DU MINISTÈRE DE LINSTKUCTION PUBLIQUE
SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES
OHZIEHE FASCICULE
ÉTUDES flun LES PAGI IIE I.A OAULE, PAH A. LONIiSÛS,
ÈLÉVB DE l'kcole des hautes Études.
riElIXIÉMF. l'AUTlE LES PAOl DU DIOCÈSE Di: llEfJlS, AVEC QUATRE CARTEfi.
PARIS LIBRAIRIE A. FRANCK
p. VIEWEG, l'HOPRIÉTAIRE HUE UICHELIEU, 67
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avec les pagi primitifs, il ne peut avoir place dans cette étude. Les sept autres divisions sont véritablement de notre ressort et ce sont leurs noms seuls, à l'exception de celui du Dormois, que nous retrouvons placés sous la rubrique Civitas Remmsis, dans le tableau des divisions civiles de la Gaule franque dressé par M. Guérard ^
Cependant Valois et Guérard ont nommé à tort lejmgns Siadunensîs parmi les j^^O^ ^^ diocèse de Reims ; nous avons montré d'une façon iiTéfutalJe, croyons-nous, que ce pagus, désigné vulgairement sous le nom d'Asténois, <lépendait entièrement du diocèse de Cliâlons. Le nombre des pagi que nous avons à étudier aujourd'hui sera néanmoins de sept, parce que nous avons cru devoir ajouter aux pays nommés par les deux géographes le ^}^(/w5 Tardinensis.
En abordant l'étude des pagi rémois, nous nous sommes d'abord demandé si ces sept 2?fl/72, qualifiés de comtés à l'époque carolingienne, avaient laissé quelque trace dans les divisions féodales des temps postérieurs. Or, il ne subsistait plus que deux de ces œmtés au douzième siècle, c'est-à-dire à l'époque la plus florissante de la féodalité ; ces comtés étaient le Rémois et le Porcien. Le Rémois, possédé par les archevêques, qui, par la suite, se quahfièrent même de ducs de Reims, n'était plus, autant qu'on peut en juger d'après les archives de l'archevêché de Reims, comparable au comitatus Remensis du neuvième siècle: ce n'était plus un corps compact, mais un Etat composé de chàtellenies enchevêtrées dans les domaines des seigneurs féodaux voisins. Le comté de Porcien, sans doute par suite de partages opérés entre les enfants des anciens comtes et bien qu'il eût toujours Chàtoau-Porcien pour chef-lieu, n'était plus que l'ombre de lui-même. Un Etat féodal de quelque importance s'était fondé postérieurement au dixième siècle dans le diocèse de Reims, mais ne représentait aucun des comtés du neuvième siècle; cet Etat, le comté de Rethel, créé peut-être par quelque cadet des comtes du Porcien et formé d'une fraction de ce pays, avait fini par comprendre la plus grande partie du pays Castricensis et de celui de Voncq.
Ce résultat négatif nous oblige à comparer ces mêmes 2J«(/î avec les subdivisions ecclésiastiques du diocèse. Mais, tandis que dans un grand nombre d'évèchés les pagi ont laissé des
