‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 102 sur 210 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

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Nous avons observé quelquefois une espèce d’Amœæba jusqu'ici non décrite, mais à laquelle nous ne voulons pas donner de nom, parce que nous avons pour principe de ne dénommer aucune Amœæba, la distinction des espèces étant, pour le moment, du moins, trop diflicile dans ce genre singulier. Cette Amœba est de grande taille et ressemble à l’'Amæba princeps, dont elle se distingue surtout par son nucléus, qui est beaucoup plus grand, granuleux et dépourvu de nucléole. Le parenchyme de son corps est extrêmement mince et sa vésicule contractile très-grosse. Celle-ci fait saillie à lextérieur, précisément comme la vésicule contractile de l'Act. Eichhornii ou de l'Act. Sol. Lorsqu'elle se contracte, elle disparait complètement pour reparaitre bientôt comme une vésicule excessivement petite, tout-à-fait sur le bord de l’animal, c’est-à-dire dans l'épaisseur même du parenchyme. Peu à peu cette vésicule, si minime, grossit et reprend enfin ses dimensions primitives en faisant une forte saillie à l'extérieur. D’ordiaire, on voit, peu après la contraction, plusieurs vésicules, en général quatre ou cinq, parfois jusqu’à sept ou huit, se former sur divers points de l’animal, souvent assez loin de la vésicule contractile. Lorsque ces vésicules ont atteint une certaine dimension, elles se mettent en mouvement du côté de la vésicule contractile à laquelle elles vont s'unir, c'est-à-dire dans laquelle elles se déversent. Ge fait ne peut s'expliquer, ce nous semble, que par l'existence de vaisseaux, ou, si l’on aime mieux (afin de ménager la pudeur histologique de certains esprits qui pourraient s’offenser en entendant parler de vaisseaux dans une Amœba), de canaux préexistants dans lesquels le liquide de la vésicule contractile est chassé au moment de la contraction. Le liquide se rassemble dans les principaux canaux, qu’il dilate de manière à former une espèce de vacuole ; puis, ce canal se contractant successivement de la périphérie vers le centre, pousse son contenu jusqu'à la vésicule contractile.

Cette même espèce d'Amæba nous a offert un exemple très-curieux d’irrégularité dans les pulsations de la vésicule contractile. Frappés de la différence de longueur des intervalles qui séparaient les contractions, nous poursuivimes chez un individu, montre en main, le jeu de la vésicule contractile. Nous trouvâmes entre quatre pulsations successives les trois intervalles fort inégaux : de cinquante minutes, de trois minutes et d’une minute et demie. La longueur du premier intervalle montre combien il faut

être circonspect avant de dénier à un Rhizopode la possession d'une vésicule contrac-

tile. Chez aucun infusoire cilié, nous n'avons observé d’irrégularités semblables, bien que des irrégularités de pulsations se présentent aussi chez eux dans des limites beaucoup plus restreintes. Nous devons, du reste, remarquer qu'il n’est pas probable que la circulation reste interrompue pendant un intervalle aussi long que le premier de ceux que nous avons cités. Nous avons constaté chez l'Amœæba en question que, pendant les longs intervalles, la vésicule eontractile variait excessivement de volume, offrant alternativement un diamètre moindre et plus grand. Elle passait évidemment par des contractions lentes et incomplètes, pendant lesquelles elle se vidait partiellement pour reprendre ensuite, peu à peu, son volume primitif. M. Carter’ a, du reste, déjà mentionné le fait, que la vésicule contractile de certaines Amæba varie de formes et de

dimensions sans se contracter complètement.

Nous avons encore à dire quelques mots sur l’unicellularité des Rhizopodes. Ces animaux, ayant été généralement réunis aux Infusoires, leur histoire a passé par les mêmes phases que celle de ces derniers. De même qu’une grande partie d’entre eux avaient dû devenir polygastriques sous le microscope de M. Ehrenberg, de même ils ont dû, bon gré, mal gré, s’accommoder de l’état de cellules entre les mains des adeptes de l’école unicellulaire. M. Kôlliker, bien que partisan du sarcode de M. Dujardin, a surtout combattu en faveur de l’unicellularité des Rhizopodes amæbéens et des Actinophrys. Il dénie * à ces animaux toute membrane enveloppante, et pourtant il veut en faire des cellules. Nous avons déjà combattu ailleurs cette manière de voir. On peut discuter beaucoup et longtemps sur l’idée théorique d’une cellule; on peut alternativement faire disparaître la membrane, le contenu et le nucléus de la cellule ; on peut donner le nom de cellule à toute unité organique élémentaire ayant un nueléus pour centre d'action; mais il ne faut cependant pas pousser les subtilités trop loin, afin de ne pas tomber dans des exagérations analogues à celles de la théorie des substitutions en chimie, à laquelle on reprochait d'en venir à remplacer successivement par du chlore tous les équivalents des corps premiers qui entrent dans le coton,

et de finir par avoir un coton conservant en somme les propriétés du coton ordinaire,

1. Note on the Freshwater Infusoria of the Island of Bombay. Annals, Il. series 4$. 1858, p. 129. 2. Ueber Act. Sol. Z. f. w. Z., 1849.

mais composé uniquement de chlore. M. Perty a déjà combattu l’idée de l’unicellularité des Rhizopodes. Mais il se place à un point de vue assez différent du nôtre. « La masse animale primordiale, dit-il', etil entend sous cette dénomination la substance dite contractile, le vitellus, la substance moléculaire des cellules du chorion, etc., n’a jamais de cellules, et ces dernières sont déjà le produit d’une activité organisante plus élevée. On ne peut dire d’une Amœba, ni que c’est un être unicellulaire, ni qu’elle est composée de cellules; en effet, il lui manque les caractères essentiels de la cellule : le nucléus et l'enveloppe. La théorie cellulaire ne peut s’appliquer à des animaux qui ne sont pas composés de cellules, mais d’une substance fondamentale amorphe. » M. Perty est encore, pour ce qui concerne les Rhizopodes, un partisan de cet Urschleim contre lequel M. Ehrenberg s’est escrimé avec tant d'énergie.

M. Auerbach, le second champion de lunicellularité des Rhizopodes en question, n’est pas un représentant aussi absolu de l’école cellulaire que M. Källiker. Pensant aux infusoires, il recule un moment devant l’idée des cellules mangeantes. Des cellules qui sont munies d’une bouche, d’un pharynx, d’une cavité digestive, d’un anus; des cellules qui mangent, sentent et veulent ; des cellules qui nagent, qui rampent et qui courent; tout cela lui semble pour le moins « baroque. » Il hésite donc encore à se ranger à l’idée de l’unicellularité des mfusoires, mais il fait une exception pour les Amœæba, dans lesquelles il croit trouver tous les critères de la cellule. Les cellules de M. Auerbach sont, du reste, beaucoup plus normales que celles de M. Külliker; 1l leur trouve une membrane, un nucléus et un contenu. M. Auerbach ajoute en particulier une grande importance à la découverte du nucléus, et il a raison. Il est, en effet, le premier qui ait montré que le nucléus se trouve chez toutes les vraies Amœba, et c’est une découverte de valeur. Malheureusement c’est elle qui l’a converti à la théorie de l’unicellularité. C’est là une conversion bien rapide, conversion qui n’a été opérée que par un mot mal compris. L'école unicellulaire ayant en quelque sorte fait donner dans la science le droit de bourgeoisie au nom de nucléus, pour désigner un certain organe chez les infusoires, et M. Auerbach trouvant cet organe chez les Amœba, ce serait là

une raison pour voir dans ces animaux de simples cellules? Non, certainement point.

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