‹ Etudes sur les infusoires et les rhizopodesChapitre 63 sur 198 · I. Stein., lue. cil., p. I8Ü · texte numérisé non relu

I. Stein., lue. cil., p. I8Ü

Nul n’est donc en état de dire d’où est provenue la disgrâce qui, dans cette législation nouvelle, a frappé d’une manière si inattendue le groupe des Bursariens.

Nous ne nous dissimulons pas qu’en prenant ainsi sous notre égide M. Dujardin et ses Bursariens nous soulèverons plus d’une objection, car s’il est chez les infusoires ciliés quelques groupes (comme, par exemple, les Vorticellines, les Oxytrichiens, les Dystériens, etc..), si naturels, si nettement délimités, qu’il n’est, pour ainsi dire, pas possible d’élever le moindre doute sur les limites de leur circonscription, les Bursariens ne comptent certainement pas parmi ces groupes-là. En effet, la famille des Bursariens renferme des types si hétérogènes, qu’il est souvent bien difficile de suivre le fil caché qui les unit les uns aux autres. 11 est facile de former dans son esprit une sorte de diagramme typique des Vorticellines, et ce diagramme, une fois bien compris, se retrouve immédiatement réalisé dans les genres de cette famille les plus distants les uns des autres, dans les Vorticelles, par exemple, et les Trichodines. Il en est tout autrement citez les Bursariens, et il n’est pas facile de faire cadrer, par exemple, une Freia, d’une part, et une Ophryoglène ou un Lembadium, d’autre part, avec un squelette typique commun. On pourrait même être tenté de revendiquer, pour les Ophryoglènes et les Frontonies, une afïinité plus grande avec certains Colpodéens, comme les Paramecium, qu’avec les Freia et les Chætospira. Cependant, les Lembadium forment un chaînon naturel entre les Ophryoglènes et les Balantidium, et ceux-ci tendent la main, d’une part aux Bursaires, et d’autre part, par l’intermédiaire des Kondylostomes, aux Spirostomes, aux Stentors, e(, par conséquent, aux Freia.

Peut-être aurait-on pu réunir les Bursariens et les Colpodéens en une seule et même famille, qui eut alors été clairement distincte de toutes les autres, mais cette manière de simplifier les choses n’eût été qu’un palliatif et pas un remède à la difficulté. Cette immense famille eût renfermé des types bien autrement hétérogènes que les Freia et les Ophryoglènes et n’eût été caractérisée que d’une manière purement négative. Elle aurait renfermé tout ce qui, parmi les Ciliata, à œsophage béant, n’appartient ni aux Vorticellines, ni aux Oxytrichiens, ni aux Tintinnodiens. Il était donc urgent d’établir une ou plusieurs coupures dans ce groupe si hétérogène; et, après un mûr examen, nous n’avons pu employer, dans ce but, de meilleur caractère que celui déjà proposé par M. Dujardin, savoir la présence ou l’absence d’une spirale de cir-

rhes buccaux. Ce caractère nous permet de former une famille des Bursariens, qui,

sans former un tout aussi parfaitement homogène que celle des Vorticellines ou des Oxytrichiens, ou des Tintinnodiens, n’en forme pas moins un groupe clair, et, nous le croyons, naturel. Les Ophryoglènes et les Metopus seuls semblent n’être pas parfaitement satisfaits de la place qui leur est assignée , et rêver de leurs proches parents les Colpodéens.

On pourrait établir encore une coupure dans notre famille des Bursariens, comme l’a fait déjà M. Lachmann, en proposant une famille des Stentoriens. Cette famille serait caractérisée par la position de l’anus, qui est, chez les Bursariens proprement dits, situé à l’extrémité postérieure ou sur la face ventrale, tout près de cette extrémité, tandis qu’il est, chez les Stentoriens, placé sur le dos, peu en arrière de la spire buccale. Nous adoptons cette division de M. Lachmann comme une sous-famille, mais nous ne pensons pas devoir l’ériger en famille indépendante, afin de ne pas séparer les Stentors de leurs proches voisins les Leucophrys. En effet, la Leucop/mjs patula est un vrai Stentor, qui a l’ouverture anale terminale au lieu de l’avoir sous la spire buccale. 11 est à remarquer, d’ailleurs, que les trois genres qui doivent rentrer dans le groupe des Stentoriens, tel que l’a défini M. Lachmann, savoir les Chætospira , les Freia et les Stentor, sont encore unis entre eux par une autre particularité toute spéciale. Ce sont, en effet, les seuls Bursariens qui jouissent de la propriété de se sécréter, tout au moins une partie de leur vie durant, une coque destinée à leur servir d’habitation. La position particulière de l’anus est meme, ce nous semble, intimément liée à cette particularité-là. Si l’anus avait été placé, chez les Stentoriens comme chez les Bursariens proprement dits, à la partie postérieure de l’animal, les matières fécales une fois excrétées se seraient accumulées dans l’intérieur de la coque et l’auraient obstruée. Aussi, sans vouloir descendre à des considérations téléologiques sur ce sujet, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que, chez tous les Bursariens à coque, l’orifice anal est placé dans la partie de l’animal qui fait saillie au dehors de la coque.

