LE HÉRAULT
Sire , voyez Bonconseil qui admène icy Le Popullaire pour vous querre.
LE POPULLAIRE.
Si quelqu'un vous veult faire guerre y
Je suis tout prest de le eombatre.
Venez vous hardiment eabatre A Paris , c'est vustre cité Qui a tousjours , d'aBtî([uitë , Ëntretenuz les rojs de France.
Nul ne vous peult faire nujsance , Mais que croyez les habittins D'icelle , qui sont.conaentans Vous faire plaisir et aenrice.
BoncoDseil fait régner justice y Parquoy yostre ^as bien se porté.
LIS EOY.
Le Popullaire me conforte , Car il m'ayme de tout son cueur.
Parquoj prie nostre Setgneiir Qu'en paix il les Yueille tenir.
Le Roi rentre dans sa capitale^ accompagné du Fopù)aire> que Bottoonseil conduit. Que n'tn a-t-il toujours été de méttiei
L'allégorie «»t ordinairement îFi^oidé ; mais ici , les faits^ tous conformes à l'histoire ou aUjc traditions^ font de ces personnages' fictifs des vérités vivantes.
Ainsi Frédéric H, empereur d'Allemagne, au milieu de ses démêlés avec le Pape , ne doutant pas que le roi de France ne prenne la défense du Saint-Siège, fait demander à Saint^Louis, par uû de ses agens, de se rendre à un lieu fixé. Le Roi consulte Bonconseil, qui reconnaît dans cet agent Oultraige, et devine que l'intention de l'Empereur est de s'emparer de la personne du Koi. Saint- Louis se rend au lieu indiqué ^ mais accompagné
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de CheTalerie, ce qui déconcerte FEmpei^ur. U se tourne alors vers l'Église , veut lever sur elle un impôts et lui envoie Oultraige* Elle ne répond pas.
OULTRAIGE
Haiidlà l boUà ! qui est icy ?
Haul fftictei-TOds la sourde oreille ?
l'esglise.
Et qui a-t-il ?
OULT&AI6X.
i^u'on s'appareille (qu'on s'apprête) , Tost du decjme (de la dtme) me bailler.
^ l'esglisb.
Quoy! me voullez-vous travailler Maintenant?
OULTaAlGB.
Paix! vieille bigotte.
Baillez-le-moy , que ne vous oste
Tous voz biens , à peu de langaige.
l'bsol^se.
Noua yeidt rSmperear par Oultraige Le decyme faire paier !
OULTRAIGE
Garde-toy bien de délayer {différer) , Aaltrement tu auras des coups. . .
l'esglise.
Hellas ! pensez-vous point l'offence Que commettez , gens exécrables , Quant vous touchez par vîoUance Sur dévotes gens vénérables !
OULTRAIGE
Et çà , çà , de par tous les diables ! Sanctèy sanctorum meriiis, J'emporteray ceci gratis , Puis on pensera du surplus.
L'Empereur l'a ainsi conclus.
33o MTSTiRES.
Et c'est ce qu'il fit. Aussi le Populaire ^ que guidait toujours Bonconseil ^ s'écrie :
Pardieu ! l'Empereur est bien lasche !
Dans la lutte de la puissance spirituelle contre la force brutale^ l'Église^ que nous venons de voir si humble^ se montra invinciblement opposée aux mauvaises passions et aux envahissemens de Frédéric IL Pour éveiller les rois sur ses prétentions ambitieuses^ pour éclairer les peuples sm* leurs vrais intérêts , il fallut tout l'éclat des foudres ecclésiastiques : c^était alors la seule lumière; elle ne fit point faute.
Louis ^ de l'avis non seulement de Populaire^ mais de tout son peuple^ fait faire à l'Empereur de vives remontrances , et s'efforce de mettre un terme aux malheureux débats de l'Empire et du Sacerdoce , lorsqu'il est frappé de la maladie au milieu de laquelle il promet à Dieu de se croiser, et d'aller délivrer les Chrétiens d'Orient de leur dure captivité : pieuse extravagance^ dit un historien qui n'a pas vu tout l'avantage qui , de ces expéditions généreuses, devait résulter pour la civilisation et pour l'affranchissement des peuples dont les tyrans, à commencer par Frédéric, se voyaient arrachés à leurs stupides vexations, aux guerres abrutissantes qu'ils se faisaient entre eux (i).
( I ) <c Louis IX n'avait pas seulement pour but de défendre les
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Louis ^ après avoir tout disposé pour la croisade y remis la régence à sa mère , et contraint h le suivre les seigneurs qui pouvaient le plus troubler la paix du royaume^ partit pour Cluny^ où se trouvait le pape y des mains de qui il voulait recevoir la croix. Cette imposante cérémonie ^ dont je ne me souviens pas d'avoir vu ailleurs les détails, est ici traitée avec assez de noblesse et de vérité pour que nous en citions une partie.
Le Roi , en entrant dans la salle où se trouve le pape , dit à ses chevaliers :
' Sus tost y Chevalerie , Rendre luj fault honnear , obédience.
LE PAPE {aux cardinaux), Voicy le Roy. Allons , je vous en prie , Par devers luj, en humble révérence.