‹ Études sur les glaciers; (volume 2)Chapitre 38 sur 225 · DE L ACTION DBS GLACIERS · texte numérisé non relu

DE L ACTION DBS GLACIERS

glaciers , de même on pourrait supposer que les ro- . ches polies avec leurs stries et leurs sillons sont dues à des causes qui auraient agi avant que les glaciers existassent, et qu'elles se seraient simplement conservées, malgré Faction que les glaciers exercent sur elles. Mais pour que cette supposition fût soutenable, il ne faudrait pas que les roches polies fussent toujours plus bu moins altérées à des distances que l'on prétend avoir toujours été hors de l'atteinte des glaciers , et d'autant plus évidentes qu'elles sont en contact plus direct avec lui ; il ne faudrait pas que dans le voisinage de certains glaciers, dont le fond s'altère facilement, toutes traces de roches polies disparussent à distance de ses bords , et qu'il n'en existât que sous la glace même ; il ne faudrait enfin pas que lorsque le glacier s'avance de nouveau, il en reformât de nouvelles là où il n'y en avait plus, comme je l'ai observé sous le glacier de Rosenlaui , qui , en avançant , cette année, a rafrsdchi et non point efiTacé le poli et les stries d'une partie de son lit, que j'avais vu abandonné par lui les années précédentes. Ce dernier fait est concluant, et il prouve, malgré tout ce qu'on a pu en dire, que les roches polies, leurs stries et leurs sillons sont biens dus aux glaciers et uniquement aux glaciers. Les surfaces polies par l'eau ne présentent jamais la moindre trace de stries. Aussi ceux qui s'obstinent à rapporter toutes les roches polies à l'efiTet de l'eau, sont-ils très-embarrassés lorsqu'on leur demande une

explication de ce phénomène, ou bien ils ont recours , pour en rendre compte , à la supposition de circonstances dont la nature ne nous offre aucun exemple. Quelques-uns trouvent même plus commode de nier les faits que de les expliquer; d'autres, ne pouvant se refuser à leur évidence, s'efforcent de les amoindrir en affectant de les attribuer au hasard.

Les cascades exercent sur le fond des glaciers une action toute particulière. Comme elles se précipitent souvent avec une grande impétuosité dans les crevasses, les creux et les entonnoirs, elles commencent par user les endroits sur lesquels elles tombent , et si ces endroits étaient déjà polis antérieurement par la glace , elles leur enlèvent leur poli vif pour le transformer en un poli plus mat , comme celui qu'occasionnent les rivières et les torrens. Lorsque ces cascades se maintiennent pendant quelque temps dans le même endroit, elles finissent même par creuser de petits creux dans le rocher qui sont comme autant de coups de gouge. Ces creux s'aperçoivent quelquefois à travers les fentes ; mais ils sont plus distincts dans les emplacemens que le glacier vient de quitter. On en voit de très -remarquables au glacier de Viesch, en avant de son extrémité terminale (voy. PI. 9). Lorsque le fond du glacier est très-incliné, ces cascades déterminent dans la roche des sillons plus ou moins inclinés , et même verticaux , qui sont autant de gouttières naturelles par lesquelles les eaux de la surface

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du glacier s'écoulent sur son fond. De pareilles gouttières sont très-fréquentes au glacier de Rosenlaui et au glacier inférieur de Grindelwald , qui , tous deux , reposent sur un fond calcaire. Je ne les ai pas encore rencontrés sur des fonds de granit ^ ce qui me fait croire que les roches siliceuses ne sont guère susceptibles d'être entamées de cette manière par les eaux. Nous verrons plus bas (Chap. XVI), que ces sillons plus ou moins profonds, et quelquefois yerticaux, que l'on rencontre sur les flancs du Jura et des Alpes, et que les habitans de la Suisse française appellent des lapiaz ou des lapiz, et ceux de la Suisse allemande des karren , ne sont autre chose que de semblables gouttières datant d'une époque où ces contrées étaient couvertes de glace.

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