ÉTUDE SUR l'atrophie partielle
il est peut-être permis de penser que de cette manière la localisation se caractérise davantage à mesure que l'espèce se perfectionne, et que le rapport entre les fonctions et les organes devient de plus en plus intime, suivant une loi générale du perfectionnement des êtres organisés.
Mais il faut considérer que chaque individu faisant sa localisation cérébrale en même temps que son éducation, des portions homologues du cerveau doivent avoir des fonctions différentes suivant les individus et leur éducation. Il est extrêmement probable que les parties du cerveau qui se sont adaptées à l'étude 4es formes chez un anatomiste , s'adaptent à l'étude des faits sociaux chez un historien, des mots chez un linguiste, etc., la prépondérance d'une faculté exigeant probablement l'adaptation d'une plus vaste partie du cerveau.
Il résulte de cette grande variété de localisations cérébrales, que les influences héréditaires se neutralisent le plus souvent et ne peuvent exister que pour les facultés que tous les individus acquièrent sans exception, et qui sont devenues une condition d'existence sociale. Il ne faut donc pas s'étonner que l'une des premières, peut-être la première, la faculté de la parole soit arrivée à se localiser.
Article III. — État des sens.
Nous n'avons de renseignements que sur l'état des yeux, encore sont-ils tout à fait insuffisants. 11 est difficile, en effet, de savoir si la cécité, indiquée dans quelques observations, a été causée par une ophthalmie, ou si elle a été la conséquence de l'affection cérébrale. Dans l'observation XIII, il paraît que la malade avait eu d'anciennes ophtalmies. Dans l'observation VI, il y avait amaurose incomplète, nystagmus et microphtalmie. A l'examen de l'œil, on a trouvé des altérations atrophiques de la rétine, qui remontaient peut-être à l'époque de la maladie cérébrale. Le strabisme a été noté dans quelques cas. (obs. XXV,
XXVI). Quoiqu'il en soit, dans un bon nombre de cas d'atrophie cérébrale, la vue ne paraît pas notablement lésée (obs. V, XVII, XXIII, XXVIII, XXIX XXX, XXXIl, XXXIX, XLII) ; il est même noté dans quelques cas que la vue était égale des deux veux.
Art. IV. —État de la face.
L'hémiplégie faciale est commune, mais habituellement peu prononcée ; il existe seulementune légère déviation de la bouche, un peu de flaccidité de la joue, très rarement une légère déviation de la langue. La déviation de la face a été constatée neuf fois dans nos observations. (Obs. II, III, VIII, IX, XllI, XXIV, XXXIII, XXXIX, XL.) Quatre fois on a noté qu'elle n'existait pas. (Obs. V, XVI, XXV, XXIX.)
Dans quelques cas, on a noté plutôt qu'une déviation des traits une atrophie d'un côté de la face, qui paraît alors asymétrique. (Obs. I, XIV, XLI.) Cette atrophie est due soità la dégénération des muscles, soit peut-être à un développement imparfait du squelette analogue à celui qu'on observe dans les membres.
Nous avons traité plus haut au chapitre de Tanatomie pathologique des déformations extérieures du crâne qui sont intéressantes au point de vue du diagnostic.
Art. V. — État des membres et da tronc.
Pinel avait déjà fait remarquer la roideur et les déformations des membres (1) .
€ L'endurcissement et l'atrophie d'un lobe entier du cerveau, dit cet auteur, fréquent chez les idiots, s'annonce ordinairement moins encore par la paralysie des membres que par les distorsions qu'elle détermine dans les pieds et dans les mains. » Cazauvielh etplus tard Lallemand signalèrent également la fréquence de ce symptôme. Aujourd'hui la très grande fréquence de la con-
(1) Pinel fils, Recherches sur l'endurcis s etnent dv, s'jiténie nerveux. {Journal d.e physiologie de Magendie, p. 191, 1822.)
