‹ Études sur les poissons (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · Selene yomer, Linné ( Argyreiosus vomer, auctorum · texte numérisé non relu

Selene yomer, Linné ( Argyreiosus vomer, auctorum

Habitat. — Rivière Mullins (Bocourt).

N° 83-798 du Catalogue de la collection du Muséum.

Fam. Trichilridæ.

12. Trichiurus lepturus, Linné ( Trichiurus lepturus, auctorum).

Habitat. — Belize (Bocourt).

N°‘ 83 - 8 oo, 801 du Catalogue de la collection du Muséum.

Sur cette liste, la première désignation spécifique est celle adoptée par MM. Jordan et Evermann dans leur grand travail sur les Poissons de l’Amérique septentrionale et centrale. La seconde est ce qu’on peut appeler la désignation courante; elle est empruntée au catalogue de M. Günther, le seul travail que nous ayons encore sur l’ensemble de l’Ichtyologie systématique et auquel, par suite, on est d’ordinaire obligé de recourir.

Il n’est pas facile en effet, dans la période que nous traversons, de s’y reconnaître dans la désignation des espèces, souvent les plus communes, avec les changements introduits par le rigorisme avec lequel sont interprétées, dans bien des cas, les lois de là nomenclature en ce qui concerne le droit de priorité.

Ainsi, pour donner un exemple, sur les douze Scombéroïdes ici énumérés et que le hasard désigne, un seul, le Trichiurus lepturus, conserve son appellation ordinaire à la fois comme genre et comme espèce. Tous les autres sont modifiés

un à la fois pour les deux termes, six pour le nom générique, quatre pour le nom spécifique. Il n’est pas nécessaire d’insister, pour faire sentir la perturbation qui en résulte actuellement dans les études ichtyologiques.

Y a-t-il au moins lieu d’espérer que cette période de bouleversement se termine bientôt et fasse place à une stabilité durable dans la terminologie? Les quelques réflexions qui suivent se rapportent à deux des genres ici cités, les Oligoplites et les Micropteryx; elles montreront, je pense, l’arbitraire qui préside malgré tout dans bien des cas au choix des appellations, ce qui rend contestable la légitimité des changements proposés.

Le premier de ces genres est un démembrement du genre Chorinemus, institué lui-même par Cuvier et Valenciennes comme substitution au genre Scomberoicles de Lacépède.

Dans la grande Histoire des Poissons, ces auteurs, multipliant un peu facilement les espèces, suivant la tendance de l’époque, tendance qui, du reste, n’est pas absolument perdue de nos jours, les groupaient en deux sections d’après l’habitat : 11 des Indes orientales, 5 des mers américaines, en faisant remarquer qu’une différence dans l’écaillure venait dans bien des cas (car elle ne leur paraissait pas générale) corroborer cette distinction géographique. M. Günther adopta, à peu de chose près, la compréhension du genre telle que ces auteurs l’avaient instituée.

En 1 8 6 3 , M. Théodore Gill, dans une note sur les collections ichtyologiques rapportées à l’Institution Smithsonienne par le capitaine John Dow, décrivait, sous le nom d Oligophtes inomntus, un Scomberoïde trouvé dans la mer des Caraïbes, très voisin, dit-il, du Chorinemus occidentalis , Cuvier et Valenciennes; les recherches ultérieures ont conduit à l’identification des deux espèces. Toutefois, le point important est la création de ce genre nouveau Oligoplites, établi, l’auteur le dit une manière expresse, comme un démembrement du genre Chorinemus pour les espèces occidentales. Il est à remarquer que M. Gill définit le nouveau groupe d’une manière plus que sommaire; il n’en donne point de diagnose et le seul caractère positif indiqué dans le cours du travail est tiré du nombre des épines constituant la première nageoire dorsale, quatre ou cinq dans les espèces occidentales, les espèces orientales ou africaines en ayant généralement sept.

L’auteur ne paraît donc présenter ce nouveau genre, en quelque sorte, que conditionnellement.

MM. Jordan et Gilbert (1882) ne l’admirent d’abord qu’à titre de section; mais, dans le même ouvrage, par une note complémentaire, ils l’élèvent au rang de genre, ajoutant, comme caractère, aux écailles linéaires enfoncées dans le tégument, l’absence de dents ptérygoïdiennes. Cette manière de voir se retrouve dans le grand travail de MM. Jordan et Evermann (1896).

