‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 3)Chapitre 59 sur 321 · iWrf., p · texte numérisé non relu

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6* i Abbatiam Sancti Timothei quam eidem beato Rémigio ad usum 4 Hospitalitatis tua largita est industria. » (Dom Bouquet, Recueil des hislafiens de France, t. IX, p. 240.)

mer que la rédaction des chapitres VI et X est postérieu^^ Tannée 969, il est également certain qu'elle n'est pas rieure à l'année A06A. En effet cette dernière date est celle du blissement du chapitre de Saint-Timothée par l'archevêque Gerv"-^ qui, du consentement d'Hérimar, abbé de Saint-Remy, rend-^ cette église ses revenus primitifs pour la subsistance des clercs ^ "^

Le chapitre XIII, consacré aux cens perçus par le monastèr^^ Saint-Remy, accuse aussi dans plusieurs de ses parties un état choses postérieur à 964 ; ainsi il y est fait mention de cens du Conda 2 qui, ainsi que le dit M. Guérard, est évidemment le mê^^ que le Cunda in territorio Lingonensi d'une bulle du 20 avril Uf^ c'est-à-dire Condes (Haute-Marne). Or, il est constaté que ce li^ n'entra dans les domaines de Saint-Remy qu'en 964, en vertu oË^ testament de Hugues parent du roi Lother^. D'un autre côté, en 96^ la reine Gerberge, veuve de Louis d'Outremer, donna à l'abbaye et Saint-Remy, à titre d'alleu, son domaine de Meerssen (au diocèse dl Mayence), avec tout ce qui en dépendait, à savoir Cluma^ Liiim Hertra, Angledura^. Or, tous ces lieux figurent dans le chapitre XIIH dont la rédaction est postérieure, par conséquent, à l'année 968.

La rédaction des chapitres VI, X et XIII peut donc servir à montrer que le registre connu sous le nom de Polyptyque d'Hincmar m pouvait être considéré comme antérieur, dans son ensemble, à Tan née 969, et, nous avons fait remarquer que l'union des biens de St- Timolhée doit mettre en garde contre l'adoption d'une date postérieure à 4 064 ^; nous sommes loin cependant de prétendre que la descrip-

1. Voir la charte de Gervais : Gallia Christ., t. X, Instr., c. 24.

2. Polyptyque de Vahbaye de Saint-Remy, ch. XIII, § 18, p. 30.

3. Marlot, Metropolis Bemensis kistoria, t. I, p. 589. — Recueil des hidoriens de France, t. IX, p. G24.

4. Marlot, Metr. Rem, historia, t. I, p. 606. — Recueil des hist. de Fronce, t. IX, p. 666.

5. Il serait injuste de ne pas rappeler que quelques-uns de nos arguments ont été employés, il y a cent ans, par Dom Vincent : ce sont les allusions à Tunion de l'abbaye de Saint-Timothée contenues dans les chapitres VI et X. M. Guérard qui n^admet pas les conclusions du bénédictin et place la rédaction du polyptyque au ix* siècle en s'appuyaiit en môme temps sur le caractère de récriture, dit qu' « on est » convaincu, en lisant sa notice, qu'il s'est surtout attaché, pour rè- » soudre cette question de paléographie, à la date de quelques actes, p sans faire attention que ceux-ci étaient des additions postérieures, ■ telles qu'on en rencontre de nombreuses dans le Polyptyque deSaint- » Germain. » {Polyptyque de l'abbaye de Saint-Remy, p. VII.) M. Guérard reconnaît du reste (p. IX) que les chapitres X et XIII ne peuvent remonter plus haut que 969.

tion <1« la plupart des fiscs soit aussi moderne que les trois chapitres que nous venons de signaler ^

chapitre X étant la seule partie du polyptyque que nous ayons 5, nous allons continuer nos recherches pour préciser la partie de la. période intermédiaire de 969 à 4064, à laquelle on doit le reporter. L examen de l'orthographe des noms de lieux nous aidera à nous prononcer sur ce point.