1. Es$ai sur le système des divisions territoriales de la Gaule sous les rois Francs, p. 118.
traces indélébiles de leur existence par suite de rétablissement dans la plupart de ces territoires d'archidiaconés qui leur avaient emprunté leurs noms et souvent leurs limites, le diocèse de Reims ne nous présente aucune ressource semblable. De toute antiquité, nous le trouvons partagé en deux archidiaconés seulement, distingués ordinairement par les qualifications de grand {?}iajor) et de petit {minor), et quelquefois par celles d'archidiaconé de Reims et d'archidiaconé de Champagne ^ Ces deux divisions n'étaient aucunement fondées sur les divisions civiles : il semble seulement que pour former le petit archidiaconé, on avait choisi cette partie du diocèse de Reims presque entièrement privée de bois, qui est désignée par Grégoire de Tours sous le nom de Campania Reinensis ^. On ne doit donc pas s'étonner que ces archidiaconés n'aient pas correspondu aux pagL Chacun d'eux avait été formé d'un certain nombre de doyennés, réunis sans égard à leur origine. Le petit archidiaconé de Champagne, par exemple, comprenait les doyennés de Dun, de Grandpré, de Cernay-en- Dormois, duChâtelet, d'Attigny , deBétheniviUe,deVesleet d'Epernay, c'est-à-dire six doyennés limitrophes des diocèses de Châlons et de Verdun, et deux doyennés intérieurs (Le Châtelet ^t Attigny). Ainsi, les territoires des deux plus grands ^a^t du diocèse, le Rémois et le Porcien, qu'un examen superficiel permettrait de croire englobés dans le grand archidiaconé, se trouvaient entamés par l' archidiaconé de Champagne ; en efiet, les doyennés de Bétheniville, de Vesle et d'Epernay, étaient jadis compris dans le premier de ces pays, tandis que le doyenné du Châtelet paraît avoir été démembré, du moins en partie, du Porcien.
L'archidiaconé de Champagne divisait, en quelque sorte, le grand archidiaconé en deux parties inégales. La partie septentrionale, de beaucoup la plus étendue, comprenait les doyennés de Rumigny, de Launoy, de Mézières, de Mouzon, de Justine (plus tarddeRethel),etceluideSt-Germainmont; la partie méridionale
1. C'est à tort, croyons-nous, que M. Desnoyers {Topographie ecclésictstique de la France, p. 150), attribue à ces archidiaconés, pour le x* siècle, les dénominations d'archidiaconé de France et d'archidiaconé de Champagne. Marlot auquel il renvoie (Metropolis Remensis historia, t. I, p. 462), ne paraît rien dire de semblable. On consultera du reste, avec fruit, pour ce qui concerne l'antiquité de l'existence des deux archidiaconés rémois, le chapitre XXXVI du livre 111 de Marlot (t. I, p. 462 et suiv.) et la Topographie ecclésiastique de M. Desnoyers.
2. Grégoire de Tours, Hist<nia Francnrum, liv. IV, c. 17 et 1. V, c. 19.
était composée des doyennés de Lavanne, de Reims, de la Montagne et d'Hermonville ; et ces deux portions ne se touchaient que sur un espace de sept kilomètres, aux confins des doyennés de Saint-Germainmont et de Lavanne.
Tel est le tableau du diocèse de Reims que nous fournissent les pouillés et les autres textes propres à en établir la topographie ecclésiastique, depuis le début du quatorzième siècle jusqu'au dix-septième et peut-être même jusqu'au dixhuitième, et ce sont là les divisions ecclésiastiques que nous avons fait figurer sur les cartes qui accompagnent cette étude * . Le pouillé rédigé par Bauni en 1776 et 1777^ est le premier document qui, à notre connaissance, montre quelques changements apportés à cet état de choses: il nous offre cinq nouveaux doyennés.
Trois des nouvelles circonscriptions sont établies dans le grand arcliidiaconé : le chef-lieu du doyenné de Launoy ^ avait été
1. C'est là, du moins, la division indiquée dans le pouillé du diocèse de Reims, de 1303 à 1312, publié par Varin {Archives, administ. de la ville de Reims, t II, p. 1046-1123). Les archiprètrés y sont désignés par les épithètes mcfjor et minor. Les dix-huit doyennés que nous venons d'énumérer sont seuls mentionnés sur la carte du diocèse de Reims de Sanson (milieu du xvii* siècle). — Nous devons dire que nos cartes représentent l'image la plus exacte du diocèse de Reims; nous avons rétabli les divisions décanales à l'aide des documents du xiv* siècle, en nous aidant des documents postérieurs lorsque les premiers n'étaient plus suffisants.
