‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 2)Chapitre 250 sur 354 · Der Zug, etc., p · texte numérisé non relu

Der Zug, etc., p

6. Kentrites et Areenias, Bohten-tchaï et Charscn-su (Voy. Ainsw.. 167, Koch, 78, 82.

seulement de la première de ces villes. Le volume d'eau étant moindre, le passage est là plus facile, et c'est là que la route de Mossul passe de la rive gauche à la rive droite du Bohtan-tchaï ; d'ailleurs, ajoute l'auteur, Xénophon, en cet endroit de son récit, ne parle nullement du Tigre.

Au-delà de ce cours d'eau, l'armée traversa, durant une marche, de cinq parasanges, la plaine arménienne et quelques hauteurs de facile accès. On trouva, pour la couchée, un grand village bien pourvu de vivres, résidence d'un satrape; puis deux marches, formant dix parasanges, conduisirent les Grecs aux sources du Tigre qu'ils dépassèrent (uxepijXOov), et quinze parasanges de plus les amenèrent à la petite rivière de Téléboas1. Voilà bien des problèmes en quelques lignes.

Assurément les sources du Tigre dont parle ici Xénophon ne sont point les sources véritables, celles du fleuve qui passe auprès d'Amide. En supposant même, avec M. Lavard, et contrairement aux raisonnements de M. Koch que nous venons de résumer, que le gué du Kentritis fût celui de Tilleh (et c'est, vers l'Ouest, l'extrême limite possible), quinze parasanges, même en ligne directe, ce qu'on n'admettra certainement pas, dans ce pays coupé de montagnes, seraient loin de suffire pour mesurer cet itinéraire 8. Mais, entre Amide (Diarbekr) et le confluent du Tigre oriental, le fleuve reçoit divers affluents provenant du même groupe de montagnes que lui, groupe que l'Euphrate supérieur contourne au Nord et à l'Ouest. L'un d'eux, le Nymphus de Kiepert (Batman-su), est assez considérable pour avoir été regardé aisément comme le Tigre lui-même; sa source est encore à bien plus de quinze parasanges de Tilleh; mais la rivière un peu plus orientale, près de laquelle on bâtit plus tard Tigranocerte (le Jezidchane-su) convient parfaitement aux chiffres de VAnàbase\ le terrain qui sépare son cours de Tilleh est presque tout en plaine, et, de plus, sa situation explique le passage suivant. En effet, l'armée avait dû passer l'Arsanias sur le pont de la route de commerce qui conduit de Sert à Diarbekr, et avait traversé un pays assez plat, comme le dit Xénophon, mais se trouvait arrêtée maintenant par des montagnes trop hautes pour être franchies, du moins dans la saison des neiges (cf. chap. 4 et 5)3. Les Grecs purent donc

t. Anab., 1V-4.

2. Voy. la 3* carte de l'Atlm antiquus de Kiepert (Asia anterior).

3. Le Kharzan-Dagh (10,000 pieds) au N. O., et à quelque distance au N. la chaine de l'Antogh-Dagh.

fort bien tourner à l'Est, et arriver, précisément après avoir parcouru quatre ou cinq cents stades1, jusqu'aux bords de la rivière de Bitlis, dans laquelle M. Layard reconnaît le Téléboas. Il fait d'ailleurs observer que Xénophon ne dit pas l'avoir franchi, et il en conclut que l'armée grecque dut y arriver par l'Ouest, c'est-à-dire par la rive droite, en suivant un itinéraire à peu près semblable à celui qu'il parcourut lui-même et dans le même espace de temps, quoique en sens inverse* M. Koch, qui, nous l'avons vu, a conduit les Grecs dans le canton de Sert, leur fait suivre la route de Sert à Bitlis, bien que le terrain ne soit pas, dit-il, aussi plat, ni les pentes aussi douces que le disait Xénophon. Pour lui (p. 82), le Tigre (supérieur) de Xénophon c'est la rivière de Bitlis elle-même; et il se trouve réduit à faire du Téléboas un affluent de l'Euphrate; conséquence inadmissible, si l'on ne prend, comme l'auteur, le parti de compter pour rien en Arménie les chiffres de Xénophon (p. 84). Et M. Layard conduit, sans le vouloir, à cette identification du Tigre, car, avec la marche qu'il trace aux Dix-Mille (carte de 1867), les retenant toujours dans le voisinage du Bitlis-tchaï, on ne voit pas où ils auraient pu trouver la source d'un fleuve. Il est vrai qu'il compte les trente parasanges à partir de Tilleh, et qu'ayant mis trente-trois heures de caravane à venir là de Bitlis, il estime à la même mesure les six journées de Xénophon (Anab. IV). Quant à Ainsworth (p. 171-2), il place le Téléboas au Nord des monts Niphates; il croit que c'est le Kara-su, affluent du Mourad (Euphrate oriental). C'est toujours son système de compter les distances à vol d'oiseau, sans tenir compte des obstacles.

