‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 284 sur 285 · GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

ÉTVDBa aum la tib

Ua aUTBBS BT L'mrLUBNCX DBS PRINCIPAUB AUTBUBS DB HOTMB LITTBBATURB

Notre siècle a eu, dès son début, et léguera aïk siècle prochain un goût profond pour les recherches historiques. Il s y est livré avec une ardeur, une méthode et un succès que les âges antérieurs n*avaient pas connus. L'histoire du globe et de ses habitants a été refaile en entier; la pioche de l'archéologue a rendu à la lumière- les os des guerriers de M y cènes et le propre visage de Sésostris. Les ruines expliquées, les hiéroglyphes traduits ont permis de reconstituer l'existence des illustres morts, parfoisde pénétrer jusque dans leur âme.

Avec une passion plus intense encore, parce qu'elle était mêlée de tendresse, notre siècle s'est appliquéà (aire, revivre les grands écrivains de toutes les littératures, dépositaires du génie des nations, interprètes de la pensée des peuples. Il n'a pas manqué en France d'érudits pour s'occuper de cette tAche; on a publié les œuvres et débrouillé la biographie de ces hommes fameux que nous chérissons comme des ancêtres et qui ont contribué, plus même que les princes et les capitaines, à la formation de la France moderne, pour ne pas dire du monde moderne,.

Car c*est là une de nos gloires, l'œuvre de U France a été accomplie moins parles armes que par la pensée, et Taction de notre pays sur le monde a toujours été indépendante de ses triomphes militaires : on Ta vUe prépondérante aux heures les plus douloureuses de Thistoire nationale. C*est pourquoi les maîtres esprits de notre littérature intéressent non seulement leurs descendants directs, mais encore une nombreuse postérité européenne éparse au delà des frontières.

Beaucoup d'ouvrages, dont toutes ces raisons justifient du reste la publication, ont donc été consacrés aux grands écrivains français. Et cependant ces génit.'S puissants et charmants ont- ils dans le monde la place qui leur est due? Nullement, et pas même en France.

Nous sommes habitués maintenant à ce que toute chose soit aisée; on a claridé les grammaires et les sciences comme on a simplifié les voyages ; l'impossible d'hier «»st devenu l'usuel d'aujourd'hui. C'est pourquoi, souvent, les anciens traités de littérature nous rebutent et les éditions complètes ne nous attirent point : ils conviennent pour les heures d'étude qui sont rares en dehors des occupations obligatoires, mais non pour les heures de repos qui sont plus fréquentes. Aussi, les œuvres des grands hommes complètes et intactes, immoi>iles comme des portraits de famille, vénérées, mais rarement contemplées, restent dans leur bel alignement sur les hauts rayons des bibliothèques.

On les aime et on les néglige. Ces grands hommes

semblent trop lointains, trop différents, trop savants, trop inaccessibles. L*idée de l'édition en heaucou|> de volumes, des notes qui détourneront le regard,. Tappareil scientifique qui les entoure, peut-être le vague souvenir du collège, de Tétude classique, du devoir juvénile, oppriment Tesprit; et l'heure qui s'ouvrait vide s'est déjà enfuie; et l'on s'habitue ainsi à laisser à part nos vieux auteurs, majestés muettes, sans rechercher leur conversation familière.

L'objet de la présente collection est de ramener près du foyer ces grands hommes logés dans des temples qu'on ne visite pas assez, et de rétablir entre les descendants et les ancêtres l'union d'idéeset de propos qui, seule, peut assurer, ^nalgré le» changements que le temps impose, l'intègre conservation du génie national. On trouvera dans les volumes en cours de publication des renseignements précis sur la vie, l'œuvre et Tinfluence de chacun des écrivains qui ont marqué dans la littérature universelle ou qui représentent un côté original de l'esprit français. Les livres sont courts, le prix en est faible; ils sont ainsi à la portée de tous. Ils sont conformes, pour le format, le papier et l'impression, au spécimen que le lecteur a sous les yeux. Ils donnent, sur les points douteux, le dernier état de la science, et par là ils peuvent être utiles même aux spécialistes. Enfin une reproduction exacte d'un portrait authentique permet aux lecteurs de faire, en quelque manière, la connaissance physique de nos grands écrivains.

En somme, rappeler leur rôle, aujourd'hui -mieu:i

•connu grâce aux recherches de l*érudition, fortifier leur action sur le temps présent, resserrer les liens et ranimer la tendresse qui nous unissent à notre passé littéraire ; par la contemplation de ce passé, donner foi dans l'avenir et faire taire, s*il est possible, les dolentes voix des découragés : tel est notre objet principal. Nous croyons aussi que cette collection aura plusieurs autres avantages. Il est bon que chaque génération établisse le bilan des richesses qu*elle a trouvées , dans Théritage des ancêtres, elle apprend ainsi à en faire meilleur usage ; de plus, elle se résume, se dévoile, se fait connaître elle-même par ses jugements. Utile pour la reconstitution du passé, cette collection le sera donc peut-être encore pour la connaissance du présent.

J. J. JUSSEIIAND.

Page 1