2. Voir ce pouillé dans Varin {Archives administratives de la ville de Reims, tome II, p. 1046-1123).
3. M. Desnoyers (Topographie ecclésiastique delà France, p. 136) s'exprime ainsi au sujet du doyenné de Launoy : « Supprimé et représenté au
■ XVIII* siècle par les deux doyennés d'Arches et de Braux qui, au xiv* a siècle, faisaient partie du grand doyenné de Mézières. » L'attribution d'Arches et de Braux à Tancien doyenné de Mézières parait inexacte, mais cette erreur est très-excusable. Le pouillé de 1303-1312 place, il est vrai, dans le doyenné de Mézières, la paroisse d'Arches et ses deux succursales: « Parrochia de Archiis : ibi sunt très succursus. In dicta « villa veneratur S. Lambertus, in alio Beata Virgo, et in alio Beatus « Petrus. Patronus archidiaconus Remensis » (Varin, Arch. adm., t. II, p. 1078); mais ce passage est en partie contredit par un article du môme pouillé qui nomme l'église d'Arches parmi celles du doyenné de Launoy:
■ Parrochia de Archiis fundata in honore Beati Lamberti. Patronus « archidiaconus Remensis » (Ibid., p. 1069). Cette contradiction peut s'expliquer ainsi : les annexes dédiées à la Vierge et à saint Pierre, qui ne sont évidemment autres que les églises succursales de JAontcy- Notre- Dame et de }louicy-Saint^Pierre, unies encore à la fin du siècle dernier à réglise de Gharleville (voir le poulHé de 1776, ibid. , p. 1068), dépen-
transporté a CSiarle ville (jadis Arches) ; et Braux, paroisse comprise dans cette circonscription et située sur la rive gauche de la Meuse, était devenu le centre d'un doyenné de très-Êaible étendue, formé en grande partie de villages placés sur la rive droite du même fleuve et démembrés du doyenné de Mézières *; le doyenné de Mouzon en formait alors deux, qualifiés de Mouzon-Meuse et de Mouzon-Bar; enfin, Tancien doyenné d'Hermon ville avait été divisé en deux doyennés dont Hermonville et Fisnies étaient les chefs-lieux. Dans l'archidiaconé de Champagne, le dédoublement des doyennés d' Attigny et du Châtelet avait donné naissance aux nouveaux doyennés du Chesne et du Vallage.
Quelques années plus tard, c'est-à-dire entre l'époque de la rédaction du pouiUé de Bauni (1777) et le changement radical apporté dans le nombre et les limites des diocèses par la Révolution, on trouve l'indication du partage du doyenné de Grandpré en deux doyennés dont aucun ne garda la dénomination primitive : ce sont ceux de Buzancy et de Varennes ^. Cette dernière modification porta à vingt-quatre le nombre des doyennés du diocèse.
fiaient snns doute, avant cette union, du doyenné de Mézières, ot, leur annexion à l'église d'Arches du doyenné de Launoy, déplaçant quelque peu la limite des deux circonscriptions, a pu embarrasser parfois les rédacteurs de pouillés ou de comptes de décimes, qui, naturellement, travaillaient toujours sur les documents antérieurs. Nous trouvons, par exemple, dans le compte des décimes de 1346, au nombre des bénéficiaires du doyenné de Mézières, le grand archidiacre désigné comme patronus de ÀrchUs et son revenu estimé 21 livres {Ibid., p. 1080), tandis qu'une main du xv« siècle, sans doute dans un but de correction, a ajouté au chapitre du doyenné de Launoy le presbyter de Archiis dont le revenu est évalué à 20 livres {Ibid. p. 1071).
Pour ce qui est de Braux, nous nous fondons, pour le comprendre dans le doyenné de Launoy, sur le pouillé de 1302-1312, où il figure parmi les paroisses de cette circonscription {parrochia de Braquis: Varin, Arch. adm„ t. II, p. 1070). 11 est vrai cependant que le compte de 1346 nomme le presbyter de Braquis, dont le revenu est estimé à 26 livres, parmi les ecclésiastiques du doyenné de Mézières {Ibid.y p. 1080); mais, ià encore, le correcteur du xv« siècle a ajouté ce personnage avec indication du môme revenu aux bénéficiaires du doyenné de Launoy (Ibid., p. 1071).
