‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 2)Chapitre 32 sur 354 · LE PORCIEN · texte numérisé non relu

LE PORCIEN

(Pagus Porcensis).

Le Porcieii, qui occupait la partie nord-ouest du diocèse de Reims, est nommé en latin pagus Portensis, Porcensis, Portianus, Porciensis, Portuensis et même Porcinensis . Le premier de ces noms, employé par Flodoard, désigne à la même époque deux autres territoires : le pays du Port, aujourd'hui Saint-Nicolas 1 dans l'ancien diocèse de Toul, et celui de Portsur-Saône *, le Portus Abucini de l'Itinéraire d'Antonin, au diocèse de Besançon ; mais nous n'avons à étudier ici que les textes qui se rapportent au Porcien.

Bien que le comté de Porcien existât encore au seizième siècle et que le nom de ce pays fût en outre adjoint aux noms de différentes localités telles que Château-Porcien et Chaumont-en- Porcien, le réthelois Chesneau, qui traduisait alors l'histoire de l'Eglise de Reims de Flodoard, ne crut pas devoir rendre territo- Hum Portense par « Porcien ; » il traduisit ces mots par * terre des Postez3. » Nous ne savons quelles raisons l'avaient déterminé à voir dans les mots dont il s'agit l'indication de ce territoire, que les titres latins du moyen-âge désignent sous le nom de terra de Potestatibus*. Mais les commentateurs qui l'ont suivi et qui ont annoté le testament de saint Remy, Marlot5, Lacourt6,

1. Saint-Nicolas, désigné jadis sous le nom de St-Nicolas-du-Por/, Meurthe, arr. de Nancy, chef-lieu de canton.

2. Port-sur-Saône, Haute-Saône, arr. de Vesoul, chef-lieu de canton.

3. L'histoire de l'église métropolitaine de Reims, premièrement escrite en latin {non encores imprimée) par Floard, jadis chanoine d'icelle église (Reims, 1581, f- 74 v).

4. Nous trouvons dans une charte de Roger, seigneur de Rozoy, en date d'octobre 1217, les mots in Potestatibus (Varin, Arch. admin. de la ville de Reims, t. I, p. 504); c'est la plus ancienne mention que nous connaissions du nom des Pôtées.

5. Marlot. Hist. de la ville, cité et université de Reims, tome II, p. 124-125.

6. Voir la traduction du testament et le commentaire de Lacourt dans le tome II de la Chronique de Champagne (1837).

Varin 1 et l'académie de Reims *, ont également considéré le solum Porteuse comme la terre des Potées. On ne peut certainement pas accuser ces savants d'avoir ignoré que ce nom lut celui du Porcien, car Varin après avoir fait remarquer que Valois et M. Guérard traduisaient Porcensis de cette façon, ajoute: «Cette interprétation nous semble, par exception, ne « pouvoir être admise pour le testament de saint Remy. » L'Académie de Reims dans son édition de Flodoard partage évidemment l'opinion de Varin; car, tandis qu'elle voit dans le Portensis du testament de saint Remy la terre des Potées, elle n'hésite pas à traduire partout ailleurs le même nom par celui de Porcien. Nous devons donc, pour l'aire justice d'une opinion accréditée depuis trois siècles chez les érudits rémois, nous attacher à démontrer que le solum Porteuse du testament de saint Remy ne peut être la terre des Potées.

Les localités mentionnées dans ce testament comme dépendant du solum Portense sont Tudiniacum, Balatonium sive Plerinacum, Vacculiacum, Vicus et Blandibaccius. Nous ne fonderons pas notre discussion sur les noms dont la traduction n'a pas été donnée par nos devanciers, car on pourrait récuser le point de départ de notre argumentation ; nous ne nous appuyerons que sur des traductions incontestées. On s'accorde à reconnaître Thugny dans Tudiniacum, Ralhara dans Balatonium * et Rlombay dans Blandibaccius; or, deux de ces villages Thugny et Balham sont situés sur les bords de l'Aisne, non loin de Château-Porcien, tandis que Blombay est à huit lieues environ au nord de cette rivière. La terre des Pôtées comprenait-elle l'étendue de pays qui sépare ces trois villages et ces villages eux-mêmes ? Aucun des savants qui ont admis l'identité du solum Portense et de la terre des Potées ne s'est embarrassé de vérifier ce fiait.

