Stylomjchia fissiseta. (V. PI. VI, Fig
Diagnose. Corps de la forme de la Stylonychia pustulata. Soies de la partie postérieure ramifiées.
Cette Stylonychie a une grande analogie de forme avec la précédente, cependant elle s’en distingue facilement par trois caractères : 1° Le groupe de pieds-crochets est
plus considérable ; °2° les pieds-rames sont ciliés à l’extrémité; 3° les trois soies terminales sont ramifiées à leur pointe.
Le groupe d’extrémités antérieures se compose de onze pieds-crochets, tandis qu’il n’en compte que huit chez la Stylonychia pustulata. Cette différence n’est cependant qu’apparente. En effet, nous trouvons huit crochets disposés exactement comme ceux de la Stylonychia pustulata, et, en outre, trois autres placés sur le bord droit. Or, ces trois crochets supplémentaires se trouvent précisément dans l’alignement des cirrhes marginaux. Ce sont, en effet, les trois premiers cirrhes marginaux du côté droit qui sont plus gros que les autres et qui, au lieu de se mouvoir de concert avec ceux-ci, cheminent en harmonie avec les pieds-crochets.
Les pieds-crochets situés en arrière de la bouche sont disposés précisément comme chez les espèces précédentes. Les pieds-rames sont de même disposés comme chez la St. Mytilus et la St. pustulata , mais leur extrémité est recouverte de cils très-fins. Ces cils ne sont pas l’analogue des fibrilles par lesquelles se terminent les pieds-rames de la St. Mytilus. Ce sont de véritables cils vibratils implantés sur la surface même du pied. — Déjà avant que nous connussions cette Stylonychie, M. Lieberkühn avait constaté, chez un animal appartenant à ce genre, l’existence de cils vibratiles sur les pieds-rames. 11 paraît cependant que M. Lieberkühn a eu affaire à une autre espèce que la nôtre. En effet, il nous parle d’une Stylonychie delà grosseur delà Stylonychia Mytilus , et ne mentionne pas chez elle la division des soies, non plus que le nombre plus considérable des pieds-crochets.
Les soies sont fort longues et se divisent à leur extrémité en trois ou quatre filaments fort minces. — Les cirrhes marginaux sont courts, forts et peu nombreux. Chez un exemplaire de taille moyenne, nous en avons trouvé treize du côté droit (non compris ceux qui sont métamorphosés en crochets), et onze du côté gauche.
Le front est très-élevé, et les cirrhes frontaux peu nombreux. Les soies qui sont implantées sur le bord droit de la fosse buccale sont fort longues et plus faciles à distinguer que chez les autres Stylonychies.
La Stylonychia fissiseta correspond pour la taille tout-à-fait au type moyen de la St. pustulata. Nous l’avons trouvée une seule fois, mais en très-grande abondance, dans les tourbières de la Bruyère-aux-Jeunes-Filles (Jungfernhaide), près de Berlin.
4° Stylonychia echinata. (V. PI. VI, Fig. 5.)
Diagnose. Corps plus étroit et plus allongé que celui des espèces précédentes et hérissé de soies sur son pourtour.
Cette Stylonychie se distingue facilement de toutes les autres, par les soies roides etfort longues dont son pourtour est hérissé . Cependant, commecet animal est encore plus agile que les autres Stylonychies, sautant continuellement de çà et de là, ces soies ne ne sont pas trop faciles à apercevoir, et l’on arrive en général à reconnaître cette espèce avant d’avoir aperçu les soies. Elle se distingue en elfet très-facilement des autres par sa forme étroite et allongée et par ses pieds- rames qui, bien qu'implantés comme chez les autres Stylonychies, se reconnaissent cependant immédiatement à ce que les deux premiers (à partir de droite), sont fortement inclinés à droite, tandis que leur pointe s’infléchit légèrement vers le côté gauche. Un examen plus attentif montre d’ailleurs bientôt d’autres différences. La rangée des cirrhes buccaux est fort courte et le corps étant très-allongé, il en résulte que la bouche se trouve placée relativement bien plus près du front que chez les autres espèces. La vésicule contractile, qui se trouve chez les autres Stylonychies à peu près au niveau de la bouche, est placée chez la St. echinata vers le milieu de la longueur du corps, c’est-à-dire bien en arrière de l’ouverture buccale. Les deux rangées de cirrhes marginaux sont beaucoup plus rapprochées de la ligne médiane que chez les autres espèces, si bien qu’elles ne comprennent entre elles qu’une bande étroite.
Le groupe des extrémités antérieures se compose de huit pieds-crochets, disposés comme chez la Stylonychia yustidata et la St. Mytilus. Quant à ce qui concerne les crochets placés en arrière de la bouche, nous ne sommes pas arrivés à un résultat parfaitement certain. Nous en avons dessiné cinq, comme chez les autres espèces; mais nous n’oserions garantir ce nombre, non plus que la position que nous avons donnée à ces pieds ventraux. Du reste, l’espèce est, sans cela, si bien caractérisée, qu’il ne peut subsister aucun doute sur sa détermination. Les soies dont est hérissé tout le pourtour de la Stylonychia echinata, paraissent être de même ordre que les petites soies courtes et roides que nous avons mentionnées chez les St. Mytilus et pustulata ; mais elles sont incomparablement plus longues. Elles paraissent entrer en activité au
moment où l’animal fait un bond. La Stylonychia echinata atteint, en moyenne, une longueur de 0mm,085.
Nous avons trouvé cette espèce en abondance dans les tourbières de la Jungfernhaide, près de Berlin ; dans la Havel, à Pichelsberg près de Spandau, et dans les étangs du Thiergarten de Berlin.
