‹ Études sur les mines (supplément).: Description de quelques gîtesChapitre 7 sur 7 · CONCLUSIONS SUR LES FILONS MÉTALLIFÈRES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS SUR LES FILONS MÉTALLIFÈRES

rectes et intimes pour les gites irréguliers. Mais, en résumant les détails de la composition des gîtes précédemment décrits, nous trouverons quelques éléments utiles pour apprécier les phénomènes qui ont présidé à leur formation.

Si, par exemple, on étudie, sous un point de vue général, le mode de remplissage des filons, on aura une grande tendance à les considérer comme purement éruptifs ; en attribuant, même, leur rubanement si fréquent, à des phénomènes de cristallisation et de liquation, parallèlement aux plans de refroidissement et d'adhérence. Cette théorie séduit parce qu'elle est simple.

L'énoncé général des caractères du rubanement est cependant loin de s'appliquer à la majeure partie des cas, et, pour un exemple où la régularité de structure qui en résulte se trouve admirablement exprimée, on en trouvera dix où cette loi semble méconnue.

Sans doute, l'hypothèse de la liquation par cristallisation s'adapte parfaitement à certains filons rubanés, dont la structure, aux environs de Pzibram, en Bohème, ou, sur quelques points du Cornwall, nous reproduisent les enchevêtrements de substances qui se seraient ainsi séparées ou se seraient succédées sur les parois d'un cristallisoir. M. de Humboldt a, depuis longtemps, cité de beaux exemples de granités rubanés, et les

greisens stannifères de Zinnwald, dont les bandes sont coordonnées aux formes extérieures de la masse éruptive, peuvent trouver beaucoup d'analogues dans les filons. Mais, si nous nous reportons aux divers types de filons décrits dans les provinces rhénanes, nous serons conduits à considérer le rubanement comme un phénomène rare, et plutôt comme une tendance que comme une règle; et si nous analysons les filons rubanés de TÂndalousie ou de l'Algérie, nous serons plutôt conduits à supposer une autre origine aux traits caractéristiques de ce phénomène.

Certains filons portent le cachet d'une grande unité d'origine ; que leur composition soit unique, ou bien que divers éléments s'y trouvent groupés de manière à démontrer leurcontemporanéité. Le filon de Ventura, dans la Sierra de Los-Santos, est un exemple à citer de cette siînultanéité de tous les principes constituants, et d'une mobilité première dans toutes les molécules, qui ont pu affecter des groupements par zones concentriques autour de centres d'attraction. Un noyau composé de minerais sulfurés est, par exemple, entouré de zones successives de fer spathique et de spath calcaire, de manière à former des groupements sphéroïdaux empâtés dans un milieu de quarz. D'autrefois, ce seront les spaths qui formeront ce qu'on peut appeler le bain, et le quarz se trouvera en

nodules, ainsi qu'on Ta également observé dans certains Blons du Dauphiné.

Cette structure amygdaloïde à zones concentriques se trouve exprimée, en plus petit, mais d'une manière très complète, dans certaines parties des filons spathiques d'Anxbach. Elle a été citée depuis longtemps au Harz, où la galène, la blende et le ffer spathique se trouvent ainsi groupés en noyaux à zones concentriques, avec diverses gangues. Nous Tavons encore reconnue dans les amphibolites métalli£ères du Campigliese, en Toscane, et, dans

toutes ces localités^ elle prouve d'une manière irréfragable la contemporanéité de tous ces éléments, que les forces de cristallisation ont isolés et groupés ainsi.

Mais ces divers cas de structure sont encore assez rares dans les filons ; la structure rubanée, bien qu'elle soit sujette elle-même à de nombreuses variations qui en altèrent la régularité, est beaucoup plus fréquente.

Nous avons dit que, dans les filons de Tenès, des Mouzaïas, de Saint-José en Andalousie, etc., des écartements successif du toit et du mur, avaient pu seuls déterminer le rubanement. Diverses coupes, recueillies par M. Pothier dans les filons de Mouzaïa, vont encore nous permettre de détailler les phénomènes, et d'y saisir des circonstances importantes. Représentons, par exemple, la baryte sulfatée par des hachures horizontales, le fer spathique par des hachures parallèles au toit et au mur du filon, le cuivre gris par des teintes noires et les argiles encaissantes par des hachures obliques.

