‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 3)Chapitre 32 sur 321 · LE PORCIEN · texte numérisé non relu

LE PORCIEN

(Pagus Porcensis) .

Le Porcien, qui occupait la partie nord-ouest du diocèse de Reims, est nommé en Isiim pagiÂS Portensis, Porcensis, Por^ lianus, Porciensis, Portuensis et même Poreinensis. Le premier de ces noms, employé par Flodoard, désigne à la même époque deux autres territoires : le pays du Port, aujourd'hui Saint-Nicolas * dans l'ancien diocèse de Toul, et celui de Portsur-Saône *, le Porius Abucini de l'Itinéraire d'Antonin, au diocèse de Besançon; mais nous n'avons à étudier ici que les textes qui se rapportent au Porcien.

Bien que le comté de Porcien existât encore au seizième siècle et que le nom de ce pays fût en outre adjoint aux noms de différentes localités telles que Château-Porcien et Cliaumont-en- Porcien, le réthelois Chesneau, qui traduisait alors l'histoire de l'Eglise de Reims de Flodoard, ne crut pas devoir rendre territorium Portense par « Porcien ; » il traduisit ces mots par « terre des Postez^. > Nous ne savons quelles raisons l'avaient déterminé à voir dans les mots dont il s'agit l'indication de ce territoire, que les titres latins du moyen-âge désignent sous le nom de terra de Potestatibus*. Mais les commentateurs qui l'ont suivi et qui ont annoté le testament de saint Remy, Marlot^, Lacourt*,

t. Saint-Nicolas, désigné jadis sous le nom de St-Nicolas-du-Por^ Meurthe, arr. de Nancy, chef-lieu de canton.

2. Port-sur-Saône, Haute-Saône, arr. de Yesoul, chef-lieu de canton.

3. Vhistoire de VégUse métropolitaine de Reims, premièremerU escrOt en latifn (non encore* imprimée) par Floard, jadis chanoine d'icelle église (Reims» 1581, ^ 74 V).

4. Nous trouvons dans une charte de Roger, seigneur de Rozoy, en date d'octobre 1217, les mots in Potestatibus (Varin, Arch. admin. de la viiie de Beims, t. I, p. 504); c*est la plus ancienne mention que nous connaissions du nom des Potées.

5. Marlot. Bist. de la vUle, cité et université de Reims, tome li, p. 124-125.

6. Voir la traduction du testament et le commentaire de Lacourt dans le tome II de la Chronique de Champagne (1837).

Varin * et Tacadémie de Reims ^, ont également considéré le solum Portense comme la terre des Potées. On ne peut certainement pas accuser ces savants d'avoir ignoré que ce nom fut celui du Porcien, car Varin après avoir fait remarquer que Valois et M. Guérard traduisaient Porcensis de cette façon, ajoute: < Cette interprétation nous semble, par exception, ne < pouvoir être admise pour le testament de saint Remy . » L'Académie de Reims dans son édition de Flodoard partage évidemment l'opinion de Varin; car, tandis qu'elle voit dans le Portensis du testament de saint Remy la terre des Potées, elle n'hésite pas à traduire partout ailleurs le même nom par celui de Porcien. Nous devons donc, pour faire justice d'une opinion accréditée depuis trois siècles chez les érudits rémois, nous attacher à démontrer que le solum Portense du testament de saint Remy ne peut être la terre des Potées.

Les localités mentionnées dans ce testament comme dépendant du solum Portense sont Tudiniacum, Balatonium sive Plerinacum, Vacculiacum, Vicus et Blandibaccius, Nous ne fonderons pas notre discussion sur les noms dont la traduction n'a pas été donnée par nos devanciers, car on pourrait récuser le point de départ de notre argumentation ; nous ne nous appuyerons que sur des traductions incontestées. On s'accorde à reconnaître Thugny dans Tudiniacum, Balham dans Balatonium ^ et Blombay dans Blandibaccius ; or, deux de ces villages Thugny et Balham sont situés sur les bords de l'Aisne, non loin de Château-Porcien, tandis que Blombay est à huit lieues environ au nord de cette rivière. La terre des Potées comprenait-elle l'étendue de pays qui sépare ces trois villages et ces villages eux-mêmes ? Aucun des savants qui ont admis l'identité du solum. Portense et de la terre des Potées ne s'est embarrassé de vérifier ce fait.

Varin a publié un document propre à résoudre cette question ; c'est la déclaration du temporel du chapitre de l'église métropolitaine de Reims, faite le 8 août 1384. Il y est dit que le chapitre possédait « en ladicte ville de Reims ^, vers Thérache, et en

1. Archives adm, de la vUle de Reims^ tome I, p. 4, note 6. 2: Œuvres de Flodoard, t. 1, p. 110.

3. Varin reproduit les annotations de Lacourt d'après lequel Balatonium serait Balham, mais il croit que ce serait peut-être plutôt Baalons.

4. Ville paraît avoir ici le sens que civitas avait chez les Romains. Le mot ur6j était du reste également employé à l'époque franque dans le sens de territoire d'une ville ; voy. Jacobs, Géog» de Grég. de T., 1~ p., c. 111.