La bouche et l’anus des Stentoriens, se trouvant placés tous deux dans la partie antérieure de l’animal, se trouvent forcément plus rapprochés l’un de l’autre que chez les autres Bursariens. Cependant, ce rapprochement ne va point jusqu’à faire de ces infusoires des Anopisthiens, dans le sens de M. Ehrenberg Chez ceux-ci, en effet,

l’anus est situé, ainsi que la bouche, dans une fosse située en dedans de la spire buccale. Chez les Stentoriens, au contraire, il n’existe point de fosse commune pour la bouche et l’anus, comme le vestibule des Vorticellines, et l’anus est toujours situé en dehors de la spire buccale, sur le dos de l’animal, tandis que la bouche est placée en dedans de cette spire.

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/" Genre. — 6 H Æ T 0 S P I R A .

Le genre Chætospira, établi par M. Lachinann *, est clairement caractérisé parmi les Stentoriens, par la circonstance que sa spire buccale est portée par un processus, en forme de bande étroite, à la base duquel se trouve la bouche. Les Chætospires habitent une coque, qu’elles peuvent cependant quitter, car M. Liefcerkiihn nous affirme les avoir souvent trouvées nageant librement dans l’eau. Le processus, qui porte les cirrhes buccaux, est susceptible de se contourner en une spirale læotrope ; l’anus est situé à sa partie dorsale. M. Lachmann a souvent vu des masses de matières fécales, plus larges que le processus même, poursuivre cependant leur chemin jusqu’à l’anus en soulevant en saillie la paroi du corps, mais sans la déchirer.

Les deux espèces du genre jusqu’ici connues ont toutes deux été découvertes par M. Lachmann.

ESPÈCES

1° Chætospira Muelleri. Lach. Muell. Arch. 1 856, p. 364, pl. XIII, tig. 6-7.

Diagnose. Chætospire à coque lagéniforine, endurcie, à apparence cornée. Processus formant à l’état d’extension plus d’un tour de spire.

Cette espèce se trouve aux environs de Berlin, où elle paraît loger toujours sa coque dans des cellules ouvertes de feuilles déchirées de Lemna trisulca. Les premiers cirrhes de la spire buccale sont un peu plus longs que les suivants, mais seulement d’une quantité à peine appréciable.

2° Chætospira mucicola. Lach. Muell. Arch. 1856, p. 364.

Diagnose. Coque de nature gélatineuse ; processus formant à l’étal d’extension moins d’un tour de spire.

Cette espèce se distingue, en outre, de la précédente par la circonstance que les premiers cirrhes de la spire buccale sont naturellement plus longs que les suivants, et

î. Mueller’s Archiv. I8ô6, p. ôO'J.

que le premier de tous, en particulier, atteint une longueur et un diamètre à peu près • double de la plupart des autres. — M. Lachmann remarque que cette espèce porte, comme les Stentors, de longues soies disséminées entre les cils de la surface du corps, mais qu’il n’a pas jusqu’ici réussi à en trouver de semblables chez la Ch. Muelleri.

Cette espèce a été observée, comme la précédente, aux environs de Berlin. Elle fixe sa coque entre les algues.

M. Lachmann se demande si la Stichotricha secimàa Perty (Zur Kenntniss, etc., p. 153, PI. VI, Fig. 15) n’est pas voisine des Chætospires. C’est, possible; mais nous avons déjà vu ailleurs qu’on peut tout aussi bien y voir un proche parent de nos Stichochœta. Il est, du reste, superflu de s’arrêter à des descriptions et des figures aussi insuffisantes que celles de la problématique Stichotricha secundo.