Le caractère des écailles, déjà signalé par Cuvier et Valenciennes, est-il absolu? Il a été dit depuis longtemps que, dans les espèces orientales, on trouve sous ce rapport des variations assez grandes; les écailles sont loin d’être toujours absolument distinctes dans toutes les espèces et certaines feraient passage à la disposition connue chez les Oligoplites occidentaux ; les recherches modernes confirment le fait. (Voir en particulier : Day, Chorinemus moadetta.)

Quant à l’absence de dents ptérygoïdiennes, chez les Oligoplites ou Chorinèmes occidentaux, il est nécessaire de préciser. Sur le Chorinemus altus, Günther, dont la collection de la Mission scientifique renferme plusieurs exemplaires, quelques-uns en mauvais état se prêtant d’une manière particulièrement favorable à l’étude ostéologique, on constate que l’os ptérygoïde proprement dit est incontestablement muni de dents en velours faisant suite, sans discontinuité, à celles de la plaque palatine. En est-il de même sur les autres espèces, en particulier chez le Chorinemus occidentalis , si voisin du Chorinemus altus ? Sans pouvoir disposer de pièces permettant un examen aussi direct, sur un individu très bien conservé dans l’alcool je constate que la rangée latérale des dents palatales se continue en arrière au delà de l’orbite et, comme c’est au-dessous de celle-ci que se trouve la suture palato-ptérygoïdienne , il est vraisemblable que la partie postérieure de la rangée appartient à ce ptérygoïde.

D’ailleurs M. Boulenger qui, à ma demande, a bien voulu examiner la disposition des dents palatales chez le Chorinemus occidentalis, dont le Muséum ne possède pas d’exemplaire, m’a confirmé la présence de dents ptérygoïdiennes comme chez le Chorinemus altus. Mais il faut distinguer entre les dents ectoptérygoïdiennes (placées sur le ptérygoïdien proprement dit d’Owen et des auteurs modernes , transverse de Cuvier) et les dents entoptérygoïdiennes (placées sur le

ptérygoïdien interne de Cuvier) : cest à celles-ci que s’appliquerait la caractéristique donnée par M. Jordan. On trouve en effet sur le Chorinemus Sancti Pétri, par exemple, des plaques de très fines dents en velours placées sur ce ptérygoïdien interne; elles manquent chez notre Chorinemus altus. 11 faut avouer que ces dénominations anatomiques variées prêtent à la confusion, et l’on peut regretter sur des points ostéoiogiques encore sujets à controverse, qu’on s’écarte, sans raison majeure, d’une nomenclature qui a au moins pour elle l’antériorité.

En résumé, on peut dire que les dents ptérygoïdiennes existent chez tous les Chorinemus s. lat., étant entoptérygoïdiennes chez les Chorinemus s. sir. , ectoptérygoïdiennes en même temps chez les Oligoplites 1 .

Comme seconde question, est-il légitime d’autre part d’adopter pour le genre le nom de Scomberomorus , antérieur il est vrai à celui de Chorinemus , mais ne

remplissant peut-être pas les conditions d’être «clairement et suffisamment défini”? Pour cela, semble-t-il en effet, il faut que sa diagnose soit précise et exacte, quelle se rapporte à un type nettement déterminé. On sait que, dans bien des cas, les genres Cépédiens ne remplissent ces conditions, surtout la première, que très imparfaitement. Ici cependant, la caractéristique, sans être aussi complète qu’on pourrait le désirer, ne contient aucun terme exclusif, ce qui mérite considération, quand on se reporte à l’époque où l’ouvrage a été publié. La voici intégralement : «De petites nageoires au-dessus et au-dessous de la queue; une seule nageoire dorsale, plusieurs aiguillons au devant de la nageoire du dos.” Mais on peut objecter à l’adoption de ce nom, qu’il ne s’applique pas a un

1 Chez le Chorinemus altus, les deux épines prosdpipldriques présentent une disposition qui pourrait avoir son importance au point de vue de la division du genre. Elles sont emtalhériques , c’est-à-dire susceptibles, après avoir été relevées, de s’étayer dans celle situation par un de ces mécanismes, depuis longtemps connus, mais que M. Sôrensen (188/i) a étudiés d’une manière si complète, et de ne pouvoir être abaissées sans rupture, à moins, par des manœuvres convenables, de faire cesser ce calage de l’épine, si cette expression était permise. Autant que les exemplaires examinés m’ont permis de le voir, cette disposition n’existerait pas chez le Chorinemus Sancti Pétri, Cuvier et Valenciennes. Mais ici encore les pièces ostéoiogiques que j’ai pu extraire du Chorinemus altus (lesquelles permettent de bien voir la forme des bases

