partie de la mort de Socrate : le Tribunal
5. N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde, stances de Mal-
herbe (Heber).
6. 3* partie de la mort de Socrate ; la Prison. (Marche d'Alceste. Gluck.)
7. En ces temps de malheur, chœur de Guillaume Tell (Rossini).
Le Messager de la Manche rendait ainsi compte de la soirée du 20 novembre :
« Il régnait un souffle de patriotisme à travers toute la séance, grâce au choix intelligent des morceaux, grâce aussi — aucun des assistants ne me démentira — au cœur ému des jeunes exécutants. On entendait tour à tour les douleurs, les angoisses, les espérances de la patrie; il n'en eût pas fallu davantage pour remuer profondément toute l'assistance : ce soir-là non moins que le goût artistique, c'était le patriotisme qui applaudissait. »
LES MAisox\s d'Éducation de l'oratoire. 133
Dès le début, des acclamations chaleureuses répondirent au chœur de Moïse : Dieu puissant , du joug de V impie , délivre aujourd'hui tes enfants (Rossini).
Cette louchante mélodie polonaise : Forêt triste, si applaudie le 2 août, empruntait aux circonstances un nouvel et douloureux intérêt; cette histoire d'un pauvre blessé qui meurt dans la « forêt triste et sombre » en appelant sa mère, hélas ! de combien de soldats français elle est devenue l'histoire ! Aussi il y eut mieux que des applaudissements, il y eut des larmes.
De même, la Complainte de la Mendiante (Meyerbeer) :
« Au sein de votre richesse, Pitié, seigneur opulent.
Donnez, pour dire une messe, Hélas ! à mon pauvre enfant! »
La mendiante qui parle ainsi, n'est-ce pas la mère de plus d'un
soldat mort?
En écoutant, dans un chœur admirable, Iphigénie parler de la
Grèce :
« Patrie infortunée,
Où par des nœuds si doux,
Notre âme est enchaînée, » '
on songeait à une autre patrie.
Pendant le duo du Trouvère, où l'on entend une femme qui va être livrée au bûcher avec son enfant, on pensait à vous, femmes de Bazeilles, brûlées avec vos enfants ; on maudissait vos lâches bourreaux.
Dans la Mort de Socrate aussi, bien des passages étaient involontairement d'heureuses allusions aux événements. Des gardes nationaux mobilisés, sur le point de partir, étaient là en uniforme; j'en vis qui avaient peine à contenir leur enthousiasme à ce mot du noble philosophe : « Il est bon que l'on sache qu'il y a encore à Athènes des citoyens qui ne regardent pas la mort comme un mal ! » On remarqua aussi cette autre parole de Socpate à un disciple qui le conjurait de fuir : « Est-ce que le soldat abandonne son poste, parce que son poste est devenu périlleux ? »
Certes, Socrate, tel qu'on nous l'a montré, mourant pour la vérité et la justice, lorsqu'il lui estfaciledesauversa vie, c'est un soldat fidèle à son poste et un exemple toujours bon à rappeler.
Un ancien élève de la maison, peu de jours avant la séance, avait adressé à ses anciens condisciples,et spécialement à ses collègues de l'Académie de Saint-Philippe-de-Néri, comme souvenir de bonne confraternité littéraire, des vers français, sous ce titre : La France et le roi de Prusse en 1870. On le voit, c'était d'une très-vive actualité, et comme la pièce ne manquait pas de vers heureux, la lecture en fut plus d'une fois interrompue par d'unanimes applaudissements. J'ai retenu une strophe (ce n'était pas la plus vigoureuse), où le poëte dit au roi Guillaume :
<( Fondé sur Tinjusiice, Ton vaste Empire, en peu de temps Croulera, comme un édifice Qu'on éleva sans fondements ; VA, vengeresse de la France, L'histoire, à tes exploits sanglants, Réserve, comme récompense.
L'immortalité des méchants. »
N'oublions pas un chœur de Guillaume-Tell, qui termina dignement la séance. C'étaient les Suisses des trois Cantons, prêtant le serment du Rutli, ce serment que tous les Français redisent aujourd'hui dans leurs âmes.
Aussi, M. le préfet a exprimé le sentiment de toute l'assemblée, quand, avec son exquise bienveillance, il a remercié le collège de sa bonne volonté et l'a félicité de son succès. L'assemblée ne s'est point non plus séparée du R. P. supérieur, quand, remerciant M. le préfet, il a rendu au collège le témoignage que l'amour de la patrie, qui est au fond de son esprit avec l'amour de la religion, est devenu plus ardent encore en toutes ces jeunes âmes depuis que la patrie est malheureuse. Leur accent nous l'avait bien prouvé.
Soirée littéraire et musicale du 8 août lS?ij présiiléc par ISg^r l'évêque.