Voyez plus haut, p
le distinguer évidemment du reste de ce pays ; mais ce comté ne semble pas avoir subsisté bien longtemps.
Doulcon, auquel le Dormois devait son nom et qui avait dû en être le chef-lieu, ne paraît avoir eu à l'époque féodale aucune importance; il ne fut pas choisi pour centre d'un des nombreux doyennés du diocèse de Reims ; on ne le voit pas non plus figurer comme chef-lieu de la moindre chàtellenie. Conservant toutefois son nom antique, Doulcon est encore aujourd'hui un village du département de la Meuse (arr. de Montmédy, cant. de Dun) et compte environ 250 habitants. Mais à deux kilomètres à peine de ce lieu, sur la rive droite de la Meuse, s'élève une petite ville du nom de Dun, qui semble avoir hérité d'une partie de la prééminence dévolue autrefois à Doulcon : elle était chef-lieu d'un doyenné de l'archidiaconé de Champagne et en même temps siège d'une chàtellenie ; enfin le seigneur de Dun avait, au douzième siècle, le titre de vicomte1. Ainsi que dans bien d'autres cas semblables, le centre administratif ne s'était que légèrement déplacé.
C'est à l'époque de la division de l'ancien comté de Dormois en un certain nombre de seigneuries n'ayant aucun lien entre elles, que l'on doit évidemment faire remonter la restriction du nom de Dormois à la portion de cepagus la plus éloignée de son chef-lieu, c'est-à-dire à sa partie occidentale. C'est là que se trouvent les quatre villages dits en Dormois : Cernay, Fontaine, Rouvroy et Malmy,et une rivière qui, considérée comme le cours d'eau le plus important de la contrée, en a tiré son nom moderne. la Dormoise. Cette attribution exclusive du nom d'un pagus à une partie de son territoire, qui, originairement, n'y avait aucun droit, est sans doute un fait bien singulier ; mais ce n'est pas un fait isolé: en effet, nous avons déjà fait observer que le nom du Ternois {pagus Taruanensis), vaste pays qui devait son nom à la ville épiscopale de Thérouenne, ne désigna plus, postérieurement au onzième siècle, que la partie méridionale de ce grand pagus, le comté de Saint-Pol, où une rivière, la Ternoise, a aussi emprunté le nom du pays*.
1. En 1192, une charte de Geoffroi, seigneur de Dun et d'Apreraont. constate une donation faite aux Templiers par Poncardus, quondam vicecornes de Dun (Archives nationales, S 5038, n* 42).
2. Voyez le premier fascicule de nos Etudes sur les paçi de la Gaule, p. 52