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tracture tardive chez les anciens hémiplégiques est bien connue, et à vrai dire la contracture qui est signalée dans nos observations ne diffère en rien de celle qu'on observe en général à la suite des ramollissements ou des apoplexies. Les membres se roidissent dans de certaines positions, et on ne peut plus changer leur attitude ; quand on veut les redresser on provoque généralement une vive douleur.
L'attitude des membres roidis n'est pas toujours la même ; le plus souvent les membres sont en flexion. M. Bouchard admet quatre types principaux qu'il range ainsi par ordie de fréquence : 1° Flexion avec pronation ; 2° — avec supination ; 3° Extension avec pronation ; ■i° — avec supination.
Les trois derniers types sont relativement rares. Dans nos observations nous n'en trouvons pas un seul exemple- Voici la description succincte de l'attitude la plus habituelle : Le membre supérieur est rapproché du tronc, Tavant-bras fléchi à peu près à angle droit et en pronation, la main est fléchie et inchnée vers le côté cubital, les doigts sont plus ou moins fortement fléchis dans la paume de la main ; généralement le pouce est étendu et les doigts sont de plus en plus fléchis à mesure qu'on se reproche du bord cubital ; c'est l'annulaire et, quelquefois, le petit doigt qui sont d'ordinaire le plus fortement fléchis, quelquefois les doigts sont étendus, renversés en arrière, déformés ou bien le poing est complètement fermé.
La contracture est d'ordinaire beaucoup moins prononcée au membre inférieur ; on observe une légère flexion du genou et une extension forcée du pied avec fréquente déviation en dedans représentant exactement un pied bot varus-équin.
Les mouvements des membres sont habituellement très diminués, et beaucoup plus dans le membre supérieur que dans le membre inférieur. Quelques mouvements subsistent habituellement dans l'épaule ; les mouvements de la main et des doigts
sont ou complètement abolis ou extrêmement limités. Dans quelques cas, lorsque les malades veulent mouvoir le bras paralysé, le membre tout entier est pris de mouvements irréguliers, d'une espèce de tremblement convulsif. (Obs. XL.)
Les mouvements du membre inférieur sont beaucoup moins altérés, la plupart des malades marchent sur la pointe du pied et souvent fauchent comme beaucoup d'hémiplégiques.
A ces déformations des membres se joignent dans quelques cas des déformations manifestes du tronc ; nous avons vu plus haut que la moitié du squelette du tronc correspondant à la paralysie présentait parfois une atrophie notable ; dans un certain nombre de nos observations, il est indiqué que le tronc était incliné ou incurvé latéralement du côté paralysé. (Obs. VI, IX, XIII , XIV, XXIV.)
Ces attitudes spéciales des membres et du tronc donnent une physionomie extrêmement caractéristique aux malades, surtout lorsqu'il s'y joint une atrophie avec raccourcissement des membres.
Dans quelques cas, les membres paralysés ne présentent pas tout à fait les caractères que nous avons énoncés.
Quelquefois le bras est étendu et les doigts fléchis en crochet. Très rarement, l'hémiplégie est flasque et sans contracture. (Obs. XV, XXXI.) Dans l'observation XX, la contracture manquait au membre supérieur, mais il y avait un pied équin.
La contracture peut quelquefois se montrer des deux côtés du corps avec l'attitude spéciale dans les cas de lésion double du cerveau. (Voy. Obs. XVI.) Nous avons eu occasion de voir un cas de cette espèce à la Salpêtrière, dans le service de M. Charcot.
Ce phénomène de roideur des membres paralysés semble, dans le plus grand nombre des cas, dépendre de la sclérose secondaire de la moelle, comme l'a établi M. Bouchard ; cependant il paraît se produire aussi dans des cas où il n'y a pas d'atrophie descendante, ni par conséquent de sclérose de la moelle. (Obs. III, V, XXIII.)
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La sensibilité n'est habituellement pas abolie dans les membres paralysés ; dans quelques cas elle est un peu diminuée. (Obs. IX,XXiy, XXV.XLII.)