INFARCTUS DES DIFFÉRENTS VISCÈRES
Voyant que la mort des chiens, que nous opérions de la façon précédente, était trop prompte, nous avons cherché à nous mettre dans des conditions un peu différentes en pensant que nous nous servions peut-être de corps étrangers trop fins et que nous les introduisions par une pression trop forte dans les vaisseaux. En conséquence nous avons pris des graines de tabac (recueillies au Jardin des plantes) dont le diamètre était un peu plus considé -
(1) Hasse, Handbuch der speeiellen Pathologie uncl Thérapie, Erlangen, 1855 redigirt von Virchow , vol. ÎV, lro partie, p. 516.
(2) Lambuscher, Die Pathologie und Thérapie der G ehirn.hr ankheiten, Berlin, 1854, p. 301.
(3) Cohn, Klinik der embolischen Gefâsskrankheiten, Berlin, 1860.
(4) Bergmann, Die Lehre von der Fetten embolie, Dorpat, 1863.
(5) Wagner, Die capillaren Embolie mit Jlussigen Fett. eine Ursache der Pijœmie. Archiv. der Heilkunde, 1862, III.
(6) Handbuch der allgemeinen und speeiellen Chirurgie, red. von Pitha und Billroth, Erlangen, 1865, p. 98.
26 ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
râble que celui des graines que nous avions employées jusqu’alors, nous avons ensuite cherché à nous mettre à l’abri de la pression causée par l’injection.
Nous avons d’abord essayé, mais sans succès, une expérience qui pourrait peut-être réussir sur un animal plus grand que le chien. Elle consistait à introduire directement dans une carotide un certain nombre de graines, par l’intermédiaire d’une collatérale, limitant par deux serres-fines la portion de l’artère carotide dans laquelle nous introduisions les graines. Cette opération est, on le comprend, fort délicate et fort difficile à exécuter sur des artères aussi peu volumineuses que celles du chien. Nous espérions que, après la ligature de la collatérale et après l’ablation des deux serres-fines d’attente, le courant sanguin se rétablissant dans la carotide, entraînerait les graines de tabac et les transporterait dans les artères du cerveau ; mais cette expérience (exp. VI) ne nous donna aucun résultat.
Nous pensâmes alors à faire des injections dans le bout central de la carotide, poussant l'injection dans une direction contraire à celle du courant circulatoire, la graine pouvant ainsi être portée dans les artères cérébrales par l’intermédiaire de l’autre carotide et des artères vertébrales (exp. IX, X, VIII). Nous avons aussi cherché à obtenir le même résultat par une injection poussée dans le bout central de l’artère axillaire (exp. VII), puis dans le bout central d’une crurale en poussant avec force une injection d’eau tenant en suspension une faible quantité de graines qui devaient ainsi monter jusqu’à la crosse de l’aorte et nous donner une obstruction des artères cérébrales (exp. XI).
Ce procédé d’expérimentation avait, en outre, le grand avantage de pouvoir nous donner, en même temps qu’un ramollissement cérébral, des infarctus des dilférents viscères, et de montrer ainsi la similitude de genèse de ces différentes lésions.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
Article 1er- — Détail des expériences.
Voici ces expériences que nous analyserons ensuite.
Exp. VII. Injection de graines de tabac dans V artère axillaire gauche ; infarctus des reins et de la rate ; artères obstruées par des graines de tabac ; urine albumineuse ; mort en trois jours (2 novembre 1865). — Vieux chien de chasse (6 ans environ), grande (aille, très vigoureux.
A trois heures, injection, dans Tarière axillaire gauche (bout central), d’eau (20 grammes environ) tenant en suspension des graines de tabac. Malgré la force d’impulsion, il ne semble pas être pénétré beaucoup de graines, car il en reste beaucoup dans la seringue. Tristesse qui peut tenir à la plaie; emphysème des environs de la plaie.
Pas de phénomènes de paralysie.
Les jours suivants, le chien ne présente aucun symptôme nouveau, mais continue cependant à être triste et abattu ; il se soutient mal sur la jambe gauche antérieure qui a subi l’opération.
5 novembre, mort.
Autopsie. — Cavité crânienne. Rien d'appréciable à l’encéphale.
Cavité thoracique. Poumons sains.
Cœur. Rempli de caillots noirâtres dans lesquels on ne retrouve pas de graines de tabac, non plus que dans l’aorte thoraeique.
Foie. Paraît sain.
Intestin. Pas de lésion.
Rate. A une de ses extrémités, tache rouge brunâtre, boursouflée, dans laquelle le (issu est ramolli (infarctus).
L’examen microscopique y montre des débris du (issu splénique mêlé de leucocytes de la rate ; les éléments spléniques sont dissociés.
Reins . Les deux reins présentent plusieurs infarctus. Après la décortication de ces organes, ces infarctus se présentent comme des taches jaunâtres à la surface de l’organe, tranchant avec la couleur rose du rein ; ils sont bien limités et leurs bords sont formés par une ligne sinueuse; on en distingue plusieurs sur chaque rein. (Voy. pl. 1, fig. 2.)
A la coupe, ils se montrent jaunes dans la substance corticale, et la lésion se prolonge dans la substance médullaire sous forme de cônes dont la base est à la périphérie et le sommet vers le bassinet.
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
Ces cônes sont ronge foncé et occupent surtout les prolongements qui, dans le rein du chien, font saillie dans le bassinet.
Les vaisseaux qui aboutissent à ces infarctus sont trouvés oblitérés très manifestement par une ou plusieurs graines de tabac.
L’apparence que présentent ces infarctus est tout à fait type et rappelle en tous points ceux que l’on rencontre chez l’homme.
L’urine que contient la vessie est assez fortement albumineuse et se teint en verdâtre par l’acide nitrique (particularité d’ailleurs fréquente chez le chien, selon M. Vulpian).
La plaie contient beaucoup de caillots, mais pas de pus.
L’aorte abdominale contient quelques caillots dans lesquels on trouve quelques graines de tabac.
Membres inférieurs sains; pas de traces de mortification. On ne retrouve pas de graines de tabac dans les artères crurales.
L’examen microscopique des infarctus du rein montre que les tubes sont opaques ; l’épithélium est plus foncé et granuleux. L’un de ces infarctus a subi un ramollissement plus considérable que les autres, et est constitué à son centre par une cavité qui logerait une petite noisette, et qui est remplie d’une boue rougeâtre. L’examen microscopique de cette boue la montre composée d’éléments rénaux dissociés. On trouve des débris de tubes fragmentés et opaques, et une foule de corps ovoïdes un peu granuleux qui paraissaient être des leucocytes ; mais ils sont peu distincts et peuvent aussi être des noyaux de cellules épithéliales. A l’œil nu, la boue rougeâtre n’avait pas l’apparence du pus.
Exp. VIÎL Injection de graines de tabac ; bout central de la carotide gauche ; ramollissement général ; infarctus des reins , de la rate , du cœur ; gangrène de l'intestin ; mort rapide 13 novembre (1863). — Jeune chienne de race lévrier, noire, taille moyenne. A trois heures injection dans le bout central de la carotide gauche d’eau tenant en suspension des graines de tabac. Quelques secondes après l’animal pousse des cris et se débat ; détaché, il tombe d’abord dans un grand abattement presque comateux ; il gémit. Mais huit à dix minutes après ces gémissements cessent, l’animal se lève et marche ; il paraît être d’abord faible du train postérieur, mais ces phénomènes cessent bientôt et l’animal marche librement. Pas de tendance hémiplégique, pas de tendance à la rotation.
