Histoire naturelle des Infusoires, p
qu’elles ont une enveloppe raide et non contractile. Mais la contr actilité de la cellule (nous ne parlons pas bien entendu de pulsations rythmiques) est-elle bien un caractère essentiel du règne animal et inversement l’absence de contractilité un caractère du règne végétal ? Le protoplasma des plantes, la substance azotée des cellules végétales, le vaisseau primordial de M. Hugo von Mohl, en un mot, paraît lui aussi susceptible de contractilité. Le Protococcus pluvialis qui a tant d’affinité avec les Chlamydomonas à membrane raide, offre du reste aussi, sous une certaine forme de son développement, une grande ressemblance avec d’autres êtres doués d’une grande contractilité , à savoir les Euglènes. — La même chose peut se dire d’un autre intéressant organisme qu’on peut rapporter sans aucun doute au genre Cryptoglena de M. Erhenberg, et que nous avons eu souvent l’occasion d’observer. C’est une cellule remplie de chlorophylle, munie d’un seul flagellum et enveloppée d’une coque résistante (cellulose?) en forme de flacon (v. pl. XII, fig. 23). Il vient un moment où la Cryptoglène se détache de cette coque qu’elle remplissait auparavant exactement : elle perd son flagellum, et se met à tourner à l’intérieur, comme pour chercher à en sortir (Pl. XII, fig. 18). C’est ce qui a lieu au bout d’un certain temps, l’enveloppe venant à se fendre et tombant par morceaux(fig. 19-20). La Cryptoglène, nue dès-lors (fig. 21), se meut comme une Euglène qui a perdu son flagellum en rampant au moyen de lentes contractions de son corps *. Il est fort probable que toutes les Cryptomonadines deM. Ehrenberg sont susceptibles de se présenter sous ces deux formes 1 2. Une partie des Euglènes, celles dont
1. M. Perty (Zur Kenntniss der kleinsten Lebensformen. Bern 1852, p. 81-82) l'apporte quelque chose d’analogue de la Chonemonas hispida ou Chonemonas Schrankii, qui est peut-être le même organisme que la Cryploglena volvocina Ehr., bien que M. Perty indique deux flagellum chez les Chonemonas, et que nous n’en ayons jamais vu qu’un seul chez notre Cryptoglène. — Une seule fois, nous avons observé une division du contenu d’une Cryptoglène dans l’intérieur même de l’enveloppe (Pl. XII, fig. 22). Les nombreux globules qui en résultèrent ne montrèrent pas trace de mouvement.
2. Déjà M. Weisse a observé quelque chose de semblable chez la Traclielomonas nigricans. Il arrive souvent d’après lui, que chez cet organisme la cuirasse se brise: la partie postérieure tombe et l’animal nage en portant encore un morceau de la cuirasse ou enveloppe résistante (cellulose?) comme une calotte sur la partie antérieure, où se trouve le soit disant œil de M. Ehrenberg. On voit alors à ce fragment, d’une manière très-évidente, le trou par lequel sort le cil flagelliforme, à l’aide duquel la Trachdomonas se meut. Une fois, M. Weisse trouva un individu qui venait de se débarrasser de la partie antérieure de cette enveloppe résistante, tandis que le flagellum passait encore au travers. Celui-ci s’agitait pour chercher à se débarrasser de la dépouille incommode. La Trachelomonas dépourvue de son enveloppe était alors parfaitement semblable à la Microglena monadina Ehr., et M. Weisse considère par conséquent la Trachelomonas comme étant la nymphe ( Puppe ) de la Microglena. (Voyez Weisse : Notiz in
M. Dujardin a formé le genre Phacus, sont en général si peu contractiles, qu’une comparaison entre elles et le Protococcus pluvialis n’aurait rien d’étonnant. Du reste, ce dernier paraît pouvoir se présenter parfois sous la forme d’un corps très-contractile, muni d’un tlagellum et d’un point rouge à sa partie antérieure, ce qui permet fort bien de le rapprocher des Euglènes à forme changeante.