M. Ehrenberg mentionne quelques espèces de Stylonychies que nous n’avons pas eu l’occasion d’observer, et sur la détermination desquelles nous croyons devoir élever des doutes nombreux.
La St. Silurus Ehr. (Inf. , p. 372, PL XLII, Fig. II) a la forme d’une St. Mytilus, avec la différence qu’elle est plus petite et possède 8 crochets au lieu de 13. La différence dans le nombre des crochets est le seul caractère distinctif véritable avancé par M. Ehrenberg. Il suffirait, bien certainement, à lui seul, à distinguer deux espèces, si l’on pouvait ajouter une confiance absolue aux nombres de M. Ehrenberg. Ce n’est malheureusement pas le cas, puisque nous voyons ce dernier attribuer à la St. Mytilus 18 crochets, et à la St. pustulata 14, bien que toutes deux en aient 13. Il est vrai que M. Perty cite la St. Silurus parmi les infusoires qu’il a observés en Suisse ; mais il ne nous dit pas à quoi il l’a reconnue. Ce n’est certainement pas au nombre des crochets, car nous pouvons bien affirmer que M. Perty ne s’est jamais laissé aller à compter les pieds d’une Stylonychie. Nous croyons donc devoir considérer la St. Silurus comme une espèce excessivement douteuse, lien est de même de la St. Histrio Ehr. (Inf., p. 373, PL XLII, Fig. IV), bien que M. Ehrenberg lui donne des caractères trèspositifs. Il attribue, en effet, à cette espèce 3 à 4 pieds-rames, 6 à 8 crochets et un manque absolu de soies. Cela suffirait à distinguer la St. Histrio de la St. pustulata , avec laquelle elle a une grande ressemblance. Mais la St. Histrio n’a été évidemment observée que d’une manière très-superficielle par M. Ehrenberg, comme cela ressort du fait qu’il hésite sur le nombre des extrémités, qu’il parle de trois ou quatre piedsrames, de six à huit crochets, tandis qu’il est bien certain que le nombre de ces extrémités n’est pas soumis à de telles variations. Quant au manque de soies, nous ferons
remarquer que M. Ehrenberg dénie aussi les soies à 1 ’Euplotes Charon, qui en est cependant toujours pourvu, et qu’il néglige de les dessiner dans un grand nombre de ses figures de la St. pustulata. En somme, nous sommes fortement disposés à croire que la St. Histrio Ehr. n’est qu’une variété de la St. pustulata que nous avons rencontrée fort souvent, variété dans laquelle les pieds-rames sont, relativement, excessivement larges et comme serrés en un faisceau les uns contre les autres. Cette disposition se retrouve tout-à-fait de même dans les dessins que M. Ehrenberg donne de la St. Histrio. M. Perty cite également la St. Histrio parmi ses infusoires suisses; mais il néglige (et pour cause, sans doute), de nous dire à quel caractère il l’a reconnue.
La St. appendiculata Ehr. (Inf. , p. 373, PL XLII, Fig. III), observée par M. Ehrenberg dans la Baltique, près de Wismar, n’est pas une Stylonychie. Elle est privée des cirrhes marginaux qui ne manquent chez aucune espèce de ce genre ; en outre, il est probable, à en juger par les planches, qu’elle est munie de pieds dorsaux. C’est sans doute un animal appartenant au genre Schizopus,ou très-voisin de ce genre.
La Styl. lanceolata Ehr., enfin, est un singulier animal, qui doit former un genre à part, si les observations de M. Ehrenberg sont exactes. Cet auteur lui attribue 5 piedsrames et 3 à 5 (?) crochets. Mais, en outre, il prétend que le corps est cilié sur toute la surface. A en juger par la Fig. V, (Inf. PL XLII), le dos même serait cilié. Ce serait là une anomalie singulière, car l’habit de cils est étranger à tout le reste de la famille. Aussi est-il permis de se demander s’il n’y a pas eu là une erreur. — M. Perty cite, il est vrai, la Styl. lanceolata , comme les précédentes, au nombre de celles qu’il a observées en Suisse ; mais c’est une preuve nouvelle du peu de valeur qu’il faut attacher aux données de ce savant sur la famille des infusoires marcheurs. 11 dit, en effet, qu’il a trouvé à Gümligermoos, à Münchenbuchsee et à Egelmoos,des infusoires qu’on peut considérer comme étant la SL lanceolata Ehr. Il en a trouvé d’autres plus petits sur le Monte-Bigorio. Il ajoute que ce n’est là, peut-être, qu’une variété de la Sh/l. pustulata ! Nous serions vraiment curieux de demander à M. Perty sur quel caractère il s’est fondé pour reconnaître la Styl. lanceolata, car' si les animacules qu’il a eus sous les yeux étaient ciliés comme la Styl. lanceolata doit l’être, nous ne savons de quel droit on pourrait les réunir à la Styl. pustulata .
M. Dujardin, qui n’a pas vu plus que nous la Styl. lameolata, trouve, d’après la description de M. Ehrenberg, qu’il est bien difficile de la distinguer de 1 ’Urostyla grandis. Nous ne savons, il est vrai, pas d’une manière très-positive quel infusoire M. Ehrenberg a désigné sous ce dernier nom ; mais il est certain pour nous que les animaux qui ont servi de base à l’établissement de ces deux espèces étaient fort différents l’un de l’autre.
Quant à l’animal que M. Cienkowsky (Zeitschr. f. wiss. Zool. VI, PI. XI, Fig. 6) désigne sous le nom de St. lanceolata, c’est, à en juger par les dessins, non pas une Stylonychie, mais une Oxytrique (peut-être l’O. fusca ou VO. Urostyla).
4* Genre. — EU PL OTES.