ZOOLOGIE DU MEXIQUE. — IV e PARTIE.

de ces épines et d’en étudier le jeu), l’examen d’un petit individu du Chorinemus occidentalis sur lequel ces mêmes épines sont dressées et non abaissables, permettent pour eux d’établir l’usage physiologique de ces organes. Mais je ne puis en dire autant des Cborinèmes orientaux, examinés seulement sur des sujets entiers, chez lesquels ces épines, moins robustes, d’après ce que j’ai cru remarquer, jouent plus librement, soit qu’on les élève ou qu’on les abaisse, au moins pour des sujets conservés dans l’alcool. On ne peut donc présenter celle dernière observation qu’avec certaines réserves; ce serait à des zoologistes placés dans des conditions favorables de pousser plus loin celte étude, pour reconnaître s’il y a là une dilférence constante, qui justifierait certainement alors la division en deux genres.

tMl’lUMKME RATIOXALE.

ZOOLOGIE

objet défini. En effet, Lacépède cite trois espèces, dont la première est le Scomberoides Noeli, décrit d’après un individu bien conservé, dit-il, provenant de la collection du Stathouder; ce type paraît avoir été perdu et a même été supprimé de la série ichtyologique, car aucun auteur subséquent ne le mentionne, à part l’indication donnée en passant par MM. Jordan et Gilbert (1882, p. 446 ), pour reprendre le terme de Scomberoides. C’est cependant sans aucun doute le type du genre , car les deux autres espèces ne sont connues de Lacépède que par des dessins, l’un de Commerson, l’autre du P. Plumier, cette dernière espèce (Lacépède en a fait plus tard la remarque) indiquée et figurée par Bloch d’après ce même document.

On conviendra que c’est assez maigre : le type non existant, non figuré, décrit d’une manière insuffisante, sans localité d’origine, n’étant pas identifiable, les deux autres espèces n’ayant été réellement connues que depuis les travaux de Cuvier et Valenciennes qui, d’après des pièces authentiques, ont pu rectifier ce que les dessins avaient d’incorrect et d’inexact. Dans cet état de cause, celui qui prétendrait que le nom de Scomberoides n’est pas recevable, d’après les conventions de la nomenclature, n’aurait pas absolument tort.

Mais en admettant la légimité de ce nom générique, comment justifier la préférence du nom <ï Oligoplites sur celui de Chorinemus, si l’on subdivise ce genre comme le propose M. Th. Gill? Il a toujours été de règle, dans ce cas, de conserver le nom primitif à la division dans laquelle se trouve le type générique; mais aux espèces restantes, quel droit invoquer pour ne pas leur conserver un nom sous lequel elles ont été primitivement désignées ? Le nom de Chorinemus est de 1817, celui d’ Oligoplites de i 863 : pourquoi la loi d’antériorité, bonne dans un cas, ne serait-elle plus recevable dans l’autre?

Une objection de même ordre paraît pouvoir être soulevée à propos des dénominations génériques Micropteryx , Agassi z (1829), et Chloroscombrus , Girard, appliquées à l’espèce Linnéenne Scomber chrysurus. Les auteurs de Y Histoire naturelle des Poissons en avaient fait le Seriola cosmopolita, mais le collaborateur de Spix, par une interprétation exagérée des règles de la nomenclature d’après les conventions actuelles, crut devoir changer ce nom de Seriola, déjà usité par Linné en botanique, en celui de Micropteryx, appliqué dans son travail à cette unique

espèce. MM. Jordan et Evermann (1896, t. I, p. 987) éliminent ce nom pour adopter celui de Chloroscombrus , parce que celui de « Microplery.x, Àgassiz, était donné en substitution à celui de Seriola, dont il doit être considéré comme synonyme 1 ». C’est là une application arbitraire de la loi de priorité, qui ouvrirait la porte à une multitude de changements de noms plus propres à surcharger la nomenclature qu’à la simplifier, et la manière de faire de M. Güntfier dans son catalogue classique paraît à la fois plus rationnelle et plus équitable.

