux des trois premières classes sont assimilés aux trois guildes, sous le rapport des droits que l'inscription dans les guildes confère relativement au commerce, et sont assujettis à la même taxe ou droit de patente. Les certificats de la quatrième

classe ne sont valables que pour un commerce de détail moins étendu que celui d'un marchand de troisième guilde. Chaque paysan a le libre choix d'entrer dans l'une ou l'autre de ces quatre catégories de commerçants, selon ses moyens et l'étendue qu'il veut donner à son commerce , dès qu'il se soumet à la taxe exigée par la loi. Les cultivateurs serfs sontseuls obligés de produire le consentement de leur maître, qui ne peut cependant pas leur être retiré pendant toute la durée du certificat. Ce dernier est toujours délivré pour une année.

Le nombre des certificats des quatre classes, délivrés aux paysans et autres cultivateurs, pendant l'année 1852, s'élevait à 7,450, dont 5 de première, 28 de deuxième et 2,821 de troisième classe, et comptait pour près de 14 pour 100 dans le nombre total (54,233) des certificats délivrés aux commerçants de toutes les catégories. Le capital de revirement de ces commerçants agriculteurs peut être évalué approximativement à 25 millions de roubles argent (100 millions de francs) comme minimum.

Sur le nombre total de 6,975 certificats délivrés aux cultivateurs en 1851 (1), il y en avait 6,565 pour les gouvernements de la Russie d'Europe et 415 pour ceux de la Sibérie.

Les gouvernements de la Russie d'Europe, qui comptent le plus grand nombre de ces commerçants cultivateurs, se rangent dans l'ordre suivant :

(1) Faute de données complètes sur le nombre de certificats délivrés, en 1852, dans chaque gouvernement pris séparément, nous avons dû prendre la statistique de ces certificats pouf Tannée 185 1.

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