ï^armi les désignations géographiques figurant dans le polyptyque, il eri est un certain nombre qui se terminent aujourd'hui en y dans contrées où se trouvaient presque toutes les possessions de Saint- . Cette terminaison est produite, on le sait, par la finale lactim qui est seule employée dans les documents jusqu'au w siècle, et est, fitu xii" siècle, généralement remplacée en latin par eium^ aium^ flnale calquée sur les formes vulgaires de l'époque. En disant que est seul employé jusqu'au xi* siècle, nous n'exagérons rien ; un des maîtres les plus compétents en pareille matière, M. Jules Ouiolierat, s'exprime ainsi à ce sujet : « Comme dernière remarque, » su «• la désinence iacum^ je noterai ici que, depuis le xii* siècle, » ell^ a été le plus souvent changée en aium ou eium dans le latin » à. 1 • usage des clercs de la langue d'oil : Vitraium^ Ivreium (Vitray, » I vr j). Mais alors le latin n'est plus qu'un calque du thème fran-

^eDdant, Fauteur de la copie ayant remarqué que les chapitres ^^11. «tXXlX sont de main diflFérente* et que le second est beaucoup P^^sa moderne, M. Guérard suppose que, sans doute, le chapitre X, <l'*^x ne contient pas, ainsi que les chapitres précédents ou suivants, 1^ clescription d'un fisc, est également d'une autre main; mais, alors, on devrait poser la même hypothèse au sujet du chapitre ^ï dont le début même et le g 15 dénotent l'époque récente. Le soin que \^ copiste du polyptyque a pris de remarquer les différences d'écriture ^^8 chapitres XllI et XXIX nous paraît être une preuve que le chapitre X était bien de la même main ou du moins d'une écriture pres- <ivie identique à celle du corps du manuscrit. En outre, peut-on croire que Dom Vincent, qui cherchait à fixer la date du polyptyque en examinant à la fois l'écriture et les différentes notions de nature à faire connaître l'âge de ce précieux volume, n'ait pas été frappé par l'apparence plus récente des caractères pour les chapitres d'où il tirait ses arguments? Nous ne le pensons pas. 11 n'y a donc que deux alternatives : oU ne pas supposer une différence dans l'écriture, différence qui n'est appuyée sur aucun témoignage, ou accuser Dom Vincent de mauvaise foi et l'attentif copiste du polyptyque de négligence.

!• Dans la note précédente, nous avons rappelé, d'après M. Guérard, i{iie le chapitre XXIX était d'une écriture plus moderne que le reste du manuscrit.

* C'est à la page IX de son introduction que M. Guérard noua apprend cette particularité f «lative tu chapitre XIII.

» çais ^ » l^a liste des lieux mentionnés dans le polyptyque et dont la terminaison primitive était en iacvm ne nous permet pas de douter que répoque de la rédaction des chapitres les plus récents ne soit au moins du milieu du xi» siècle, c'est-à-dire de la fin de la période d'union des biens de Saint-Timothée à Tabbaye de Saint-Remy. En effet, sur quatre-vingt-dix noms de lieux ayant originairement la terminaison tacuîn (ou iaca lorsqu'ils étaient suivis de la qualiûcation de villa ou curtis)^ cette terminaison n'est conservée qu'à trente-six, c'est-à-dire à un peu i)lus du tiers, et il est à remarquer que dans le chapitre X la proportion de la forme c/w//? est beaucoup plus grande. L'examen auquel nous nous sommes livré nous a démontré que le soupçon de rédaction ou du moins de copie postérieure à l'an mil doit être étendue au chap. I, où l'on trouve Adenaius (auj. Aigny), au chapitre III où l'on voitFleury-le-Petit nommé Floreius^ au chapitres XVI et XXIII où figurent Vimula Catzeia et Cazeius (Chézylès-Bisseuil), et au chapitre XXIX à cause dllostrennaius. Nous ne croyons pas inutile de donner ici la liste de tous les noms dont nous parlons, en soulignant ceux où subsiste la finale primitive et en faisant précéder d'un astérisque les noms qui n'appartiennent pas aux cliapitres VI, X ou XIII.

Ahriniaca Curiis 'Adenaius

Alabeius *Albiliacus

Antenaius

Arceius

Ardennaius *Aren(iacus

A$ciacus

Ascineius *Atriciaca Curiis

Atseius

Arvenneius

Bai relus

Balbeius

Bereniaca Curtis

Beteneius

Burdenaius

Buriniaais

* Busiacus *Cndiniacui

Cainiacus Calmisciacus Cambreceius Cardeneius *Cazeius Ghaineius

Cirshiniaca (colonia) Cocceius

* Compiiacus

*Conciacns Corchoreius Crepoius Crusneius Gulleius DivisUicus DruUeius Elaviacns •Floreius Genereius Gravieius Cudiniaca Curiis Guseius Hami'Jacus Hildrisei Villa *JIostrennaius Hnnrezeius Igneius Jureius Juviniacus Lafçereius Liiiiozei Gurtis Livreius Limiacus Lupeius * Luperciacas Mat^reius Malleius Masceius ' Muriniacus