1. Voir dans le pouillé de 1776-1777 (Varin, Arch, adm., t, II, p. 1070- 1071), la liste des sept cures et des sept succursales formant le doyenné de Braux; la plupart de ces églises, c'estrà-dire celles qui sont situées à l'est de la Meuse et de la Semois, faisaient précédemment partie du doyenné de Mézières.
2. Desnoyers, Topographie ecclésiastique de la France, p. 141.
Il ne faudrait pas croire cependant que rétablissement de ces nouveaux doyennés ait donné lieu à une distribution différente des paroisses du diocèse; les quielques différences que l'on remarque ordinairement entre la constitution des doyennés du quatorzième et celle des doyennés du dix-huitième siècle consistent dans l'annexion de certaines églises peu importantes, situées sur la limite d'une de ces divisions, à quelque cure voisine comprise dans un doyenné limitrophe. En un mot, les paroisses ne reçurent pas, ainsi que l'a cru un savant fort compétent, une distribution nouvelle ^
Bien que le premier coup d'œil jeté sur les arcliidiaconés du diocèse de Reims fasse mal augurer de l'utilité d'une comparaison desi)agi rémois avec les subdivisions ecclésiastiques, nous avons dû nous y arrêter, en ne tenant compte toutefois que des divisions décanales et sans faire attention à leur répartition entre les deux arcliidiaconés. Si l'on adopte l'exactitude de cette comparaison, qui est basée sur une étude consciencieuse des textes relatifs aux divisions de l'époque franque, on ne pourra se refuser à admettre les conjectures suivantes, qui n'en sont que la conséquence :
Dès le début de la domination franque, chaque chef-lieu de division civile était généralement pourvu d'une église qui devint ensuite le centre d'une des circonscriptions du diocèse. Si l'on s'en rapporte au grand testament de saint Remy, qui remonte au moins au commencement dux° siècle, en ne le considérant que comme ime pièce apocryphe peu antérieure à Flodoard, il existait alors diverses églises secondaires non épiscopales, auxquelles saint Remy aurait laissé quelques biens ; c'étaient, outre les nombreuses églises de la ville de lieims, Yecclesia Mosoniageiisis^ ,
1. « L'archidiaconé de Champagne, — dit M. Desnoyers, on parlant des » modiflcations opérées vers le xviii* siècle,— subit des changements plus M considérables; on y introduisit quatre nouveaux doyennés et on en » distribua différemment les paroisses. » Au lieu de quatre doyennés nouveaux, c*est deux qu'il faut lire, ainsi que le prouve la suite du texte de M. Desnoyers. La seule modification notable que nous ayons remarquée dans la répartition des paroisses eut lieu sur les limites dos doyennés d'Atligny et de Béthenivillc; nous en parlons plus loin, à la fin du chap. !•'.
2. « Mosomagensi (ecclesiae) solides quinque; Vongcnsi, agrum apud » offlcinam molinaram quae ibi est constitua; Catarigensi ecclesiae, soli- » dos quatuor; totidemque Portensi pro commemoratione mci nominis » inferentur. » Ce testament est inséré dans VHistoire de Flodoard, 1. 1, G. 18.
