‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 71 sur 210 · VI: Famille. — COLPFODINA · texte numérisé non relu

VI: Famille. — COLPFODINA

Les Colpodéens comprennent tous les infusoires ciliés à œæsophage béant et cilié, qui ne possèdent pas de rangée de cirrhes buccaux destinée à conduire les aliments à la bouche.

Cette définition s’écarte beaucoup de celle qu'avait donnée M. Ehrenberg, pour lequel un des caractères principaux des Colpodéens était d’être des Infusoria allotreta, c’est-à-dire des animaux chez lesquels ni la bouche, ni l’anus ne sont à l’une des extrémités du corps. Aussi, pour être conséquent avec son système, ce savant avait-il dû reléguer son Loxodes Bursaria dans la famille des Trachelina, bien que cet animal soit un véritable Paramecium, comme M. Focke le’ démontra en 1836 et comme Otto- Friederich Mueller avait déjà reconnu dans le siècle dernier. Nous verrons, en effet, à propos du genre Paramecium, combien la position de l’anus est ici un caractère peu important pour la distinction des familles.

La famille des Colpodéens de M. Ehrenberg se composait de cinq genres : Colpoda, Paramecium, Amphileptus, Uroleptus et Ophryoglena, dont les deux premiers seuls se retrouvent dans la nôtre. En effet, les Amphileptus n’ont rien à faire avec les Colpodéens, comme nous le montrerons en parlant de la famille des Trachéliens, et les Uroleptus sont des animaux imparfaitement observés, dont les uns sont probablement des Oxytriques et les autres des.Spirostomes. Quant aux Ophryoglènes, elles sont placées, comme nous l'avons vu, sur la limite entre la famille des Bursariens et celle des Colpodéens, et, bien que nous ayons cru devoir les réunir à la première de ces deux familles, nous n’oserions accuser M. Ehrenberg d’avoir méconnu les analogies en les

rapprochant des Paramecium et des Colpoda.

Les genres Gyclidium et Glaucoma, que nous rangeons parmi les Colpodéens, occupaient des places bien différentes dans le système des Polygastriques. M. Ehrenberg, qui n'avait su reconnaître la bouche des Cyclidium, séparait ces infusoires de tous les autres infusoires ciliés, pour en former une famille spéciale de ses Anentera, et les Glaucoma étaient relégués par lui au milieu des Trachelina, une des familles les moins

naturelles de son système.

M. Dujardin assigna pour son compte une place à la plupart de nos Colpodéens dans sa famille des Paraméciens. Celle-ci était singulièrement définie, car ce savant en donne la diagnose suivante : « Animaux à corps mou, flexible, de forme variable, ordinairement oblong et plus ou moins déprimé, pourvu d’un tégument réticulé, lâche, à travers lequel sortent des cils vibratiles nombreux en séries régulières ; — ayant une bouche.» Cette définition est loin d’être Imexacte, mais elle est fort insuffisante, car, sans y Changer une syllabe, M. Dujardin aurait pu l'appliquer à ses familles des Urcéolariens, Bursariens, Trichodiens et Enchélyens. Aussi, la famille des Paraméciens Duj. renferme-t-elle des éléments appartenant à deux types parfaitement hétérogènes, savoir, d’une part, de vrais Colpodéens, comme les Pleuronema, Glaucoma, Kolpoda, Paramecium ‘; et, d'autre part, des Trachéliens, comme les Lacrymaria, Phialina, Amphileptus, Loxophyllum, Chilodon, Holophrya et Prorodon. La famille des Enchélyens de M. Dujardin renferme, en outre, des Colpodéens mal décrits sous les noms d’'Enchelys, Alyscum et Uronema.