On s’aperçoit bientôt que l’animal a perdu la vue : il va se heurter contre les objets qu’il rencontre sur son chemin ; il n’évite
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
pas les corps que Ton fait passer vivement devant ses yeux. L’ouïe est conservée ; l’animal se détourne quand on fait du bruit, qu’on le siffle ou qu’on l’appelle.
Pupille gauche plus dilatée que la droite (elles sont contractiles).
L’animal bave beaucoup.
Il est laissé dans cet état à quatre heures un quart.
Le lendemain matin, à neuf ou dix heures, on le trouve mort et déjà froid.
Autopsie. — Cavité crânienne. II sort une assez grande quantité de sang à l’ouverture du crâne.
Artères. Plusieurs graines de tabac se voient sur les branches qui sillonnent les parties latérales et supérieures des hémisphères. Les branches des sylviennes en contiennent. La sylvienne gauche est oblitérée à son point d’élection, c’est-à-dire à la partie externe de l’hémisphère à l’endroit où elle se divise.
A la base, oblitération de la communiquante postérieure gauche, de la cérébrale postérieure et d’une de ses branches. En tout 10 à 15 graines de tabac. A la surface du cerveau, ramollissement rosé de la partie moyenne et d’une portion delà partie postérieure du lobe gauche : ce ramollissement s’étend un peu dans la substance blanche, mais a une consistance assez ferme et n’est pas encore pulpeux. Ramollissement moins étendu de la partie moyenne de l’hémisphère droit, la base du cerveau (corps striés, couches optiques, cervelet) n’offre pas de ramollissement.
Cœur. L’artère coronaire antérieure est oblitérée par plusieurs grains. La pointe du cœur est un peu pâle. Sur une des colonnes de premier ordre du ventricule gaucne, partie supérieure, on retrouve une tache pointillée rouge (infarctus évident).
Foie congestionné.
Rate. Plusieurs infarctus rouges brunâtres et comme tuméfiés, taches pâles dans certaines places.
Reins. Dans chacun d’eux tache pâle de la substance corticale à limite sinueuse et correspondant à des cônes injectés de la substance médullaire. L’un de ces infarctus est ramolli et presque diffluent.
Péritoine. Contient une assez grande quantité de sang.
Intestin (frêle. Dans une étendue assez considérable, l’intestin est très fortement congestionné, d’un rouge foncé, ramolli et prêt à tomber en gangrène ; en un point il y a même quelques phlyctènes; on n’a pas cependant trouvé de perforation. Cette imbibition de sang et celte perte de consistance comprennent toute l’épaisseur de l’intestin.
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
Le mésentère adhérent à ces parties est sillonné de vaisseaux très injectés en un point qui correspond à l’anse intestinale la plus avancée dans sa mortification ; plusieurs de ces vaisseaux sont rompus et ont laissé échapper le sang qui s’est répandu dans le péritoine.
On retrouve des graines de tabac dans les artères qui correspondent aux parties mortifiées. Dans une arlère qui correspond à un point non mortifié, on retrouve des grains de tabac ; mais à sa circonférence cette arlère est richement anastomosée avec les branches voisines, l’oblitération n’avait pas pénétré assez loin pour amener l’arrêt de la circulation qui s’est rétablie par les collatérales et a empêché la gangrène.
Membres. Rien.
Aorte. Contient quelques graines de tabac, mais pas de caillots.
Exp. IX. Injection de graines de tabac dans V artère carotide droite ( bout central); ramollissement du cerveau (avec corps granuleux), infarctus de la raie , des reins avec incrustations de carbonate de chaux; rien à la moelle; animal sacrifié au bout de dix jours (31 octobre 1865). — Jeune chien lévrier, taille moyenne. A trois heures, injection dans le bout central delà carotide droite, d’environ 20 grammes d’eau tenant en suspension des graines de tabac (quantité peu considérable). Délié, l’animai ne présente pas de symptôme bien précis, sauf un peu de tristesse. De plus, il se tient un peu bossu, comme s’il soutirait des reins ; ce symptôme n’a cependant pas de durée, et le chien marche bien.
A trois heures vingt minutes, le chien, sans cause appréciable, s’affaisse sur son train postérieur et tombe à terre, puis se relève, fait quelques pas dans la chambre et tombe de nouveau comme s’il éprouvait une faiblesse des membres postérieurs. Ce phénomène est passager, et bientôt le chien semble marcher comme avant l’opération, sans présenter de symptômes de paralysie appréciable. Aucun symptôme cérébral.
2 novembre. L’animal est bien portant, marche bien, pas de tristesse ; il mange et boit bien.
9 novembre. Pas de phénomène appréciable ; le chien mange bien et est fort gai.
Le 10 novembre, l’animal ne présentant aucun trouble nouveau appréciable, nous le sacrifions.
Autopsie. — Abdomen. Foie sain.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
Intestin. Idem.
Les reins présentent chacun à leur surface plusieurs taches jaunâtres tranchant par leur couleur avec la coloration normale du rein. Ces taches sont limitées par des bords très irrégulièrement sinueux. La surface du rein à ce niveau présente une dépression froncée comme un début de cicatrice. La substance qui constitue ces parties jaunes est indurée et résiste à la coupe. Ces parties correspondent à des artères oblitérées par des graines de tabac. La partie jaune n’intéresse que la substance corticale, et sa prolongation dans la substance médullaire est formée par une espèce de cône rouge foncé qui se prolonge jusqu’au bassinet (dans la partie qui fait saillie dans le bassinet).
La substance rénale qui entoure l’un de ces infarctus qui est resté jaune et dur, est constituée par une sorte de bouillie jaunâtre mêlée par places de stries rouges et de taches ecchymotiques, et qui est constituée en grande partie par du véritable pus, situé soit dans la substance corticale, soit dans la médullaire. (Voy. pl. I, lig. 1.)
L’examen microscopique des parties jaunes fait découvrir des tubes épais, noirâtres, qui contiennent pour la plupart à leur intérieur des granulations graisseuses. Dans quelques-uns même ces granulations ont atteint un très grand volume. Les gloinérules qui sont à ce niveau sont aussi infiltrés de graisse. En outre, ces tubes paraissent être d’un diamètre moins considérable que celui des tubes sains, et ils sont séparés les uns des autres par du (issu conjonctif de nouvelle formation, et qu’on ne retrouve pas dans les parties saines où les tubes se touchent presque. (Voy. pl. S, fig. 4 et 5.)
Dans la substance médullaire injectée on retrouve un grand nombre de tubes normaux ; d’autres ont subi une dégénérescence graisseuse ; d’autres paraissent être imbibés de sang.
La portion suppurée contient des éléments de pus manifestes ; leucocytes et granulations pyoïdes et graisseuses.
La rate présente deux grandes plaques, situées â chaque extrémité de l’organe, le tissu y est induré ; on remarque en outre â la surlace une multitude de petits points pâles jaunâtres, disséminés surtout à la partie moyenne de l’organe, et du volume de grains de millet.
