‹ Études sur les infusoires et les rhizopodes;Chapitre 96 sur 210 · ANATOMIE ET CLASSIFICATION DES RHIZOPODES · texte numérisé non relu

ANATOMIE ET CLASSIFICATION DES RHIZOPODES

e/rOSCNLORND TS ->

Considérations anatomiques sur les Khizopodes.

Les Rhizopodes ont à juste titre attiré, durant ces dernières années, l'attention d’une foule d’observateurs, et cependant nous devons avouer que, malgré les travaux diligents que nous devons à ceux-ci, nous ne savons que bien peu de chose relativement à la structure de ces singuliers animaux. M. Ehrenberg s’appliqua dans divers travaux, publiés entre les années 1830 et 1840, à décrire chez divers Rhizopodes une organisation compliquée. Il leur attribua en particulier un système digestif construit sur un plan qui n’a pu être constaté par personne depuis lors. Chez les uns, il prétendait trouver de nombreux estomacs unis par un intestin. C'était le cas pour les Amæba, les Arcelles, les DiMugies, dont il faisait de vrais Polygastriques. Chez les autres, il crut retrouver les caractères des Bryozoaires; et, dans son système, il assigna aux Polythalames une place à côté des Flustres et des Alcyonelles.

Quelque précieuses que soient pour la science les observations de M. Ehrenberg sur les Rhizopodes, en particulier sur les Polythalames, on ne peut se dissimuler que ce savant se soit laissé emporter un peu trop loin par des idées préconçues, en ce qui concerne le système digestif de ces animaux. Une exagération quelconque en soulève toujours une opposée. C’est aussi là ce qui eut lieu. M. Ehrenberg trouva un contradicteur ardent dans M. Dujardin, qui, à notre avis, alla, de son côté, trop loin

dans un sens opposé à celui dans lequel M. Ehrenberg s'était fourvoyé. C’est sans

1. Nous abordons de suite cette seconde partie sans traiter l'ordre des énfusoires flagellés, dont nous n'avons fait qu'une étude trop insuflisante, pour pouvoir en entreprendre la réforme avec chances de succès.

aucun doute à M. Dujardin que nous devons les progrès les plus sensibles dans la connaissance des phénomènes vitaux présentés par les Rhizopodes, et son nom restera comme la date d’une ère nouvelle dans lhistoire de ces animaux. Mais cet observateur s’est appliqué à simplifier l’idée qu'il se faisait de la constitution de ces animaux, à un point réellement extraordinaire, tellement qu'il est bien difficile à la raison humaine de se représenter des animaux vivants et doués de fonctions physiologiques variées, tout en restant Confinés dans un degré d'organisation qu’on ose à peine taxer d'organisation véritable. Les idées de M. Dujardin on fait leur chemin dans le monde, parce qu’elles contenaient réellement beaucoup de vrai. Elles ont trouvé de nombreux champions, dont les plus décidés sont MM. Perty et Schultze. Ce dernier s’est tout particulièrement approprié la thécrie de M. Dujardin. Il Fa modifiée, refondue et présentée sous une forme plus simple encore s’il est possible. Il a fait d’une Amœba, par exemple, un simple amas de sarcode, sans différenciation de tissus aucune, ce qui justifie bien l'expression pathétiquement douloureuse de M. Ehrenberg, lorsqu'il s’écrie* que toute la peine qu’il a employée depuis 1830 à bannir de la science la gelée primordiale {der thierische Urschleim) s'est montrée sans effet visà-vis de M. Max Schultze.

M. Perty met, lui, la vie psychique des Rhizopodes bien au-dessous de celle des infusoires. Nous n'avons pas le droit de le contredire, cependant on nous permettra de croire que nos connaissances dans la psychologie de ces animaux ne sont pas beaucoup plus avancées que notre connaissance de leur constitution anatomique!

Les idées de M. Ehrenberg, sur les Rhizopodes, ne trouvant pour ainsi dire plus aucun écho dans le monde savant, nous pourrions les laisser complètement de côté. Mais elles viennent de relever encore la tête, leur auteur les ayant tout récemment défendues de nouveau avec vigueur. D'ailleurs, nous devons à M. Ehrenberg des découvertes si importantes dans l'anatomie des Polythalames, que son nom aura toujours un grand poids dans l’histoire physiologique et anatomique des Rhizopodes. D'autre

part, ses adversaires lui ont souvent donné beau jeu dans ses attaques contre la

1. Ueber den Grünsand und seine Erläuterung des orgarischen Lebens. Berlin, 1856, p. 12%.

Page 1