La famille des Paramecina de M. Perty est mieux conçue que les familles correspondantes de MM. Ehrenberg et Dujardin, puisqu'elle se compose des genres Ophryoglena, Panophrys (Frontonia Ehr.), Paramecium, Blepharisma (Plagiotoma, pro parte) et Colpoda, dont l’avant-dernier seul trouble bien décidément l'homogénéité du groupe. Quant au genre Pleuronema, M. Perty en forme une famille à part sous le nom d’Aphtonia, famille que nous n’osons conserver à cause du passage évident qu'il y a de cette famille aux Paramecium et aux Colpodes par l’intermédiaire des Gyelidium.

Certains genres de la famille des Colpodéens sont ornés de soies vigoureuses qui,

{. Le genre Panophrys (Frontonia Ebr.) que renferme aussi cette famille est bien voisin de tous ces vrais Colpodéens ; cependant nous avons cru devoir lui assigner de préférence une place à la fin de la famille des Bursaires,

faisant saillie au dehors de la bouche, ont pour fonction de faciliter où même d'opérer l'introduction des aliments dans cette ouverture. On pourrait être tenté de comparer ces organes aux cirrhes buccaux d’autres familles et de rapprocher, par conséquent, ces genres-là (Pleuronema, Cyclidium) de la famille des Bursariens. Toutefois, cette comparaison ne serait pas exacte, car ces soies ne fonctionnent Jamais à la manière de cirrhes vibratiles, et elles sont bien plutôt comparables aux soies qui sont logées dans l’æsophage d’infusoires appartenant à différentes familles (chez certaines Plagiotoma, par exemple). Les Paramecium eux-mêmes ont à l’intérieur de læsophage quelques cils très-vigoureux, parfaitement comparables aux soies des Pleuronema,

mais seulement trop courtes pour faire saillie à l'extérieur.

Répartition des Colpodéens en genres.

{ Pas de soies fâisant saillie hors de la bouche................,......... 1. PARAMECIUNM. INpasdelevres {Un faisceau de soies courtes formant comme une lèvre . SPAS ON EE nd bi déc HP Dore E- Ai DRAC 2%. COLPODA. < membra— Des soiesfaisant a es F :

£ neuses re Des soies isolées et lon- / Pas de faisceau de soies sur le A LES saillie hors de SE LUA Fo Ê = UE gues faisant saillie, COLEMVENCrA IEEE EEE er 5. CYCLIDIUM. a bouche. : RE x à .

S par la partie supé- l Un faisceau de soies sur le côté 3 rieure de la bouche. Ventralss ee tree. 4. PLEURONEMA. | Bouche comprise entre deux lèvres membraneuses continuellement oscillantes. .......... 5. GLAUCOMA.

4% Genre. —.PARAMECIUM.

Les Paramecium sont des infusoires ciliés sur toute leur surface et munis d’une bouche latérale qui n’est munie ni de lèvres membraneuses, ni de soies faisant saillie à l'extérieur. Souvent on voit des faisceaux de cils plus forts s’agiter à l’intérieur de l’œsophage, comme, par exemple, chez le Par. Aurelia, mais ces cils ne sont pas assez longs pour saillir à l'extérieur. Chez plusieurs espèces, la fosse buccale forme un sillon oblique, infundibuliforme, à l'extrémité duquel est situé l’orifice buccal. Les cirrhes

qui tapissent ce sillon, sans être plus vigoureux que.ceux du reste de la surface du

264 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES corps, contribuent plus activement qu'eux à apporter les matières étrangères jusqu'à la bouche".