Les branches terminales de l’artère splénique contiennent des grains de tabac.
Le cerveau présente â la parlie interne du lobe postérieur gauche, près de la scissure interhémisphérique, un petit foyer de ramollissement rosé, de la grandeur d’un gros pois, dans lequel on retrouve
32 ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
des corps granuleux (Voy. pl. III, fig. 6); quelques graines de tabac sont disséminées dans les artères des méninges, mais pas dans la sylvienne. On n’a pas bien pu déterminer l’artère qui correspondait au ramollissement, le cerveau ayant été coupé.
Moelle épinière saine.
N. B. Un examen un peu plus soigné des reins nous donne les particularités suivantes :
Les parties jaunes indurées crient un peu sous le scalpel, et au microscope ces tubes sont remplis de petites granulations en masses qui semblent moins réfringentes que les granulations graisseuses. L’addition d’acide sulfurique les fait disparaître complètement, et cela se fait avec effervescence ; il se forme alors des cristaux de sulfate de chaux. (Voy. pl. I, fig. 3.) L’addition d’acide tartrique donne aussi de l’effervescence et des cristaux de tartrate de chaux.
Le même phénomène de cristallisation se produit avec l’acide acétique, on obtient de petits cristaux assez analogues à ceux de sulfate de chaux, probablement d’acétate de chaux.
L’addition de la soude caustique éclaircit la préparation, mais ne fait pas disparaître les granulations.
Ces granulations sont donc des dépôts de carbonate de chaux.
Les réactions ne se produisent point sur les parties saines du rein; ces accumulations calcaires sont donc localisées dans les infarctus.
Exp. X. Injection de graines de tabac dans le bout central de la carotide ; infarctus de plusieurs viscères ; animal sacrifié après sept jours. — Jeune chien de taille moyenne. Le 16 octobre nous lui avions fait dans la carotide gauche (bout périphérique) une injection d’eau tenant en suspension des graines de tabac, mais la canule s’étant bouchée, aucun effet n’avait été produit.
Le 18 octobre le chien est bien portant ; sa plaie est rouverte et nous plaçons dans le bout central de la carotide gauche une canule. Nous injectons une petite quantité d’eau tenant en suspension des graines de tabac. Le résultat immédiat que nous voulions produire (passage des graines dans l’autre carotide) fut nul, aucun symptôme cérébral ne se montra, mais l’animal parut souffrir; il n’étendait pas bien son corps et fléchissait volontiers sa colonne vertébrale, se tenant comme bossu. Ces symptômes ne durèrent cependant pas, et l’animal n’offrit pas de phénomènes bien saillants, si ce n’est de la tristesse et une apparence de malaise général que nous attribuions à sa plaie ou à des désordres viscéraux.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
Il resta dans ce même état de maladie vague, sans présenter de symptômes cérébraux ni médullaires jusqu’au 23 octobre. Ce jour-là, nous le pendîmes et fîmes immédiatement l’autopsie.
Cavité crânienne. Rien de particulier, si ce n’est l’injection due à la pendaison.
Cerveau. Rien.
Poumons. Collapsus pulmonaire du poumon gauche.
Cœur sain.
Rate présente à chacune de ses extrémités un infarctus très manifeste, de la grosseur d’une petite noisette environ ; la substance à ce niveau est plus pâle que dans le reste de l’organe et fait une saillie. On ne trouve pas l’oblitération artérielle.
Foie. En plusieurs endroits taches pâles disséminées, mal limitées, et présentant à leur centre un pointillé rouge et atteignant la dimension d’environ un franc (infarctus probables).
Reins. Sont surtout remarquables ; ils présentent plusieurs infarctus très étendus, rouges au centre et entourés d’un cercle jaunâtre ; la mortification s’étend dans la profondeur de l’organe, et atteint jusqu à la substance médullaire en certains points. Les artères sont ouvertes avec soin, et l’on trouve trois petites branches qui se rendent à des portions de l’organe affectées d’infarctus, oblitérées par des graines de tabac. Ces branches secondaires ont un diamètre d’environ un tiers de millimètre.
L'examen microscopique montre que les parties jaunâtres sont remplies de graisse, les tubes obscurs noirâtres présentent à leur intérieur de nombreuses granulations graisseuses volumineuses qui remplissent les tubuli. Les lubuli des parties saines sont aussi examinés et présentent une tout autre apparence, on retrouve aussi, il est vrai, de fines granulations graisseuses, qui existent souvent chez le chien à l’état normal, mais ces tubes sont transparents, on n’y retrouve pas les grosses granulations que contiennent les tubes malades ; ils n’offrent en un mot rien d’analogue.
Membres n’offrent pas de points gangrenés. intestin. On n’y a pas retrouvé d’infarctus.
Exp. XL Injection de graines de tabac dans les crurales , infarctus du foie , de la rate, des reins ; gangrène de l'intestin grêle ; graines retrouvées dans les branches correspondant à ces lésions ; mort rapide (3 novembre 18G5). — Chienne épagneule de taille moyenne, âgée d’environ 2 ans.
Cotard. Maladies mentales.
34 ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
Le 3 novembre, à trois heures, injection dans l’artère crurale droite (bout central) d’eau tenant en suspension une minime proportion de graines de tabac, dans le but-d’obtenir des infarctus et un ramollissement; mais l’artère se rompit, et nous crûmes que l’expérience avait échoué.
Nous la répétons immédiatement sur la crurale gauche, accident analogue ; la canule sort de l’artère et nous avons une assez forte hémorragie, que nous arrêtons bientôt par la ligature de l’artère. Les plaies sont recousues, l’animal ne présente pas d’autres phénomènes que de la tristesse et de rabattement.
Le lendemain (midi) il était mort, et l’on trouva auprès de lui du liquide sanguinolent qui prouvait une hémorragie.
Autopsie. — Cerveau et moelle épinière , aucune lésion.
Cavité thoracique. Poumons sains.
Cœur. Caillots noirâtres dans lesquels nous ne retrouvons pas de graines de tabac.
L 'aorte offre aussi quelques caillots peu volumineux, mais nous n’y voyons pas de graines.
Cavité abdominale. Foie. Présente en plusieurs endroits des taches blanchâtres, pâles, tranchant avec la rougeur du reste de l’organe, mais pas de désorganisation bien avancée du tissu de l’organe.
Dans une des branches de l’artère hépatique deux ou trois graines de tabac.
Rate. Plaques blanchâtres par places et taches rougeâtres comme ecchymotiques dans leur voisinage.
Dans une des branches de la splénique, plusieurs graines de tabac.
Intestin. Dans la cavité péritonéale on aperçoit immédiatement une espèce de magma de matières compactes, sortes de caillots mêlés à d’autres substances (matières intestinales et débris de sphacèle). En nettoyant ces caillots, il est facile de découvrir une anse intestinale qui est complètement réduite en bouillie dans une étendue de 4 à 5 centimètres, verdâtre et brunâtre, mêlée de sang, et qui offre une légère odeur de sphacèle. L’intestin est enlevé, et l’on trouve en d’autres places des altérations analogues, mais pas aussi avancées que la précédente, et caractérisées par des plaques rougeâtres de l’intestin qui a perdu â ce niveau sa consistance, et se déchire plus facilement. Ces altérations affectent plusieurs anses de l’intestin grêle, et sont séparées par des parties intestinales saines.
