G ESTAS
Je suis des crocbeteurs le maistre , ' Et n'est huis {porte) , co£Pre ne fenestrc
Que je ne crochette on abatte.
BAERABAS.
Je suis Barrabas homicide , Plein de toute sédition , Qui ne paye tribut ne subside , £t ne veuil ne secours ne aide Pour faire quelque motion {émeute).
Tnj tué sans permission
Vttk^ MYSTERES.
Ung homme panni ceste rille , Dont pas ne fais confession , De peur de justice civile.
J. Michel, qui annonce ces caractères à peu près de même, ne les fait pas agir. C'est lever le gibier pour ne pas le tirer. Dans le manuscrit de YalencienneSy au moment où nos industriels regrettent de laisser leurs talens oisifs , une villageoise qui porte des pigeons au temple de Jérusalem (c'était l'offrande ordinaire des pauvres) est arrêtée par les voleurs. J. Michel aura trouvé ces pigeons peu dignes de gens qui venaient d'ouvrir une si grande bouche. Mais le peu d'importance du vol est ici relevé par les circonstances. Barabbas s'étant jeté sur le panier de la pauvre femme^ elle crie de tou* tes ses forces :
Le murdre {au meurtre) ! je suis desrobée.
GESTAS.
Gomment crye-elleii geuUe bée (béante)l
Le bon larroii dit que kspinions (sic) sont maigrets; et peut-être déjà par un remords salutaire il y renonce. Le mauvais larron les trouve fort bons et veut s'en emparer. Barabbas les lui dispute, et voilà les deux coquins tirant , chacun de leur côté , les volatiles malheureuses, et voulant en awir aile ou pied; c'est de là qu'est venue, peut-être, cette locution populaire. La bonne femme, témoin intéressée du combat et très sensible , on le conçoit , à la perte de ses pinions ,
pleure et crie à geule bée. Des drchers qui guettaient les Toleurs , arrivent et les mettent d'ao cordji en les mettant dans la prison^ d'où ik iront au prétoire. Tout cela est mieux lié et plus en action que ckez J. MioheL
Madeleine^ malgré sa mondanité et ses réponses piqaantes , finit cependant par ouvrir les yeux. Il est vrai qu'elle ne se rend pas d'abord au conseil que lui donne sa sœur de suivre la morale de Jé^ sus-Christ; mais l'ayant entendu lui-même annoncer sa parole^ un soudain changement s'opère en elle, et son repentir s'exhale, niais en vers inférieurs à ceux que nous avons cités p. 1 69. Ses larmes sont bien plus touchantes pourtant que celles de ses suivantes, Pérusine et Pasiphée. Leur conversion, opérée par l'exemple de leur maîtresse, peut être vraie , mais l'Évangile n'en dit rien ; et il fallait , comme l'auteur original, s'y tenir, au lieu de diviser l'intérêt qui doit se porter uniquement sur Madeleine. Voici quelques vers que J. Michel prête à Pérusine :
Hélas ! que nous avoDS commis De péchés , et nés cœurs soubmis
A vanité!
Premier, avons tout bien obmis ^ Et aux biens de ce monde mis
Félicité.
Tant dansé , par joliveté ; Tant parlé , par oisivité;
Et banqueté ! . . . etc .
Madeleine , après avoir informé sa sœur de son repentir, se détermine à s'aller jeter aux pieds de Jésus. Elle sait qu'il assiste à un feslin magnifique chez Simon le pharisien. Quelle d^arche pour une femme qui'sent enfin le fardeau denses fautes! N'importe 9 elle ira seule. ••• Suivons-la dans sa pénible irrésolution :
Hélas ! or siu»-je parvenue A l'ostel que tant désiroye ; *
J'aperçoj mon bien et ma joie....
Povre femme , que dojfr»tu faire ?
Sera^lu si hardie d'entrer, Et ta maladie monstrer A cil qui en est le vraj mire (médecin) ? Entrer I Comment l'as ozé dire , Pécheresse désordeuée!
La plus vile des ordes née Se doibt-elle trouver en place Devant tant digne et saincte face?...
C'est le meilleur que je retourne.
Retourner! femme, que dis-4u?
Cueur vuide de toute vertu , Qu'est-il de ta bouche salUy?
Aura»^tu le cueur si faillj?...
Vculx-tu faire ta mansion {demeure) Au puits d'abomination? Mouras-tu , de soif asservie , Devant la fontaine de vie ?. . .
Je ne scaj : si j'entre dedans , Je scandalizeray les gens....
Non , j'entreray secrettemcnt , Plourant mes péchez humblement , Non pas pour m'asseoir au-dessus , Mais aux pieds du très doulx Jhésus y
MYSTERES. aa5
Requérant mercj des meffais Que j'ai pensez et dîctz et fais.
Elle SQ ta:*aîne alors aux pieds de Jésus , les baigne de ses larmes , les essuie avec ses longs cheyeux , et répand sui^ celui à gui seul tout hommage est dû y ces parfums que, peu d'instans auparavant, elle prodiguait pour le monde. Les convives et le maître de la maison murmurent. (( Quoi ! disent-ils , cette femme partout diffamée, (( oser se présenter ici ! et Jésus la souffrir à ses (( pieds! Il ne sait donc pas l'emploi qu'elle fait (( de sa jeunesse et de sa beauté? Il n'est donc « point un vrai prophète? »
Jésus , qui comprend et les murmures et les pensées de tous y leur propose la parabole touchante des deux débiteurs , et , opposant sa miséricorde aux rigueurs d'un monde implacable, il relève , par ces mémorables paroles , la pécheresse en proie aux remords , mais pleine de foi dans la bonté de Dieu :
Lève-toy, femme , va en paix.
Pardonnez te sont tes meffaits , Ta parfaite ioj t'a saulvëe.
Remarquons aussi les paroles suivantes de Jésus à un pharisien ( il est bien étonnant que J. Michel les ait supprimées ) :
Moult de péchiez Qu'elle avoit en son temps commis ,
Luy sont pardonnez et remis , Car elle a grandement aimé.
Dilexisti mullum, ofenàna, Tuifletus tua peccamina Diluerunt ^
dit Jésus à Madeleine, dans un mystère latin du xn* siècle. Ce peccamina, ce touchant diminutif, ttouTé par la charité chrétienne , comme Vingenioli meide la religieuse Hros^ithe l'a été par Tliumilité, TOUS ne les verrez ni dans Tacite , ni dans Cicéron : Tacite, pour blâmer, et Gicéron pour se louer, trouveraient plutôt des augmentatifs.
L'entrée de Jésus a Jérusalem et ses prédictions puisées dans l'Evangile , sont des plus imposantes. Quoiqu'une partie du peuple vienne au-devant de lui , avec des rameaux et des chants d'allégresse , il dit, en s'adressant à Jérusalem :
Le peuple fait joye , Mais mon cueur larmoje Si te laisse nue {cAandûnnéé).
lATRUS (un des principmex Juifs).
Fille de Syon , En dévotion Tu reçois ton roy*...