‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 3)Chapitre 43 sur 321 · LE TARDENOIS · texte numérisé non relu

LE TARDENOIS

{Pagus Tardinensis),

Il n'est pas besoin d avoir étudié les documents du moyen-âge pour connaître l'emplacement de ce pagus, que les textes latins désignent indifféremment sous les formes Tardanensis, Tardi^ nensis, Tardoneyisis, et même Tardunensis, Les surnoms de Fère-en-Tardenois (Aisne) et de Ville-en-Tardenois (Marne) , conservés par la tradition, suffisent pour montrer que ce pays s'étendait jadis sur les deux diocèses de Soissons et de Reims *. M. Guérard, guidé sans doute par la présence d'un archidiaconé de Tardenois au diocèse de Soissons, classa le pagus Tardinen- 5î5 parmi les divisions de la cioitas Suessionensis^ . En étudiant ici le Tardenois conjointement avec les divisions du diocèse de Reims, nous n'avons point eu l'intention de combattre cette attribution; mais aucun travail particulier n'ayant été fait pour ce /}r^r7W5 semi-rémois et semi-suession, il nous a semblé qu'il était

1. « La Neufvillc-en-Porcien, 1389 {Arckives nationales, P 183, 66).

2. « Nouvion-cn-Porcien, » 1777 (Archives administratives de la ville de Reims, t II, p. 1082).

3. Remoucourt-cn-Porcien, » 1389 (Archives nationales, P 183, 57). i. «i Séris-en-Porcien, » 1392 (Archives nationales, P 183, 76, fol. 4).

5. Fëre était du diocèse de Soissons et Ville de celui de Reims.

6. Guérard, Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule, p.

utile de chercher à fixer pour quelle part il entrait dans l'un et dans l'autre diocèse. Nous ne pouvions, du reste, adopter une conclusion en ce qui regarde la limite occidentale du pagus liemensis, «pi'après avoir comparé les textes relatifs à ce pays avec ceux qui concernent le Tardenois.

Les documents antérieurs au xii" siècle où se trouve la mention du pagus Tcn^dinensis, ne sont pas fort nombreux ; -nous n'en avons rencontré que sept ou huit * :

1. Le Taixienois, de même que les autres ;;r7pi de la région, est connu dès les premières années du neuvième siècle ; il faisait partie du missaticum confié par CharI(?magno aux soins de Wulfhair, qui, en 812, devait remplacer Tilpin sur le siège de Reims ^.

2. Il figure également en 853, sous le nom de pagus Tay^dinisus, dans le deuxième missaticwn échu à Hincmar, le fougueux prélat rémois ^.

3. Un diplôme accordé par Charles le Chauve à l'église de Saint- Corneille de Compiègne, le 5 mai 877, le jour même de la dédicace de cette %lise collégiale, est précieux pour les renseignements qu'il nous fournit sur le pagus Tardanensis. Parmi les nombreuses possessions données par ce prince au nouveau monastère, on remarque la villa Uiuidniacum, la cclla Sanctae Magrae, la rilla Sarciacum qui, d*après le diplôme, ôtaicint situées in pago Tardiiiensi "^ , — La l'illa Rumitiiacuni s(^ nomme aujourd'hui Romigny (Marne, arrondiss. de Reims, canton de VÛle-en-Tardenois.) I^ cella sanctae Magrae est certainement la celle ou prieuré de Fismes, désignée quelquefois à l'époque carolingienne sous le nom de maiit/riufu sanctae Macrae; on sait que sainte Macre, mise à mort à Fismes, y était

I. Nous ne comptons pas au nombre de ces documcnU un diplôme de 877 relatif à l'abbaye d'Hasnon. 11 y serait fait mention, suivant Aubert Le Mire, du comiiatus Tardanensis ; mais il faut évidemment lire Tarunnensis. Voyez nos Études sur les Pogi, premier fascicule, p. 46.

'2. Plodoard, Historia Remetisis ecclesiae, 1. 11, c. 18.

3. Capitulaire de Servais, chez dom Bouquet, Historiens de France, t. VIII, p. 614.

4. « In pago Tardanensi villam Ruminiacum cum capella et omni inte- » gritale sua... et cellam sanctae Magrae in pago Tardanensi cum omnibus

» appenditiis suis In pago Tardanensi villam Sarciacum cum manso

• iodominicato, et capellam, et quidquid ibi aspicit, vel quidquid ex » eadem Otherus olim comes habuit (Dom Bouquet, Historiens de France, t. Vill, p. 660).

honorée*. Enfin, Sardacum doit se traduire par Sarcy (Marne, arr. de Reims, cant. de Ville-en-Tardenois.)

4. L'auteur du troisième livre des Miracula sancti Dionysiù lequel, ainsi que nous l'avons déjà dit, écrivait vers 877 et dans les environs du Rémois, sinon dans ce pays même, parle deux fois du pagus Tardanensis. Il y place les villae à'Alta Ripa^ et Braviniaca^, où résidaient deux jeunes filles, Folchilde et Manebia, atteintes, lune de cécité et l'autre de paralysie, et qui, suivant l'iiagiographe, furent guéries, en 877, grâce aux mérites de l'apôtre des Parisii, Nous n'admettons pas avec Mabillon l'identité à^Alta Ripa et d'Autreppes (Aisne, arr. et cant. de Vervins), parce que ce village, bien que possédé dès le neuvième siècle par l'abbaye de Saint-Denis, n*a jamais porté le nom d'Altaripa : un diplôme de 879 le désigne sous le nom à'Altnppia ^. Enfin Autreppes n'a jamais pu faire partie du Tardenois dont il était fort éloigné^. — On n'éprouve aucune difiîculté pour la traduction du nom de la villa Dravi-niaca ; c'est certainement Dravegny (Aisne, arr. de Château- Thierry, cant. de Fère-en-Tardenois), village qu'un document de 1398 désigne sous le nom de Braveigny^en-Tardenoys^.

5. L'historien rémois Flodoard fait plusieurs fois mention du pagus Tay^dinensis . Sous l'épiscopat de Réolus, dit-il, Varat, homme illustre, donna aux églises de Notre-Dame et de Saint- Remy de Reims, Cy^xiciniacum, Mons, Ciirbn Villa cum Adniaco, in pago Tardonensi'^ , — Cruciniacum se traduit

1. Dans quelques publications, on trouve cella sandne Martha^ (D'Kchery, Spicilegium, édit. in-O", t. III, p. 352). L'abbé Pécheur {Annales du diocèse de Soissonsy t. I, p. 481) traduit ce nom par « le prieuré de Sainte- Marthe-en-Tardenois. » — Voyez, sur le lieu du martyre de Sainte- Macre, plus haut, p. 19.

2. « Puella nomine Folchildis, ex villa quae appellatur Âita Ripa, in » pago Tardanensi sita » ( Mabillon, Acta sanctorum ordinis sancU Benedicli, m* siècle, 2» partie, p. 361).

3. « Puellae, nomine Manebiae, de Tardanensi pago et villa Dravi- » niaca » (Ibid,, p. 363).

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