Le mésentère qui correspond â ces lésions est très injecté, et sillonné de traînées rouges qui suivent le trajet des vaisseaux. A ce niveau le tissu est notablement épaissi.
Plusieurs petites branches de la mésentérique sont ouvertes (celles qui correspondent à ces lésions nécrobiotiques), nous retrouvons dans presque toutes des graines de tabac, et surtout dans celles qui se trouvent au niveau de l’anse intestinale mortifiée.
Reins. Leur surface présente des taches sales et des portions injectées et ramollies. A l’extrémité de l’un d’eux en particulier on retrouve une partie ramollie et presque réduite en bouillie brun rougeâtre, infiltrée de sang. Les branches de l’artère rénale ouvertes montrent des obstructions par des graines de tabac dans les branches qui correspondent à ces infarctus hémorragiques. Les branches qui correspondent aux parties saines du rein sont, au contraire, parfaitement libres d’oblitération.
Nous avons été assez heureux pour obtenir expérimentalement une plaque jaune, sur un chien qui avait survécu à l’injection de graines de tabac dans la carotide. Nous croyons cette expérience assez importante et assez intéressante pour la publier in extenso.
Exp. XI L Injection de graines de tabac dans la carotide gauche (bout central); cris , tristesse ; pas de paralysie ; animal sacrifié au bout de trente-neuf jours; ancien foyer de ramollissement (plaque jaune) des circonvolutions de l'hémisphère droit. — Le 15 janvier 1866 nous avons injecté, dans le bout central de la carotide gauche d’un chien épagneul adulte de grande taille, de l’eau tenant en suspension des graines de tabac; fort peu de graines durent pénétrer, car la canule de la seringue fut oblitérée, néanmoins l’animal poussa un cri au moment de l’injection. 11 ne se manifesta pas de symptômes de paralysie, mais l’animal resta triste et abattu. La plaie se cicatrisa; le chien continua à être triste, il était difficile de le faire sortir de son chenil : pas d’albuminurie.
23 février. Aucun symptôme nouveau ne s’étant manifesté, nous sacrifions l’animal par décapitation.
Autopsie. — Cavité crânienne. Pas d’altération des téguments, des os du crâne ni de la dure-mère.
Cerveau. A la partie externe du lobe moyen droit et suivant la direction de la scissure de Sylvius en remontant jusqu’à 1/2 centimètre environ de la scissure interhémisphérique, existe une plaque d’une longueur d’environ 3 à 4 centimètres, et d’une largeur variant entre 2 et 15 millimètres. Celle plaque est rétractée, elle forme une
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
dépression à la surface du cerveau ; jaunâtre par place, elle offre une teinte opaline dans quelques endroits. Le tissu qui la constitue est plus résistant que les parties saines du cerveau; on aperçoit à l’œil une trame vasculaire qui la recouvre. Les membranes d’enveloppe enlevées, on aperçoit la substance cérébrale, d’une coloration jaune ocré, qui était masquée par l'état opalin des membranes. Cette altération, qui rappelle en tous points les plaques jaunes des circonvolutions, ne s’étend que peu en profondeur, ne dépasse que dans quelques points la substance grise.
L’artère sylvienne droite est oblitérée par quelques graines de tabac qui se sont accumulées surtout à la partie inférieure du foyer; on retrouve encore quelques graines dans la cérébrale antérieure droite, et une dans une petite branche de la sylvienne, qui se rend au foyer.
Examen microscopique. On constate dans le tissu qui constitue la plaque jaune, une très grande accumulation de granulations graisseuses disséminées, un grand nombre de gros corps granuleux, plus abondants dans le voisinage des petits vaisseaux ; quelques granir lalions jaunâtres d’hématosine et des débris de tubes nerveux.
Les vaisseaux sont pour la plupart chargés de granulations ; quelques petits vaisseaux offrent aussi des granulations accumulées dans leur tunique môme ; ils sont très chargés de noyaux.
On trouve en outre entre les vaisseaux une trame de tissu cellulaire, qui devient manifeste par l’addition d’un peu d’acide acétique.
En somme, on peut dire que la substance nerveuse a en grande partie disparu, et qu’il reste surtout des vaisseaux nombreux chargés de noyaux unis par une trame de tissu cellulaire à noyaux, et entremêlé de granulations graisseuses et de gros corps granuleux.
Les parties blanches voisines du foyer offraient aussi quelques corps granuleux moins abondants et réunis surtout au voisinage des vaisseaux.
Rien dans les autres parties de l’encéphale.
Moelle. On n’y a pas constaté d'atrophie descendante, non plus que dans la pyramide antérieure droite, soit à l’examen à l’œil nu, soit à l’examen microscopique.
Autres organes sains ; pas d’infarctus.
Voici une expérience qui offre un exemple remarquable de rapide formation de corps granuleux.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
Exp. XIII. Injection de graines de tabac dans la carotide droite (bout périphérique) ; méningite suppurée ; ramollissement rouge du corps strié droit avec corps granuleux; capillaires granuleux et anèvrysmatiques . Mort au bout de trois jours (8 janvier 1866). — Chien de grande taille, déjà vieux.
Le 8 janvier nous poussons dans le bout phériphérique de la carotide droite une injection d’eau chargée de graines de tabac. Au moment de l’injection, l’animal pousse un cri. Pas d’autres symptômes ; pas de paralysie appréciable.
Les jours suivants, le chien est triste, abattu, mais n’offre aucun symptôme de paralysie.
Le 11 janvier. Coma. Mort dans la soirée.
Autopsie. — Au niveau de la plaie, collection purulente considérable, avec lusée purulente du côté de la tête.
Cavité crânienne. La moitié droite de la dure mère étant ouverte on trouve une accumulation de pus tapissant la face convexe de l’hémisphère et s’étendant jusque dans le canal rachidien. Cette méningite était sans doute due à une inflammation de voisinage produite par l’abcès du cou.
Cerveau. Pas de ramollissement manifeste à la périphérie, les artères contiennent des graines de tabac répandues çà et là : on en trouve en particulier une forte accumulation dans la sylvienne droite.
Le corps strié droit présente, dans son noyau intra-ventriculaire, un petit foyer de ramollissement rouge atteignant les dimensions d’un pois.
L’examen microscopique y fait découvrir une grande quantité de corps granuleux et de granulations graisseuses libres, ainsi que des débris d’éléments nerveux.
La plupart des capillaires sont notablement altérés; les uns présentent une accumulation considérable de corps granuleux et de granulations graisseuses le long de leurs parois, dans quelques-uns on peut apercevoir que la paroi elle-même est granuleuse ; d’autres capillaires moins nombreux sont gorgés de sang et présentent par places une infiltration sanguine de leurs parois, tout à fait semblable à l’anévrisme disséquant que l’on observe dans le ramollissement rouge de l'homme.
Ces altérations sont nettement limitées au foyer du corps strié droit; le reste de l’encéphale et notamment le corps strié gauche ont été soigneusement examinés : on n’y a trouvé aucune altération, les capillaires étaient remarquablement sains.
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
Voici le résumé d’une expérience dans laquelle l’hyperémie consécutive aux oblitérations artérielles, s’est montrée avec une netteté encore plus grande que dans les expériences publiées plus haut.
