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JOHANNES LACHMANN,
NÉ LE Ie' AOUT 1832, MORT LE 7 JUILLET 1860.
La dernière page de ce livre est aussi le dernier jour d’une vie. Le 7 Juillet 1860 voyait s’éteindre celui qui fut mon collaborateur et mon ami, laissant derrière lui une jeune femme éplorée et deux enfants à peine assez âgés pour conserver un souvenir de celui qui aurait dû être leur protecteur; un troisième même, au jour de sa naissance, sera salué du triste nom d’orphelin. En face de l’abîme de douleur dans lequel cette famille est plongée, la science ose à peine dire ce qu’elle a perdu. Qu’on lui permette cependant de parler un instant par la bouche de celui qui fut l’ami, le compagnon d’études du jeune savant trop tôt enlevé à ses recherches; de celui qui partagea longtemps ses travaux, qui fut à ses côtés à la table de microscopie, dans la chaloupe battue par la tempête sur les vagues de l’Océan, au milieu de la tourmente de neige sur les âpres rochers delà vieille Scandinavie. Amis par le cœur, frères par l’étude, nous avons longtemps été agités des mêmes espérances, nous avons longtemps savouré à longs traits et en commun la coupe de l’enthousiasme en face de la belle et grandiose nature, cherchant la clef de ce mystère qu’on appelle la vie. Aujourd’hui, une tombe renferme pour l’un à la fois la recherche et la réponse, et l’autre, laissé seul, vient lui murmurer ici un adieu tardif.
Le nom de Lachmann s’est acquis une célébrité universelle et impérissable, grâce à l’illustre philologue qui porta ce nom. Nul doute que l’éclat dont il brille n’eût été largement doublé un jour, si la mort impitoyable ne fût venu moissonner la jeune étoile surgissant à l’horizon. Johannes Lachmann, neveu de Karl Lachmann, naquit le 1er Août 1832 à Brunswick, où son père exerce encore avec distinction la profession de docteur en médecine. Dès sa plus tendre enfance, il montra une grande propension à scruter tout ce qui a vie dans la nature. Les fleurs et les coléoptères étaient surtout l’objet de sa prédilection, et de bonne heure, grâce aux conseils d’un père, versé lui-même dans les sciences naturelles, ses recherches perdirent le caractère superficiel qu’on serait en droit de leur
JOHANNES LACHMANN.
supposer. Après avoir terminé ses éludes préparaloires dans le gymnase de sa ville natale, il poursuivit l’étude des sciences naturelles et médicales, d’abord au Carolinum de Brunswick, puis successivement dans les universités de Berlin, de Würzbourg, de Gœttingue. En 1855, il obtint à Berlin le grade de docteur en médecine à la suite d’une brillante dissertation inaugurale sur la structure des infusoires. Immédiatement après sa promotion au doctorat, il obtint, sur la recommandation de Johannes Müller, la place d’aide au Musée d’anatomie, laissée vacante par la retraite de M. le professeur du Bois-Reymond. Sous l’égide du plus illustre des physiologistes modernes, il poursuivit pendant deux années ses recherches dans les différentes branches de l’anatomie et de la physiologie, dans l’intention de se vouer plus lard à l’enseignement académique dans l’Université même de Berlin. Toutefois, son mariage avec l’une des filles de M. le prof. Passow, lui ayant fait désirer rapidement une position fixe, il postula, en 1857, la place de professeur des Sciences naturelles à l’Institut royal d’agriculture de Poppelsdorf (Prusse rhénane). Cette place lui fut accordée, grâce surtout à l’appui de son protecteur, Job. Müller, et il l’a remplie avec zèle jusqu’au moment où un anthrax est venu l’arracher à sa famille, à ses amis, à ses élèves.