Nanguliaca Curiis Niviliacus

* Paviliacus Pavilleus Preuneius Proviliacus Remiliaca Curiis

* Bauciacus Bisleius Rodenaius Saceius

* Satiacus Savercei Gortis Savineius Saviniacus Stirpeius Sugeius Surneius Tanneius

* Tasiacus Tassceius Todiniacus Trosleius Tuniacus Uidrezei Villa Vrsiniaca Cortis Ventelaius

' Virdiniacus

* Viriniacw Vitreius

l. J. Quicherat, De la formation française des ancietis noms de lieu^ p. 40-4 1 .

Aux conclusions résultant de cette liste, nous devons ajouter que l'on trouve dans le chapitre X des noms latins tellement calqués sur la forme française qu'il peut sembler étrange de les rencontrer dès le XI" siècle. Nous voulons parler d'isla (§ 2); cette localité est la même que V Insula super fluvio Suppia (Isles-sur-Suippe) nommée au § 5 du même chapitre. On y lit aussi (§ 40) Summam Sibi^ traduction inintelligente de Sommesois, et le nom vulgaire Esciarts i Saiictae Marias (§ -H). Nous n'insisterons pas sur ce dernier fait: la présence dans le polyptyque d'un nom emprunté à la langue vulgaire en dit assez. Nous sommes donc en droit d'affirmer que la forme des noms du chapitre X démontre clairement que le polyptyque ne saurait être antérieur au milieu du xi*^ siècle ; mais nous ne nions pas, et nous serions au besoin le premier à le soutenir, que la plupart des descriptions de fiscs datent certainement du ix* et du x* siècle.

Restitution du chapitre X du Polyptyque.

Le désordre qui règne dans la première partie du chapitre X, où les biens de Tabbaye de Saint-Timothée sont répartis entre quatre pagi^ n'avait pas échappé à M. Guérard, qui, en conséquence, avait cru devoir renoncer à l'idée d'en tirer parti pour la description des pagi. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici ses réflexions ; elles serviront à montrer sa perspicacité, car il a parfaitement reconnu comment le désordre avait été porté dans cette partie si délicate du polyptyque, w Je dois croire, » dit-il, qu'il (le copiste) a dérangé l'ordre et la place des noms de » lieu dans les quatre premiers articles du chapitre X. Les lieux, » dans ces articles, sont distribués entre quatre pagi., savoir \ V\q » Rémois, 2** le Laonnais, 3° le Tardenois et 4° le Porcien. Or, il » arrive que tel lieu, qui se trouve placé par le texte dans un des j> quatre pays ci-dessus nommés, n'en fait réellement pas partie, et » qu'il appartient à l'un des trois autres. Ainsi, par exemple, Abun- » citrtis, inscrit sous le titre inpago Tardinemi, serait vainement *) cherché dans le Tardenois; tandis qu'on rencontre Auboncourtà » deux lieues nord-est de Rethel, dans les limites du Porcien. Aisella

I. M. Guérard a fait imprimer EsciatSj mais un ronvoi de la table des siglps (p. 115) nous apprend que le ms. porte Esciars avec un t pardessus ïr. Ce t, selon nous, doit être considéré comme une addition et non comme une correction de IV.

» qui, d'après notre manuscrit, dépendait du pagus Porcensis^ » présente, sous le nom d'Aizelles, dans le Laonnais. Summa Turb » Somme-Tourbe, village situé entre Reims et Ghâlons, estpareill » ment attribué au pagus Porcensis^ qui certainement ne s'avança » pas jusque là. Des terres autour de Reims, circa Remis^ so » encore mises dans le même pagus. Aviola^ situé sur la Meuser » super Mosam, est placé dans le Tardenois, quoique ce canton soii* » bien éloigné de la Meuse. Il me serait facile de citer d*autres lieux^ /) dont la position donnée est en contradiction avec la position réelle; » mais ces exemples suffisent pour prouver qu'il règne dans la partie » du manuscrit la plus importante pour la topographie ancienne un ;> très-grand désordre, lequel doit être imputé soit au rédacteur du » Polyptyque, soit au copiste moderne. Or, il est difDcile de conce- » voir que le rédacteur ait commis tant d'erreurs au sujet des divi- » sions territoriales de son temps, et que ces erreurs soient restées » sans correction dans un livre usuel. Il faut donc, je crois, ca » accuser le copiste, et les expliquer en supposant qu'il aura trans- » crit en lignes pleines les noms qui étaient disposés en colonnes. » J'alléguerai, à l'appui de cette supposition, que le Polyptyque de » Saint-Germain présente, en plusieurs endroits, une disposition » pareille pour les noms de personnes à la suite des fiscs, et qu'un » lecteur peu attentif serait exposé à lire ces noms de gauche à » droite, au lieu de les lire de haut en bas, comme Tordre l'exige ^i>