Exp. XIV. Injection de graines de tabac dans le bout central de la carotide gauche; ramollissement cérébral; infarctus multiples de la rate, des reins , de l'intestin, des poumons. — Chien adulte de taille moyenne.
Le 22 mars 1806, à trois heures de l'après-midi, nous injectons dans le bout central de la carotide gauche environ 20 grammes d’eau tenant en suspension des graines de tabac. L’animal se débat et pousse un cri; on constate qu’il ne peut plus se tenir debout ; il remue cependant les pattes qui ne peuvent le soutenir. La faiblesse est surtout prononcée dans le train postérieur. Mouvements réflexes quand on marche sur les pattes postérieures. Pas de symptômes nets d'hémiplégie, pas de phénomènes de rotation.
L’animal reste triste et abattu ; le lendemain 23 mars, nous le trouvons dans le coma de l’agonie et il meurt dans la soirée.
Autopsic. — Cavité crânienne. L’artère sylvienne droite contient une forte accumulation de graines de tabac. 11 en est de meme du tronc basilaire, surtout dans la portion qui précède sa bifurcation.
Cerveau. L’hémisphère droit présente une mollesse remarquable; il s’affaisse sur sa base ; sa surface présente une assez forte injection. A la coupe le tissu est mou, un peu diffluent, rosé par places, blanchâtre dans d’autres. Ce ramollissement s’étend dans le centre blanc, mais n'atteint pas le ventricule latéral. Les parties profondes (corps striés, couches optiques) sont saines.
L’examen microscopique montre des débris de tubes nerveux, non granuleux, et une foule de granulations graisseuses disséminées, mais pas encore de corps granuleux. Les vaisseaux capillaires sont gorgés de sang, mais on n’y a pas trouvé d’anévrisme disséquant ; en quelques points ils présentent des dilatations manifestes.
Moelle. Non examinée.
Poumons. Quelques taches apoplectiques sont disséminées à la surface des poumons. L’oblitération des artères bronchiques n’a pu être suffisamment recherchée.
Foie. Très congestionné. Pas d’infarctus bien limité. *
Rate. Présente quatre ou cinq infarctus séparés les uns des autres
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
par des parties saines, se présentant sous l’aspect de plaques saillantes, molles, de coloration violacée, tranchant sur les parties saines qui sont d’une teinte plus claire et plus rose. Ces infarctus, qui rappellent exactement ceux que nous avons vus se produire sous nos yeux dans une précédente expérience où nous avions préalablement ouvert le ventre de l’animal, correspondent à des branches de l’artère splénique oblitérées par des graines de tabac. Les branches artérielles qui se rendent aux parties saines ne sont pas oblitérées.
Reins . Présentent tous les deux des infarctus ramollis correspondant à des oblitérations artérielles.
Intestin. Deux anses intestinales sont fortement injectées de coloration brunâtre et violacée ; leurs parois sont friables et manifestement ramollies par places. Les artères correspondantes sont oblitérées.
Plusieurs ganglions mésentériques sont rouges et tuméfiés ; l’un d’eux présente un peu de ramollissement.
Cette expérience nous a paru intéressante en ce qu’elle a montré avec la plus grande netteté dans le cerveau, dans la rate, dans l’intestin, cette hyperémie qui se produit au début dans les infarctus et consécutivement à l’oblitération artérielle. Cette hyperémie nous paraît difficile à expliquer, mais nous croyons que la constatation du fait n’est pas sans importance ; car nous sommes en droit d’en conclure que, consécutivement aux oblitérations artérielles, il peut se produire secondairement de l’hyperémie avec tuméfaction du tissu, altérations que l’on rattachait habituellement à un processus inflammatoire (ramollissement rouge du cerveau), et qui cependant n’a rien de commun avec les phénomènes phlegmasiques.
Article II. — Analyse de ces expériences.
Rarement, comme on peut le voir par la lecture de ces expériences, nous avons pu obtenir l’oblitération des artères cérébrales; l injection se portait dans l’aorte descendante, et ne donnait lieu qu’à des infarctus des viscères abdominaux. Cepcn-
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
dant deux fois (exp. VIII, IX) nous avons été assez heureux pour obtenir cette simultanéité de lésions. Cette preuve nous suffit pleinement, et les autres expériences nous ont permis d’étudier la formation des infarctus viscéraux et de la comparer à celle du ramollissement cérébral.
Quand l’injection était faible, les symptômes immédiats observés étaient fort peu sensibles, et les lésions anatomiques se sont bornées souvent dans cès cas à des infarctus des reins ; quelquefois l’animal semblait éprouver dans les premières heures des douleurs dans la région lombaire ; deux fois nous avons remarqué qu'il se tenait comme bossu, était triste et semblait souffrir en marchant (exp. IX, X). Pouvait-on attribuer cette attitude et cette tristesse à des lésions viscérales, ou étaient-elles le résultat de l’opération et de la souffrance causée par les liens constricteurs employés pour le maintenir ? C’est ce que nous ne pouvons décider.
Dans plusieurs cas, les accidents furent plus considérables, l’animal se débattit, poussa des cris, tomba bientôt dans l’abattement et mourut ; il existait alors des lésions viscérales graves, comme nous le vîmes à l’autopsie.
L’albuminurie a été signalée comme un résultat des infarctus des reins; nous n’avons pas fait pendant la vie des recherches à cet égard ; mais dans une autopsie faite (exp. VII) dix heures environ après la mort, l’urine contenue dans la vessie était très albumineuse. 11 est vrai que la constatation post mortem d’urines albumineuses n’offre pas autant de valeur que si ce symptôme avait été signalé pendant la vie.
Quant aux lésions que nous avons trouvées à l’autopsie, elles sont variées, mais dans tous les cas nous avons retrouvé des infarctus de la rate et des reins, ce qui explique la fréquence de cette lésion chez l’homme par rapport aux autres organes.
Passons en revue ces lésions trouvées dans les divers organes.
Cerveau. — Dans les cinq expériences de cette deuxième série, deux fois seulement des graines de tabac ont pénétré dans les
artères cérébrales et ont déterminé le ramollissement du cerveau. Dans l’expérience YIIÏ, la mort a été rapide; le ramollissement était rosé, la substance cérébrale encore assez consistante. Les lésions présentaient, en un mot, une parfaite identité avec celles que nous avons observées après l’injection de graines de tabac dans le bout périphérique d’une carotide quand la mort était rapide. Dans l’expérience IX, nous avons obtenu ce que nous recherchions ; l’animal a survécu à l’expérience, et nous l’avons sacrifié au bout de dix jours ; chez cet animal existait un foyer de ramollissement rouge framboisé, dans lequel on retrouvait une grande quantité de granulations graisseuses et de corps granuleux.
Cœur. — Dans un cas (exp. VIII) nous avons trouvé l’artère coronaire antérieure oblitérée par des graines de tabac, et sur une des colonnes charnues du ventricule gauche se trouvait une tache rosée, comme ecehymotique (infarctus). Les fibres musculaires ne nous ont pas paru altérées à ce niveau, la lésion était d’ailleurs très légère. La pointe du cœur était un peu pale. Des altérations analogues ont déjà été signalées par M. Panum (1) ainsi que par M. O. Weber (2) à la suite d’injections de pus dans les veines. Le pus, d’après cet auteur, pourrait passera travers les capillaires pulmonaires dans les veines pulmonaires, et de là être lancé dans la circulation artérielle et y amener des coagulations et des phénomènes métastatiques ; opinion qui a déjà été avancée par A. Schmidt (3) et par quelques autres auteurs.