Varin a publié un document propre à résoudre cette question : « 'est la déclaration du temporel du chapitre de l'église métropolitaine de Reims, faite le 8 août 1384. Il y est dit que le chapitre possédait « en ladicte ville de Reims4, vers Thérache, et en

1. Archives adm. de la ville de Reims, tome I, p. 4, note 6. 1. Œuvres de Flodoard, t. 1, p. 110.

3. Varin reproduit les annotations de Lacourt d'après lequel Balolonium serait Balham, mais il croit que ce serait peut-être plutôt Baalons.

4. Ville paraît avoir ici le sens que civitas avait chez les Homains. Le mot urbs était du reste également employé à l'époque franque dans le sens de territoire d'une ville; voy. Jacobs, Ceog.deGrtg.de T., lr*p.,c. 111.

- Go —

« la fin du royaume, vers Haynnault, une terre appelée la terre * des Potez de laquelle append, que villes, que hamiaulx, xx ou < environ.» Cette ter reformait unbailliagedontletitulaire résidait à Aubign y et voici, d'après le dénombrement, la liste des villages qui eu

Aubignv

Beliy

blombay

Cernion

Cbilly «

Ecle

Etilles

Flaignes

Laval-Morency

Lépron

mSmU (le)

Marby

Marlcmonl

Maubertfnntainc

Oliviers (les)

Prez

Rogercbamp

Vaux

Villaines

Ardennes, canl. de Rumigny.

de blombay.

cant. de Rocroy.

cant. de Rumigny. romm. de Marby.

cant. de Rocrny.

t ant, de Rumigny.

canl. de Rocroy.

tant, de Rumigny.

cant. de Rumigny.

cant. de Rocroy.

cant. de Rumigny, comm. de Flaignes.

cant. de Rocroy. comm. de Chillv.

cant. de Rumigny.

» comm. de Vaux.

A ces noms on doit certainement ajouter celui de Sévigny-la- Forèt (Ardennes, cant. de Rocroy), village qui n'était probablement pas assez important, au xrve siècle3, pour être mentionné dans l'aveu, mais qui, si l'on en juge par le chartrier du Chapitre de Reims et par l'inventaire qui en fut dressé par Lemoine4 peu de

1. « Les villes d'icelli bailliage [des Potezl sont celles qui s'ensuieut: n Premiers, la ville d'Aubigny-ès-Portés, Sergnon, Longnis, Vaulx et le

» Maisnil Après est en ladicte terre des Portés la ville de L'Esperon

» Après en la ville de Villainnes Item aprez est la ville do blombais,

» Escalle (lis. Estalle) Rogier-Champ. Gesilis, Marbis, et Ecoles et Relzis,

» esquelles villes a uns maire et une mairie Après est en la ville de

>. Mauberfontaine Aprez est en la ville de Laval Aprez est la ville

» d'Bscalle (lis. Estalle) Aprez est la ville de Flagnes et les Oliviers...

■> Aprez est la ville de Prez Aprez est la ville de Mellemont Item,

• ès dictes Potès... ont les dessus dis deux haultes forestz ès fins du ■ royaume, l'une appellée la forest do Chavigny et l'autre appellèe

- la forest de blombais » (Varin, Archives admin. de la ville de Reims,

t. III, p. 589-392).

2. Cbilly désigné dans le pouillè de 1303 1312 sous le nom de Gehillis (Varin, t. II, p. 1072) est certainement le Gesilis du dénombrement.

3. Sévigny n'avait pas d'église à cette époque, car le pouillè de 1303- 131? n'en fait pas mention.

4. Varin, Arch. admin. de la ville de Reims, tome I, p. cxcii. — L'inventaire de Lemoine place aussi Justine dans la baronnie des Potées, mais

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