Ces remarques feront ressortir combien sages sont les réserves formulées par ce dernier savant, lorsqu’il se demande «si la stricte application de la loi de priorité invoquée avec un tel rigorisme dans les règles modernes de la nomenclature zoologique et adoptées par l’auteur de ce volume 2 , en vertu de laquelle les productions de la valeur la plus contestable sont placées sur le même niveau que les ouvrages classiques des fondateurs de l’Ichthyologie, sera d’un réel profit pour la science et n’est pas une chose discutable».

Famille des GOB11DÆ.

Corps plus ou moins cylindro-conique ou même cylindrique, surtout en avant, ne présentant pas de ligne latérale distincte. Bouche terminale et latérale. Mem-

brane branchiale soudée à l’isthme gulaire. Epiptère double, l’antérieure à rayons simples ordinairement flexibles, la postérieure molle beaucoup plus longue que la précédente; fiypoptère semblable à l’épiptère molle; uroptère convexe ou aiguë, rarement tronquée. Catopes thoraciques ordinairement composées d’une épine et de cinq rayons, rapprochées, souvent unies en un disque infundibuliforme jouant

le rôle de ventouse; manquant dans un cas ( Oxyderces ). Ecailles du type cténoïde spanostique ou plus régulièrement monostiques. Une papille anale. Pas de cæcums pyioriques ni ordinairement de vessie natatoire.

La principale remarque à faire sur cette diagnose est relative à la ligne latérale.

1 Cette citation est empruntée à la préface, p. ix, du 5 line raison plus valable à invoquer serait qu’Hubner, premier volume du Catalogue of the Fishcs in the British dès 1816, a employé, avec une orthographe très peu dif- Museum, dans la seconde édition publiée par M. Boulen- férente et d’ailleurs fautive, Micropterix , ce nom pour un ger, en 1895. genre d’insectes.

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Les auteurs se bornent à signaler son absence, ce qui est exact, si on se contente d’un examen morphologique superficiel. Mais le système sensoriel auquel se rapporte cette ligne latérale existe cependant, comme le témoigne, au moins sur ’ certaines espèces, la présence d’écailles caractéristiques 1 ; c’est un point sur lequel il sera revenu plus loin. Seulement ces écailles, d’après ce qui nous est connu, seraient irrégulièrement disséminées sur le corps, sans former la ligne caractéristique ordinaire.

Les écailles proprement dites sont généralement prises pour type des écailles cténoïdes oligostiques monostiques 2 , mais dans nombre de cas les spinules manquent soit sur certaines parties du corps, le dos et le ventre par exemple 3 , soit sur toute son étendue, devenant alors cténoïdes spanostiques. Dans une étude générale des Gobiidés, il y aurait lieu de développer ce point intéressant de leur histoire que je me contente de signaler ici, où nous n’avons qu’à faire connaître une faune spéciale d’après une collection limitée.

Toutefois cette famille des plus naturelles a donné lieu, en ce qui concerne la structure de ses écailles, à des travaux intéressants au point de vue de la connaissance générale de ces organites. Mandl, Agassiz, dès 1839 et 18/10, avaient attiré l’attention sur ce point; plus récemment, Georges Pouchet et moi-même avons repris la question, en utilisant les ressources que la technique moderne met à la disposition des chercheurs pour les études histologiques. 11 n’est pas inutile d’insister ici sur ce point qui peut jeter quelques lumières sur la constitution générale des écailles et sur les rapports que l’on peut établir entre ces organes et leurs analogues sur le tégument d’autres Poissons, tels que les Elasmobranches.

Les écailles du Gobius niger, Linné, que je prends pour type, se composent d’une lame et de spinules, constituées par des tissus durs, revêtues, au moins en partie, par l’épiderme mou qui enduit toute la surface du poisson. La lame 4 peut exister seule, soit sur tout le corps chez les très jeunes individus, soit, chez l’adulte, sur les parties ventrales; c’est, on le sait, un fait habituel chez les Poissons cténoïdes. Sa forme est alors plus ou moins arrondie et son bord antérieur

1 Pi. X bis, fig. h". aux écailles du Gobius niger, ont été faits au bourg d’Ault

2 PI. X bis, Hg. 2, 3 ', 3 *, 4 ; pl. X ter, fig. û. en 1874. (Voir les Comptes rendus de l’Académie des

s Pl. X bis, fig. 2 a , 3 \ 3 ', 3 r , 3 ". Sciences, t. LXXXI, p. 187-139; séance du 19 décembre