Foie. — Nous y avons rencontré aussi quelques exemples d’infarctus mais à un degré peu avancé ; ils étaient caractérisés par des taches pâles présentant par places et à leur circonférence un pointillé rouge. L’organe était dans ces cas assez généralement congestionné. Nous avons retrouvé des oblitérations dans les branches de l’artère hépatique (exp. X, XI).
(1) Panum, ouvr. cit., p. 89 et 99, exp. I et Y.
(2) Weber, ouvr. cit., p. 86 et suiv.
(3) Dubois und Reichert’s, Archiv 1861.
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
. Rate. — Dans presque toutes nos expériences la rate nous a présenté un ou plusieurs infarctus. Quand la mort était survenue promptement, les infarctus étaient formés par des taches de coloration rouge brunâtre, faisant saillie à la surface de l’organe et présentant des bords nettement limités; à la coupe, la substance splénique offrait un ramollissement manifeste (exp. VU, VIII, X, XI).
Nous avons retrouvé chaque fois que nous l’avons recherché les branches des artères spléniques correspondant à ces parties oblitérées par des graines.
L’examen microscopique des lésions de la rate est très difficile vu le peu de consistance de l’organe et vu la forme peu déterminée de ses éléments, aussi ne nous a-t-il rien fourni d'intéressant à signaler.
Quand la lésion était plus ancienne (exp. IX), les parties frappées d’infarctus étaient plus blanches, plus indurées et présentaient même une certaine rétraction.
Intestin. — Deux fois nous avons pu observer une gangrène de l'intestin grêle très étendue dans un cas (exp. VIII) et assez avancée dans un autre (exp. XI) pour avoir causé la perforation de l'organe. Dans l’expérience VIII l'intestin rouge brunâtre offrait un tissu mou, facile à déchirer ; tout indiquait une gangrène imminente. Dans ces cas le péritoine contenait du sang et du putrilage, les vaisseaux mésentériques très visibles étaient très injectés et avaient même laissé transsuder par places du sang qui formait des caillots allongés accumulés le long de ces vaisseaux. C’était évidemment là la cause de l’hémorragie péritonéale. Celte gangrène a été très probablement la cause de la mort dans ces deux expériences.
Membres. — Nous n'avons point eu de cas de gangrène des membres.
Moelle épinière. — Le plus souvent aucun symptôme médullaire ne s’étant manifesté pendant la vie, nous avons négligé d’ouvrir le canal rachidien, opération longue et difficile.
Cependant dans un cas (exp. IX) où l’animal avait présenté au début quelques symptômes de paraplégie peu précis, pouvant peut-être se rapprocher de la claudication intermittente, nous avons examiné la moelle qui était parfaitement saine. En se reportant à l’observation II on verra que nous avions observé chez un lapin un ramollissement peu certain, il est vrai, de la moelle. M. Panum en cite d’ailleurs plusieurs exemples, et M. Vulpian (1) a eu l’occasion d’en observer un chez un chien mort vingt heures après une injection chargée de poudre de lycopode faite dans le bout central de l’artère crurale.
Reins. — Ce sont ces organes qui nous ont donné les lésions les plus remarquables et les plus fréquentes ; car dans toutes les expériences de cette seconde série les reins présentaient des infarctus.
Nous devons d’abord dire que dans tous les cas nous avons trouvé une oblitération de l’artériole correspondant à l’infarctus. Quand la proportion des graines qui avaient pénétré dans ces artérioles était peu considérable, nous n’en avons pas trouvé dans les grosses branches de l’artère rénale, mais elles avaient été se loger dans les petits rameaux et ordinairement à l’endroit où ces rameaux pénètrent dans la substance corticale.
Le moyen le plus simple de trouver l’oblitération est de faire d’abord une coupe de l’organe de manière à le diviser en deux moitiés et à ouvrir le bassinet ; cela fait, la portion de l’organe qui fait saillie dans le bassinet est sectionnée, ainsi que les calices, ce qui permet alors de découvrir l’artère, de suivre son trajet, de la disséquer et de l’ouvrir.
Les graines de tabac sont quelquefois visibles par transparence ; mais quand elles sont logées dans de petites branches il faut une certaine habitude pour les découvrir. Au début de nos recherches nous avions quelquefois une assez grande difficulté à retrouver l’oblitération, mais dans nos dernières expériences
(1) Vulpian, ouvr. eit., p. 13.
en suivant le procédé que nous indiquons ci-dessus, nous y arrivions facilement. C’est là un fait sur lequel nous devons attirer l’attention et qui démontre que la recherche d’une oblitération artérielle n’est pas toujours une chose très simple et que souvent l’oblitération peut échapper si la recherche n’est pas minutieuse. Bien des cas pathologiques doivent donc par analogie être rapprochés de ceux dans lesquels l’oblitération vasculaire a été démontrée, lors même que l’oblitération n’y a pas été trouvée, car elle peut quelquefois échapper même à un œil exercé.
Les infarctus des reins sont surtout manifestes quand on décortique l’organe. Ce soin préalable est nécessaire, quoique la lésion apparaisse déjà par transparence au travers de la capsule de Glisson.
Quand la mort de l’animal est survenue peu de temps après l’injection, nous avons trouvé sur l’organe décortiqué des taches pales, présentant des bords sinueux et entourées de parties fortement congestionnées. Quelquefois au centre de la partie se trouvait un piqueté de congestion. A la coupe, la substance rénale offrait au niveau des infarctus une consistance moindre que dans les autres parties de l’organe et même était quelquefois réduite en une sorte de bouillie ; on voyait en outre à la coupe les pyramides correspondant à la partie anémiée de la substance corticale, très fortement injectées et formant des cônes rouges dont la base se dirigeait vers la surface et le sommet vers le bassinet.
L’examen microscopique de ces infarctus récents nous y fit voir des débris de tubes rénaux mélangés de globules sanguins; les tubes ne présentaient pas un nombre de granulations graisseuses plus considérable que ceux du reste de l’organe. Nous trouvions quelquefois quelques tubes isolés remplis de granulations graisseuses ; mais chez le chien cette particularité se retrouve même à l’état sain et ces tubes gras isolés se retrouvaient aussi bien dans la partie saine que dans la partie malade de l’organe.
Quand l’animal survécut plus d’un jour, les altérations rénales
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
devenaient bien plus manifestes. La surface de l’infarctus, au lieu d’être plutôt saillante comme dans le premier cas, était effacée, quelquefois même légèrement excavée, comme si l’organe avait subi un certain degré de rétraction à ce niveau, ce qui se montra surtout évident chez le chien que nous gardâmes dix jours vivant après l’opération (exp. IX). La surface de l’infarctus était alors plus pâle encore que dans les premiers cas et avait pris une coloration jaunâtre qui tranchait avec la couleur du reste de l’organe. A la coupe, on retrouvait encore les cônes injectés entourant l’artère oblitérée.
