Nom tiré de la mythologie scandinave
traction, la Gerda Glans laisse souvent apercevoir, à son extrémité postérieure, une espèce de petit ombilic saillant. Peut-être cet ombilic est-il destiné à permettre son adhérence aux corps étrangers. C’est ce que nous n’avons pu constater.
Lorsque la Gerda Glans passe à la phase errante, elle se contracte encore davantage, et la différence de largeur entre les deux cylindres que nous venons de mentionner devient beaucoup plus sensible. Ils se présentent alors sous la forme de deux éléments de longue-vue invaginés l’un dans l’autre; seulement, c’est ici la partie antérieure qui est invaginée dans la postérieure. Les stries ou sillons transversaux deviennent en même temps plus évidents sur la partie antérieure, mais la partie postérieure reste lisse (V. Fig. 7). En effet, la partie qui s’étend du péristome au repli de l’invagination est la seule qui se contracte; ce qui est au-dessous n’est pas sensiblement modifié par les mouvements de contraction. Cette partie lisse se munit d’un sillon circulaire transversal qui délimite une sorte de bourrelet situé à l'extrémité toutà-fait postérieure. C’est dans ce sillon que sont implantés les cils de la couronne ciliaire postérieure. — Dans cet état, la Gerda peut se contracter encore davantage (Fig. 8), et sa forme devient alors très-comparable à celle d’un gland. La partie antérieure et fortement contractée paraît reposer sur la partie postérieure comme un gland sur sa cupule. Sous cette forme, l’animal nage librement à travers les eaux, le péristome à l'arrière.
Le disque de l'organe vibratile est très-étroit, et le péristome n’est pas réfléchi. Le vestibule et læsophage forment un canal très-allongé, mais qui, néanmoins, vu la grande longueur de la Gerda Glans ne s'étend guère que dans le tiers antérieur du corps (lanimal étant supposé à l’état d’extension). Le nucléus se présente sous la forme d’un long ruban un peu sinueux, qui, dans la partie postérieure du corps, se recourbe pour former une branche plus ou moins horizontale et sinueuse. Il arrive fréquemment que cette partie du nucléus se sépare du reste et se divise en un certain nombre de corpuscules ovalaires (Fig. 6 et 7), dont les propriétés optiques sont identiques à celles du nucléus. Ces fragments sont, sans aucun doute, le premier signe de la formation des embryons. Lorsque la Gerda se contracte, elle se raccoureit tellement, que le nucléus est obligé de se contourner pour trouver place.
La vésicule contractile de la Gerda Glans n’est point située dans le voisinage du
ET LES RHIZOPODES. 119 vestibule, comme l’est celle de la plupart des Vorticellines, mais elle se trouve dans la partie tout-à-fait postérieure du corps. De cette vésicule part un vaisseau, toujours très-distinet, qui se dirige d’abord horizontalement, où même incline vers l'arrière, pour se recourber bientôt vers la partie antérieure et remonter le long du nucléus jusque dans le voisinage du disque vibratile. Çà et là, on peut apercevoir des ramuscules, extrêmement fins, partant du vaisseau principal. Une fois nous avons vu (Fig. 6) le vaisseau principal, arrivé au niveau de la partie inférieure de l’œsophage, se recourber pour former une branche descendante parallèle à la branche ascendante.
Dans son état d'extension, la Gerda Glans atteint jusqu’à 0,29 de longueur. Nous l'avons rencontrée à plusieurs reprises dans les tourbières de la Bruyère-aux-Jeunes- Filles (Jungfernhaide), près de Berlin. C’est la seule espèce du genre qui nous soit
connue.
2° Genre. — OPHRYDIUM.