« la fin du royaume, vers Haynnault, une terre appelée la terre « des Potez de laquelle append, que villes, que haraiaulx, xx ou < environ.» Cette terre formait un bailliagedontletitulaire résidait à Aubigny et voici, d'après le dénombrement, la liste des villages qui en dépendaient * :

Aubigny Ardennes, cant. de Rumigny.

Belzy » » comin. de Blombay.

Blombay » »

Gernion » »

Chilly • » canl. de Rocroy.

Ecle » cant. de Rumigny, comni. de Marby.

Etalles » cant. de Rocruy.

Plaignes » cant. de Rumigny.

Laval-Morency » cant. de Rocroy.

Lépron » cant. de Rumigny.

Logny » »

Maisnil (le) »

Marby » cant. de Rumigny.

Marlemont » »

Maubertfontaine » cant. de Rocroy.

OUTÎers (les) » cant. de Rumigny, comm. de Plaignes.

Prez » »

Rogerchamp » cant. de Rocroy, comm. de Chilly.

Vaux » canU de Rumigny.

Villaines » » comm. de Vaux.

A ces noms on doit certainement ajouter celui de Sévigny-la- Forêt (Ardennes, cant. de Rocroy), village qui n'était probablement pas assez important, au xrv'siècle^, pour être mentionné dans l'aveu, mais qui, si Ton en juge par le chartrier du Chapitre de Reims et par l'inventaire qui en fut dressé par Lemoine* peu de

1. « Les villes d'icelli bailliage [des Potez] sont celles qui s'ensuient: » Premiers, la ville d'Aubigny-ès-Portés, Sergnon, Longnis, Vaulx et le

» Maisnil Après est en ladicte terre des Portés la ville de L'Esperon

» Après en la ville de Villainnes Item aprez est la ville de Blombais,

I» Escalle {lis. Estalle) Rogier-Gbamp, Gesilis, Marbis, et Ecclcs et Belzis,

m esquelles villes a ung maire et une mairie Après est en la ville de

» Mauber fontaine Aprez est en la ville de Laval Aprez est la ville

» d'Escàlle {lis. Estalle) Aprez est la ville de Flagnes et les Oliviers...

» Aprez est la ville de Prez Aprez est la ville de Mellemont Item,

m ës dictes Potës... ont les dessus dis deux haultes forestz es fins du » royaume. Tune appellée la forest de Chavigny et l'autre appel lée

» la forest de Blombais » (Varin, Archives admin. de la ville de Reims,

t. IIJ, p. 589-592).

2. Chilly désigné dans le pouillé de 13031312 sons le nom de Gehillis (Varie, t. Il, p. 1072) est certainement le Gesilis du dénombrement.

3. Sévigny n'avait pas d'église à cette époque, car le pouillé de 1303- 1312 n'en fait pas mention.

4. Varin, Arch. admin. de la ville de Reims, tome 1, p. cxcii. — L'inventaire de Lemoine place aussi Justine dans la baronnie des Potées, mais

temps avant la Révolution, faisait certainement partie de la baronnie des Potées. Au surplus, le dénombrement de 1384 nous autorise à comprendre dans la terre des Potées la plus grande partie du territoire de cette commune puisque « la forest de Chavigny » (ou de Sévigny), aujourd'hui <iihois des Potées ^ > qui occupe plus des trois quarts du finage de Sévigny y est mentionnée.

Nous avons reporté les limites du bailliage des Potées sur la carte qui accompagne ce mémoire. Ce territoire forme la partie orientale du doyenné de Rumigny ; il a, du nord au sud, une vingtaine de kilomètres de longueur, et, de Test à Fouest, sa plus grande largeur est de 9 kilom. Blombay est le seul des villages nommés dans le testament de saint Remy qui en fasse partie, et la grande distance (30 kilomètres environ) qui sépare Balham et Thugny de la terre des Potées montre que le solum Porteuse à\x testament désigne le Porcien. Ce fait admis, nous commençons rétude du jjayus Porcensis.

Treize documents du neuvième au onzième siècle nous donnent des détails précieux sur le Porcien, qui existait certainement dès les premières années du neuvième siècle , puisque Flodoard nomme le j)agus Por^cianus au nombre des contrées dont la surveillance fut confiée par Charlemagne àWulfhair, missus doniiniciis ^.

1. En 832, \e2)(igus Portianus est un des pays de la France moyenne attribuée par l'empereur Louis-le-Pieux au royaume de Charles, son plus jeune fils ^.

2. En 853, le Porcien figure sous le même nom et est compris avec les autres joagre du diocèse dans le troisième ynissaticum^.

3. La liste des villages possédés par Tabbaye de Lobbes, liste dressée la quatorzième année du règne de Lother II (868), range sous la rubrique in Porciano les localités suivantes : Ber~ frigias, BcrbaciSj Givintcurt, Cidipia, Sacherolas, Odilia-

ce village situé bien plus au sud ne faisait véritablement pas partie de ce territoire.

1. Co nom rappelle celui du domaine capitulaire. — Une commune du canton de Renvez, llemilly, est surnommée les Pâtées, mais nous n'avons pas trouvé ce village nommé parmi ceux de la terre des Potées, dont il était séparé par le Onage de Gernion.

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