4 Pl. X ter, fig. 1. Ce dessin et les suivants, relatifs 1875.)

ne présente pas plus de sept à huit lobes marginaux; les crêtes concentriques apparaissent sous forme de traits vermicides. L’épithélium, forme de cellules pavimenteuses à noyau, recouvre la face externe de la lamelle sur son liers postérieur environ et s’étend un peu moins sur la face interne. Au point de réflexion, sur l’extrémité postérieure de l’écaille, les cellules s’accumulent en formant une sorte de bordure transparente à sa partie libre, foncée par un dépôt pigmentaire vers le point de contact avec la lamelle scléreuse. Ces deux couches épithéliales peuvent être regardées comme les analogues de la couche cornée et de la couche de Malpighi de l’épiderme.

Dans les écailles complètes 1 , la lamelle est quadrilatérale, ou si l’on veut pentagonale, avec le côté antérieur arrondi et le côté postérieur un peu anguleux; le nombre des festons marginaux ne paraît jamais dépasser neuf ou dix. Le foyer ordinairement petit et circulaire est marginal, très rapproché du bord postérieur; les crêtes concentriques sont nombreuses et assez régulièrement disposées. L’épithélium, dans lequel la couche pigmentaire, formée de chromoblastes étoilés et très distincts, se présente comme un amas marginal de cellules dans lequel les spinules sont entièrement plongées. Celles-ci apparaissent dans l’ordre indiqué par les auteurs, c’est-à-dire en commençant par une spinule médiane, puis par paires latérales; au moins est-ce ce qu’on doit supposer, d’après l’examen anatomique, qui montre toujours les spinules en nombre impair, lorsque le nombre ne dépasse pas sept; au delà, il n’est pas rare de trouver un nombre pair, ce qu on doit sans doute attribuer au développement inégalement prompt des spinules latérales. Les faits ici consignés viennent à l’appui de cette manière de voir. La hauteur de ces spinules varie, suivant qu’on considère celles du centre ou celles des côtés, en n’ayant égard bien entendu qu’aux spinules complètement développées; les premières sont sensiblement plus courtes et la taille va en croissant d’une manière régulière jusqu’aux spinules les plus voisines des angles, en sorte que toutes les pointes, sans arriver sur une même ligne droite, forment cependant un angle un peu plus ouvert que l’angle formé par le bord postérieur de la lamelle. La pointe des spinules fait seule une légère saillie hors de l’épithélium; ce dernier, en ce point, montre particulièrement bien les amas pigmentaires distribués

1 PI. X 1er, fig. a.

ZOOLOGIE

en une première couche qui borde la lamelle à la base des spinules, et une seconde formée de chromoblastes ordinairement isolés, placés dans les espaces interspinulaires , tous à la même hauteur, donnant un dessin fort élégant.

Les cellules épithéliales, point très important à noter, sont d’une délicatesse extrême; le simple contact de l’eau de mer, ne fut-ce que pendant une dizaine de minutes, les gonfle, les désagrège et les transforme en un magma dans lequel il devient impossible de saisir les détails qu’on vient de lire et encore moins les suivants. Pour répéter ces observations, il est donc de la plus grande importance d’avoir un poisson non seulement frais, mais vivant; le Gobius niger, pour cela, est particulièrement favorable : il résiste longtemps et peut être conservé plusieurs jours, sans presque aucun soin, dans une très petite quantité d’eau de mer, surtout dans un vase plat, sous une petite hauteur de liquide.

Aussitôt l’écaille arrachée, on devra la porter sous le microscope et la regarder de suite, ou, si l’on veut prolonger l’observation , il faut immédiatement durcir les tissus par l’emploi de réactifs , tels que l’alcool absolu , les solutions d’acide cliromique , d’acide picrique , d’acide osmique , etc. ; dans ce cas , les préparations se conservent assez bien pour qu’on puisse, avec les précautions convenables, les monter dans le baume du Canada. Toutefois, il ne faut pas négliger l’examen rapide de l’écaille dans l’eau de mer, pour avoir une idée exacte de ces tissus; on ne saurait avoir trop présent à l’esprit dans les études histologiques, qu’il est indispensable de se rapprocher autant que possible de l’état normal pour étudier les éléments anatomiques et, lorsqu’on les a traités par des réactifs plus ou moins violents, on n’a naturellement, sous les yeux qu’une image plus ou moins altérée de ces parties délicates.