Le genre des Euplotes est limité de la manière la plus naturelle, et ne paraît pas jusqu’ici présenter ces passages insensibles aux genres voisins qui rendent, par exemple, souvent la distinction des genres Stylonychie et Oxytrique quelque peu difficile.
Mais si le genre lui-même, tel qu’il est conçu par M. Ehrenberg, est fort bien défini, il n’en est pas de même des espèces qu’il renferme. Les Euplotes sont, comme tous les animaux de la famille qui nous occupe, des êtres excessivement vifs et agiles, qui semblent le plus souvent se faire un jeu de la patience de l’observateur. C’est là ce qui explique pourquoi ils ont été jusqu’ici fort mal étudiés. C’est à M. Ehrenberg que nous devons les données les plus exactes sur les Euplotes. Il a compris de suite qu’il devait baser ses distinctions spécifiques sur le nombre et la position des pieds et autres appendices qui se trouvent sur la face ventrale. Sans doute sa tentative est restée fort incomplète; des erreurs nombreuses se sont glissées dans l’estimation du nombre des extrémités et la fixation de leur position relative, erreurs bien compréhensibles pour ceux qui ont essayé d’étudier avec exactitude un Euplote quelconque. — Les observateurs plus récents sont venus embrouiller la question. C’est là tout au moins le cas pour M. Dujardin, qui a surchargé le catalogue spécifique des infusoires d’une longue série de noms nouveaux, noms qui devront presque tous en être retranchés.
M. Dujardin ne s’est, en effet, pas rendu compte d’une manière bien exacte de !a conformation de ses Ploesconiens. Ceux-ci sont, suivant ses propres paroles, « munis sur une des faces de cils épars, charnus, épais, en forme de soies roides ou de crochets non vibratiles et servant à la progression, portant, sur l’autre face, une rangée semi-circulaire, et en baudrier, ou en écharpe, de cils vibratils régulièrement espacés, dépassant le bord, et devenant plus minces à partir de la partie antérieure jusqu’à la partie postérieure où se trouve la bouche. » Or, la face qui porte les organes servant à la progression est la face ventrale. D’après la description de M. Dujardin, la bouche se trouverait donc sur la face dorsale, ce qui n’est jamais le cas. La cause de cette erreur gît dans la circonstance que la rangée des cirrhes frontaux et des cirrhes buccaux est placée obliquement par rapport au plan de section horizontal de l’animal. Le sommet de la rangée est bien réellement placé sur la face dorsale. Les cirrhes sont implantés dans le sillon qui sépare le front (Stirn Ehr.) du bord de la cuirasse. Ce sillon ou cette gouttière contourne le front en descendant sur le côté gauche de l’animal, si bien que les premiers cirrhes buccaux proprement dits 1 ne sont plus implantés sur le dos, mais bien sur le côté gauche. La gouttière conservant son obliquité, la fin de la rangée arrive sur la face ventrale, où se trouve la bouche.
M. Dujardin a surtout été frappé de l’irrégularité des Euplotes. Tout, dans leur forme, dit-il, manque de symétrie ou même de régularité. Il y a du vrai dans cette assertion; mais en jetant un coup d’œil sur les planches de M. Dujardin, on s’aperçoit bien vite que l’auteur a singulièrement exagéré ce manque de symétrie. Il a dessiné des extrémités. un peu au hasard, tantôt sur la face ventrale, tantôt sur la face dorsale de l’animal, et il en est résulté des formes fort diverses les unes des autres. Mais dans le fait, les Euplotes paraissent être tous construits sur un type commun. Lorsqu’on s’est familiarisé avec ce type, on n’est plus frappé par l’irrégularité de ces animaux. On s’habitue, au contraire, à considérer comme régulier tout ce qui est en harmonie avec ce type; mais alors les figures de M. Dujardin paraissent, par contre, fort irrégulières. M. Dujardin a bien eu une idée vague de ce type, ainsi qu’on peuts’en apercevoir lorsqu’il dit: « Les cirrhes de la face inférieure ou ventrale sont disposés très-irrégulièrement;
!. C’est-à-dire les premiers cirrhes de la rangée qui ne sont plus implantés dans le sillon fronto-dorsal.
on remarque néanmoins qu’ils sont plus abondants aux deux extrémités, et quelquefois ils forment comme une rangée vers le côté droit. » Mais ce n’est là, comme nous le disions, qu’une idée fort vague.
La rangée de cirrhes buccaux paraît être placée, chez tous les Euplotes, sur le côté gauche. Soit M. Ehrenberg, soit M. Dujardin, l’indiquent, dans certain cas, du côté droit, mais il n’est pas douteux que ce ne soit là une méprise. Les pieds-rames forment une rangée transversale sur la partie postérieure de la face ventrale. — La vésicule contractile se trouve, non loin de leur base, du côté droit de l’animal. M. Dujardin, toujours fidèle à sa théorie, la confond avec les vacuoles situées dans le chyme de la cavité du corps. Il se contente en effet de dire, à propos de ses Ploesconiens, qu’à l’intérieur on voit des vacuoles, les unes contenant des aliments, les autres ne contenant que de l’eau et se contractant plus rapidement ou disparaissant tout-à-lait.
L’anus est placé immédiatement au-dessous de la vésicule contractile. Il est vrai que M. Ehrenberg l’indique du côté gauche, précisément au-dessous de la bouche, mais c’est sans doute là une erreur dé' dessin.
Le nucléus est toujours unique, et point double comme chez les Oxytriques, les Stichochaetes et les Stylonychies.
ESPÈCES
1 0 Euplotes Patel la. Ehr. Inf., p. 378. fl. XLII, fig. IX.
(V. PI. VII, Fig. 4-2.)