Si Ton considère le tracé de la juxta-position de ces diverses substances, tracé que M. Pothier a relevé avec soin dans le filon d'Âumale et qui se trouve indiqué dans la coupe ci-jointe, on voit que ce qu'on appelle le rubanement est très irrégulier quand on le considère en grand sur une hauteur

de 40 mètres, au lieu de le considérer sur une hauteur de galerie.

En étudiant les divers composés qui sont groupés ainsi dans le filon :

fer spathique, baryte sulfatée et cuivre gris, on reconnaît que tous ces morceaux sont à Tétat cristallin, et souvent séparés par des surfaces striées. Le cuivre gris ne se trouve que dans le fer spathique, mais surtout lorsque ce minerai est divisé par des zones de baryte sulfatée. La baryte sulfatée est souvent en cristaux, et ces cristaux, en tables biselées, n'ayant qu'une surface de deux à trois centimètres carrés, et une épaisseur d'un millimètre à peine, sont d'une grande fragilité : or, ces cristaux sont souvent empâtés de cuivre

gris^ qui a pris leur empreinte d'une manière parfaite. Deux faits sont, dès lors, mis en évidence ; d'abord, que le cuivre gris est postérieur à la baryte sulfatée ; puis, que ce minerai a été amené par une influence prolongée et presque insensible, puisqu'elle n'a point brisé des cristaux aussi fragiles.

Ce que nous reconnaissons par l'étude des échantillons, nous pouvons encore le démontrer parcelle des groupements. Nous avons dit que, pendant leur

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formation^ les filons avaient été soumis à des mouvements dynamiques ; ces mouvements n'ont pas seulement produit des écartements latéraux ou dans le plan des filons^ ils en ont quelquefois brisé le plan et déterminé des rejets plus ou moins prononcés. Un de ces rejets, observé dans le filon d'Aumale, est exprimé dans le croquis ci-contre.

Il suffit d'y regarder l^ groupement des divers éléments, pour reconnaître que le filon était déjà brisé, lorsque la zone de cuivre gris est venue s'ajouter aux zones préexistantes, et se modeler sur les contours qui résultaient, à la fois, de la structure du filon et de son rejet.

Si Ton se reporte actuellement à la structure générale des éléments, et si Ton n'oublie pas que les parties stériles et les parties riches forment des zones ou colonnes successives de >l à 40 mètres de continuité, et que ces diverses parties paraissent conserver leur composition en profondeur, on comprendra toute la réalité de l'assimilation des filons métallifères à des fractures passées à l'état de solfatares. Des phénomènes se sont ainsi frayé des routes diverses dans une direction donnée, ont produit des substances nouvelles, et altéré les substances préexistantes par des actions lentes et prolongées; intercalant par un mouvement ascensionnel des minéraux additionnels et rubanés aux minéraux déjà dus aux actions précédentes.

Les cuivres gris de Moiizaïa ne se trouvent pas réellement en rubans très continus. Ce sont des parties lenticulaires^ qui suivent pendant peu de temps Tallure du filon ; ce sont, souvent même, des espèces de nodules amygdalins, arrondis et isolés, ainsi que l'indique la coupe ci-jointe. Comment ces élé-

ments, si leur génération est due à des phénomènes successifs, ont-ils pu pénétrer des matières solides, s'y agglomérer et s'isoler en rognons. IciTétude des caractères minéralogiques des diverses substances peut seule conduire à une hypothèse raisonnable.

Le fer spathique de ces filons est à la fois très cristallin et très spongieux ; il est tellement cloisonné qu'il devient souvent friable ; c'est donc une substance réellement perméable. La baryte sulfatée, au contraire, est dure et compacte. Là se trouve, suivant toute probabilité, l'explication de cette espèce d^affinité du cuivre gris pour le fer spathique qu'il a pu pénétrer, et de sa répulsion apparente pour la baryte.

En résumé , le rubanement et les diverses circonstances du groupement sont dus ici à la succession des matières. Ces phénomènes ont été aidés par des mouvements continus du sol pendant toute la durée de la formation des filons, mouvements attestés par les stries et les miroirs intérieurs.

Cherchons à appliquer ces données aux filons serpentineux cuprifères de la Toscane, filons si difiérents du type régulier, et nous verrons qu'il y a plus d'analogie qu'on ne pourrait en trouver au premier abord.

