‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 2)Chapitre 65 sur 354 · Jbid., p · texte numérisé non relu

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6. « Abbatiam Sancti Timothei quam eidem beato Remigio ad usum « hospitaiitatis tua largita est industria. » (Dom Bouquet, Recueil des historiens de France, t. IX, p. 240.)

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mer que la rédaction des chapitres VI et X est postérieure à l'année 969, il est également certain qu'elle n'est pas antérieure à l'année 4064. En eflct cette dernière date est celle du rétablissement du chapitre de Saint-Timothée par l'archevêque Gervais, qui, du consentement d'Hérimar, abbé de Saint-Remy, rendit à cette église ses revenus primitifs pour la subsistance des clercs1.

Le chapitre XIII, consacré aux cens perçus par le monastère de Saint-Remy, accuse aussi dans plusieurs de ses parties un état de choses postérieur à 964 ; ainsi il y est fait mention de cens dus à Conda 2 qui, ainsi que le dit M. Guérard, est évidemment le même que le Cunda in territorio Lingonensi d'une bulle du 20 avril 14 48, c'est-à-dire Condes (Haute-Marne). Or, il est constaté que ce lieu n'entra dans les domaines de Saint-Remy qu'en 964, en vertu du testament de Hugues parent du roi Lother3. D'un autre côté, en 968, la reine Gerberge, veuve de Louis d'Outremer, donna à l'abbaye de Saint-Remy, à titre d'alleu, son domaine de Meerssen (au diocèse de Mayence), avec tout ce qui en dépendait, à savoir Cluma, Litta, Hertra, Angledura*. Or, tous ces lieux figurent dans le chapitre XIII, dont la rédaction est postérieure, par conséquent, à l'année 968.

La rédaction des chapitres VI, X et XIII peut donc servir à montrer que le registre connu sous le nom de Polyptyque d'Hincmar ne pouvait être considéré comme antérieur, dans son ensemble, à l'année 969, et, nous avons fait remarquer que l'union des biens de St- Timolhée doit mettre en garde contre l'adoption d'une date postérieure à 40645; nous sommes loin cependant de prétendre que la descrip-

1. Voir la charte de Gervais : Gallia Christ., t. X, Instr., c. 24.

2. Polyptyque de l'abbaye de Saint-Remy, ch. XIII* g 18, p. 30.

3. Marlot, Metropolis Hemensis kistoria, t. 1, p. 589. — Recueil des historiens de France, t. IX, p. 6'24.

4. Marlot, Metr. Rem. historia, t. I, p. 606. — Recueil des hist. de France, t. IX, p. 666.

5. Il serait injuste de ne pas rappeler que quelques-uns de nos arguments ont été employés, il y a cent ans, par Dom Vincent : ce sont le6 allusions à l'union de l'abbaye de Saint-Timothée contenues dans les chapitres VI et X. M. Guérard qui n'admet pas les conclusions du bénédictin et place la rédaction du polyptyque au ix* siècle en s'appuyant en môme temps sur le caractère de l'écriture, dit qu' « on est » convaincu, en lisant sa notice, qu'il s'est surtout attaché, pour ré- » soudre cette question de paléographie, à la date de quelques actes, » sans faire attention que ceux-ci étaient des additions postérieures, » telles qu'on en rencontre de nombreuses dans le Polyptyque deSaint- » Germain. » (Polyptyque de l abbaye de Saint-Remy, p. VII.) M. Guérard reconnaît du reste (p. IX) que les chapitres X et XIII ne peuvent remonter plus haut que 969.

Lion de la plupart des fiscs soit aussi moderne que les trois chapitres que nous venons de signaler

Le chapitre X étant la seule partie du polyptyque que nous ayons utilisée, nous allons continuer nos recherches pour préciser la partie de la période intermédiaire de 969 à 4064, à laquelle on doit le reporter. L'examen de l'orthographe des noms de lieux nous aidera à nous prononcer sur ce point.

