Hubert, Histoire de Charleville, p
2. Ibid.y p. 266. — Le même, Géographie historique du département des Ardennes, p. 168.
3. Ce mémoire de M. de Barthélémy intitulé le Dormais {pagus Dulcomensis ou Dolomensi^, 812-1020, a été publié dans la Bibliothèque de VÉeole des chartes^ 4* série, t. II, p. 351-366.
dixième chapitre du polyptyque de Saint-Remy de Reims, et de la Chronique de Mézières, autrement dite de Signy. Résumons tout d*abord l'opinion de M. de Barthélémy sur le polyptyque.
Ce document, dont M. Guérard place la rédaction au milieu du neuvième siècle, ne mentionne pas le Dormois, et pourtant, dans le chapitre X du polyptyque, les villages où Tabbaye de Saint-Timothée possédait des dîmes sont répartis suivant les pagi et on y trouve quelques villages qui ont dû certainement faire partie du Dormois ^ Or, le Dormois existait en 812; la Chronique de Signy nous apprend, d'autre part, que ce pays fut absorbé presque entièrement dans le comté de Grandpré en 1020 : le Dormois n'a donc existé comme division territoriale que de 812 à 1020. Le silence du polyptyque sur cette circonscription ne peut alors s'expliquer que parce que la date de sa rédacticm serait antérieure à la création ou postérieure à la suppression du Dormois. Cette dernière hypothèse n'est pas admissible, car, suivant les Bénédictins, l'écriture du polyptyque était loin d'être aussi moderne; ce précieux livre daterait donc au moins des premières années du neuvième siècle.
Telle est l'opinion à laquelle s'est arrêté M. de Barthélémy, opinion qui n'a pas été acceptée par les disciples de M. Guérard^. On ne doit cependant pas faire à notre devancier le reproche d'avoir entamé une discussion stérile: la défectuosité de la copie qui a servi à l'édition du polyptyque est l'unique cause de ces obscurités. Si la liste à laquelle M. de Barthélémy faisait allusion eût été copiée exactement, il aurait vu que Somrnetourbe, par exemple, qui faisait certainement partie du Dormois, n'y était véritablement pas indiqué comme village du Porcien, et il n'aurait pas eu l'idée de discuter la date du polyptyque en se fondant sur ce fait erroné.
Le mémoire de M. de Barthélémy fausse, suivant nous, un point de l'histoire du Dormois : la question de son origine. En effet, il résulterait de ce mémoire que ce pagus, qui existait en 812, n'aurait été créé que peu d'années auparavant, c'est-à-dire à l'époque où Wulfhair fut élevé à la dignité de niissus dominicus pour toute la Champagne^. C'est là, ce nous semble, une hypothèse gratuite, que ne confirme aucun des documents connus, car rien
1. Cette liste ne date que du milieu du onzième siècle; c^est là du moins ce que nous croyons établir dans notre appendice.
2. CarltUaire deVabbaye de Saint- Victor de Marseille, t. I, p. XI.
3. Bibliothèque de VÉcole des chartes^ 4* série, t. II, p. 354 et 355.
ne prouve qu'un pagus voisin, le Rémois par exemple, ou le Porcien, ait étendu son action sur le territoire qui fut le Dormois. Il est bon, cependant, d'ajouter que cette conclusion était dictée au savant auteur par l'impossibilité d'assigner une date plus reculée à la rédaction du polyptyque.
La Chronique de Mézières, dont M. de Barthélémy s'est servi pour retracer l'histoire des comtes du Dormois au X* siècle, est, nous le démontrerons dans un appendice, entièrement supposée; c'est certainement l'œuvre d'un faussaire du xvtf siècle. Suivant cette chronique, le comté de Dormois aurait été successivement gouverné au dixième siècle par Thierry le Bref, par Marc, puis par Julie fille de Thierry et veuve de Marc. En 1004, après la mort de Julie, aurait commencé une guerre de succession, qui se serait terminée en 1020 par la victoire d'Herman, comte de Grandpré, lequel, aidé des comtes de Roucy et de Porcien, aurait anéanti les noms et le souvenir de Marc et de Julie et fait passer la presque totalité du « Dormois dans le comté de Grandpré ^ > La chronique étant apocryphe, on ne peut, par conséquent, admettre l'an 1020 comme date de la suppression du Dormois, dont la mémoire, ainsi que le reconnaît M. de Barthélémy, s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans le sur^ nom de plusieurs localités de son ancien territoire, et dont le nom reparaît aussi dans les Miracula sancti Gibriani, recueil écrit au milieu du douzième siècle par un moine de Saint-Remy de Reims. Mais un de nos principaux griefs contre la Chronique de Mézièresest l'attribution d'Omont {Altusmo7îs), au Dormois*: la situation d'Omont dans le doyenné du Châtelet, c'est-à-dire vraisemblablement dans le Porcien et au-delà du pays de Voncq, comparée aux données que nous possédons sur ce dernier joa^rw^, ne nous permet pas d'admettre une telle extension du pagus Dulcomensis,
Avant de commencer l'examen des textes relatifs au Dormois, il nous reste à signaler une opinion d'après laquelle ce pagus se serait étendu sur le diocèse de Verdun. M. Guérard place le pagus Dulcomensis dsLns Ir cnvitas Verodunensis^ et ne le
1. a Anno 920... Attamen flermanus cum comitibus Rociensi et Por- » ciensi, Marci et Julie nomina ac memoriam dextruxit, et Dulcomen- » sem pngum pêne totalitcr in Grandipratensem comitatum abire fecit.» {Chronicon Maceriense),