Yecclesia Vongensis, Vecclesia Catay^igensis et Yecclesia Por-^ ce7isis. Or ces églises représentent autant de 2)C^gi du diocèse de Reims, le pays deMouzon, celui de Voncq, lepagus Cashncen- 525* et le Porcien. Voilà donc, en dehors du Rémois, quatre pagi du diocèse donnant chacun, à l'époque franque, leur nom à une église dont le pouvoir s'étendait naturellement sur le ressort de chacun de ces pagi. On peut objecter qu'en adoptant cette hypothèse, il resterait deux pagi dépourvus d'église, le Tardenois et le Dormois ; mais le premier ne dépendait du diocèse de Reims que pour une portion restreinte dans laquelle sa capitale ne paraît pas devoir être cherchée, et son église, s'il en avait une, étant située dans le diocèse de Soissons, n'avait aucun droit aux libéralités du métropolitain. L'objection ne conserverait donc de valeur que pour le Dormois ; mais peut-être au vf siècle, époque à laquelle remonte, sinon la lettre, du moins l'esprit du testament, le paganisme avait-il empêché l'érection d'une église dans la partie sud-est du diocèse. Le triomplie tardif du christianisme dans cette contrée n'aurait rien d'étrange: Grégoire de Tours ne nous apprend-il pas qu'au milieu du sixième siècle, les habitants du pays d'Ivoy étaient encore plongés dans l'idolâtrie*? Or le pays d'Ivoy, situé dans l'évêché de Trêves sur les confins de ceux de Reims et de Verdun, était, par cela même, limitrophe du Dormois, et les chefs-lieux de ces deux territoires n'étaient distants que de 33 kilomètres.
Lorsque le Dormois fut pourvu d'une église, le territoire de chacun des pagi rémois dut être considéré comme une circonscription
1. L'attribution de Vecclesia Catarigensis au pag\is Casiricensis peut à pro* mière vue paraître inexacte; on a vu, il est vrai, dans cette ôglise celle de Chéry (comm. du cant. de Braisne, Aisne), au diocèse de Soissons, mais cette hypothèse est gratuite et rien ne prouve que l'ancien nom de Chéry fut Catariqum. On doit surtout tenir compte de la place que le nom de Vecclesia Catarigensis occupe à la suite des noms de Mouzon et do Voncq et avant celui du Porcien. Ne serait-il pas étrange que saint Kemy (en supposant l'authenticité de ce testament) après avoir avantagé de quelques dons les églises épiscopales de Laon, de Soissons, de Ghdlons et d'Arras, ait été compter parmi ses héritières une petite église rurale d'un diocèse autre que le sien ? Remy avait, il est vrai, laissé le village de Fagnières (Marne) et huit sous à Tôglise de Saint-Memmie, mais cette église était autrement située que Chéry : elle s'élevait tout auprès de Châlons. 11 est donc permis de supposer que Catarigensis est une forme altérée de Castricensis,
2. Grégoire de Tours, Historia Francorum, 1. VIII, c. 15. Voir dans ce chapitre le récit fait à l'évoque de Tours par le diacre Vulfilaïc (saint WalfJroy), fondateur d'un monastère voisin d'Ivoy.
ecclésiastique, de même que jadis chaque civitas gallo-romaine était devenue un diocèse. Six doyennés primitifs, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, existaient dès lors, et Tun d eux, celui de Reiras, avait dû étendre son action sur la partie du Tardenois comprise dans le diocèse de Reims. Avec le temps, les progrès du christianisme, le développement des ressources ecclésiastiques, permirent de créer de nouvelles églises et amenèrent rétablissement de nouveaux doyennés, qui le plus souvent durent être démembrés des divisions ecclésiastiques antérieures et non pas formés arbitrairement de territoires arrachés à l'un ou à l'autre. Tout porte à croire que la division du diocèse qu'on trouve dans les derniers siècles du moyen-àge existait dès l'époque où l'on attribua un territoire fixe à chacun des archidiacres de l'église de Reims ; autrement, il serait impossible de s'expliquer la situation des doyennés de Bétheniville, de Vesle et d'Epernay (débris du Rémois), et du doyenné du Châtelet (démembré du Porcien), en dehors du grand archidiaconé ou archidiaconé de Iteims, qui comprenait, outre leMouzonnais et \epagus Castri-censiSy une partie du Rémois et presque tout le Porcien. Ces faits démontrent que, dans certains cas, on aurait tort de trop se préoccuper des limites des archidiaconés et qu'il serait bien préiérable de s'attacher aux doyennés (ou archiprêtrés, suivant le^s contrées), en cherchant cependant à recomposer les doyennés primitifs à l'aide des textes relatife aux pagi.