La jeunesse même de Lacbmann, et l’activité pratique des trois dernières années de sa vie, expliquent pourquoi le nombre de ses productions a été peu considérable '. Tous ceux qui ont joui de son intimité, qui ont été témoins de son activité infatigable, qui ont vu son coup-d’œil clair, rapide et sûr, sa rare pénétration ; tous ceux qui ont pu apprécier l’exactitude et le caractère de justesse dont ses observations les plus délicates étaient empreintes; tous ceux-là, dis-je, comprendront pourquoi et comment la mort de Lacbmann est une perte pour la science. L’avenir était à lui, s’il eût vécu. LesdisciplesdeJohannes Müller savent combien ce grand homme était avare d’éloges. Toujours prêt à aider ses élèves avec affection, toujours fier de leurs succès, lorsqu’ils en obtenaient, il pensait avec raison qu’il est plus funeste de prodiguer des paroles louangeuses que de les retenir. L’approbation silencieuse de Müller, jaillissant de son œil d’aigle, électrisait plus d’un disciple dans son laboratoire. Il fallait des circonstances toutes exceptionnelles, et aussi des talents hors de ligne, pour que Müller fit lui-même l’éloge des forces nouvelles qui germaient, bien petites encore, à l’ombre de son grand nom. Mais une de ces circonstances et un de ces talents entrèrent en scène lorsque Müller dût, en 1855, demander au ministre des Cultes et de l’Instruction publique, M. de Raumer, de pourvoir à la place d’aide au Musée d’anatomie, laissée vacante par la retraite de M. du Bois-Reymond. Il désigna, sans hésiter, Lachmann, comme l’homme le plus apte à remplir ces fonctions, et le plus digne d’être aidé à parvenir à une chaire académique. « Derselbe (Dr Lachmann), écrivait Müller, dans une lettre à M. de Raumer, ist ein Talent von den grossten Iloffnungen, don bedeutendsten wissenschaftlichen Kràften. Seine Inaugurais! hrift de infusoriorum imp'rimis vorlicellarim structura, Berol. 1855 enthalt cine Reihe wichtiger und glücklicher Beobachtungen aus dem schwiorigslen Theile der feinern Anatomie und Physiologie, und weiss ich nicht manche Beispiele einer so frühen Auszeichnung in derScharfe der Beobachlung und Reife des Urtheilesbei den reichsten Kennlnissen. Ur Lachmann empfiehlt sich nicht minder durch den Ernst seiner Bestrebungen, die Gewissenhaf-
tigkeit seiner Arbeiten und seineri zuverlâssigen Characler » Dans une autre lettre, écrite deux
ans plus tard à M. de Raumer, pour appuyer la candidature de Lachmann à la chaire d’IIistoire na-
1. V. De infusorior uni inpriinis Vorliceîlarum structura. Rt-rol. 18Sb. — Ueher die Organisation der Irilusorien, besonders der Vorticellen (Mülter’s Arcbiv, 1850, p. ô40).— Uebcr Knorpelzellen (Müller’s Arcbiv, 1857, p. 15) ... Enfin, différentes notes dans les Verbandlungen des naturwissenscliaftlicln n Vercins für die fibeinlande et dans les LandwirUiscliaftlic.be Mitllieilungen der Poppelsdorfer Akademie.
JOHANNES LACHMANN.
turelle , vacante à l’Académie d’agriculture de Poppelsdorf, Müller s’exprimait comme suit: «DrLachmann ist einesder ausgzeichnetsten jüngeren Talenteauf demFelde der Natunvissenschaften, insbesondere sowohl für die naturhistorischen Wissenschaften, als fiir Anatomie und Physiologie der Naturkorper. Er ist in speciellster Weise in allen dahin einschlagenden Zweigen der Naturwissenschaften theoretisch und practisch ausgebildet und ist mit den glücklichsten Anlagen und ganz bedeutenden Kraften fiir die Cullur der Wissenschaftund ihren Unterricht ausgestattet., so dass sich die grôsslen Hoffnungen an ihn knüpfen. »
Ces paroles de celui qui fut notre maître vénéré et notre ami dévoué, disent mieux que je n’aurais pu le faire tout ce que la science avait à espérer de Lachmann. Après cet éloge si justement senti, je n’ai plus qu’à me taire, livrant au monde ces Études comme un monument élevé à la mémoire de mon ami, et lui jetant mon dernier adieu :
Och nâr jagtill slul blirgammaloch gra
och arorna sjorika ur trôltnande hand sa komraer val battre fârjeman da ocli hjelper mig ofver till andra strand ali qvâllen .
(Bottiger . Njare Sanger. Upsaia, i855.)
Genève, Octobre t80ü.
D' Ed. CbAPARÈDE.
TABLE DES CHAPITRES
Pages.
Avant-Propos 3
Generatio æquivoca 5
Prétendue alternance de phases végétales et
de phases animales 13
A ■ Spores végétales 13
B. Desmidiacées, Dialomacées, Volvocinées, Protococcacées, Euglènes et autres organismes à po-
sition douteuse 33
Des divers états des Péridiniens et de leurs
kystes 69
Observations faites jusqu’à ce jour sur le développement des infusoires ciliés et des
rhizopodes. . 74
Théorie de M. Stein sur la reproduction par phases acinétiniennes et réfutation de cette
théorie : 86
Reproduction des Acinétiniens. I. (Podo-
phrya, Acineta, Dendrosoma) 108
Podophrya Cyclopum 108
Podophrya Carchesii 112
Podophrya quadripartita 114
Podophrya Pyrum 122
Podophrya colhurnata 124
Podophrya Trold 128
Podophrya Lyngbyi 130
Trichophrya Epistylidis 131
Acineta mystacma 133
Acineta patula 135
Acineta Cucullus 137
Pages.
Acineta Notoneclœ 139
Dendrosoma radians 140
Reproduction des Acinétiniens. II. ( Ophriyo -
dendron abielinum) 143
Kystes de V Epistylis plicatilis et du Carchcsium polypinum. Cas divers de parasitisme . 149
Reproduction de P Epistylis plicatilis 169
Supplément aux deux chapitres précédents.