Diagnose. Euplotes à carapace ornée de lignes élevées très-faiblement marquées; neuf pieds-crochets, cinq pieds-rames et quatre soies, dont deux ramifiées.
Cette espèce est facile à reconnaître, quelque grossiers que soient les dessins qui en ont été donnés jusqu’ici. Cependant, il n’est pas aisé d’en donner les limites exactes, parce qu’elle varie de forme à l’infini, suivant les localités, la nature des eaux qui la renferment et d’autres circonstances non déterminées. Nous avon s pris pour type (V. Fig. 1) la variété la plus large. Cette variété a la forme d’un rhombe un peu irrégulier et tronqué en avant. Au milieu du front commence une fosse profonde qui, d’abord
étroite, s’élargit à mesure qu’elle s’étend sur la surface ventrale. A l’extrémité postérieure de cette fosse se trouve la bouche, qui conduit dans un œsophage court et cilié. Celui-ci a la forme d’un tube recourbé, dont la concavité est tournée vers l’avant de l’animal. L’œsophage a, par suite, une direction presque transversale. — La carapace est naturellement munie d’une ouverture qui permet à la nourriture d’arriver à la bouche. Mais la forme de cette ouverture ne coïncide point avec celle de la fosse que nous venons de mentionner. Le bord gauche de l’ouverture de la carapace suit exactement la ligne d’implantation des cirrhes buccaux sur la partie charnue de l’animal. Il se rapproche, par conséquent, beaucoup plus du bord gauche de l’animal que ne le fait le bord de la fosse; et une région charnue, de forme plus ou moins triangulaire, se trouve mise à découvert entre le bord gauche de la fosse buccale et le bord gauche de l’ouverture de la carapace. Il n’y a, comme on le voit, que la moitié inférieure de la rangée des cirrhes buccaux qui soit implantée immédiatement au bord de la fosse. Ces cirrhes-là sont considérablement plus courts que les autres. La moitié antérieure de la rangée est composée de cirrhes plus longs, qui affectent, en général, une position différente de celle des cirrhes de la moitié inférieure. Ils se relèvent en effet, en général, contre le bord de la carapace et se recourbent vers l’axe de l’animal. — La' partie droite de la fosse buccale n’est point à découvert. Le bord droit de l’ouverture de la cuirasse fait saillie et la recouvre comme une espèce de toit. — Les cirrhes frontaux sont en général au nombre d’une douzaine.
M. Ehrenberg est le seul qui se soit donné la peine de compter les extrémités de VEup/otes Patella. M. Dujardin s’est contenté de copier les nombres de M. Ehrenberg. Malheureusement, ces nombres sont loin d’être exacts. M. Ehrenberg compte quatre pieds-rames de longueur égale et situés dans un même plan. Dans le fait, il y en a cinq, de longueur assez inégale. En les comptant de droite à gauche, on trouve les trois premiers en général passablement plus courts que les deux derniers. Les points d’insertion de ces styles forment une ligne brisée. C’est le premier du côté droit qui est inséré le plus en avant. Les trois suivants sont insérés un peu plus en arrière et, de plus, en arrière les uns des autres. Le cinquième est, par contre, inséré un peu plus avant que celui qui le précède. Le plastron de l’Euplotes présente des côtes élevées qui séparent les bases des pieds-rames les unes des autres.
La vésicule contractile est immédiatement au-dessous et en arrière des deux styles de droite..
M. Ehrenberg compte huit crochets marcheurs. L ’Euplotes Patella en a toujours neuf. Il n’est pas possible de déterminer, d’après les dessins du professeur de Berlin, lequel des crochets lui a échappé, car il a représenté un peu au hasard, sur ses dessins, la position des pieds qu’il avait comptés. — Trois crochets sont implantés sous la partie droite du front. Un quatrième est placé près de l’angle formé par la partie droite et antérieure de l’animal. Au-dessous de ces quatre crochets se trouve une rangée transversale de trois autres, celui du milieu étant placé plus en avant que les deux autres. Enfin, beaucoup plus en arrière, dans une région plus rapprochée des piedsrames, se trouvent les deux derniers. — Outre les extrémités sus-mentionnées, V Enilotes Patella présente quatre soies fines et roides, implantées chacune sur un petit bulbe avec lequel elles sont, pour ainsi dire, articulées. Deux d’entre elles sont placées sur le bord gauche de l’animal, non loin de son extrémité postérieure. M. Ehrenberg les a vues, et les désigne comme étant deux crochets placés en arrière et du côté droit. Cependant, ces soies fines n’ont rien à faire avec les crochets-marcheurs. Elles ne servent point à la progression ordinaire, et ne paraissent se mettre en mouvement que lorsque l’animal fait un saut. Un peu à droite de la pointe postérieure de l’animal se trouvent enfin deux autres soies, qui ont la particularité d’être ramifiées à leur extrémité. Nous ne savons si M. Ehrenberg a bien vu ces deux soies. 11 parle de deux styles isolés, du côté droit, complètement à part des autres. Ce pourraient bien être là les deux soies en question, bien que la place qu’il leur assigne dans ses figures ne coïncide guère avec cette interprétation. En somme, M. Ehrenberg compte dix crochets et six pieds-rames, c’est-à-dire seize extrémités, ce qui ne s’éloigne guère du chiffre réel dix-huit.
M. Dujardin a déjà reconnu l’existence des soies ramifiées chez VE. Patella , mais il a représenté sur sa planche huit soies, au lieu de quatre, et il en a doté trois de ramifications. Il dessine en tout vingt-huit extrémités, c’est-à-dire précisément dix de trop, et il en implante une justement dans la bouche (V. Duj., Fig. I, PI. 8), quelque anormale que cette position puisse paraître. Du reste, les figures 1 et 4 de M. Du-
ET LES RHiZOPODES.
jardin sont renversées; elles représentent les cirrhes buccaux du côté droit et les crochets du côté gauche, tandis que c’est la position inverse qui se rencontre dans la nature.