Parmi les désignations géographiques figurant dans le polyptyque, il en est un certain nombre qui se terminent aujourd'hui en y dans les contrées où se trouvaient presque toutes les possessions de Saint- Remy. Celte terminaison est produite, on le sait, par la finale iacvm qui est seule employée dans les documents jusqu'au xi° siècle, et est, au xne siècle, généralement remplacée en latin par eium, aium, finale calquée sur les formes vulgaires de l'époque. En disant que iacum est seul employé jusqu'au xie siècle, nous n'exagérons rien ; car un des maitres les plus compétents en pareille matière, M. Jules Ouicherat, s'exprime ainsi à ce sujet : « Comme dernière remarque, » sur la désinence iacum, je noterai ici que, depuis le xn* siècle, » elle a été le plus souvent changée en aium ou eium dans le latin » à l'usage des clercs de la langue d'oil : Yitraium, Ivreium (Vitray, » Ivry). Mais alors le latin n'est plus qu'un calque du thème fran-

Cependant, l'auteur de la copie ayant remarqué que les chapitres Xlll et XXIX sont de main différente* et que le second est beaucoup plus moderne, M. Guérard suppose que, sans doute, le chapitre X, qui ne contient pas, ainsi que les chapitres précédents ou suivants, la description d'un fisc, est également d'une autre main; mais, alors, on devrait poser la même hypothèse au sujet du chapitre VI dont le début même et le g 15 dénotent l'époque récente. Le soin que le copiste du polyptyque a pris de remarquer les différences d'écriture des chapitres Xlll et XXIX nous parait être une preuve que le chapitre X était bien de la même main ou du moins d'une écriture presque identique à celle du corps du manuscrit. En outre, peut-on croire que Dom Vincent, qui cherchait à fixer la date du polyptyque en examinant à la fois l'écriture et les différentes notions de nature à faire connaître l'âge de ce précieux volume, n'ait pas été frappé par l'apparence plus récente des caractères pour les chapitres d'où il tirait ses arguments? Nous ne le pensons pas. 11 n'y a donc que deux alternatives: ou ne pas supposer une différence dans l'écriture, différence qui n'est appuyée sur aucun témoignage, ou accuser Dom Vincent de mauvaise foi et l'attentif copiste du polyptyque de négligence.

1. Dans la note précédente, nous avons rappelé, d'après M. Guérard, que le chapitre XXIX était d'une écriture plus moderne que le reste du manuscrit.

• C'est A la page IX de son introduction que M. Guérard noua apprend cette particularité relative au chapitre XIII.

» rais l. » La liste des lieux mentionnés dans le polyptyque et dont la terminaison primitive était en iacvm ne nous permet pas de douter que l'époque de la rédaction des chapitres les plus récents ne soit au moins du milieu du xie siècle, c'est-à-dire de la lin de la période d'union des biens de Saint-Timothée à l'abbaye de Saint-Remy. En effet, sur quatre-vingt-dix noms de lieux ayant originairement la terminaison iacum (ou iaca lorsqu'ils étaient suivis de la qualification de villa ou curtis), cette terminaison n'est conservée qu'à trente-six, c'est-à-dire à un peu plus du tiers, et il est à remarquer que dans le chapitre X la proportion de la forme eium est beaucoup plus grande. L'examen auquel nous nous sommes livré nous a démontré que le soupçon de rédaction ou du moins de copie postérieure à l'an mil doit être étendue au chap. I, où l'on trouve Adenaius (auj. Aigny), au chapitre 111 où l'on voit Flcury-le-Petit nommé Floreius, au chapitres XVI et XXIII où figurent Yinsula Catzeia et Cazeius (Chézylès-Bisseuil), et au chapitre XXIX à cause â'Iloslrennaius. Nous ne croyons pas inutile de donner ici la liste de tous les noms dont nous parlons, en soulignant ceux où subsiste la finale primitive et en faisant précéder d'un astérisque les noms qui n'appartiennent pas aux chapitres VI, X ou XIII.

Abriniaca Curtis *Acienaius

Alabpius 'Albiliacus

Antpnaius

Arceius

Ardennaius 'Arentiacus

Asciacus

Ascineius 'Atriciaca Curtis

Atseius

Arvpnneius

ftaireius

Balbeius

liereniaca Curtis

Betcnpius

Bunlenaiua

Buriniacus

• Busiacus

* Cadiniacus

Cainiacus

Calmisciacus

Cambreceius

Cardenpius 'Cazoius

Ghainpius

Ctrsitifliaca (colonia) Coccpius

* Comptiacus

* Conciacus Corchpreius Crepeius Crutmpius Culleius Divisiacus Drullpius Klaciacus