Le genre Paramecium, dans les limites que nous lui assignons, se trouve renfermer un infusoire que M. Ehrenberg plaçait non seulement dans un autre genre, mais encore dans une famille toute différente. C’est le Par. Bursaria, dont ce savant faisait un Loxodes, quelque minimes que fussent les analogies entre cet animal et le Loxodes Rostrum, auquel il se trouvait accouplé, sans doute à son grand étonnement. L'erreur évidente dans laquelle est tombé M. Ehrenberg relativement au P. Bursaria, a sa cause dans l’importance attachée par cet auteur à la position de l'anus. L'orifice anal est, chez le P. Aurelia, situé sur le côté ventral, tout auprès de la bouche, tandis que chez le P. Bursaria 1 est placé à l'extrémité postérieure. Il n’en fallait pas davantage pour éloigner complètement l’un de l’autre ces deux animaux dans le système des Polygastriques. Or, nous pouvons l’affirmer, cette différence dans la position de l’anus est, dans le cas spécial qui nous occupe, d’une importance fort minime. Rien n’est si peu constant que la place de cet orifice dans le groupe des Colpodéens. Elle présente même une grande variabilité chez les espèces que M. Ehrenberg classait dans son propre genre Paramecium. On peut établir dans le genre Paramecium toute une série d’espèces, dans laquelle on voit l’orifice anal passer graduellement, de la position toute ventrale qu'il affecte chez le P. Aurelia, à la position terminale que nous lui voyons chez le Par. Bursaria. Cette série est la suivante : P. Aurelia, P. Colpoda, P. putrinum, et P. Bursaria. En effet, l’anus qui, chez le P. Aurelia, est placé sur le ventre à une distance à peu près égale entre la bouche et l'extrémité postérieure, recule déjà un peu plus en arrière chez le P. Colpoda. Chez le P. putrinum, 5 n’est plus très-loin d’être

terminal, et enfin chez le P. Bursaria 1 atteint une position exactement terminale.

1. Peut-être pourrait-on avec avantage conserver le nom de Paramecium à ces espèces-là senles (P. Aurelia, P. Bursaria, P. putrinum, P. Colpoda, P. inversum) et réunir les autres dans un genre spécial, auquel on pourrail trausporter le nom de Panophrys, créé par M. Dujardin pour les Frontonia. En effet, la diagnose que ce savant

donne de son genre Panophrys ne s’appliquerait pas mal à ces espèces-là.

ESPÈCES

1° Paramecium Aurelia. Ehr., p. 350. PI. VIE, Fig. 5-6. SYN. Paramecium caudatum. Ebr., p. 351. PI. VIII, Fig. 7.

DiAGNOSE. Corps très-allongé, peu comprimé; sillon buceal oblique, long, étroit et dirigé de gauche à droite; anus environ à égale distance de la bouche et de l'extrémité postérieure ; nucléus ovale; des trichocystes.

Nous n’entrerons pas dans une description détaillée de cette espèce si connue, dont nous avons déjà signalé ailleurs les trichocystes et le faisceau de cils plus longs placés à l'extrémité postérieure. Le P. caudatum Ehr. n’en est certainement pas spécifiquement différent. C’est une simple variété qu’on pourrait même à bon droit con-

sidérer comme la forme typique de l'espèce.

20 Paramecium Bursaria. Focke. Isis, 1836, p. 786. Sn. Loxodes Bursaria. Ebr. Inf., p. 324, PI. XXXIV, Fig. 5. Paramecium versutum. Perty. Zur Kennt., p. 144, PL IV, Fig, 9.

DiAGNOSE. Parameciam peu allongé, déprimé, à sillon extrèmement large dans sa partie antérieure et dirigé de gauche à droite ; anus terminal; nucléus recourbé avec un nucléole adjacent; des trichocystes.

Cette espèce est aussi suflisamment connue, grâce surtout aux travaux errconstanciés que MM. Focke', Cohn et Stein‘ nous ont donnés sur elle. Les figures de M. Stein sont en particulier parfaitement exactes, tandis que celles de M. Cohn renversent la direction du sillon buccal : elles l’indiquent comme allant de Pavant et de la droite à la gauche et l'arrière, tandis qu'il se dirige inversément de la gauche et de l'avant à la droite et l'arrière. — Cette espèce qui, comme lon sait, n’est point toujours verte, mais qui est parfois entièrement incolore, paraît présenter constamment, dans la couche la plus interne de son parenchyme, des granules ronds que M. Ehrenberg considérait comme des œufs. Ce sont ces granules qui se colorent par un dépôt de chlo-

rophylle chez les individus verts, en ne conservant qu'une tache claire en leur centre,

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