En se plaçant dans des conditions convenables, sur presque toutes les écailles on rencontre, en dehors des spinules parfaites, deux de ces organes, un de chaque côté, en voie de développement, et, si on multiplie les observations, il est facile de se faire une idée nette de leur évolution.

Dans l’état le plus rudimentaire que j’aie pu observer, la spinule 1 est réduite à une sorte de cône surbaissé, large de omillim. o3 à sa base, sur une hauteur égale, entouré de cellules mesurant omillim. 009 à omillim. 01 k, semblables

* PI. X ter, %. 3.

d’ailleurs par leur aspect et leurs dimensions aux autres éléments épithéliaux, mais s’en distinguant néanmoins par un agencement en masse plus ou moins sphérique. Le cône est composé d’une substance très finement granuleuse, surtout après l’action de certains réactifs, tels que l’acide acétique; on peut le considérer connue l’organe chargé de fournir les matériaux nécessaires à l’accroissement de la spinule , une sorte de papille spinulaire, l’amas sphérique représentant alors le follicule.

Un peu plus tard, ce follicule devient moins net 1 ou même n’est plus visible 2 ; en revanche, la spinule s’est compliquée; la papille existe toujours dans le même état et à peu près la même forme, mais sa pointe est comme coiffée d’une gaine transparente hyaline, premier rudiment de la substance vitro-dentineuse qui constituera l’organe complètement développé. A ce moment, si on traite ces parties par l’acide acétique 3 , le tissu de la papille devient granuleux, tandis que la gaine pâlit; avec ce réactif, je n’ai pas observé d’effervescence, ni de diminution sensible de volume, ce qu’on doit attribuer à la petite quantité de substance calcaire que contient le tissu, comparée à l’abondance de la matière organique.

Le développement se continue jusqu’à l’état complet par l’augmentation graduelle du cône dentineux qui coiffe la papille; un premier effet est de cacher celle-ci 4 , les choses restant à peu près dans l’état du stade précédent; enfin la pointe s’allonge et finit par percer la bordure épidermique 5 .

Cependant la portion molle, organique, qui constitue la papille, paraît persister plus ou moins longtemps. En traitant l’écaille par un acide fort, tel que l’acide chlorhydrique ou l’acide azotique, pour faire disparaître les sels calcaires, ce qui a lieu alors avec effervescence, on voit l’aspect des spinules se modifier profondément; la longueur devient à peine moitié de celle de l’organe intact, la substance granuleuse constituant la papille apparaît sous la forme d’une sorte de bouton basilaire , prolongé vers le bord libre de l’amas épidermique par un cylindre constitué de la même substance; sur les spinules jeunes 6 , la papille seule reste; sur celles complètement développées 7 , le prolongement cylindrique est coiffé par

1 PI. X ter, fig. 6.

2 PI. X ter, fig. 5.

1 PI. X ter, fig. 8.

4 PI. X ter, fig. 4.

5 PI. X 1er, fig. 5 : spinule inlerne.

0 PI. X ter, fig. 7 : spinule externe.

7 PI. X ter, fig. 7 : les deux spinules internes.

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la substance organique de la dentine décalcifiée , persistant sous l’apparence d’une couche hyaline, transparente, élastique, dans laquelle on devine une sorte de structure fibreuse longitudinale. Sous l’action de ce réactif, et par l’effet du dégagement de l’acide carbonique, le gaz très souvent s’accumule sous lepiderme entre la lamelle et la rangée des spinules et les sépare, mettant bien en évidence la discontinuité de ces parties.

Il ne peut donc y avoir doute sur ces deux faits chez le Gobius : i° le développement, dans l’épaisseur de l’épiderme, des spinules s’isolant des parties homologues préexistantes; 2° l’indépendance de celles-là et de la lamelle de l’écaille.