Ce désordre n'est nullement exagéré, car on remarque des lieux situés dans le diocèse de Reims et tout auprès de cette ville, tels que Pons Fabricatus (PonI fa verger), rre* Pt/^ci (Troispuits), Warmerii villa (Warmeri ville), Bisennae (Bezannes), lesquels sont indiqués comme dépendant du Laonnois. Nous citons ces villages parce qu'aucun de ces noms ne se rencontre ailleurs dans les contrées où l'abbaye de Saint-Rcmy possédait des biens et qu'ainsi la confusion est plus apparente.

Rétablir le tableau inexact dans son état primitif serait un travail d'une utilité incontestable, mais il eût été téméraire de le reproduire par colonnes en l'absence du manuscrit original. C'est ce que M. Guérard a évidemment compris, puisqu'il ne parait avoir fait aucune tentative de restitution. Il aurait fallu pour cela avoir quelques indications préalables, telles que le nombre des colonnes, la mention du commencement des pages dans le cas où le tableau en aurait exigé plusieurs, le nombre de lignes de chaque page, renseignements dont il semblait difficile de tenter la recherche. Heureusement

1. Polyptyque de Vabbaye de Saini-Remy de Reims^ p. V et VI. r

le ^^^pisle du dernier siècle a conservé les indications de commencede pages du manuscrit et elles ont été reproduites par M. Gué- ; c'est là un précieux renseignement. Mais l'extrait fait par ré Duchesne, dans la première moitié du xvii« siècle, de quelques les fragments du polyptyque, peut surtout aider à une restitution ^. Les fragments du tableau pwr pagi sont assez importants pour nous permettre de le rétablir dans son intégrité, car le savant édi teu r des Scriptores avait lu le tableau par colonne. Ce qui est étrange, c'est que M. Guérard lui-même avait fait imprimer les extraits de Dudans l'Appendice du polyptyque d'irminon^, il y a plus de trente et que c'est à lui, par conséquent, que nous devons de pouvoir 1r les données si précieuses que le polyptyque fournissait sur topographie des/)a^i. Ces extraits nous démontrent que, conforà la supposition de M. Guérard, on devait lire le tableau colonnes, que la page XIII où il commençait était écrite sur nq colonnes, tandis que la page XIV qui en contenait la fin ne coml>ï"enait que quatre colonnes. Alors même que les indications des pages ïie nous auraient pas été transmises par le copiste du polyptyque, on eût pu supposer où était le commencement de la seconde page du tableau. En effet, la seule ressemblance existant entre les extraits feits par Duchesne et la copie du bénédictin de Saint-Rcmy consiste dans la succession des noms de Condatum et AAudani Cortis ; mais 8^ce à la copie qui nous a été conservée, on n'en est pas réduit à une hypothèse sur ce point capital pour la restitution 3.

Nous publions ci-après le tableau restitué qui commence le chapitre X. Les personnes qui voudront se faire une idée de celui qui s^ trouve dans l'édition du polyptyque, sans y recourir, n'auront q^'à. lire en lignes pleines. Comme pièce justificative de notre restiluUan, nous avons eu soin de faire imprimer en italiques les noms e^^traits par Duchesne*, de sorte qu'en suivant les colonnes, on aura sous les yeux le document qui a aidé à notre restitution.

l* Ces extraits de Duchesne sont conservés à la Bibliothèque Nationale, fonds Duchesne, n« 74. p. 12-15.

î- Polyptyque de l'abbé Irminon, texte, p. 290-291.

3- On peut voir encore une preuve de l'exactitude de notre restitution daii8 le passage suivant d'Adrien de Valois: « Certe vêtus codex de redi- « tibus et decimis Remensis monasterii sancti Remigii quera scriptum » i^gi, in Tardinensi vel Tardanensi Juviniacum memorat inter villas ad , illud monasterium pertinentes. » {Nolitia Galliamm, p. 259). Dans ja copie du polyptyque Juviniacum a été transporté au Porcien.

4. Les noms des quatre pagi, imprimés en petites capitales, ont été donnés également par Duchesne.

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