2' Genre. — FREIA '.

Les Freia sont des Stentoriens dont la spire buccale est portée par un épanouissement membraniforme de la partie antérieure de l’animal. Chez les deux espèces les mieux étudiées de ce genre, cet épanouissement membraneux est bilobé et forme un calice infundibuliforme. L’échancrure qui sépare les deux lobes est très-profonde sur le côté ventral ; elle l’est bien moins sur le côté dorsal.

La spire buccale est implantée non pas sur le bord même de l’épanouissement ou calice, mais un peu en arrière de ce bord, à l’intérieur du calice. Elle commence sur la partie ventrale du lobe droit, se continue sur la partie dorsale, passe au lobe gauche, revient sur ce lobe gauche à la face ventrale et descend dans la profondeur du calice infundibuliforme en faisant encore un peu plus d’un tour avant d’arriver à la bouche. Celle-ci conduit dans un œsophage court et cilié sur toute sa surface.

f. Nom tiré de la mythologie Scandinave.

La cavité du corps pénètre jusque dans l’intérieur des lambeaux, malgré la délicatesse de ceux-ci. En effet, l’anus est situé sur le dos du lobe gauche du calice.

Dans leur état normal, les Freia habitent une coque membraneuse fixée à des objets étrangers, mais elles n’y sont pas librement suspendues, comme les Lagenophrys dans leur fourreau. La partie postérieure de leur corps paraît être constamment fixée à la paroi de la coque. Pour peu que l’animal soit inquiété ou peu disposé à prendre de la nourriture, il se retire dans son habitation ; les lambeaux de son calice se rétractent et se replient, et il devient difficile de soupçonner dans ce corps ramassé la forme gracieuse et élégante d’une Freia. Lorsque la cause d’effroi a cessé, l’animal s’allonge au dehors, son calice s’épanouit avec grâce et les cirrhes buccaux commencent à produire leur tourbillon dans l’eau.

Les coques des Freia étant adhérentes à des objets étrangers, il est, à priori, vraisemblable que leurs habitants doivent être susceptibles de mener, durant une partie de leur existence, une vie errante, comme tous les infusoires qui se trouvent dans des conditions analogues. En effet, nous avons été dans le cas d’observer des Freia dans leur phase errante, mais sous une forme bien inattendue. Nous avons à plusieurs reprises rencontré dans les eaux de la mer, soit dans le fjord de Bergen, soit à Gleswær, près de Sartoroe, sur la côte occidentale de Norwége, un infusoire de forme à peu près cylindrique, tronqué en avant et cilié sur toute sa surface (Y. PL IX, Fig. 9). La troncature, souvent un peu oblique, portait des cirrhes vigoureux bien plus longs et plus forts que les cils de l’habit ciliaire. Mais jamais il ne nous fut possible de reconnaître d’oritice buccal à cette place, bien qu’il doive, sans aucun doute, s’en trouver un là. La cuticule présentait des stries longitudinales très-distinctes. Un nucléus ovale et de couleur claire se voyait constamment un peu en arrière du milieu de l’animal. Le corps présentait en général une teinte d’un bleu verdâtre, semblable à celle qu’offre d’ordinaire la Freia elegans.

Immédiatement en arrière de la troncature se trouvait une tache sémilunaire d’un noir intense, rentrant évidemment dans la catégorie de celles que M. Ehrenberg nomme, chez les Ophryoglènes par exemple, un œil ou une tache oculaire. La signification de cette tache nous est restée complètement inconnue. Elle était le plus souvent beaucoup plus compacte que celle des Ophryoglènes, et parfois on distinguait derrière elle

