‹ Études sur les mystèresChapitre 58 sur 77 · LE ROT · texte numérisé non relu

LE ROT

Derers vous sujs ronllu yenir Pour aUcfanne cause certaine , Et ma Ghevallerie admaine Pour nous transporter oultre mer.

CHEVALLERIE.

Père sainct que deyona aymer, Gurs , corps et biens nous emploîix>ns Pour vous obbéir, et jrons Oultre mer, se le commandez.

LE PIPS* ^

Pujs qu'ainsj est que prétendez Faire à Dieu service agréaUe , Prince puissant et amiable , La croix sur vous je poseraj , Après aussj je croyseray Vostre Chevalerie.

( Le pape les croise.)

Plusieurs prélats demandent la permission d'accompagner Saint^Louis en Terre-Sainte. Le pape, après la leur avoir accordée, prononce sur tous , du haut de la chaire de saint Pierre i ces paroles solennelles :

Je vous donne absolucion De tous les péchez qu'avez fais , £n vous pardonnant vos meffais ; A tous ceulx aus&y qui yront Oultre mer y et croisés seront Pour soustenir foy catholique.

Il y a loin de cette scène à celle où nous avons \u Gringore représentant le pape sous des traits ridicules. Nous pouvons regarder ceci comme une s<»*te de réparation , mais on y pouvait trouver quelque chose de plus imposant encore. Dans le Jeu de saint Nicolas y les croisés marchent gaiment à la mort, lorsque Tange leur montre les cieux ouverts. Comment le pape n'a-t-il pas ici ce mouvement d^éloquence , lui , cla^figer cœli , « porte-clefs du ciel^ » comme on le nommait? si pourtant ce mot porte exprime bien le ger, ce pouvoir d'un homme, yice-gérant de Dieu ; car on ne disait pas claçifer, comme l'on disait Lucifer, thurifer, etc. (i).

Dans la scène suivante (Shakspeare ne va pas plus vite), nous sommes chez les Turcs , au milieu d'un marché où nous voyons deux mécréans s'approcher d'une croix, que les chrétiens captifs y ont fait élever. Un de ces Turcs nommé BrandiSer (le nom est pittoresque) ne voit pas cette croix de bon œil. A la manière dont il va en parler, on le prendrait pour tel chrétien de notre connaissance, quand son camarade, qui a nom Billonart, lui ferme ainsi la bouche :

Ung chacun de ses dieux ordonne , Gomme il lui plaist N'en parlons plus.

(i) ' O/ortunaiMtn , nosset sua si bona, regnum, Cujus Roma arx est, et cœli elaviger auetor/

Script. Rer^/mneic, t. Vil, p. 3oi

334 MTSTÈRES.

C'est ainsi que Sévère dit datis Polyeucte :

J'approuve cependant que chacun ait ses dieux , Qu'il les -seive à sa mode. ^

Deux chrétiens viennent, de leur côté, parler de l'espoir qu'ils ont de voir arriver bientôt le roi de France, dont on leur a donné depuis peu des nouvelles. Leur entretien est interrompu par un bateleur qui conduit un ours et qui se met à crier :

Çà , maistre ! çà , çà , venez çà. Tournez-vous ung petit , tournez.

Petis enfans , mouchez vos nez , Si verrez mon esbatement.

Un petit sault joyeusement , Pour l'amour de la compaignie.

Vous verrez , je vous certiffie , Mon ours que voyez cy , voler, Ainsy comme un g oiseau en l'er, Présupposé qu'il n'a point d'elles.

Et puis monstrera ceulx et celles Qui dorment grasse matinée.».

On croit entendre un de nos bateleurs. Celui-ci fait le tour de V honorable société^ en suivant son ours , qui tout à coup s'éloigne de lui et va pisser contre la croix, ce qui révolte les chrétiens. Un d'eux dit à son ami :

Il me fait mal de veoir cela.

LE BATELEUR A l'oURS.

Tenez-vous droit. HoUà ! hoUà !

Vécy une chose nouvelle.

Quoy ! mon ours trépine et chancelle

Ainssi comme s'il estoit iTre.

Se Jupiter ne le délivre....

Hélas ! mon poyie ours , tu es mort.

Jamais si saige n'en auraj.

' Hie 8^7 de quoj je gaigneraj Ma TÎe doresnavant y hélas !

Les chrétiens présens disent que c'est par ml racle que Fours est mort. Un d^eur ajoute :

On ne scauroît trop honorer La croix où Jésus Grist pendit.

BRANDIPER.

Jésus estoit homme maudit , Cherchant sa vie par les chemins , Menant ung grant tas de coquins Qui abusoient les povres gens.

Povres souffreteux indigens Estoient ainssj comme leur maistre.

Et pour prouver que Tours. n'est pas mort par miracle^ je vais, dit-il , /rappermoi'-meme cette crpix. 11 la frappe. Aussitôt sa main se dessèche^ ce qui comimence à le faire réfléchir. Son compagnon Billonart^ qui lui succède^ et à qui l'on raconte le double prodige^ loin d'y croire, se conduit, malgré sa tolérance, comme la brute (je parle de Tours) dont on a vu plus haut la stupide action; et, comme Tours, il est frappé de mort.

Ce triple prodige qui convertit au christianisme Brandifer et le bateleur, est sans doute une tradilion populaire qui s' était conservée jusqu'au temps

de Gringore. Guillaume de Nangis est le seul historien qui Fait sommairement rapporté.

Des miracles bien autrement constatés , ce sont les prodiges de valeur que fit éclater Saint-Louis à Mansoura , et l'ascendant qu'il sut garder sur ses terribles vainqueurs^ jusque dans les fers où l'avait fait tomber un enchaînement de malheurs inouïs. C'est k cette situation intéressante que passe aussitôt le vieil auteur^ sans mentionner même le sort funeste du comte d'Artois , avantcoureur de tant de désastres. Les amiraux (les chefs ennemis) consentent à mettre en liberté Louis et les siens , à des conditions dont la douceur peut étonner. Louis les accepte^ et promet simplement de les exécuter. Un des amiraux lui dit :

Mais tu nous jureras icj y Devant toute la seigneurte , Que tu regnyes le filz Marie , Se tu ne nous tiens ta promesse.

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