Comme nous l’avons déjà mentionné, la forme de V Euplotes Patel/a varie sensiblement, suivant les cas. Tantôt la cuirasse est fort large et anguleuse, tantôt elle est étroite et dépourvue d’angles saillants. Le nombre habituel des côtes élevées dont cette carapace est munie sur le dos, est de sept à huit; mais ce nombre diminue lorsqu’on a affaire à des individus étroits. Nous avons rencontré parfois, à Berlin, dans de l’eau douce, et dans la mer du Nord, près de Glesnæsholm, un Euplotes, que nous avons représenté (PI. VII, Fig. 2), et que nous rapportons avec doute à VEuplotes Patella. Il s’éloigne excessivement du type de l’espèce, pour ce qui concerne ses contours. Le bord droit et le bord gauche de la cuirasse sont devenus parallèles entre eux. L’animal est largement tronqué en avant. En revanche, le nombre et la position des crochets, des pieds-rames et des soies concorde parfaitement avec le type de 1 Euplotes Patella, ou du moins, s’il se présente quelques différences dans la position relative, ces différences s’expliquent suffisamment par le rétrécissement général de l’animal. Les deux soies de droite sont aussi ramifiées. 11 est possible qu'il faille considérer cet Euplotes comme une espèce particulière; mais c’est ce que nous n’osons faire en présence des nombreuses variations de forme que nous présente VE. Patella. Nous croyons plutôt ne devoir trouver en lui qu’une race assez écartée du type primitif.
°2U Euplotes Charon. Ehr. Inf., p. 378. PI. XLII, lig. X.
(V. PL Vil, Fig. 10.)
Diagnose. Carapace sillonnée de côtes longitudinales granulées et très-marquées. Dix pieds-crochets, cinq piedsrames et quatre soies non ramifiées.
Nous appliquons ce nom à une espèce qui ne répond que d’une manière bien insuffisante à la description que M. Ehrenberg a donnée de son E. Charon, et cependant, nous ne doutons pas que nous n’ayons eu sous les yeux le même animal que ce savant. Notre Euplotes Charon est excessivement commun, soit dans l’eau douce, soit dans la mer. C’est une espèce qui, vu sa fréquence, a aussi peu de chances d’échapper aux
recherches de l’observateur, que le Parameciwm Aurélia, par exemple, et cependant, ni M. Ehrenberg, ni M. Dujardin n’ont donné de descriptions ni de figures, dans lesquelles on puisse la reconnaître avec certitude. Il faut admettre forcément que ces auteurs ont bien vu l’Euplotes en question, mais ne l’ont représenté que d’une manière insuffisante. La diagnose que M. Ehrenberg donne de son Euplotes Charon ( E . testula minore , ovato-elliptica, antico fine oblique subtruncata, dorsi striis granulatis), s’applique fort bien à notre espèce. Ses figures concordent également, pour la forme générale, avec celle-ci. La plus grande différence entre VE. Charon de M. Ehrenberg et le nôtre, consiste en ce que M. Ehrenberg déclare n’avoir point vu de soies chez le premier, tandis que nous en avons toujours trouvé quatre chez le second. Or, VE. Charon de M. Ehrenberg doit être une espèce assez répandue, et nous n’avons cependant jamais vu, ni dans la mer ni dans les eaux douces, d’espèce analogue qui fût dépourvue de soies. Notre espèce étant, par contre, fort commune, et M. Ehrenberg ne l’ayant pas mentionnée, il semble bien permis d’en conclure que M. Ehrenberg n’a pas vu les soies de VE. Charon, soies qui, vu leur finesse, sont en effet souvent fort difficiles à apercevoir, surtout lorsque l’animal se meut avec une certaine agilité.
M. Ehrenberg attribue h VEuplotes Charon huit crochets-marcheurs, qui souvent se réduisent, en apparence, à sept ( oft scheinbar sieben). En quoi peut consister cette réduction apparente? c’est ce que l’auteur ne dit pas et ce que nous ne savons expliquer. Dans le fait, VE. Charon n’a pas huit crochets, mais bien dix, disposés comme nous l’indiquons dans notre figure. Les pieds-rames sont au nombre de cinq, comme M. Ehrenberg l’indique. Les soies sont placées de la même manière que dans VEuplotes Patella, deux à droite et deux à gauche; mais elles ne sont jamais ramifiées.
M. Ehrenberg indique environ trente cirrhes frontaux et buccaux. Nous avons omis de les compter. L’anus est, comme chez les autres Euplotes, du côté droit, en arrière de la vésicule contractile, et non à gauche immédiatement au-dessus de la bouche, comme M. Ehrenberg l’indique. La carapace est munie, sur le dos, de six ou sept
côtes longitudinales.
Il ne nous a pas été possible de déterminer si la Ploesconia Charon de M. Du-
jardin est identique avec notr e E. Charon. Il lui attribue des cirrhes assez longs et droits, en arrière, mais point de cirrhes corniculés en avant. Plus loin, il dit que ces cirrhes droits sont distribués irrégulièrement vers l’extrémité postérieure et le long du bord droit. Par ces derniers mots, il veut évidemment désigner les cirrhes corniculés, soit crochets-marcheurs. La figure donnée par M. Dujardin ne nous donne pas de renseignements plus exacts; mais nous pouvons affirmer à 'priori, que, chez aucun Euplotes, les crochets et les styles ne peuvent être implantés d’une manière aussi anormale que dans la ligure en question. M. Dujardin ayant en outre négligé de compter le nombre des appendices, il n’est pas possible de reconnaître l’animal qu’il a désigné sous le nom de Plœ-scouia Charon.
Il n’est pas douteux que les Euplotes Charon de la mer et ceux des eaux douces ne forment qu’une seule et même tespèce. Il est vrai que, si l’on plonge subitement des Euplotes des eaux douces dans de l’eau de mer, ils périssent presque immédiatement. Mais nous avons trouvé qu’on peut les habituer graduellement à ce changement d’habitation sans qu’il en résulte d’inconvénient pour eux. C’est, du reste, ce que M. Cohn a déjà mentionné il y a quelques années'.
3° Euplotes longipes. (V. PI. VII, Fig. 3.)
Diagnose. Pieds-crochets au nombre de 10; soies non ramifiées. Fosse buccale à bords a peu près parallèles entre eux. Carapace non striée.
Cette espèce ne nous est connue que d’après un dessin communiqué par M. Lachmann. Elle se rapproche beaucoup de YEuplotes Charon, par les détails anatomiques; mais son habitus est tout différent. Le nombre des appendices est le même chez les deux espèces. Cependant, les pieds-crochets sont distribués d’une manière un peu différente, comme on peut s’en convaincre par l’examen des figures. — Le bord droit et le bord gauche du corps sont parallèles entre eux. La fosse buccale conserve à peu près partout la même largeur, tandis que chez VE. Charon elle est notablement plus large en avant qu’en arrière. Soit les pieds-crochets, soit les pieds-rames, sont extrêmement longs et vigoureux. Enfin, le dos lisse empêche toute confusion avec VE. Charon.
I. Entwickelungsgeschichte der mikroskopischen Algen un Pilze, p. 475.
Celte espèce a été observée par M. Lachmann, soit près de Valloe, dans le fjord de Christiania, soit dans le fjord de Bergen.
4° Euplotes excavatus. (Y. PI. VII, Fig. 45.)
Diagnose. Corps très-convexe sur le dos. Six pieds-crochets, cinq pieds-rames et deux soies.*
Cet Euplotes n’a point une forme aussi aplatie que les trois précédents. Il est, au contraire, très-bombé. Vu de dos, il rappelle quelque peu, par sa forme, un tatou. La face ventrale est profondément excavée en long, présentant une sorte de large gouttière, qui se rétrécit vers la partie postérieure de l’animal, tout en se détournant légèrement à gauche. C’est dans cette large gouttière que se trouvent logés les pieds-rames, les soies, la fosse buccale et les cirrhes buccaux. La fosse buccale a la forme d’un ovale allongé, placé, dans une direction diagonale de gauche à droite et d’avant en arrière, dans la gouttière ventrale. Sur le bord gauche de la fosse sont implantés les cirrhes buccaux, qui sont relativement assez fins, et qui se meuvent tous à la fois, de manière à simuler une membrane ondulante, ainsi que le fait la ceinture ciliaire des Trichodines. Les cirrhes frontaux sont longs et forts. Ils se meuvent avec énergie et sont presque continuellement en activité, tandis que les cirrhes buccaux restent le plus souvent à l’état de repos.
Les pieds-rames sont au nombre de cinq, larges et longs. Ils sont courbés dans le même sens que la gouttière ventrale, c’est-à-dire que leur concavité est tournée du côté gauche. Le premier, à partir de droite, est implanté plus en avant que les suivants; il est aussi notablement plus court qu’eux. Ces pieds-rames ne servent pas plus à la marche que ceux des espèces précédentes ; mais lorsque l’animal s’arrête quelque part entre les algues pour pâturer, le mouvement des crochets s’arrête, tandis que les piedsrames se redressant, prennent une position perpendiculaire au plan du corps et ils servent alors, pour ainsi dire, de support du corps de l’Euplotes. A gauche des piedsrames, et un peu plus en avant qu’eux, se trouvent deux soies aiguës, fortes et roides. Celle qui est le plus rapprochée des pieds-rames est plus longue que l’autre.
Les crochets-marcheurs sont au nombre de six, disposés, tous, sur la moitié droite de la face ventrale. Les points d’insertion de quatre d’entre eux forment un quadrilatère
assez régulier, immédiatement en arrière du front. Le cinquième est implanté environ au niveau d’une ligne transversale qui séparerait les deux tiers antérieurs de la fosse buccale du tiers postérieur. Le sixième, enfin, est placé immédiatement en avant de la base du premier pied-rame (en comptant à partir de la droite de l’animal).
La vésicule contractile ne se trouve pas comprise dans la large gouttière ventrale. Elle est refoulée tout-à-fait sur la droite, notablement en arrière de l’insertion des pieds-rames.
L’j Euplotes excavatus a une longueur d’environ 0mn,,10.
Nous avons trouvé cette espèce dans la mer du Nord, savoir dans les eaux de Glesnæs, sur la côte occidentale de Norwége.
Ce sont là les seuls Euplotes que nous ayons rencontrés jusqu’ici. Un grand nombre d’autres espèces ont été décrites, soit par M. Ehrenberg, soit par M. Dujardin. Il nous reste à faire la critique de ces espèces et à déterminer celles qui, décrites d’une manière trop insuffisante, doivent être rayées du catalogue de la famille qu’elles ne font qu’encombrer.
L 'Euplotes striatus Elir. (Jnf., p. 379, PL XLII, Fig. XI) n’a pas été observé suftisamment par M. Ehrenberg. Ce savant n’indique pas le nombre de ses appendices. Les figures qu’il donne sont à ce sujet en désaccord entre elles. La figure XI4, (Tab. XLII), indique 5 pieds-rames et 3 crochets, c’est-à-dire en tout 8 extrémités; la Fig. XI, , 5 pieds-rames et 4 crochets : en tout 9 extrémités; la Fig. XI3, qui représente l’animal vu de profil, indique en tout 12 extrémités. Comme on le voit, il n’est pas possible de rien faire avec ces nombres. La rangée de cirrhes buccaux est indiquée du côté droit; mais c’est certainement là une erreur. M. Ehrenberg dit lui-même qu’il pourrait bien s’être trompé à cet égard. La seule chose qui pourrait permettre de reconnaître cette espèce, c’est la circonstance qu’elle est privée de soies, et qu’au dire de M. Ehrenberg la partie antérieure du corps est dépourvue de crochets. Malheureusement les données de M. Ehrenberg sur le nombre et la position de ces organes n’of-
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fient pas en général assez de certitude pour qu’on puisse leur accorder une grande confiance.
L E. appendiculatus Ëhr. (Inf. , p. 379, PI. XLII, Fig. XII) pourrait fort bien être un Euplotes Charon dont M. Ehrenberg a vu les soies postérieures. Toutefois, il n’attribue à cet animal que 3 crochets et 4 pieds-rames, tandis que VE. Charon a 10 crochets et 5 pieds-rames. L E. appendiculatus doit, en outre, se distinguer de VE. Charon par le fait que sa bouche est du côté droit; mais c’est là probablement une méprise. — M. Stein (p. 1 57) cite bien VE. appendiculatus comme ayant été trouvé par lui dans la Baltique; mais il faut, sans doute, rapporter l’animal qu’il a eu sous les yeux à notre E. Charon. M. Stein aura de préférence choisi le nom (VE. appendiculatus, parce que M. Ehrenberg attribue à celui-ci les quatre soies qu’il n’a pas vues chez VE. Charon.
L E. trmcatus Ehr. (Inf., p. 379, PI. XLII, Fig. XIII) doit être, de même que les deux précédents, très-voisin de VE. Charon, dont il diffère par la présence de 7 crochets au lieu de 10. C’est encore une différence à laquelle nous ne pouvons accorder grande valeur, M. Ehrenberg n’ayant accordé que 8 crochets à VE. Charon.
L 'Euplotes viridis Ehr. (Monatsb. der Berl. Akad. d. Wiss. 1840, p. 200) n’est fondé que sur sa coloration verte. C’est peut-être un E. Patel/a, coloré par un dépôt de chlorophylle.
La Plœsconia Vannus Duj. (Inf., p. 436, PL X, Fig. X) de la Méditerranée doit être rayée du catalogue des Euplotes, attendu qu'il est complètement impossible de la reconnaître. M. Dujardin lui attribue 5 à 8 eirrhes en crochet, en avant, et 7 à 8 plus droits en arrière. Le nombre des crochets et des pieds -rames ne variant jamais chez une même espèce, il n’est pas possible d’utiliser des données si peu exactes.
La Plœsconia balteata Duj. (p. 437, PL X, Fig. 11) delà Méditerrannée est aussi peu reconnaissable. M. Dujardin se contente d’indiquer des eirrhes faibles, et peu nombreux. La figure qu’il donne (PL X, Fig. 11) est du reste renversée, le côté droit ayant été pris pour le côté gauche.
La Plœsconia Cithara Duj. (Inf., p. 437, PL X, Fig. 6) n’est pas mieux caractérisée que les précédentes. M. Dujardin dit qu’il aurait cru pouvoir aflirmer que cette espèce n’a pas de eirrhes en crochets ou corniculés à la partie antérieure, s’il n’en avait aperçu deux ou trois (il en dessine 5; V. PL X, Fig. 6), très-dillicilement, une seule
ibis. Il pense que ces appendices manquent souvent. Cette dernière hypothèse est toutà-fait dénuée de fondement. Rien n’est plus constant que les appendices des Euplotes. Ou bien M. Dujardin a confondu deux espèces, l’une dépourvue, l’autre munie de crochets, ou bien, ce qui semble plus probable, il n’a pas toujours su distinguer ces organes. M. Dujardin indique en outre la rangée des cirrhes buccaux du côté droit, tout en ajoutant cependant lui-même qu’il n’a pas une entière certitude à ce sujet. Nous partageons ce doute de la manière la plus décidée. M. Dujardin dessine une douzaine d’appendices à la partie postérieure de sa Plœsconia Citliara. Malheureusement il n’est pas possible de déterminer lesquels sont des soies et lesquels sont des pieds-rames. En somme, il ne subsiste aucun caractère qui permette de caractériser la Plœsconia Cithara, en tant qu’espèce, car on ne peut pas considérer comme tel le grand nombre de côtes longitudinales de la carapace, d’autant plus que ce nombre n’est point spécifié par M. Dujardin.
La Plœsconia affinis Duj. (Inf., p. 441, PI. VI, Fig. 7) serait impossible à reconnaître, si M. Dujardin ne disait pas qu’elle ne diffère guère de la PL Charon que par son habitation dans l’eau douce; en effet, il ne dit mot de ses appendices. Or, nous avons vu que X Euplotes Charon habite, soit l’eau douce, soit l’eau salée. Si donc la Plœsconia Charon Duj. est identique à notre Euplotes Charon (ce que nous n’osons affirmer d’une manière positive, car il faut une hardiesse infinie pour reconnaître les Plœsconies de M. Dujardin), il est probable que la Plœsconia affinis n’en diffère pas davantage. M. Dujardin parle bien en outre d’une légère différence dans la forme, dans la largeur; mais ces différences-là n’ont pas de valeur spécifique chez les Euplotes. En tout cas, il est certain que le Plœsconia affinis ne peut pas subsister comme espèce indépendante.
La Plœsconia suhrotundata Duj. (Inf. , p . 441, PI. XIII, F ig. 5) est encore une production malheureuse qui ne peut subsister un instant devant la faux de la critique. M. Dujardin lui-même déclare avoir de la peine à la distinguer de la Plœsconia Charon et de la PI. affinis ; nous en avons autant, et plus que lui. Les appendices de cet animal sont décrits par ce savant de la manière la plus laconique : « Des cils longs et minces aux deux extrémités. » Ceux de l’extrémité postérieure sont, sans doute, des piedsrames (en partie aussi des soies?); mais il n’est pas possible de savoir si ceux de la
partie antérieure sont des crochets ou des cils frontaux. D’après la ligure, il paraîtrait plutôt que ce sont les cils frontaux, et, dans ce cas, l’auteur n’aurait pas vu les crochets. En somme, cette espèce est, comme on le voit, aussi méconnaissable que les précédentes. M. Dujardin avait déjà mis un point de doute devant le nom de Plœsconia subrotundata.
La Plœsconia radiosa Duj. (Inf. , p. 442) est encore une espèce que M. Dujardin orne d’un point de doute. Or, lorsque ce savant met un tel signe devant une de ses Plœsconies, nous sommes obligés, pour notre compte, de le renforcer encore. M. Dujardin n’a pas figuré cette espèce, et il n’indique pas un seul caractère qui puisse servir à la distinguer des précédentes ; il serait sans doute bien embarrassé lui-même s’il devait la reconnaître aujourd’hui d’après sa propre diagnose.
La Plœsconia Icngiremis Duj. (Inf., p. 442, PI. X, Fig. 9 et 12) ne nous semble pas mériter un soi t meilleur que les précédentes, bien que ce soit celle que M. Dujardin ait dessinée avec le plus de soin. La figure 9a (PI. 10) est, il est vrai, renversée, représentant la rangée de cirrhes buccaux du côté droit, tandis qu’elle est toujours du côté gauche (M. Dujardin la dessine du reste de ce côté dans la figure 9b ) ; mais cette rangée est dessinée précisément telle qu’elle est chez beaucoup d’Euplotes, avec la bande diaphane qui l’accompagne au-dehors. M. Dujardin indique en outre sur la planche 5 pieds-rames, dans une position tout-à-fait normale, et trois soies. Malheureusement, les pieds en crochets ont été tout-à-fait négligés par lui. Dans la figure 9a, il en représente 5; dans la figure 9b, 3, et dans la figure 9 c, 4. En outre, ces crochets sont dessinés comme formant une ligne droite d’avant en arrière, disposition qui n’existe probablement chez aucun Euplotes. Il est possible, du reste, que la Plœsconia Ion gir émis ait été tout simplement un Euplotes Char on. La longueur des styles n’est pas, en effet, un caractère spécifique ; cette longueur varie infiniment suivant les cas. M. Stein rapporte avoir trouvé dans la Baltique un Euplotes qu’il croit devoir rapporter à la PL longiremis Duj Il est regrettable que cet auteur ne nous ait pas appris sur quoi il s’est fondé dans cette détermination.
M. Perty n’a décrit aucune espèce nouvelle de ce genre. Les Stylonnychia et les Euplotes semblent être restés pour lui une sorte de Tliulé, peu saisissable. Le genre Oxytriqueestle seul de la famille qu’il aitosé aborder d’un pas. Néanmoins, M. Perty a cru
retrouver en Suisse certaines espèces qu’il est, à notre avis, complètement impossible de reconnaître d’après les descriptions et les dessins qui en ont été donnés jusqu’ici, tels que VE. affinis Duj. , VE. subrotmdus Duj., VE. appendiculatus Ehr., VE. truncatus Ehr. 11 est fâcheux que M. Perty ne nous ait pas appris sur quoi il s’est basé pour arriver à de telles déterminations. Cette omission ôte toute valeur à la citation de ces espèces parmi celles qui se trouvent en Suisse.
Voilà donc de nombreuses espèces d’Euplotes que nous croyons devoir rayer complètement du catalogue des infusoires, comme ayant été observées d’une manière insuffisante, et comme étant impossibles à reconnaître d’après les descriptions et les figures qui en ont été données.
Il nous reste encore quelques espèces à nommer, qui ont été décrites comme étant des Euplotes, mais qui appartiennent à d’autres genres; ce sont les suivantes :
1° L 'Euplotes monostylus Ehr. C’est un Dystérien.
2° E. turrilus Ehr. Doit être rapporté au genre Aspidisca.
3° E. aculeatus Ehr. Doit être aussi, sans doute, rapporté au genre Aspidisca.
4° La Plœsconia Scutum Duj. Sous ce nom, M. Dujardin a confondu deux êtres fort différents. Le premier, celui qu’il a représenté PL 10, Fig. 7a, paraît être un très-bel Euplotes, de taille considérable, dont les pieds ont été dessinés au hasard; le second (Fig. 7 h et c), doit, sans doute, être rapporté au genre Campylopus. M. Dujardin a considéré cette seconde forme comme résultant d’une mutilation de la première. Mais, si nous jugeons bien ses figures, il nous semble qu’elles indiquent des pieds dorsaux semblables à ceux des Campylopus. C’est là aussi l’avis de M. Stein. Celui-ci rapporte, en effet ' , avoir trouvé dans la mer Baltique la Plœsconia Scutum Duj. Il dit à ce sujet que cette espèce devra former un genre séparé, attendu qu’elle n’a pas seulement des pieds-rames à la face ventrale comme les Euplotes, mais encore à la face dorsale.