•Florpius

Gpnprpius

Gravipius

Cudiniaca Curtis

Guseius

BamrJacus

Hildrisei Villa 'Hostrennaius

Huoreseius

Ignpius

Jnrpius

Juviniacus

Lapprpius

Limozei Gurtis

Livrpius

Luniacus

Luppius

* Luperciacus M âpre i us Malleius Masceius

* Muriniacus

Nanguliaca Curtis

Xivitiacus •Paviliacus

Pavilleus

Preunpïus

Proviliacus

Remit iaca Curtis 'Rauciacus

Hislpius

Rodenaius

Sacpius

* Satiacus Savprcpi Gortis Savineius

Sun nia ru s

Stirpeius Suppius Surnpius Tannpius

* Tasiacus Tassceius Todiniacus Trosleius Tuniacus Uldrpzei Villa Vrsiniaca Cortis VpntPlaius

* Virdiniacus

* Viriniacus Vitreius

t. i. Quicherat, De la formation française des anciens noms de lieu, p. 40-4 1 .

Aux conclusions résultant de celte liste, nous devons ajouter que l'on trouve dans le chapitre X des noms latins tellement calqués sur la forme française qu'il peut sembler étrange de les rencontrer dès le xi" siècle. Nous voulons parler d'Isla (§ 2); cette localité est la même que Y Insula super fluvio Suppia (lsles-sur-Suippe) nommée au § 5 du même chapitre. On y lit aussi (§ iOj Sumtnam .Sïèi, traduction inintelligente de Sommesois, et le nom vulgaire Esciarts 1 Sanctae Mariae (§ M). Nous n'insisterons pas sur ce dernier fait: la présence dans le polyptyque d'un nom emprunté à la langue vulgaire en dit assez. Nous sommes donc en droit d'affirmer que la forme des noms du chapitre X démontre clairement que le polyptyque ne saurait être antérieur au milieu du xic siècle; mais nous ne nions pas, et nous serions au besoin le premier à le soutenir, que la plupart des descriptions de fiscs datent certainement du ixe et du x« siècle.

Restitution du chapitre X du Polyptyque.

Le désordre qui règne dans la première partie du chapitre X, où les biens de l'abbaye de Saint-Timothée sont répartis entre quatre pays, n'avait pas échappé à M. Guérard, qui, en conséquence, avait cru devoir renoncer à l'idée d'en tirer parti pour la description des pagi. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici ses réflexions ; elles serviront à montrer sa perspicacité, car il a parfaitement reconnu comment le désordre avait été porté dans cette partie si délicate du polyptyque. « Je dois croire, » dit-il, qu'il (le copiste) a dérangé l'ordre et la place des noms de » lieu dans les quatre premiers articles du chapitre X. Les lieux, » dans ces articles, sont distribués entre quatre pagi, savoir : i° le » Rémois, 2° le Laonnais, 3° le Tardenois et 4° le Porcien. Or, il » arrive que tel lieu, qui se trouve placé par le texte dans un des » quatre pays ci-dessus nommés, n'en fait réellement pas partie, et » qu'il appartient à l'un des trois autres. Ainsi, par exemple, Abun- » mrtis, inscrit sous le titre in pago Tardinensi, serait vainement » cherché dans le Tardenois; tandis qu'on rencontre Auboncourtà » deux lieues nord-est de Rethel, dans les limites du Porcien. Aisella

!. M. Uuorard a l'ait imprimer Esciais, mais un renvoi do la table des sigles (p. 145) nous apprend que le ms. porte Esciars avec un t pardessus IV. Ce t, selon nous, doit ôtre considère comme une addition et non comme une correction de IV.

» qui, d'après notre manuscrit, dépendait du par/us Porcensis, se » présente, sous le nom d'Aizelles, dans le Laonnais. Summa Turbo, » Somme-Tourbe, village situé entre Reims et Chàlons, estpareille- » ment attribué au pagus Porcensis, qui certainement ne s'avançait » pas jusque là. Des terres autour de Reims, circa Remis, sont » encore mises dans le même pagus. Aviola, situé sur la Meuse, » super Mosam, est placé dans le Tardenois, quoique ce canton soit » bien éloigné de la Meuse. II me serait facile de citer d'autres lieux, ,> dont la position donnée est en contradiction avec la position réelle; » mais ces exemples suffisent pour prouver qu'il règne dans la partie » du manuscrit la plus importante pour la topographie ancienne un » très-grand désordre, lequel doit être imputé soit au rédacteur du » Polyptyque, soit au copiste moderne. Or, il est difficile de conce- » voir que le rédacteur ait commis tant d'erreurs au sujet des divi- » sions territoriales de son temps, et que ces erreurs soient restées » sans correction dans un livre usuel. Il faut donc, je crois, en » accuser le copiste, et les expliquer en supposant qu'il aura trans- » crit en lignes pleines les noms qui étaient disposés en colonnes. » J'alléguerai, a l'appui de cette supposition, que le Polyptyque de » Saint-Germain présente, en plusieurs endroits, une disposition » pareille pour les noms de personnes à la suite des fiscs, et qu'un » lecteur peu attentif serait exposé à lire ces noms de gauche à » droite, au lieu de les lire de haut en bas, comme l'ordre l'exige».»

Ce désordre n'est nullement exagéré, car on remarque des lieux situés dans le diocèse de Reims et tout auprès de cette ville, tels que Pons Fabricatus (Ponlfavergcr), Très Putei (Troispuits), Wannerii villa (Warmeriville), Bisennae (Bczannes), lesquels sont indiqués comme dépendant du Laonnois. Nous citons ces villages parce qu'aucun de ces noms ne se rencontre ailleurs dans les contrées où l'abbaye de Saint-Remy possédait des biens et qu'ainsi la confusion est plus apparente.

Rétablir le tableau inexact dans son état primitif serait un travail d'une utilité incontestable, mais il eût été téméraire de le reproduire par colonnes en l'absence du manuscrit original. C'est ce queM. Gucrard a évidemment compris, puisqu'il ne parait avoir fait aucune tentative de restitution. Il aurait fallu pour cela avoir quelques indications préalables, telles que le nombre des colonnes, la mention du commencement des pages dans le cas où le tableau en aurait exigé plusieurs, le nombre de lignes de chaque page, renseignements dont il semblait difficile de tenter la recherche. Heureusement,

I. Polyptyque de Vabbaye de Saint-Remy de Reims, p. V et VI. »

le copiste du dernier siècle a conservé les indications de commencements de pages du manuscrit et elles ont été reproduites par M. Guérard ; c'est là un précieux renseignement. Mais l'extrait fait par André Duchesne, dans la première moitié du xvh* siècle, de quelques faibles fragments du polyptyque, peut surtout aidera une restitution certaine l. Les fragments du tableau par pagi sont assez importants pour nous permettre de le rétablir dans son intégrité, car le savant éditeur des Scriptores avait lu le tableau par colonne. Ce qui est étrange, c'est que M. Guérard lui-même avait fait imprimer les extraits de Duchesne dans l'Appendice du polyptyque dlrminon2, il y a plus de trente ans, et que c'est à lui, par conséquent, que nous devons de pouvoir rétablir les données si précieuses que le polyptyque fournissait sur la topographie des pagi. Ces extraits nous démontrent que, conformément à la supposition de M. Guérard, on devait lire le tableau par colonnes, que la page XIII où il commençait était écrite sur cinq colonnes, tandis que la page XIV qui en contenait la fin ne comprenait que quatre colonnes. Alors même que les indications des pages ne nous auraient pas été transmises par le copiste du polyptyque, on eût pu supposer où était le commencement de la seconde page du tableau. En effet, la seule ressemblance existant entre les extraits faits par Duchesne et la copie du bénédictin de Saint-Remy consiste dans la succession des noms de Condatum et A'Audani Cortis ; mais grâce à la copie qui nous a été conservée, on n'en est pas réduit à une hypothèse sur ce point capital pour la restitution 3.

Nous publions ci-après le tableau restitué qui commence le chapitre X. Les personnes qui voudront se faire une idée de celui qui se trouve dans l'édition du polyptyque, sans y recourir, n'auront qu'à lire en lignes pleines. Gomme pièce justificative de notre restitution, nous avons eu soin de faire imprimer en italiques les noms extraits par Duchesne4, de sorte qu'en suivant les colonnes, on aura <ous les yeux le document qui a aidé à notre restitution.

1. Ces extraits de Duchesne sont conservés à la Bibliothèque Nationale, fonds Duchesne, n* 74, p. 12-15-

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