DES AIGUILLES
férieur du Grindelwald. Lorsque le fond de la vallée est raboteux et l'inclinaison faible, les crevasses se confondent et la surface du glacier prend un aspect plus ou moins chaotique, mais il en résulte rarement des aiguilles.
Les aiguilles sont en général d'autant plus hardies qu'elles sont plus rapprochées de l'extrémité des glaciers. C'est ici en particulier qu'elles affectent ces formes si bizarres dans lesquelles l'imagination des voyageurs se plaît à reconnaître toutes sortes de figures et de costumes. Tout le monde a admiré sous ce rapport les aiguilles du glacier des Bossons et de la Mer de glace , au dessus du Montanvert. Celles du glacier de Zermatt, quoique très-hardies, sont plus uniformes (voy. Pl. 6 et 7).
Les deux glaciers de TAar , dont la pente est trèsdouce, le grand glacier de Zmutt, dans la vallée de St Nicolas, et beaucoup d'autres ne présentent point d'aiguilles dans tout leur cours (*). D'autres, dont le lit est très-escarpé , en sont hérissés dans presque toute leur longueur. Le glacier de Viesch , représenté Pl. 9 et 10, nous en offre un exemple des plus frappans , quoique ses aiguilles ne soient pas aussi variées que celles de la mer de glace du Montanvert et d'autres glaciers.
(*) C'est donc à tort que M. Godeffroy envisage l'aspect chaotique de certains glaciers, comme un caractère habituel de leur extrémité inférieure. Godeffroy ^^oùce, elc.
DES GLACIERS
Un fait digne de remarque , c'est que les aiguilles, quoique exposées continuellement à l'action destructive des agens atmosphériques, tout comme la surface unie des glaciers peu inclinés , ne présentent cependant jamais l'aspect terne et raboteux qui caractérise ces derniers. Elles sont au contraire constamment lisses, et ordinairement d'une belle teinte azurée ou verdâtre. Saussure déjà nous a donné l'explication de cette différence , qui provient , selon lui , de ce que les flancs de ces aiguilles sont continuellement lavés par les eaux qui en distillent , ce qui les rend parfaitement nets et transparens. C'est aussi ce qui fait que les glaciers qui ont le plus d'aiguilles sont toujours ceux qui font le plus bel effet pittoresque. L'explication que Gruner donne de la formation des aiguilles des glaciers est tout-à-fait fausse. Il suppose que les petits filets d'eau qui circulent à leur surface se creusent un lit de plus en plus profond et finissent par couper sa masse en tranches verticales coniques. Mais nous avons déjà vu que la mobilité des courans d'eau de la surface des glaciers est telle que cette supposition reste sans fondement.
A mesure que l'on remonte le cours des glaciers, les aiguilles deviennent plus rares , et lorsqu'il en existe dans leur cours moyen ou supérieur, elles sont toujours moins menaçantes que celles qui avoisinont leur extrémité. Ceci est une conséquence naturelle de la compacité de la glace. Nous avons dit que plus la