Les Anthias présentent un autre exemple de l’indépendance à établir, au moins chez certains Poissons, entre la lamelle et les spinules. Je pense qu’on pourrait, sur cet animal, à l’état frais, observer cl’une manière peut-être encore plus distincte le développement de ces dernières dans l’épiderme. En examinant les écailles d'un Anthias asperilinguis, Günther, sur des individus adultes et depuis longtemps dans l’alcool 1 , les écailles paraissent au premier abord construites sur le même type que celles du Gobius; la lamelle semble porter à son bord libre un seul rang de spinules qui, sur les écailles desséchées, sont remarquablement caduques et très évidemment non soudées à la lamelle; on voit en effet sur le bord de celle-ci une échancrure correspondant exactement et régulièrement à la base arrondie de la spinule, lorsque celle-ci se détache accidentellement. C’est ce qui a été signalé ailleurs pour justifier la distinction des Anthias comme genre, en dehors des Serranus et des Epinephelus 2 , ce qui est d’ailleurs aujourd’hui admis universellement. Dans certaines circonstances, il n’en est plus de même. Sur des Anthias sacer, Linné, envoyés, de Marseille, lesquels, sans être dans un état de fraîcheur absolue, n’avaient pas cependant été froissés ni surtout lavés, j’ai reconnu qu’il existait plutôt deux rangs de spinules 3 . Les unes sont complètement développées et, sans être adhérentes à la lamelle, n’en sont séparées que par une faihle épaisseur de tissu, consistant, autant qu’il m’a ete possible den juger, en un seul rang de cellules régulièrement pavimenteuses. Entre ces spinules, s en trouvent

1 PL X ter, fig. 9.

2 Voir l'article intitulé : Sur certains caractères différen-

tiels d e quelques genres appartenant au groupe des Serra-

ritia, dans le Bull. Soc. Phil. de Paris, nouvelle série, t. X (1873)', p. 5 a.

3 PL X ter, %. 1 0.

d’autres plus petites, qu’on doit regarder peut-être comme des spinules en voie de développement; elles sont plongées dans l’épiderme et plus éloignées du bord de la lamelle.

On est conduit à conclure de ces observations , en premier lieu , que chez ces Poissons les spinules et la lamelle se développent d’une manière indépendante et, si on a égard au rapport des parties avec les tissus environnants , les premières appartiennent à l’épiderme, la seconde à la partie profonde des téguments, c’està-dire au derme. En considérant ces organes dans l’ensemble du groupe, on pourrait regarderies écailles de ces Cténoïdes comme une sorte de type intermédiaire. Chez l’Anguille, les Bypticus, les Grammistes , certains Blennioïdes, l’écaille réduite à la lamelle est sous-épidermique et privée de spinules. Les écailles cycloïdes ordinaires s’en rapprochent; toutefois la portion libre de l’écaille présente souvent des crêtes plus saillantes, des tubercules 1 qui dépendent peut-être de dépôts fournis par l’épiderme. Chez les Squales et les Raies, les portions dures des téguments sont au contraire d’une tout autre nature, beaucoup plus superficielles, on peut dire épidermiques. Je crois donc que, chez les Gobius et les Poissons analogues, on doit comparer la lamelle à l’écaille profonde de l’Anguille et les spinules libres aux scutelles des Plagiostomes.

Une seconde conclusion pourrait être également proposée pour expliquer la constitution théorique des écailles des Cténoïdes, en s’appuyant sur les observations faites sur le Gobius et ÏAnthias. Sur le premier de ces Poissons, ce qu’on a vu plus haut prouve que les nouvelles spinules naissent par paires de chaque côté de la ou des précédentes; on comprend de celte façon que le bord libre de la lamelle, au fur et à mesure de l’accroissement de celle-ci, puisse se garnir de ses spinules. Celles-ci sont-elles permanentes ou caduques? Dans ce dernier cas, la reproduction de la spinule se fait-elle in situ, un nouveau follicule se reproduisant là où l’organe est tombé, ou au contraire, le développement n’ayant jamais lieu que sur les bords, y a-t-il glissement des spinules vers le centre pour combler les vides? C’est ce que l’observation seule pourra décider. L’examen d’un grand nombre d’écailles du Gobius niger me porte cependant à supposer que les spinules sont en effet caduques et ne se reproduisent qu’aux deux extrémités de la série.

1 Voir les détails donnés sur l’écaille de la Carpe par Baudeiot, Archiv. de Zool. cxp. et gén. , t. II (1873), p- 210.

ZOOLOGIE DU MEXIQUE. IV° PARTIE

1MPUIMEIUE NATIONALE.

242 ZOOLOGIE

Chez ÏAntUas, autant qu’il est permis d’en juger par les observations incomplètes que j’ai citées, c’est entre les spinuies préexistantes que se forment les organes de remplacement, et lorsqu’un des premiers tombe, l’un des deux voisins, en se développant, doit pouvoir le remplacer; il est même possible que la chute du rang des spinuies développées coïncide avec un accroissement nouveau de la lamelle! sur le bord de laquelle se trouverait alors la rangée d’abord la plus externe qui deviendrait intérieure par le développement de nouveaux follicules dans les intervalles interspinulaires; mais ce ne sont là encore que de pures hypothèses.

