‹ Études sur les glaciers;Chapitre 19 sur 47 · DES TABLES · texte numérisé non relu

DES TABLES

(le tables. La Pl. 14 représente plusieurs tables isolées du glacier inférieur de l'Aar. M. Lory a fait de ce curieux pbénomène le sujet d'une cbarmante aquarelle , représentant ce même glacier de l'Aar avec ses nombreuses tables. Il est impossible de rendre avec plus de vérité l'effet grandiose de ce phénomène (*).

Le mode de formation de ces tables est le même que celui de l'exhaussement des moraines dont nous venons de parler. En leur qualité de bons conducteurs de la chaleur , les blocs qui , par un accident quelconque, se trouvent isolés à la surface du glacier, commencent par fondre la glace sur leurs bords ; mais à raison de leur volume, ils empêchent en même temps l'action des agens extérieurs sur la surface qu'ils recouvrent; ils s'élèvent ainsi successivement de toute l'épaisseur de la glace qui se dissout autour d'eux par la fonte et l'évaporation , et se trouvent par là portés à une hauteur quelquefois assez considérable au-dessus de la surface du glacier. Mais à mesure qu'ils s'élèvent , le soleil et les vents secs commencent par attaquer latéralement la colonne de glace sur laquelle ils reposent. Celle-ci devient de plus en plus grêle , jusqu à ce que , trop faible pour soutenir plus long-temps le poids de sa charge , elle se brise ; la table tombe et glisse au large, puis occasionne une seconde et troisième fois le même phénomène , jus-

(*) Collection de vues suisses, par Lory fils.

DES GLACIEUS.

qu'à ce qu'elle ait atteint le bord du glacier , où elle se confond dans la moraine. J'ai vu cette année (1840) au glacier inférieur de l'Aar, une table de 15 pieds de long, 12 pieds de large et 6 pieds de haut, se détacher de sa base et glisser à une distance de 30 pieds , en réduisant en poudre la surface de la glace par dessus laquelle elle passa. Dans la partie supérieure des glaciers et en particulier sur la limite des névés , c'est-à-dire là où les moraines commencent à surgir , les plus petits blocs occasionnent des tables qui s'élèvent d'un demi pied jusqu'à un pied au-dessus du niveau de la glace. J'en ai vu un grand nombre sur le glacier du Lauteraar , au pied du Schreckhorn , qui avaient à peine cinq pouces de surface et un pouce d'épaisseur.

Jusqu'ici on n'a point encore fait d'observations sur le temps que met une table à parcourir toutes les phases de son développement; je ne pense pas non plus que l'on arrive jamais à des données bien précises à ce sujet , attendu que le phénomène entier est complètement subordonné aux influences atmosphériques. Mais une chose bien autrement importante serait de chercher à faire servir ces tables à l'appréciation de la masse de glace qui se fond ou s'évapore pendant le cours d'un été. J'ai fait à ce sujet plusieurs observations que je me propose de continuer chaque année , et j'espère ainsi pouvoir démontrer par le calcul que la plus grande partie de leau qui s'é-

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