Les Ophrydium appartiennent à la subdivision des Vorticellines cuirassées. M. Ehrenberg avait même choisi ce genre comme type de sa famille des Ophrydina, earactérisée par la présence d’une cuirasse. Cependant les Ophrydium sont précisément le seul genre de cette famille qui n’ait pas de véritable cuirasse. La seule espèce connue, l'Ophrydium versatile, forme des masses gélatineuses, colorées en vert, que nous avons souvent trouvées, en grande abondance, dans les marais de Pichelsberg, près de Spandau. M. Ehrenberg admettait que ces masses, dont la grosseur dépasse souvent celle du poing, sont formées par une agglomération de fourreaux gélatimeux. MM. Frantzius' et Stein ne partagent pas la manière de voir de M. Ehrenberg, et ils considèrent la substance gélatineuse comme formant une masse compacte sur laquelle les individus sont implantés, mais dans l’intérieur de laquelle ils ne peuvent jamais se
retirer. Nous ne pouvons que nous ranger à l'avis de ces auteurs, sans toutefois vou- ©
1. Analecta ad Ophrydii versatilis historiam naturalem. Vratislaviæ MDGCCXLIX.
loir contester, comme M. Stein, l’analogie de la masse gélatineuse avec le fourreau
d’une Cothurnia, par exemple.
Chaque Ophrydium est porté par un pédoncule non contractile, qu’on peut poursuivre pendant un certain temps dans l’intérieur de la masse gélatineuse, avec laquelle il finit bientôt par se confondre. M. Frantzius admet que les pédicules se continuent jusqu’au centre de la masse, ce qui n’est pas improbable, bien que nous n’ayons jamais réussi (pas plus que lui-même) à les poursuivre jusque-là. Cet observateur pense, de plus, que, lorsqu'un Ophrydium se divise, la division s'étend aussi au pédoncule. C’est là une manière de voir à laquelle nous ne pouvons pas nous associer. Le pédoncule des Ophrydium n’est certainement pas plus soumis à la division spontanée que celui des autres Vorticellines. Supposé qu'à l’aide de certains réactifs chimiques, on parvint à démontrer dans l’intérieur de la masse gélatineuse des ramifications dichotomiques du pédoncule (et cela est fort probable, bien que cela ne nous ait pas encore réussi), cela ne prouverait point que ce pédoncule soit susceptible de division spontanée. Il est bien plus probable que les choses se passent ici comme chez les Epistylis
etles autres genres à pédoncule ramifié.
M. Stein pense que le pédoncule des Ophrydium n’est qu'un produit artificiel (Kunstproduct), une condensation de la substance de la sphère gélatineuse dans une direction radiaire, condensation qui serait déterminée par les contractions fréquentes de l’animal sur son point d'insertion. Cette opinion se base sur ce que la masse gélatineuse, étant évidemment sécrétée par la partie postérieure du corps, doit être, elle-même, l’analogue du pédoncule des autres Vorticellines. Sans cela, dit-il, origine de cette
substance serait complètement mexplicable.
Sur ce point, nous ne sommes pas d'accord avec M. Stein, et nous croyons que le pédoncule des Ophrydium à une existence anatomique aussi positive que celui des Epistylis. Sans doute le pédoncule et la masse gélatineuse sont tous deux sécrétés par la surface du corps, mais cela n'empêche point qu’ils soient, dès l’origine, distincts lun de l’autre. Nous voyons plusieurs Cothurnies se former en même temps un pédoncule et un fourreau. La masse gélatineuse des Ophrydium est morphologiquement
identique au fourreau des Cothurnies. Pédoncule et fourreau sont sans doute deux pro-
ET LES RHIZOPODES. 194 ductions de même ordre; mais, puisqu'on les distingue chez les Cothurnies, 1] n’y a pas de raison pour les confondre chez les Ophrydium. Nous ne décrirons pas en détail lOphrydium versatile, qui a été suffisamment étudié par MM. Ehrenberg, Frantzius et Stein. (Voyez surtout la figure publiée par ce dernier : Infus., PI. IV, Fig. Il).
8e Genre. — COTHURNIA.
Les Cothurnia sont des Vorticellines cuirassées possédant une véritable coque, fixée aux objets étrangers par sa partie postérieure.
