PRÉTENDUE ALTERNANCE DE PHASES VÉGÉTALES ET DE PHASES ANIMALES
Ml. Spores végétales.
Un ordre de faits d’un haut intérêt a, durant ces dernières années, occupé tout spécialement les micrographes, et jeté un jour tout nouveau sur les affinités réciproques des végétaux et des animaux. Ce sont les laits qui ont rapport aux zoospores ou zoogonidies des végétaux, espèces d’embryons doués de mouvements qui sont souvent bien difficiles à distinguer de ceux d’un infusoire. Ce sont ces faits qui peuvent justifier cette phrase, énoncée par M. Dumas, dans son Traité de statique chimique des êtres organisés : « Ainsi donc, à de certaines époques, dans certains organes, la plante se fait animal. » Depuis la découverte des gonidies des Conferves, par Mertens *, en 1805, et par Trentepohl s, en 1807, plusieurs algologues distingués, en particulier, durant ces dernières années, MM. Unger, Kützing, Alex. Braun, Nægeli, Thuret, Decaisne, Pringsheim, Cohn, Derbès, Solier, etc., ont puissamment contribué à étendre nos connaissances dans ce chapitre tout nouveau de la science.
Mertens, disions-nous, fut le premier à découvrir des germes doués de mobilité chez une conferve, la Draparnaldia plumosa Agdh ( Conferva mutabilis Roth). Il constata que les gonidies remplissant les cellules s’échappaient en montrant des mouvements qui ne cessaient qu’au bout d’un quart d’heure. Peu de temps après, Treutepohl voyait des phénomènes tout semblables se passer chez une Vauchérie ( Conferva dichotoma Lin). Ces observations ne tardèrent pas à être confirmées par Nees d’Esen-
t. Weber und Mohr’s, Beitrage zur Naturkunde. I. 1805, p. 345.
2 Roth’s Botanische Bemerkuiigen und Beobachtungen. 1807, p. 185.
beck. Dans son ouvrage sur les algues d’eau douce *, il décrit au long la formation et l’émission des germes d’ectospermes, germes auxquels il donne, sans plus ample formalité, le nom d 'infusoires. Il va môme jusqu’à prétendre reconnaître des viscères dans l’intérieur du jeune embryon, avant qu’il ait complètement quitté la cellule qui l’a vu naître. — Néanmoins, ces observations trouvèrent peu d’écho dans le monde savant. Les instruments d’optique n’avaient pas encore atteint la perfection qui les distingue aujourd’hui, et l’on n’avait pas encore grande foi au microscope, qu’on accusait même souvent avec sang-froid de ne faire voir que des jeux de lumière. Il est de fait que l’imperfection des instruments d’optique d’alors, doit nous faire excuser les erreurs qu’une imagination peut-être un peu vive firent commettre à Nees von Esenbeck sur ce point-là. Bory de Saint-Vincent 1 2 fut à peu près le seul à accueillir avec avidité les découvertes de Mertens et de Trentepohl, où il trouvait matière abondante à ses spéculations, qui touchaient, comme l’on sait, à une philosophie de la nature fort avancée.
En 1814, c’est-à-dire la même année où Nees von Esenbeck publiait ses observations, Treviranus 3 observa un corpuscule (zoogonidie) de la Draparnaldia plumosa Agdh, dont il suivit avec étonnement, pendant un certain temps, les mouvements rotatoires et pour ainsi dire dansants. Il le vit passer bientôt à l’état de repos. Deux ans plus tard, en 1816, il vit le contenu des cellules d’une conferve (C. compacta) s’échapper par des ouvertures sous la forme d’un nuage, lequel était formé par une matière d’un vert foncé. Ce nuage se résolut bientôt en une accumulation de petits corps arrondis ou ovales, comparables à un essaim de monades s’agitant en tumulte et par millions. Cette observation s’écartait des précédentes et passa longtemps inaperçue, jusqu’à ce que les travaux de M. Alex. Braun, sur les microgonidies des algues, vinssent leur donner un degré de vraisemblance qu’on ne leur soupçonnait pas.
A côté de cette observation de Treviranus vient se ranger celle de Bory Saint-Vincent et de M. Gaillon, qui virent les cellules d’une conferve (C. conoides Dillw.) éclater et mettre ainsi en liberté des myriades de petits corpuscules bruns, qui s’en allèrent en nageant dans toutes les directions comme des infusoires. Les parois qui séparaient les
1. Nees von Esenbeck. Die Algen des süssen Wassers nach ihrer Enlwicklung dargestellt. Bamberg, 1814.