‹ Études sur les mystèresChapitre 64 sur 77 · LE VARLET · texte numérisé non relu

LE VARLET

Il j a desjà longuement

Que ne gaignasmes nnlz deniers.

LE BOURREAU

Qufind les prévostz estoient fermiers , ftfon varlet , vous devez entendre Que jamais ils ne faisoient pendre Les gens , se n'estoit par la bçurse.

Us sfortent avec le patient.

Dans l'autre scène , un fripon , convaincu d'avoir nié un dépôt de cent écus, en promet trente» comme une chose toute naturelle^ au prévôt, qui est son compère, s'il veut l'absoudre etfaireen sorte que les cent écus lui restent. Le prévôt, sans lui répondre, montant sur son tribunal^ condamne le coquin au gibet. Mon compère ! s'écrie celui-ci.

estieune* De rien n'y sert le compaîrage.

Puisque suys commis en l'office Où il fault que face justice , Je la feray , sans ptus attendre 1 Au grant , au petit et au mandre , Car le bon Roy le yeult ainsy.

Le Populaire, qui entend ces arrêts, se félicite de pouvoir désormais échapper aux coquins et vaquer à ses affaires.

Cette justice expéditive peut nous paraître bien turque. Elle était dans les moeurs et les nécessités du temps. Pouvait-on punir trop sévèrement , par exemple , un Enguerrand de Goucy , dont l'histoire nous rapporte une atrocité que nous allons voir exposée dans Gringore avec des détails , la plupart inconnus.

V Chez un bon abbé de Saint-Nicolas , près de Laon, se trouvaient trois enfans de la Flandre ^ur l'âge desquels les historiens ne sont pas d'ac-^ Cord. Le confesseur de la reine Marguerite, femme de Saint*Louis^ les qualifie nobles joui^nciaucc ^ et Joinville nobles enfans. Gringore, dont l'opinion se l'approche tout-9-fait de celles-ci, ne donne au plus âgé que quatorze ans. Le langage qu'il leur prête, ainsi qu'à leur mentor, est, comme nous Talions voir, plein de charme.

A l'ouverture de la scène , l'abbé de Sabit*Ni^ colas, entrant chez ses élèves, leur dit :

Or çà , mes. genlilz escuiers ,

350 MTSTJUIES.

Aprenez>vous bien le langaige De France? .

HIEMIBR.

De très bon eonraigie , Père abbé , taschons de l'apprendre.

II leur promet j s'ils étudient bien , qu'ils iront jouer en la forêt. — « En la forest 1 s'écrie le ^^co/z^. Chasserons aux petits connins! (^lapins). »

Dans une scène suivante^ deux gardes forestiers nous apprennent combien le seigneur de Coucy, maître de la forêt ^ est jaloux de ses droits de chasse et terrible enyers ceux qui oseraient y porter la plus légère atteinte. Il Tient de leur donner Tordre d'arrêter le premier délinquant y car il faut des ea^emples. Mais revenons k Tab^ baye de Saiut-Nicola» et aux pauvres enfans.

L'abbé^ après s'être félicité de la douceur et de la gentillesse de ses élèves, leur dit qu'ils ont assez étudié, et qu'ils peuvent aller s'esbatire en la foi^t.

• Avec quelle joie naïve ils reçoivent cette per^ mission , s'arment de leurs petits arcs, et s'en vont triomphons ! suivant l'expression de l'abbé. La vie est à cet âge si légère, l'air et le ciel si doux, là terre si riante I On 'voudrait s'emparer de toute la nature^ comme le dit Marie Stuart sortant de sa prison.

Emportés par leur âge, les trois jolis chasseurs passent de la forêt de Saint-Nicolas dans

celle de Coucj, contiguë , et s'arrêtent sons un couvert touffii , où Ton voit encore aujourd'hui, dit M. Ernest de Lépinois (^Histoire inédite de Couçx)f une antique pierre surmontée d'une croix , élevée en leur mémoire.

Assistons au dernier moment de bonheur qui reste à ces infortunés.

PEKMIER.

Ces arbres sont beaulx !

Et ptiyB le doolx cbaot des ojseaulx Nous resjovissent k mwveilles.

DEDXIKMB.

ISous voyons choses nompareîlles En ce boys.

Malheureux enfans I qui ttez-le ce bois ,■ fuyez au plus tôt l Vous ignores combien est vrai le vers menaçant, que tout à l'heure encore peut-être vous expliquait le bon abbé :

Fugite hinc , 6 pueri! latet anguis in herbâ.

Un monstre est caché sous ces fleurs. Ces arbres qui vous semblent si beaux seront les instrumens de votre supplice y et ces lieux de bonheur votre tombe.

Les pauvres enfans voyant près d'eux un carmin, lui décochent leurs flèches^ croient l'avoir atteint, et le poursuivent en poussant des cris de joie. Les gardes^ à l'affût^ les saisissent ^ et comme il» se débattent , Enguerrand arrive*

352 JtfTSTiRES.

MISSIRE ENGUEaEAN.

Qu'esse que ces patUars ont fait , Forestiers ?

LE PREMIER {foresUcr).

Monseigneur , ils chassoient En vostre bo js , et pôurchassoient Le gibier parmi ses buissons.

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