M. Ehrenberg a caractérisé son genre Cothurnia d’une manière un peu différente que nous. Ses Cothurnia sont des Ophrydines à coque ou fourreau pédicellé, ce qui les distingue de ses Vaginicoles, dont la coque est sessile. M. Dujardin, remarquant avec raison que le fourreau de la Vaginicola crystallina Ehr. est souvent porté par un pédoncule très-court, refuse d’admettre le genre Cothurmia de M. Ehrenberg. M. Stein, qui nous à fait connaitre plusieurs Cothurnia nouvelles, appuie également sur le fait que l'existence ou l'absence du pédoncule ne peuvent nullement servir ici à la distinction des genres. Pour ce qui nous concerne, nous avons non seulement trouvé la coque de la Vaginicola crystallina Ehr. portée par un pédoncule très-court, mais encore nous avons vu parfois l’animal muni lui-même d’un pédicule assez long et non contractile | dans l’intérieur de Ha coque. C’est cette variété-là dont M. Eichwald a fait une espèce particulière, sous le nom de Vaginicola pedunculata (3 Nachtrag 2. Infusorienkunde Russlands. — Moscau, 18592, p. 124., PI. VI, Fig. 412), et qu'il considère bien à tort comme un passage au genre Tintinnus. Chez la Cothurnia nodosa, nous avons toujours vu la coque pédicellée, mais l’animal lui-même était tantôt fixé directement au fond de celle-ci, tantôt porté lui-même par un pédicule assez long.
Il est donc impossible de conserver les deux genres Vagiricola et Cothurnia comme ils ont été établis par M. Ehrenberg. Il faut par suite, ou bien rayer complètement le
genre Cothurnia de la nomenclature, comme l’a fait M. Dujardin, et alors il faut changer le nom générique des nombreuses Cothurnies qu'a décrites M. Stein, ou bien il faut restremdre le nom de Vaginicola à la Vaginicola decumbens Ehr., qui s'éloigne suflisamment des autres pour former un genre particulier ; et, dans ce cas, les deux autres espèces de Vagimicoles décrites par M. Ehrenberg deviennent des Cothurnies.
Nous nous sommes décidés pour cette seconde alternative.
ESPÈCES
Parmi les espèces de Cothurnies jusqu'ici décrites, celles qui ont le droit positif
d’être considérées comme des formes indépendantes sont les suivantes :
1. Cothurnia crystallina — Vaginicola crystallina Ehr. Infus., p. 295, PL XXX, Fig. V. — Duj. (Vaginicola). Infus., p. 563, PI. XVI Lis, Fig. VI. — Stein (Vagintcola). Infus., p. 35 et suiv.
2. Cothurnia imberbis Ehr. Infus., p. 297, PI XXX, Fig. VIE — Stein. Infus. p. 89.
3. Cothurnia maritima Ehr. Infus., p. 298, PI. XXX, Fig. VIII. — Stein. Infus., p:122€
mu,
4. Cothurnia Pupa Eichwald: 2er Nachtrag zur Infusorienkunde Russlands, p. 149,
PI. IV, Fig. 24.
9. Cothurnia Astaci Stein, Infus., p. 229, 231, PI. VI, Fig. 20-99.
6. Cothurnia Sieboldii Stein. Infus., p. 229 et suiv., PI. VE, Fig. 47-48.
. Cothurnia curva Stein. Infus., p. 229, PI. VI, Fig. 49.
8. Cothurnia tincta — Vagimicola tincta Ehr. Infus., p. 296, PI. XXX, Fig. IN.
Quatre d’entre elles, savoir : la C. maritima, la C. Pupa, la C. tincta et la C. curva, nous sont complètement inconnues. Les autres sont trop bien connues, grâce surtout aux diligentes observations de M. Stein, pour que nous ayons besoin de nous arrêter à elles. Nous remarquerons seulement, à propos de la Coth. Sieboldii, que nous l’avons trouvée à Berlin, pour ainsi dire, sur chaque écrevisse fluviatile (sur les branchies), ce qui concorde tout-à-fait avec ce que M. Stein dit de la fréquence de cet animal.