Pour un grand nombre ou mieux la plupart des Poissons cténoïdes , par exemple la Perche, le Macropode, la Plie, etc., chez lesquels on peut constater, après l’action de la potasse surtout, que les spinuies se détachent de la lamelle, d est probable que les spinuies ont la même origine que celles des écailles des Gobies et des Barbiers; toutefois l’adhérence est plus intime, la spinule au lieu de se détacher persiste, seulement elle s’épointe , soit que, par suite de l’adjonction de nouvelles rangées d’épines et de nouvelles couches sous-jacentes, sa position plus superficielle la rende plus exposée aux contacts extérieurs, soit, ce qui paraît moins probable si l’on a égard à l’irrégularité des spinuies anciennes, qu’il y ait résorption, la conhe épidermique, à aucune époque, ne cessant de revêtir la portion de l’écaille où se trouvent les spinuies. Il va sans dire que cette explication ne s’appliquerait pas aux écailles des Harengs, des Thons, des Mynpnstis, etc., chez lesquels les saillies du bord postérieur de l’écaille sont certainement de simples prolongements de la lamelle, disposition très différente de celle des écaillés réellement cténoïdes, comme Steeg en a depuis longtemps fait la remarque; on peut

les désigner sous le nom d 'écailles pseudocténoïdes.

La nomenclature des différentes sortes d’écailles chez les Poissons osseux presente un intérêt incontestable au point de vue descriptif, mais, comme pour des parties végétales telles que les feuilles, se heurte d’abord à cette première difficulté que les limites entre les variétés ne peuvent être regardées comme réelles et sont par essence des coupures purement arbitraires dans la strie continue qu ell forment. D’un autre côté et par la même cause, il y a autant de raisons pour multiplier les types à l’infini que pour les réduire à des types si généraux, qu’ils sont alors de peu d’emploi.

Pendant longtemps on s’est contenté, avec Louis Agassiz, de distinguer des écailles cténoïdes et des écailles cycloïdes, d’après la constatation absolue, pour ne pas dire brutale, de la présence ou de l’absence des spinules. On a fait remarquer combien il était illogique de réunir dans un même groupe 1 écaillé ventrale de la Perche, privée de spinules, il est vrai, mais en dehors de cela ne différant pas des autres écailles franchement cténoïdes du meme Poisson et les écailles du Saumon, cycloïdes typiques. A différentes reprises, j’ai insiste sur ce point, soit dans diverses publications, soit dans mes cours, et je donne ici, a titre documentaire plutôt qu’autrement, un tableau mis sous les yeux des auditeurs dans les leçons de l’année scolaire 190/1-1905.

Ce tableau ne s’applique qu’aux Poissons Teleosteens eulepidotiques , cestà-dire chez lesquels se voient des écailles constituées fondamentalement comme celles décrites plus haut chez le Gobius, qui en présente un type a la fois simple et complet. Je laisse de côté les Téléostéens qu’on appellerait anomolépidotiques , chez lesquels la structure, parfois analogue, fournit cependant une écaille d’un type très différent ( Centriscus , Trachichthys , Tetragonurus) , d’autres fois même pourrait bien avoir une structure très différente ( Cyclopterus lumpus, Silures cuirassés). Nous sommes certainement loin de connaître à l’heure actuelle toutes les anomalies de cette sorte que présentent les Téléosteens et chaque jour en tait découvrir de nouvelles.

Même ainsi limité, ce tableau ne doit être accepte quavec certaines reserves. En premier lieu, les divisions n’ont rien d’absolu puisqu’on passe, je l’ai dit, par des transitions insensibles de l’une à l’autre, et une série continue conduit des écailles intracutanées aux écailles cténoïdes polystiques par une suite de modifications ininterrompues. D’autre part, si l’on ne peut pas observer les écaillés en place, dans certains cas il sera difficile, sinon impossible de savoir si elles appartiennent à telle ou telle division; par exemple, on pourra confondre des écailles intracutanées et des écailles aulacocycloïdes multiradiées , les écailles aulacocycloïdes hémiradiées avec certaines écaillés ctenoïdes spanostiques.

ZOOLOGIE

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