M. Cohn a d’ailleurs étudié aussi le développement d’une Euglène, YEuglena viridis 1 et l’a trouvé très analogue à celui des Protococcus. Meyen ainsi queM. Kolliker, et M. Perty, en avaient déjà constaté quelques phases isolées. — Les Euglènes ne sont pas toujours mobiles. Elles présentent dans de certaines circonstances un état de repos comme le Protococcus pluvialis. Elles se roulent en boules et s’enkystent dans une capsule incolore, résistante. Il est alors impossible de les distinguer d’un Protococcus à l’état de repos. Sous cette forme les Euglènes paraissent avoir eu le sort de devenir des algues entre les mains de M. Kützing, qui leur a assigné une place dans le genre Microcystis. Dans ce kyste s’opère une multiplicatiun fissipare, suivant la série 2, 4, 8, 16, 32, etc., parfaitement comme chez les Protococcus. Les nouveaux individus sont semblables à leur parent lorsqu’ils sont en petit nombre, ils s’en écartent lorsque le nombre qui indique le résultat de la division binaire est porté à une puissance élevée. Ce sont alors de très-petits corps pyriformes avec un nucléus. On voit donc que cette multiplication a lieu d’après le même type que celle des Protococcus \
Bezug auf Metamorpbosen der sogenaimen polygastrischen Infusorien. Dans les Bulletins de. la classe physico-mathématique de l’Académie de Saint-Pétersbourg. 1851, n° 4,
1 Colm. Beitrâge zur Entvvicklungsgeschichte der Infusorien. — Zeitschrift fur wissenschaftliche Zoologie, et le Mémoire sur le Protococcus.
2. Les Euglènes paraissent du reste posséder encore d’autres modes de reproduction. C’est ainsi que nous avons mi un exemple de division transversale chez une Arnblyophis viridis non enkystée. Celte espèce est si voisine de l 'Euglena viridis que M. Focke (Physiologische Sludien. Erstes Heft, p. ti) ne veut voir dans Y Arnblyophis viridis, YEuglena savguinea, YE. hyalina., YE. Drses, YE. viridis et YE. spirogyra qu’une seule et même, espèce M. Perty (Zur Kennlniss der kleinsten Labensformen. Bern, 1852, p. 78) rapporte également avoir vu un exemple de division spontanée chez une Euglena viridis non enkystée. Chez YEuglena Pleuronecles nous avons vu le contenu de la membrane s'ordonner autour de certains centres de manière à former des globes, tandis (PI. XII, flg. 13) que l’Euglène se mouvait encore. Cela rappelle ce qu’on voit chez les Chlorogonium. Parfois aussi( fig. 12), le mouvement de l’individu parent avait cessé auparavant. — M. Perty dit avoir constaté, comme M. Colm, que les Euglènes sont susceptibles, dans leur état d’enkystement, de se diviser en un nombre énorme de petites parties (« blasties »), comparables à la masse des microgonidies de certaines aigues. Si chacun des individus ainsi formés peut se développer en une Euglène, ce qui est probable, cela expliquerait leur multiplication parfois si incroyablement rapide. Nous attirons aussi l’attention sur ces corpuscules singuliers qui remplissent souvent les Euglènes, et que M. Ehrenberg
A la suite de ces considérations et de diverses autres, M. Cohn en vient à admettre que la substance contractile des animaux et le protoplasma des plantes sont des produits essentiellement analogues. Il en "déduit que cette substance est, à vrai dire, chez les plantes, enveloppée d’ordinaire dans une membrane résistante de cellulose, qui manque chez les animaux, mais que cependant certaines plantes, des algues, par exemple, peuvent passer par des phases où le protoplasua vit d’une manière indépendante, sans être protégé par aucune membrane résistante, et enfin, qu’il est certains animaux, les Euglènes par exemple, chez lesquels la substance contractile peut s’entourer d’une membrane résistante épaisse et non contractile. Les zoogonidies des algues se comporteraient dans ce cas, quant au type, comme des animaux unicellulaires (?), et les Euglènes enkystées, à l'état de repos, comme des plantes de la plus simple organisation.
A ce point de vue, les phénomènes vitaux présentés par les Protococcus pluvialis s’expliqueraient au moyen d’un alternance de génération. Une forme végétale donnerait naissance à une autre forme, qui, par son organisation et son genre de vie se comporterait d’une manière analogue à celle dont se comporte certain autre groupe, savoir le groupe des infusoires flagellés réputés astomeset anenlères. Cette phase dans laquelle le Protococcus présente certains caractères d’animalité passe bientôt à une autre évidemment végétale. On pourrait alors considérer le développement des Euglènes comme analogue quoique inerte. Ce serait un animal qui pendant un certain temps mènerait une vie en apparence végétale.
Cette manière de voir, fort intéressante du reste, pourrait se ramener au fond très-facilement aux cycles de MM. Naegeli et Braun, bien que ces cycles n’offrissent peut-être pas la même régularité que chez les Diatomées et les Desmidiées.
Des organismes très-voisins des Protococcus sont les Glœococcus, dont M. Braun nous a fait connaître le développement *. Ces cellules oviformes vertes et à rostre in-
considérait tantôt comme des corps crystallins, tantôt comme des organes générateurs, tandis que d’autres, comme M. Foeke, ne veulent y voir que des grains de paramylum. Leur forme de bâton est surtout très-développée chez I ’Euglena Acus (PI, XII, fig. 1S). On les trouve parfois en nombre fort considérable. Peut-être y aurait-il quelque chose de commun entre ces corps et la reproduction.