Voici quelle aurait été, suivant ce système appliqué aux études qui suivent, la subdivision successive du diocèse de Reims :
Divis. del'époque/ranque Doyennésdu XIV siècle Doyennés en 1 789.
Reims Reims.
HermonviUe (HermonviUe.
I ( FiBmes.
Pagufi Rcmcnsis. . . . ./^ Montegne 'La Montagne.
Epemay Epernay.
Vesle Vesle.
Bétheniville Bôtheniville.
Lavanne Lavanne.
Le Châtelet |
Saint-Germainmont . . Saint-Germainmont.
Le Châtelet.
Le Vallage.
Pagufi Porccnsis {Justine, prés Rethel. . Rethel.
( Charleviile.
'^""^y (eraux.
Rumigny Rumigny.
riIAPITRE I.
LE REMOIS
(Pagus Remensis).
Le Rémois, bien qu^ordinairement désigné dans les anciens titres sous le nom de pagus Remensis , est nomme pagus Renitianus dans le capitulaire de Servais, en 853. Il n'est pas hors de propos de faire remarquer que cette forme adjective, toute bizarre qu'elle paraisse, a été fréquemment employée en français dans les derniers siècles du moyen-âge. En effet, à cette époque, nous trouvons dans certaines villes voisines de Reims, la porte Randenne et la rue Rancienne\ les documents mentionnent aussi en Champagne des routes qualifiées de voie Rancienne S et un village voisin de la cité métropolitaine, nommé en latin Nova villa in Monte Remensi, est dit en français du quatorzième siècle la Nuefville (m Mont-Rentien *. C'est chez un poëte du règne de Philippe-Auguste que nous rencontrons pour la première fois la forme vulgaire de Remtianus: le trouvère désigne le Rémois sous le nom de Raincien :
1. Nous avons souvent rencontré dans les aveux et dônombromonts conservés aux Archives Nationales (série P), la dénomination de Rancienne appliquée à des portes ou à des rues d'Ëpernay et de Gh;lIons. Les mêmes documents nous ont fait connaître des voies rancicimes.
2. Ce village qui semble être la Neuvillette, hameau dépendant dos communes de Gourcy et de Saint-Thierry (Marne), est appelé en latin NovaviUa de Monte Remensi^ v- 1260 (Xécrologe de Téglise do Reims, dans Varin, Archives législatives de la ville de ReimSy 2' partie. Statuts, t. I, ]). Si). — i\ova villa in Monte Remensi, 1303-1312 (ylrc/i. admin, de la ville de Reims, t II, p. 1047-1048). Nous trouvons le môme lieu désigné en français SOUS les formes suivantes : Aa Nueville à Mont^Rantien, comm. du
ai
XIV* siécio (Varin, Arch. admin., t. I, p. iOdO). — La Nueville à Monf-Rancirn. 1322 (/6irf., t. Il, p. VMS).- La Nuefville-en-Mont'Rencien lez Reitns, v. 1371 (Arch, nationales, S. 5036, n* 31). — La yuefvexille à Montrancien, 1384 (Varin, i4rf/i. advt., t. lil, p. 582). —la Suefville-enrMorrencien, 1389 (Arch. nationales, S. 5036, n* 26). — La J^uefrille-en-Mont-Rainssien, 1496 (Varin, Arch. adm„ 1. 111, p. 865).
Cil qui mist cest conte en romans, Où Û a fait noter biaus chans Por remembrance des chançons.
Veut que ses pris et ses renons Voist en Raincien, en Ghampaignc *.