Les grands filons cunéiformes, composés de serpentines et de stéatites qui contiennent les minerais de cuivre, en rognons de toutes dimensions, ne peuvent guère être considérés que comme des filons éruptifs. Il n'y a point de rubanement; les roches constituantes sont de la nature de celles que nous sommes habitués à considérer comme ignées; enfin, il semble démontré que les minerais y sont

contemporains des matières éraptives. Détaillons pourtant les faits et nous verrons que la simultanéité n'est peut-être pas absolue. D'abord, ces filons ne peuvent être assimilés, d'une manière complète, aux grandes masses serpentineuses auxquelles ils sont subordonnés; les roches qui les constituent sont plus délitables, elles ont une nature argileuse qui, dans les roches d'éruption, est toujours la conséquence de phénomènes de décomposition. La véritable serpentine existe bien en quelques points de ces filons, à Monte-Catini, par exemple, où elle forme, en un point du filon, un noyau central, mais elle n'est point métallifère, tandis que les salbandes argileuses le sont presque toujours.

Si l'on admet, d'une part, que cette nature argileuse résulte de phénomènes de décomposition, phénomènes qui ont dû nécessairement être lents et comparables à ceux de nos solfatares; comme, d'autre part, les rognons et veines métallifères ne se trouvent que dans les parties décomposées, on est conduit à admettre une connexion entre ces phénomènes lents et la génération des minerais. On reconnaîtra, en étudiant le mode de distribution des minerais, que les parties du filon qui sont comme imprégnées de particules métallifères, sont toujours les plus altérées, comparativement au type serpentineux. On sera con-

duit à constater que, dans les régions de la profondeur, où ces filons ont des puissances considérables, les concentrations métallifères sont toujours rassemblées vers le toit ou le mur, c'est-à-dire suivant les clivages les plus naturels et les plus décomposés.

Enfin, on trouvera encore des preuves de l'apport postérieur des matières métallifères, même dans ces veines superficielles dont les conditions d'allure sont encore peu connues, comme celles du Terricio. Les grands noyaux amygdalins que Ton rencontre dans ces veines déterminent toujours des renflements; il semble que le terrain ait subi une pression intérieure, pour faire place à ces concentrations.

Les filons des Mouzaïas présentent un fait analogue à celui du renflement observé dans les parties métallifères des filons de la Toscane; il suffit de considérer l'ensemble de leur allure pour en être frappé. Nous avons dit, en efl^et, qu'ils étaient composés de diverses zones successivement stériles ou métallifères. Or, dans la plupart des cas, les parties stériles sont tellement étranglées, qu'on a souvent peine à y suivre la trace des filons; tandis que les parties les plus métallifères sont en même temps les plus développées en puissance.

Les filons d'Obernhof et d'Holzappel offrent des circonstances identiques ; les parties métallifères

y sont les plus puissantes, et les passages stériles sont le plus souvent très étranglés.

Dans les passages métallifères et puissants, les gangues et les minerais sont souvent rubanés par le^seul fait de l'insertion des roches encaissantes, suivant le plan du filon. Les mines de Mouzaïa présentent, sous ce rapport, des faits nombreux

que la coupe ci-dessus et celles qui précèdent mettent en évidence. Dans ces coupes de galeries, on voit que Taction génératrice a, en quelque sorte, feuilleté le terrain fissuré, repoussé les épontes pour se faire place en donnant lieu à des renflements, et comprimé les feuillets enveloppés en les

altérant. Ces feuillets ne peuvent être supposés préexistants dans la fissure première qui a déterminé la formation du filon; il a fallu des actions successives pour les détacher et les isoler ainsi des épontes et les englober définitivement dans le filon.

Or, cette pénétration, qui, en quelques points, donne au terrain encaissant les caractères d'un métamorphisme général, parce qu'elle s'infiltre dans toute la masse par les ramifications les plus complexes, n'a pu avoir lieu sans des efforts de pression. C'est cette pression exercée sur les parois des filons qui a peut-être déterminé des renflements, dans un grand nombre des points où il y a eu concentrations métallifères.

En joignant à ces faits, ceux qui ont été signalés dans la Sierra de Los-Santos, et notamment à la Galera, on est conduit à considérer un grand nombre de filons comme produits par des écartements successifs d'une première fracture, les minerais qui pénètrent les gangues étant dus à des phénomènes spéciaux, dont l'action a été lente et prolongée.

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