LE PORCIEN
(Pagus Porcensis).
Le Porcien, qui occupait la partie nord-ouest du diocèse de Reims, est nommé en latin pagus Portensis, Porcensis, Portianus, Porciensis, Povtuensis et même Porcinensis. Le premier de ces noms, employé par Flodoard, désigne à la même époque deux autres territoires : le pays du Port, aujourd'hui Saint-Nicolas ' dans l'ancien diocèse de Toul, et celui de Portsur-Saùne 2 , le Portus Abucini de l'Itinéraire d'Antonin, au diocèse de Besançon ; mais nous n'avons à étudier ici que les textes qui se rapportent au Porcien.
Bien que le comté de Porcien existât encore au seizième siècle et que le nom de ce pays fût en outre adjoint aux noms de différentes localités telles que Chateau-Porcien et Chaumont-en- Porcien, le réthelois Chesneau, qui traduisait alors l'histoire de l'Eglise de Reiras de Flodoard, ne crut pas devoir rendre territorium Porteuse par « Porcien; » il traduisit ces mots par « terre des Postez 3 . » Nous ne savons quelles raisons l'avaient déterminé à voir dans les mots dont il s'agit l'indication de ce territoire, que les titres latins du moyen-âge désignent sous le nom de tei~ra de Potestatibus*. Mais les commentateurs qui l'ont suivi et qui ont annoté le testament de saint Remy, Marlot 5 , Lacourt 6 ,
t. Saint-Nicolas, désigné jadis sous le nom de St-Nicolas-du-Porf, Meurthe, arr. de Nancy, chef-lieu de canton.
2. Port-sur-Saône. Haute-Saône, arr. de Vesoul, chef-lieu de canton.
3. l. histoire de l'église métropolitaine de Reims, premièrement escrite en latin {non encores imprimée) par Floard, jadis chanoine d'icelle église (Reims. 1581, f 74 V).
4. Nous trouvons dans une charte de Roger, seigneur de Rozoy, en date d'octobre 1217, les mots in Potestatibus (Varin. -4rcA. admin. de la ville de Reims, t. I, p. 504); c'est la plus ancienne mention que nous connaissions du nom des Pôtées.
3. Marlot. Hist. de la ville, cité et université de Reims, tome II, p. 124-125. 6. Voir la traduction du testament et le commentaire de Lacourt dans le tome H de la Chronique de Champagne (1837).
Varin 1 et l'académie de Reims \ ont également considéré le solum Porteuse comme la terre des Potées. On ne peut certainement pas accuser ces savants d'avoir ignoré que ce nom fût celui du Porcien, car Varin après avoir fait remarquer que Valois et M. Guérard traduisaient Porcensis de cette façon, ajoute : « Cette interprétation nous semble, par exception, ne « pouvoir être admise pour le testament de saint Remy. » L'Académie de Reims dans son édition de Flodoard partage évidemment l'opinion de Varin; car, tandis qu'elle voit dans le Portentsis du testament de saint Remy la terre des Potées, elle n'hésite pas a traduire partout ailleurs le même nom par celui de Porcien. Nous devons donc, pour faire justice d'une opinion accréditée depuis trois siècles chez les érudits rémois, nous attacher à démontrer que le solum Portense du testament de saint Remy ne peut être la terre des Potées.
Les localités mentionnées dans ce testament comme dépendant du solum Portense sont Tudiniacum, Balatonium sive Plerinacum, Vacculiacum, Vicus et Blandibaccius . Nous ne fonderons pas notre discussion sur les noms dont la traduction n'a pas été donnée par nos devanciers, car on pourrait récuser le point de départ de notre argumentation ; nous ne nous appuyerons que sur des traductions incontestées. On s'accorde à reconnaître Thugny dans Tudiniacum, Balham dans Balatonium ' 3 et Rlombay dans Blandibaccius; or, deux de ces villagas Thugny et Balham sont situés sur les bords de l'Aisne, non loin de Château-Porcien, tandis que Rlombay est à huit lieues environ au nord de cette rivière. La terre des Potées comprenait-elle l'étendue de pays qui sépare ces trois villages et ces villages eux-mêmes ? Aucun des savants qui ont admis l'identité du solum Portense et de la terre des Potées ne s'est embarrassé de vérifier ce fait.
Varin a publié un document propre à résoudre cette question ; c'est la déclaration du temporel du chapitre de l'église métropolitaine de Reims, faite le 8 août 1384. l\ y est dit que le chapitre possédait « en ladicte ville de Reims 4 , vers Thérache, et en
!. Archives adm. de la ville de Reims, tome I, p. 4, note 6.