Les recherches que nous avons faites sur le pagus Remensis nous ont démontré combien est peu acceptable la tliéorie qui distingue lespagi en majo7'es et en minores ^. Si Ton admettait cette théorie, on devrait distinguer un pagus Remensis comprenant le territoire entier de l'ancienne civitas Remorum et un pagus Remensis ne s'étendant que sur une petite étendue de pays aux environs de la ville archiépiscopale ; or, nous n'avons trouvé, parmi les nombreux documents qui mentionnent le pagus RemensiSy aucun texte qui permette de supposer que cette désignation ait été appliquée à l'ensemble du diocèse de Reims, même au diocèse de Reims tel qu'il fut après le démembrement opéré par saint Remy.
Nous avons trouvé la mention du pagus Remensis dans plus de vingt documents, dont le plus ancien remonte à la iSn du VI® siècle, tandis que le plus moderne ne date que du onzième.
1. Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui mentionne lepagits Rei)iensis; il y passa, en 591, lorsqu'il se rendait auprès du roi Childebert^.
, 2. Suivant une charte de 650 environ, Grimoald donna à Yévêque Remacle et aux monastères de Malmédy et de Stavelot dont il était abbé, la villa Genniniacum située dans le pagus Remensis avec tous ses accessoires, à savoir deux moulins sur la Suippe (suos molendinos in Supia), une vigne in Boterio et une autre appendicia que dicitur Terunejuœta fluviolum Axina^. Grimoald avait acquis Terune de Godetrude; ce lieu ne peut donc être regardé comme une dépendance directe de Genniniacum qui avait été donné à ce même personnage par le roi Sigebert et, par conséquent, sa situation dans le
1. Tels sont ies vers du début du roman de Guillaume de Dole {Histoire lUtérairede la France, t. XXll, p. 826).
2. Cette distinction des pagi majores et pagi minores a étô adoptée par Guérard, Essai sur le système de divisions territoriales, p. 47.
3. « Fuerit nobis causa quaedam Ghildeberti régis adiré praesentiam. » Pergentibus quoque nobis, iter per pagum Remensem agressi sumus. » (Miracula sancti MarUni, 1. IV, c. 26).
4. Pardessus. Diplomata, ckartae, epistolae, leges, t. II, p. 192.
pagus Remensis n'est pas indiquée par la charte; du reste Terron-sur- Aisne* (c'est le nom moderne de Teruné) est distant de Gertniniacum de vingt-deux kilomètres. — La traduction de Germiniacum peut embarrasser au premier coup d'œil, car on ne trouve qu une seule localité du nom de Germigny dans le territoire de l'ancien diocèse de Reims, et, ce village, situé au sudouest de Reims, ne peut convenir au Germiniacum qui comptait comme annexes deux moulins construits sur la Suippe. Mais il existait jadis une autre paroisse de ce nom, avec une église dédiée à saint Remacle lui-même*, entre la Neuville-en-Tournafuy (Ardennes, arr. de Rethel, cant. de Juniville) et Cauroy-lès-Machaut (même dép., arr. de Vouziers, canton de Machaut); et le lieu où elle s'élevait fiait partie de la première de ces deux commîmes. Germigny, éloigné de la Suippe de huit kilomètres environ, était nommé indiifféremment Germigny-Pend-la-Pie et Germignylès-Machaut ; il fut, dit-on, détruit dans les guerres du seizième siècle. ^
3. Un privilège accordé par Nivard, évêque de Reims, vers 662, à l'abbaye naissante d'Hautvillers (Marne, arr. de Reims, canton d'Ay) nous apprend quelques circonstances de la fondation de cette maison. Berchair ayant demandé à l' évêque un lieu où il pût vivre selon la règle des saints Benoît et Colomban, Nivard lui donna le locellus qui dicituy* Aliivillaris, in fine Remensi super fluvium Mateymae proj)e villam Lisiacum*, domaine qu'il avait acquis par échange de Ba vo et de Théodram . Il y ajouta la villa de Disiacum avec son église dédiée à saint Timothée; Hautvillers dépendait alors de cette paroisse '\ Le lait de la subordination d'Hautvillers à Disiacum , aujourd'hui Dizy (Marne, arr. de Reims, canton d'Ay) nous permet de compter également ce dernier village, dont le territoire est contigu à