A l’examen microscopique les tubes étaient opaques, souvent dissociés et remplis de granulations (exp. VII, X). Nous les avions considérées comme graisseuses, mais nous n’avions pas, il est vrai, fait les mêmes recherches que pour les infarctus rénaux obtenus dans l’expérience IX, en sorte que ces granulations pourraient bien n’être pas graisseuses, mais calcaires comme dans l’expérience IX. Nous ne pouvons rien dire de précis à cet égard, car quand nous avons découvert l’incrustation des tubes de l’expérience IX, les reins de nos précédentes expériences avaient macéré dans l’acide chromique et étaient altérés, ce qui nous a permis d’en faire un examen complet.
L’expérience IX nous a présenté, comme nous le disons, une altération assez remarquable, dont nous avons entretenu la Société de biologie dans une précédente communication. La surface de ces infarctus était rétractée, formée d’un tissu dur, criant un peu sous le scapel ; cette partie indurée ne se prolongeait pas en profondeur au delà de la substance corticale. L’examen microscopique de ces parties montrait que les taches et les glomérules étaient remplis de granulations moléculaires demi-transparentes, ou quelquefois de masses amorphes demi-transparentes aussi, dont la réfringence était moindre que celle de la graisse.
En les traitant par la soude caustique, elles ne subissaient aucune modification, ce qui prouvait qu’il ne s’agissait pas de fibrine en voie de régression. En les traitant par des acides, il
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
se produisait une effervescence, les granulations disparaissaient et il se formait de nombreux cristaux de sulfate , de tartrate , d’acétate de chaux, selon que nous avions employé de X acide sulfurique , de V acide tar trique ou de X acide acétique pour déplacer l’acide carbonique. Ces granulations étaient donc composées par du carbonate de chaux.
L’incrustation de sels calcaires dans d'anciens infarctus a déjà été remarquée et nous avons nous-méme eu deux occasions d’en observer à la Salpêtrière depuis notre expérience ; nous avons d’ailleurs présenté à la Société de biologie une note relative à l’un de ces deux cas. Mais d habitude celte altération se rencontre dans les infarctus déjà anciens, et il est assez remarquable dans notre expérience de la trouver dix jours après la production de l’infarctus.
Nous avons trouvé quelquefois des infarctus dans lesquels le tissu rénal était transformé en une bouillie rougeâtre (exp. VII, VIII, XI), on retrouvaità l’examen microscopique dans la plupart de ces cas des débris de tubes, des globules sanguins et des globules pyoïdes. Enfin, dans une de nos expériences (IX) dans laquelle le chien avait survécu dix jours, le foyer contenait du véritable pus. Nous pouvons rapprocher ce fait de l’expérience VI dans laquelle nous avons eu un ramollissement cérébral purulent et nous avons insisté à ce sujet sur la suppuration possible des infarctus, signalée par plusieurs auteurs dans leurs expériences, et que l’on a si rarement, si ce n’est jamais, l'occasion d’observer chez l’homme.
Section II. — De la congestion qui accompagne les infarctus.
Dans les expériences que nous venons de rapporter, notre attention a été vivement appelée sur les phénomènes congestifs qui se produisent consécutivement aux oblitérations artérielles, et qui se sont montrés à nous avec la plus grande netteté.
On admet généralement que lorsqu’une branche artérielle vient
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
à être oblitérée, la partie à laquelle elle se distribue s’anémie et présente par places un piqueté hémorragique semblable à de l’apoplexie capillaire, tandis que tout autour s’établit une forte congestion.
Occupons-nous d’abord de cette congestion périphérique. Elle s’établit en très peu de temps ; chez des chiens qui avaient succombé quatre ou cinq heures après l’opération, elle était déjà intense, existait dans les deux substances du rein(l), et s’accompagnait de tuméfaction.
Lorsque les chiens survivent plus longtemps, cinq ou six jours par exemple, la congestion disparaît d’abord dans la substance corticale ; elle persiste plus longtemps dans la substance médullaire, où elle se présente sous la forme d’un cône vineux qui entoure l’artère oblitérée.
Dans un cas seulement (exp. IX), dix jours après l’opération, un infarctus présentait à sa périphérie une injection considérable avec tuméfaction des deux substances ; mais il s’était formé du pus autour de l’infarctus, et cette congestion était évidemment inflammatoire.
Doit-on considérer aussi la congestion qui se fait au début comme un phénomène inflammatoire, vital, dépendant d’une action vaso-motrice, ou bien n’est-ce qu’un résultat mécanique de l’oblitération artérielle ?
Telles sont, en effet, les deux théories que l’on trouve exposées par les auteurs qui se sont occupés de ce sujet. Ainsi Rokitansky attribue la congestion périphérique, ainsique l’injection de l’infarctus lui-même, à une fluxion collatérale, tandis qu’Oppolzer y voit un processus inflammatoire.
Mais ces auteurs n’ont pas, que nous sachions, appuyé leurs assertions par des expériences ni par des observations bien
(1) Nous avons pris le rein comme type de ces phénomènes, parce qu’ils s’y présentent plus nettement que partout ailleurs. 11 nous semble permis de penser que les troubles circulatoires consécutifs à une oblitération artérielle sont analogues dans les autres organes et dans le cerveau en particulier; nous croyons donc ne pas nous être trop éloignés de notre sujet.
48 ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
concluantes. La théorie de la congestion inflammatoire est fondée sur une analogie entre les parties frappées de nécrobiose et les eschares, et la congestion est assimilée à l’inflammation éliminatrice.
Rokitansky et les auteurs qui admettent la théorie mécanique disent simplement que le sang, ne pouvant plus passer par l’artère oblitérée, fait effort contre les parois de l’artère, dilate les collatérales et se distribue en plus grande abondance au réseau capillaire où elles se terminent, d'où la congestion.
Dans un ouvrage récent, où les phénomènes de la circulation sont étudiés avec soin, M. Weber (1) établit : 1° que lorsqu’une artère est oblitérée, la pression au niveau de la ligature augmente et devient égale à la pression qui existe à l’origine de l’artère ; 2° que lorsqu’un certain nombre de capillaires sont oblitérés, la pression augmente dans l’artère qui s’y distribue et dans les capillaires qui sont restés perméables.
Tels sont aussi les résultats auxquels nous étions arrivés ; mais M. Weber ne cite pas d’expériences, ne donne pas d’explication mécanique qui nous aient paru tout à fait satisfaisantes. Aussi la lecture de son article ne nous a pas empêché de publier les recherches qui nous avaient conduit aux mêmes conclusions.
Rappelons d’abord deux théorèmes d’hydrodynamique sur lesquels repose l’explication des faits que nous allons démontrer expérimentalement :
1° Lorsqu’un tube reçoit à l’une de ses extrémités un liquide à une certaine pression et le laisse échapper librement à l’autre extrémité, la pression diminue d’un bout à l’autre du tube, suivant une progression arithmétique.
Ce théorème est applicable assez exactement au système artériel ; la tension du sang dans les veines étant relativement très faible, on peut considérer que tout se passe comme si le sang s’échappait librement par les capillaires (2).
(1) Loe. eit.
(2) Voy. Marey, Physiolog. méd. de la cire, du sang, p. 415, Paris, 1863.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL
Nous insistons sur ce théorème, parce que nous verrons tout ù l’heure que si, comme l’avait avancé Poiseuille (1), la pression était la même dans toutes les parties du système artériel, on devrait conclure que la ligature d’un tronc n’augmente pas la pression en amont de la ligature.