(V. Fig. 9) un corpuscule très-transparent, qui faisait naître involontairement dans l’esprit l’idée d’un crystallin. Nous ne voulons cependant pas ajouter trop d’importance à cette idée, puisque les fonctions d’un appareil réfringent restent nécessairement problématiques, aussi longtemps que nous ne connaissons pas en arrière de lui un appareil nerveux susceptible de percevoir les impressions. L’animal s’agitait avec une grande vivacité dans l’eau. Il nageait fréquemment à reculons, diastrophiquement , comme dit M. Perty, à la manière des Stentors, et prenait alors une forme plus globuleuse, en se raccourcissant et s’élargissant (Y. PI. IX, Fig. 8). Sous cette forme, l’animal atteignait une longueur d’environ 0mm,085. — Certes , nu! n’aurait songé à reconnaître dans cet infusoire une Freia, errant en toute liberté dans les eaux de la mer. Et, cependant, telle était bien la nature de cet animal. Un jour, M. Lachmann en poursuivait un, qui ne tarda pas à se fixer sur une algue, où il se mit à sécréter une coque tout autour de lui. Cette coque avait une ressemblance de forme frappante avec celle de la Freia elegans'. En même temps, la partie antérieure de l’animal commença à se développer en un épanouissement membraneux, qui, par sa forme, rappelait déjà, en petit, tout-à-fait le calice membraniforme des Freia. Nous n’avons pu, malheureusement, poursuivre cet animal jusqu’à la forme de Freia définitive. Cependant, nous en avons assez vu pour ne pas conserver de doute à l’égard de cette transformation. La tache oculaire devient de plus en plus diffuse, et peut-être finit-elle par disparaître complètement, puisque aucune des trois espèces que nous allons décrire ne possède de tache semblable. Nous croyons que, des trois espèces décrites ci-dessous, c’est la Freia elegans à laquelle il faut rapporter cette forme libre. Peut-être aussi cet animal est-il la phase errante d’une quatrième espèce, non encore observée dans son état définitif. — MM. Lieberkühn et Wagener, qui ont observé des Freia à Wismar, dans la Baltique, y ont aussi rencontré cette forme errante avec sa tache pigmentaire. Cependant, ils n’ont pas supposé la moindre parenté entre elle et les Freia.

ESPÈCES

i° Freia elegans. (V. PI. X, Fig. 1-4 et Fig. 7.)

Di vgnose. Coque en forme de bouteille couchée sur le flanc et à col recourbé vers le haut ; bord de l’ouverture échancré du côté gauche ; une valvule dans l’intérieur du col. Lobes du calice arrondis.

La forme de la coque est, chez cette espèce, très-caractéristique. C’est une bouteille couchée, dont le flanc est appliqué contre des Ceramium et autres algues marines; le col est relevé et présente une ouverture évasée. Le bord de celle-ci est profondément échancré du côté gauche. La coque est eu général très-transparente et incolore; parfois, elle est légèrement teinte de brunâtre. Sa partie adhérente est entourée d’un encroûtement circulaire incolore, de même nature que la coque elle-même. Cet encroûtement se présente, dans la vue de profil, sous la forme d’une pièce triangulaire servant d’appui à la base du col, et d’un appendice pointu qui termine la partie postérieure de la coque. — Dans l’intérieur du col se trouve une valvule ou soupape, composée d’un nombre variable de lobes, et placée à une distance variable de l’ouverture. Lorsque l’animal s’allonge au dehors de sa coque, cette soupape cède devant lui et s’appuie contre les parois de son corps; lorsqu’il se retire au fond de son habitation, la soupape se referme et empêche les objets étrangers de pénétrer à l’intérieur.

Nous avons plusieurs fois rencontré des individus dont la coque présentait en divers endroits des renflements creux renfermant des corpuscules verts ou bruns verdâtres (PL X, Fig. 4). 11 n’est pas impossible que ces renflements soient le résultat d’une affection maladive due au développement d’un parasite végétal comparable aux Chytridium.

Les lobes du calice membraniforme sont arrondis à leur sommet (Y. Fig. 7), et le bourrelet qui les borde n’est pas plus large à ce sommet que partout ailleurs.

La vésicule contractile est située dans la partie postérieure de l’ânimal, en arrière du nucléus.

Nous avons rencontré très-fréquemment la Freia elegans sur divers points de la côte deNorwége : à Valide, dans le golfe de Christiania; à Christiansand ; dans le fjord de Bergen, et près de Glesnæsholm, non loin de Sartorâe.

3° Freia aculeata. (V. PI. X, Fig. 5, 6 et 8.)

Diagnose. Loque en forme de bouteille couchée sur le flanc et à col allongé, recourbé vers le haut; bord de l’on— vertuie non échancré ; pas de valvule dans l’intérieur du col; lobes du calice terminés par une pointe à leur sommet.

La coque de cette espèce ressemble à celle de la précédente ; toutefois, elle s’en distingue aisément par son ouverture à peine évasée, dont le bord ne présente pas trace d’échancrure. La paroi du col est en outre légèrement ondulée, ce qui n’est pas le cas chez la Freia elegans.

Les Iohes du calice sont relativement beaucoup plus étroits que chez la Freia elegans, ce qui provient de ce que l’échancrure dorsale est plus profonde que chez cette dernière. En outre, le bourrelet qui borde les lobes gagne en hauteur vers le sommet de chacun des lobes et se termine là en une pointe, qui est par conséquent extérieure, relativement aux cirrhes de la spire buccale (V. PL X, Fig. 8). Cette pointe est assez élevée pour dominer complètement les cirrhes implantés sur le bord inférieur du bourrelet. — Du reste, le nucléus et la vésicule contractile sont placés comme chez la Freia elegans.

Nous n’avons observé qu’un seul individu de cette espèce, à Glesnæshohn, près de Sartoroe, sur la côte occidentale de Norwége. Sa coque était fixée sur la concavité d’un tube de la Serpula spirorbis Lin. ( Spirorbis nautiloïdes Lam.). Les dessins que nous en donnons sont faits d’après des esquisses de M. Lachmann.

,9° Freia Ampulla.

San. Vorlicclla Ampulla. O.-K. Mueller. Anim. lui'., p. 285. Tab. XL, fîg. 4-7.

(V. PI. IX, Fig. 6-7.)

Diagnose. Coque très-large, à col fort court, légèrement recourbé vers le haut; bord de l’ouverture non échancré. Pas de valvule dans l’intérieur du col; lobes du calice dépourvus de pointe.

Nous n’avons observé qu’un seul individu de cette espèce, qui, retiré dans sa coque, n’est jamais venu déployer au dehors son épanouissement en calice. Cependant, cette espèceest su ftisamment caractérisée pour que nous ne craignions pas de lui donner un nom.

En effet, elle se distingue clairement, soit de la Freia elegans, soit de la F. aculeata, par la forme beaucoup plus large de sa coque, et par son col excessivement court, muni d’une ouverture ronde relativement très-étroite. Le côté adhérent de la coque est entouré d’une zone circulaire de même substance que la coque elle-même, zone qui est destinée à assurer l’adhérence aux objets étrangers (algues marines). L’absence de l’échancrure du bord de la coque et des valvules de l’intérieur du col suffisent pour empêcher toute confusion avec le F. elegans. D’autre part, l’absence de la pointe qui surmonte les lobes du calice chez la F. aculeata, empêche toute confusion avec celle-ci. On peut, en effet, s’assurer d’une manière parfaitement certaine, même durant la rétraction, non seulement que les lobes de la Freia Ampulla sont nautiques, mais encore qu’ils sont beaucoup plus larges que ceux de la Freia aculeata.

Il n’est pas improbable qu’il faille rapporter à cette espèce la Vorticella Ampulla, observée par Otto-Friederich Mueller, dans de l’eau de mer. Cette prétendue Vorticelle est, dans tous les cas, bien décidément une Freia et non une Vaginicole, comme M. Ehrenberg avait cru devoir le supposer d’après les dessins de Mueller.

Chez l’individu observé, la partie postérieure du corps contractait avec le fond de la coque une adhérence beaucoup plus étendue que chez les autres Freia. En outre, on voyait une bride charnue se détacher de cette partie postérieure du corps pour venir s’attacher isolément à la paroi de la coque.

La Freia Ampulla a été observée dans le fjord de Bergen en Norwége.

3e Genre. — STENTOR.

Les Stentors sont caractérisés, dans la sous-famille des Stentoriens, par la circonstance que leur partie antérieure est tronquée par un plan convexe, qui porte les cirrhes buccaux à son pourtour. Ce plan est ce que M. Ehrenberg nomme, chez ces infusoires, le front.

M. Ehrenberg avait commis une erreur en assignant une place aux Stentors dans la lamille des Vorticellines, erreur qui ne fut point corrigée par la fondation de la famille

des Urcéolariens que tenta M. Dujardin, et il était réservé à M. Stein de démontrer le peu d’affinité que ces infusoires ont avec les Yorticelles. Néanmoins, les figures de M. Ehrenberg, relatives aux Stentors, sont en général admirablement exécutées, et on doit les placer parmi les meilleurs dessins d’infusoires que nous possédions.

Le corps des Stentors a, dans son étal d’extension, la forme d’une trompette dont la large ouverture est bouchée par une surface convexe (le front), de manière à ne laisser subsister que sur son bord un orifice, qui est la bouche. La spire buccale commence sur le front, immédiatement à droite de la bouche, suit le bord du front et vient descendre dans l’entonnoir buccal, après avoir fait par conséquent un tour complet de spirale læotrope. Elle se continue dans l’intérieur de cet entonnoir, qui s’enfonce de la face ventrale dans la direction du dos, tout en se recourbant vers la partie postérieure et se changeant peu à peu en un véritable tube cylindrique. Ce tube, cilié sur toute sa surface intérieure, est l’œsophage, qui est, chez les Stentors, bien plus large que chez les Freia. La bouche et l’œsophage sont si largement béants, que les cirrhes buccaux y font entrer parfois des infusoires fort gros. La cavité digestive répète, par sa forme, à peu près exactement les contours extérieurs du corps. L’anus est placé sur le dos, immédiatement au-dessous de la spirale des cirrhes buccaux. M. Lachmann a remarqué qu’en général un certain nombre de masses fécales se rassemblent auprès de cette ouverture avant d’être expulsées, ce qui semble indiquer, dans cette région, comme un compartiment spécial de la cavité digestive, jouant le rôle de rectum.

La cuticule présente chez les Stentors, comme chez les Freia et beaucoup d’autres infusoires ciliés, des rangées longitudinales de petites élévations sur lesquelles sont implantés les cils. Sur le front, ces rangées courent parallèlement à la spire buccale. Parmi les cils sont semés des soies roides très-fines, découvertes par M. Lachmann, et comparables peut-être à celles qu’on connaît chez beaucoup de Planaires. Ces soies ont ceci de particulier, que parfois on cherche inutilement à les voir pendant des heures entières, puis que subitement elles apparaissent de la manière la plus évidente au moment où l’on y pense le moins. Aussi est-il permis de se demander si peut-être elles sont rétractiles, et ne font saillie que dans certains mo-

ments.

M. Ehrenberg a déjà mentionné, sous la cuticule des Stentors, des cordons longitudinaux qu’il nomme des muscles. L’existence de ces organes paraît avoir, depuis lors, été généralement révoquée en doute. Cependant, M. Lieberkühn les a revus dernièrement, et s’est convaincu qu’ils jouent bien réellement le rôle de véritables muscles. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de répéter ces observations.

Dans l’état normal, les Stentors peuvent ou bien se fixer aux objets étrangers à l’aide de leur partie postérieure, que M. Ehrenberg nomme une ventouse, et ils prennent alors la’forme de trompette caractéristique, ou bien nager librement dans l’eau en prenant une forme contractile plus courte et plus large.

Souvent les Stentors nagent à reculons, diastrophiquement , comme dit élégamment M. Perty, et, dans ce cas, la partie postérieure de leur corps se raccourcit beaucoup et les cirrhes buccaux se rabattent en dedans. On pourrait être tenté de penser que ce renversement de la direction normale de natation est une conséquence même de la direction que donne aux cils l’extrême raccourcissement du corps. Il est cependant plus probable que l’animal peut à volonté faire battre ses cils de manière à progresser en avant ou en arrière. En effet, on voit une foule d’infusoires, comme les Lembadium, les Paramecium et bien d’autres, nager à reculons sans modifier le moins du monde la forme de leur corps ; et, d’ailleurs, les Stentors sont eux-mêmes susceptibles de nager en avant dans un état d’extrême contraction. La diastrophie des Stentors était déjà connue du pasteur Eichhorn, dans le siècle dernier.

Les Stentors, lorsqu’ils sont fixés en colonies sur des objets étrangers, se sécrètent parfois un fourreau gélatineux, sut lequel M. Colin1 a attiré l’attention, il y a quelques années, mais qui était déjà connu d’Eichhorn2, d’Otto-Friederich Mueller3 * 5, de Schrank ' et de Schmarda ’. M. Ehrenberg pense que les Stentors ne construisent ce fourreau que lorsqu’ils sont sur le point de périr; mais c’est une erreur, car on les voit y vivre durant des semaines entières. Ce fourreau est très-intéressant, puisqu’il indi-

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