Loc cit., p
ET LES RINZOPORES. 9935 et vice-versà. I] n’y a en réalité plus qu'une seule cavité. La marche de cette fusion est d’abord excessivement lente, de sorte qu'il est difficile de la poursuivre jusqu’au moment où le nouvel individu résulté de la fusion de deux ait repris une forme ronde, dans laquelle on ne reconnaisse pour ainsi dire plus de trace de sa double origine. Mais nous avons vu cette fusion arriver jusqu’à un point tel que nous ne pouvons douter que ce moment n'arrive. l’ailleurs M. Külliker ‘ raconte qu'il réussit sans peine, mais avec une grande dépense de patience à poursuivre deux individus, primitivement séparés, jusqu’à leur fusion complète en un seul aussi gros que la somme des deux composants et dans lequel il n’était plus possible de reconnaitre les éléments des deux individus.—Il est, du reste, à remarquer que soit l’Acfinophrys Sol Ehr., soit l’Actinophrys Eichhornii Ehr. ont une seule vésicule contractile, placée immédiatement sous la surface, de manière à former une forte saillie dans le moment de la diastole *. Les individus en forme de biscuit *, qui résuitent de la fusion de deux Actinophrys, ont naturellement deux vésicules contractiles. Mais en outre on trouve de temps à autre des individus parfaitement sphéroïdaux, qui en possèdent également deux. Il serait fort possible que ces individus-là fussent le résultat d’une conjugaison complétement terminée. Dans tous les cas une conjugaison plus intime que celle qu’admet M. Stein existe très décidément dans la nature. L’été dernier (1855) nous avons trouvé dans la mer du Nord, sur les côtes de Norwège, un grand nombre d’Actinophrys, que nous ne pouvons différencier spécifiquement de PA. So/ Ehr. Les cas de conjugaison de deux et de trois individus étaient des plus fréquents et là aussi nous avons constaté le passage des vacuoles (bols) de M. Dujardin de l’un des individus à l’autre.
C’est là un phénomène tout semblable à celui que M. Alex. Braun * a décrit chez
1. Da gelang es mir bald, dit M. Kôlliker, ohne Mühe, aber mit viel Zeitaufwand in einem Falle zwei anfangs vôllig getrennte Individuen, successiv bis zu ibrer vollständigen Verschmelzung in ein grôsseres einfaches Thier zu verfolgen (Külliker : Das Sonnenthiercheu. — Zeitschr. f. wiss. Zoologie. 4849, p. 207-208).
2. C'est par erreur que M. de Siebold considère le nombre de deux vésicules contractiles comme normal chez l'Act. Sol. (V. Handbuch der vergleichenden Anatomie, p. 22.)
5. C’est sur ces individus en forme de biscuit, résultant de la fusion de deux, que M. Ehrenberg a fondé son Actinophrys difformis (Ehrenberg : Infusionsthiere, PI. XXXE, fig. VIN, 12), comme M. Alex. Braun (Ueber die Erscheinungen der Verjüngung, p. 304) l'a déjà fait remarquer. A en juger par la figure de M. Ehrenberg, il semble mème que ce savant ait eu sous les yeux des individus chez lesquels le degré de fusion était déjà plus avancé que celui qu'indique M. Stein. — L’Actinophrys difformis Dujard. est un rhizopode essentiellement différent de celui de
M. Ebrenberg. Quant à l'Act difformis Perty, c'est la Podophrya fixa Ebr. 4. Braun's Verjüngung, p. 145.
une Palmellacée du genre Palmoglæa. En effet chez les Desmidiacées etles Zygnémacées, la dernière génération d’un eycle végétatif produit une cellule reproductive, qui forme la génération suivante ou génération de transition à un cycle nouveau. Cette cellule est formée par le contenu de deux cellules conjuguées qui se détache de la membrane de ces cellules. La cellule reproductive se forme alors hibrement entre les deux cellules-mères. Chez la Palmoglæa au contraire la dernière génération d'un cycle végétatif passe directement à l’état de cellule reproductive : les deux cellules qui se copulent s’unissent dans leur totalité, c’est-à-dire que non-seulement leurs contenus se mêlent pour former un corps nouveau, mais encore que les membranes elles-mêmes suivent le contenu dans cette fusion. C’est la même chose que lorsque deux gouttes d’eau se rencontrent et n’en forment plus qu’une seule.