2° Si l’on rétrécit, dans une partie de son trajet, un tube dans lequel circule un liquide, la pression augmente en amont du rétrécissement.
Soit maintenant un tube élastique en caoutchouc AB divisé en B en quatre branches, dont deux plus volumineuses BG et BD qui se bifurquent toutes deux en C et en D.
Un liquide est poussé en A au moyen d’un irrigateur.
(1) Recherches sur la force du cœur aortique. Poiseuille rapporte, entre autres, l’expérience suivante : Si l’on adapte un manomètre à la carotide près de son origine, et un autre manomètre dans une petite collatérale de l’artère fémorale, on constate une tension identique des’, deux côtés ; d’où Poiseuille conclut que la force avec laquelle se meut une molécule de sang dans tout le trajet du système artériel aortique est exactement la même en quelque point de ce trajet qu'on la considère. Ce résultat était inexact, ainsi qu’on peut s’en assurer au moyen d’un manomètre différentiel communiquant avec deux artères inégalement distantes du cœur. (Voy. Marey, p. 145.)
Cotakd. Maladies mentales. 4
ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES
Si le liquide s’écoule librement par toutes les branches, la pression diminuera progressivement d’un bout à l’autre du tube, de telle sorte que si nous représentons la pression en A par P, la pression en 15 par P', la pression en I) et en C par V" , nous aurons P > P' > P". Si maintenant nous fermons l’orifice I, la pression augmentera dans tout le système, comme on peut le voir au moyen d’un manomètre placé à l’une quelconque des extrémités FGH ; seulement l'augmentation sera beaucoup plus considérable dans la branche collatérale DH.
Notons que celte augmentation de pression n’est pas momentanée ; elle persiste tant qu’on tient fermé l’orifice I.
Voici, selon nous, quelle en est l’explication mécanique:
Un manomètre étant placé à l’extrémité H, le liquide contenu dans la branche DH est immobile et transmet au manomètre une pression égale à V". Si nous fermons l’orifice I, le liquide se trouvera immobilisé dans toute l’étendue de la branche BI; la pression se transmettra dans tous les sens également, suivant les lois de l'hydrostatique.
La pression en D sera donc égale à P'; elle aura donc augmenté de P' — P".
On peut s’assurer, au moyen d’un manomètre dilférentiel formé d’un tube en U à demi rempli de mercure et adapté par ses deux extrémités aux branches DH et BL, que quand l’orifice I est ouvert, la pression est plus considérable en B, et que l’équilibre se rétablit quand on suspend l’écoulement du liquide enl.
Nous avons dit tout à l’heure que quand on fermait l’orifice I, la pression en D devenait égale à P7 ; ce n’est pas tout à fait exact* elle est supérieure, car la pression a augmenté dans tout l’appareil ; la pression en B est devenue plus grande que P'.
Cette augmentation s'explique aisément par le second des deux théorèmes que nous avons énoncés plus haut: qu’on rétrécisse un tube ou qu’on oblitère l’une de ses divisions, on doit produire dansles deux cas une augmentation de pression au-dessus de l’obstacle.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL 51
Pour rendre l’expérience plus évidente, nous avons adapté en outre un manomètre différentiel aux extrémités G et H ; si l’on ferme l’orifice I, le manomètre indique un excès de pression en H, et réciproquement, si l’on ferme l’orifice F, il y aura excès de pression en G.
Il nous semble donc résulter de tout ce qui précède que lorsqu’une artère est oblitérée et le sang qu’elle contient à peu près immobile, la pression doit devenir sensiblement égale dans toute la partie de l’artère comprise entre son origine et le point où elle est oblitérée ; il y a donc, relativement à 1 état normal, une augmentation de pression d’autant plus grande qu’on se rapproche de l’oblitération, conséquemment il doit se faire, parles seules lois de la mécanique, une fluxion collatérale, dans les petites branches qui naissent au voisinage de l’oblitération. Mais cette fluxion est-elle assez énergique pour qu’on soit en droit de lui attribuer cette congestion intense que l’on observe autour de infarctus? Ce qu’on ne peut nier, c’est qu’elle ait une certaine part dans la production de ce phénomène.
D’autre part on sait, et nous en avons la preuve dans deux de nos expériences (exp. YI, IX), qu’une inflammation consécutive peut s’établir autour des parties frappées de nécrobiose ; nous sommes donc autorisés à conclure que chacune des théories est applicable à un certain nombre de faits ; nous pensons que la théorie mécanique doit expliquer la congestion qui s’établit au début et qui disparaît quand les voies collatérales sont suffisamment dilatées.
Cette dilatation des collatérales, de meme que celle qu’on observe après les ligatures artérielles, nous paraît aussi devoir trouver son explication dans l’augmentation de pression dont nous venons d’indiquer les causes.
Nous n’avons que peu de chose à ajouter à propos delà congestion et du piqueté hémorragique qui s’établit dans l’épaisseur meme de l’infarctus; phénomènes qui présentent encore une grande obscurité.
Nous sommes disposés à adopter les opinions que M. Lancereauxa développées (1), et à attribuer à l’altération du tissu les dilatations et les ruptures des capillaires dont les parois malades ne peuvent plus résister à la faible pression du sang contenu dans les veines, et qui est alors animé d’un mouvement rétrograde.
Ce sont d’ailleurs les opinions de MM. Virchow et Cohn (2).
Quoi qu’il en soit, il se rencontre dans bien des cas des phénomènes fort difficiles à interpréter. Comment expliquer la tuméfaction qui se produit dans les points correspondants aux artères oblitérées, tuméfaction si remarquable dans la rate ?
Cette tuméfaction s’est montrée à nous avec la plus grande évidence dans une expérience que nous avons faite dernièrement; nous avons ouvert l’abdomen d’un chien, de façon à avoir sous les yeux les viscères abdominaux, puis nous avons injecté de la graine de tabac par le bout central d’une crurale. Au bout d’une minute environ, une plaque saillante s’est produite à la surface de la rate, et s’est rapidement agrandie, de façon à présenter l’étendue d’une pièce de deux francs; ses bords étaient saillants comme ceux d’un érysipèle.
Cette plaque présentait la même coloration que le reste de l’organe. Nous avons pu nous assurer que la branche artérielle correspondante était oblitérée. Sur les reins, des plaques ecchymotiques se sont produites çà et là ; mais il nous est difficile de préciser si c’était dans les parties alimentées par l’artère oblitérée, ou dans les parties immédiatement voisines.
Nous avons rapporté ces faits qui nous paraissent intéressants, mais il nous semble impossible d’en donner une explication rationnelle dans l’état actuel de la science.
(1) Lancereaux, thèse, p. 21.
(2) Tous les auteurs ne sont pas d’accord sur la fréquence de cette hyperémie. Ainsi Beckmann ( Archiv . von Virchow, XX, p. 217) avance que dans les infarctus viscéraux il se produit d’abord de la pâleur qui peut être remplacée plus tard par une hyperémie due à la fluxion collatérale ; tandis que Rokitanski et Cohn établissent que l’infarctus débute constamment par de la congestion.
SUR LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉBRAL