DES LETTRES MISSIVES
Plus d'une fois, en fouillant les ruines, les explorateurs modernes ont trouvé de petits rouleaux de papyrus liés d'un cordon et cachetés d'un sceau d'argile.' Au dos, quelques signes hiératiques, à-demi effacés par le temps, laissent lire un nom propre , accompagné de titres religieux ou civils , qui ne nous apprennent rien sur la valeur des documents ainsi retrouvés.2 Mais, les rouleaux une fois déployés, le premier coup d'œil nous révèle leur nature : ce sont des lettres familières, des billets d'affaire ou de compliment , écrits et envoyés depuis des milliers d'années. Longtemps perdus , ils sortent de leur oubli séculaire pour dévoiler, à travers les âges, les secrets des particuliers ou de l'Etat, nous initier aux détails intimes de la vie publique ou privée, et mettre sous nos yeux ce que Charron appelait «le tous les jours» d'un grand peuple.
Cet usage des lettres missives, cette faculté de communiquer les pensées, les sentiments, les prières, les ordres du moment à des personnes absentes et de converser avec elles malgré la distance , les Egyptiens l'avaient dès les temps les plus reculés de leur histoire. Parcourez du regard les mille bas-reliefs sculptés dans les tombeaux de l'ancien Empire, et vous y trouverez, entre autres personnages , des scribes occupés à plier des lettres et à les cacheter.3 Ce qu'on usait ainsi de papyrus