Tandis que M. Stein avait fait ces observations sur l’Actinophrys oculata, M. Cohn en fit d’analogues sur l’A. Eichhorni, chez laquelle M. Kôlliker avait constaté déjà auparavant une conjugaison. Pour nous, nous avons revu plusieurs fois le phénomène en question sur ces deux espèces, ainsi que chez l’Actinophrys Sol. M. Cohn' rapporte qu'il trouva un jour une grande quantité d’Actinophrys sous ure Draparnaldia dans le bassin d’un puits artésien à Breslau. Il vit plusieurs fois deux individus voisins se rapprocher lentement l’un de l’autre et leurs rayons s’entrelacer en formant une espèce de réseau. Puis des expansions vésiculaires se développèrent de part et d'autre; ces expansions se confondirent réciproquement ; les deux animaleules finirent par s'aplatir au point de contact et parurent ne plus former qu’un seul corps. M. Cohn ne se prononce pas d’une manière plus claire sur le résultat de la conjugaison. Mais 1l semble cependant, que malgré son parurent À vit aussi une union plus intime que celle que décrit M. Stein, car on ne pourrait dire des figures données par ce dernier, qu’elles ne paraissent représenter qu'un seul corps. Elles représentent bien plutôt plusieurs corps accolés ensemble. Toutefois M. Cohn paraît bien avoir toujours pu reconnaître les éléments de deux individus composants dans le corps résulté de la conjugaison
Bien que M. Stein déclare que la fusion de deux ou plusieurs individus ne concerne
{. Dans un article de M. de Siebold sur la conjugaison du Diplozoon paradomum. Zeitschrift für wiss. Zoolome. LI, p. 266.
ET LES RHIZOPODES. 297 jamais que les parties superficielles et ne touche jamais le vrai foyer de l'individuahité”, il rapporte, lui-même, avoir trouvé fort souvent la substance intermédiaire pleine de vacuoles contenant des aliments. La nourriture s’accumule même, suivant lui, beaucoup plus volontiers dans la commissure que dans le reste des deux corps. Hais il ne dit point comment il interprête ce fait. Il ne dit pas si, au milieu de cet amas de nourriture, il admet une ligne médiane la séparant en deux parties, dont l’une appartiendrait à l’un des mdividus et l’autre à l’autre. Il n’en est certainement pas ainsi. Le chyme cireule librement d’un individu à l’autre. Une des meilleures preuves que dans les conjugaisons en général, l’union des cavités des deux corps est bien réelle, c'est la conjugaison de la Podophrya Pyrum , que nous avons déjà mentionnée ailleurs. L’individu mixte, résulté de cette conjugaison, présentait 8 embryons renfermés dans une seule et même cavité, qui n’appartenait pas moins à l’un qu’à l’autre des individus composants.
Par suite de ses vues sur le peu d'intimité de la conjugaison, M. Stein considère la zygose des Actinophrys comme un fait purement accidentel. Cette opinion résulte aussi en partie de ce que cet observateur refuse à ces Rhizopodes toute espèce de faculté locomotrice. Ge sont donc pour lui des circonstances tout à fait extérieures et fortuites qui amènent deux Actinophrys en contact et occasionnent leur fusion. Ce serait partant la réalisation complète du phénomène dont M: Dujardin regrettait la non-existence, lorsqu'il constatait avec M. Peltier que deux Arcelles se rencontrent sans s'unir. Cependant les Actinophrys sont bien susceptibles de se mouvoir réellement, quoique avec une excessive lenteur et par un mécanisme peu apparent. L'opinion la plus vraisemblable est celle de M. Cohn *, qui prétend que les mouvements des Actinophrys s’opèrent à l’aide des rayons ou pseudopodes que ces animalcules allongent en ligne droite, jusqu’à ce qu’ils rencontrent un point où ils puissent s’agglutiner. Ils raccourcissent alors ces rayons, et , l'extrémité de ceux-ci étant fixée, c’est le corps
‘lui-même qui se trouve mis en mouvement *.
1, Il est vrai que nous ne savons où placer ce foyer, chez un Rhizopode encore moins que chez un infusoire,.