DU POLYPTYQUE DE L'ABBAYE DE SAINT-REMY DE REIMS
L'édition du Polyptyque de l'abbaye de Saint-Remy de Reims, qui a paru en 4853, est un des derniers ouvrages de M. Guérard 1 . Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'importance de ce document ; le savant éditeur l'a suffisamment démontrée. 11 nous a seulement paru que quelques rétlexions sur la date de rédaction de quelques parties de ce livre et sur sa géographie ne seraient pas sans utilité.
Celte édition du polyptyque de l'abbaye de Saint-Remy a été faite dans des conditions particulières : le manuscrit original était et est encore aujourd'hui perdu. On dut donc se servir d'une copie retrouvée en 4 849 dans les papiers de Dom Poirier, et qui avait été exécutée au siècle dernier.
N'ayant point sous les yeux le manuscrit original, le savant éditeur se trouvait privé d'un moyen infaillible de déterminer par lui-même l'époque à laquelle appartenait ce manuscrit et de décider si toutes les parties en avaient été écrites à la même époque; et, d'un autre côté, les opinions des érudits des xvn« et xvui e siècles, sur ces deux questions, sont si peu concordantes, qu'on ne pouvait s'en rapporter uniquement à eux pour les résoudre. Enfin, un désordre indescriptible avait présidé à la transcription du chapitre X, dans lequel les localités dont les dîmes appartenaient à l'abbaye de Saint-Timothée étaient distribuées entre le Rémois, le Laonnois, le Tardenois et le Porcien. Tels sont les points que nous nous proposons surtout d'examiner.
• De l'âge du polyptyque.
Le polyptyque de l'abbaye de Saint-Remy de Reims remonterait au temps d'Hincmar suivant Baluze 2 et les auteurs du Nouveau traité
1. Le Polyptyque de l'abbaye de Saint-Reviy de Reims, imprimé par autorisation du gouvernement à 1 imprimerie impériale, 1853. Un volume in-4* de lij et 147 p.
î. Baluze dit, en parlant du polyptyque : « scriptus, ut opinor, tem-
de diplomatique 1 ., mais, suivant Mabillon, il serait d'un siècle postérieur à ce prélat, qui occupa le siège épiscopal de Reims de 845 à 882 ; en effet, l'illustre diplomatiste le jugeait, en 4684, écrit depuis plus de sept siècles 2 . L'opinion de Baluze et de Dom Tassin a été cependant adoptée par M. Guérard, et on le conçoit aisément, car on trouve dans le précieux registre deux actes rédigés sous 1 épiscopal d'Hincmar. La présence de cesactesdoit probablement servir àexpliquer aussi les raisons qui, dans le dernier siècle, faisaient qualifier le polyptyque de Liber de redit ibw sancti Remigii tempore Hincmari descriptus, titre que Dom Vincent nous apprend lui avoir été donné à tort par deux de ses devanciers 3 et qui, en raison de sa date récente, ne doit pas être pris en considération. Le plus ancien des deux actes contemporains d'Hincmar, celui sur lequel M. Guérard appuie son opinion relative à l'ancienneté du polyptyque, est un jugement rendu à Gourtisols 4 {Curtis Acutior), le 4 H mai 847 : Aclutn in Cvrte Acutiori, III idus maias, in placito publico, anno M régnante Carolo, rege glorioso; régente autem Ingmaro^ archiepiscopo, sanctam sedem Remensem anno III 05 . On y remarque un scabin du nom de Geimi'rid et le maire Adroin qui figurent tous deux, quelques lignes plus haut 6 , parmi les neuf témoins entendus lors de la rédaction du rôle consacré au fisc de Gourtisols. Ce rapprochement prouve péremptoirement, en effet, que le chapitre du fisc de Courlisols remonte à l 'année 847; mais cette date ne peut vraisemblablement être appliquée à l'ensemble du polyptyque. On peut trouver, en quelque sorte, une preuve de cette allégation dans un autre acte daté de 804, dix-septième année de l'épiscopat d'Hincmar et relatif à la cession
» pore Hincmari » (Capitularia regum Francorum, t. II, c. 1247); et ailleurs : « Vêtus polyptycus Sancti Remigii Remensis, aevo Hincmari, nisi fallor, » scriptus. »» {Ibid., t. II, c 1273).