Nous ne devons avoir nulle répugnance à écarter des opinions si peu vraisemblables. Nous ne pouvons admettre ni que Xénophon ait compté de longues distances à vol d'oiseau, surtout en Arménie, ni qu'il ait mis bout à bout des courses vagabondes faites (par des éclaireurs sans doute) pour fouiller des villages, comme le croit M. Strecker3, et comme le dit clairement M. Koch4. Mais les motifs allégués par ce dernier, pour établir que Xénophon a dû passer la rivière de Sert avant sa jonction avec celle de Bitlis, ne sont pas sans valeur : seulement ils ne

1. Sur le plateau qui s'étend dans la direction S.-O. au pied de l'Aulogh.

2. Layard, ubi supra, p. 63-4; seulement il reconnaît que les Grecs firent un détour vers l'Ouest pour se procurer des vivres

3. Beitrxge zur geogr. ErkUcrung des RUckzuges der ZektUausend durch dm Armen. Hochland, p. 4. — Berlin. 1870.

doivent pas déranger l'ensemble de nos raisonnements. Si en effet, comme cela est fort possible, la route des caravanes était, au temps des Dix-Mille, ce qu'elle est aujourd'hui, les Grecs ont pu la suivre après le passage du Kentrite; ils auront alors passé. le Bitlis-tchaï sur un pont et pénétré ainsi dans les plaines dont nous parlions tout à l'heure sans trouver d'obstacle qui méritât une mention du narrateur. Remarquons encore que Xénophon dit bien avoir dépassé ce qu'il nomme les sources du Tigre, mais non les avoir traversées. En atteignant le plateau de Choith, au pied de l'Antogh, les Grecs exécutèrent, par rapport à ces sources, un mouvement très-exactement rendu par le mot 0-£ptjX0ov.

Le Téléboas fut rencontré, dit M. Layard, probablement à peu près là où est Bitlis (par 38° 20' de latitude), où il mérite bien ï'épithèthe de beau1. C'est effectivement dans la partie la plus rapprochée du lac de Van que les Grecs durent le retrouver, puisqu'ils avaient fait quinze parasanges depuis les prétendues sources du Tigre. Notons d'ailleurs que, comme nous l'avons vu plus haut, les parasanges pouvaient être moins longs en pays de montagnes; à mesure que les Grecs pénétreront dans des contrées plus difficiles, il faudra donner plus de portée à cette observation.

A trente parasanges de là, l'Euphrate fut passé à gué*, après que les Grecs eurent franchi à mi-chemin un défilé des plus faciles à défendre. Les sources du fleuve n'étaient pas éloignées, disait-on, du lieu où l'armée le franchit. Il n'y a pas d'exagération à réduire d'un quart le nombre des stades de Xénophon, même en mesurant par fractions correspondant à 5 minutes de latitude (9 kil. 25), pour suivre la voie indiquée par la grande carte de Kiepert, voie qui, partant de la position de Bitlis, laisse à droite les principales crêtes des monts Niphates. Elle franchit le contrefort qui s'en détache pour contourner le lac de Van au Nord et Nord-Ouest. C'est là sans doute, à trois ou quatre cents stades du lieu où ils avaient vu le Télèboas, que les Grecs trouvèrent le passage dont on leur avait signalé les périls. Evidemment la marche était bien embarrassée dans un tel pays et une telle saison : immédiatement après avoir passé le fleuve, l'armée enfonçait dans une'neige d'une orgyie (plus d'un mètre3), et ils en avaient trouvé avant d'arriver au fleuve4.

t. Que lui donne Xénophon ©frro< 8ty xaXfc n*v, \Uw S'où {Anab. IV 4). L'auteur ajoute : 'O Si t6w<k o4to; ApiuvCa ixaimo f| «pà< écirépav.

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