‹ Études sur les réformateurs (volume 2)Chapitre 43 sur 56 · EXPLICATIONS ET PREUVES · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS ET PREUVES

Si l’on démontre que l'inégalité n’a d'autre cause que cette appropriation exclusive, on aura démontré le crime de ceux qui introduisirent la distinction du mien et du fien.

Dès l'instant où les terres furent partagées naquit le droit de propriété. Alors chacun fut le maître absolu de tout ce qu'il pouvait retirer des champs qui lui étaient échus et de l'industrie qu’il pouvait exercer.

Il est probable que les hommes voués aux arts de première nécessité furent exclus en même temps de toute possession territoriale qu’ils n’avaient pas le temps d'exploiter. Les uns restèrent ainsi les maîtres des choses nécessaires à l'existence, tandis que d’autres n’eurent droit qu'aux salaires qu’on voulait bien leur payer. Néanmoins, ce changement n’en amena pas un sensible dans les jouissances, tant que le nombre des salariés n’excéda pas celui des possesseurs de terres. Mais aussitôt que les accidents naturels, l’économie ou l'adresse des uns, la prodigalité ou l'incapacité des autres, ayant réuni les

propriétés territoriales en un petit nombre de familles, les salariés furent beaucoup plus nombreux, ceux-ci furent à la

merci des premiers qui, fiers de leur opulence, les réduisirent à une vie très-frugale.

De cette révolution datent les sinistres effets de l'inégalité, développés au premier article. Depuis, on a vu l’oisif vivre, par une révoltante injustice, des sueurs de l’homme laborieux, accablé sous le fardeau des fatigues et des privations ; on a vu le riche s'emparer de l’État et dicter en maître des lois tyranniques au pauvre violenté par le besoin, avili par l’ignorance et trompé par la religion.

Les malheurs de l'esclavage découlent de l'inégalité, et celle-ci de la propriété. La propriété est donc le plus grand fléau de la société; c’est un véritable délit public.

On nous dira que la propriété est un droit antérieur à la société, qui a été instituée pour la défendre. Mais comment avait-on pu avoir l’idée d’un semblable droit avant que ces . conventions eussent assuré au propriétaire les fruits de son travail? Comment la société a-t-elle pu devoir son origine à l'institution la plus subversive de tout sentiment social?

Que l’on ne dise pas enfin qu’il est juste que l’homme labo-

rieux et économe soit récompensé par l’opulence, et que Voisif soit puni par la misère. Sans doute, il est équitable que l’homme actif ou acquittant sa dette, reçoive de la patrie ce qu’elle peut donner sans se détruire; il est équitable qu’il en soit récompensé par la reconnaissance publique, mais il ne saurait acquérir par là le droit d’empoisonner son pays, pas plus qu’un soldat n’acquiert par sa valeur le droit de l’asservir.

Quoiqu'il y ait des mauvais sujets qui doivent imputer à leurs propres vices la misère où ils sont réduits, il s’en faut de beaucoup que tous les malheureux puissent être rangés dans cette classe. Une foule de laboureurs et de manufacturiers que l’on ne plaint point, vivent au pain et à l’eau, afin qu'un infâme libertin jouisse en paix de l'héritage de son père inhumain, et qu’un fabricant millionnaire envoie à bas prix des étoffes et des joujoux dans les pays qui fournissent à ces

sybarites fainéants les parfums d’Arabie el les oiseaux du Phase. Les mauvais sujets eux-mêmes le seraient-ils sans les vices et les folies dans lesquels ils sont entrainés par les inslitutions sociales, qui punissent en eux les effets des passions dont elles provoquent les développements?

ArT. 7. Dans une véritable société, il ne doit y avoir ni pauvres, ni riches.

ART. 8. Les riches qui ne veulent pas renoncer au superflu en faveur des indigents sont les ennemis du peuple.

ART. 9. Nul ne peut, par l'accumulation de tous les moyens, priver un autre de l'instruction nécessaire pour son bonheur : l'instruction doit être commune,

PREUVES

I. Cette accumulation enlève aux hommes de peine jusqu’à la possibilité d'acquérir les connaissances nécessaires à tout bon citoyen.

II. Quoiqu'il ne faille pas au peuple une vaste instruction, il lui en faut une pour qu’il ne soit pas la proie des rusés et des prétendus savants. Il lui importe de bien connaître ses droits et ses devoirs. |

ART. 10. Le but de la révolution est de détruire l'inégalité et de rétablir le bonheur commun.

PREUVES

Quel est l’honnête homme qui voudrait livrer ses concitoyens aux convulsions et aux maux d’une révolution politique ayant pour but de le rendre plus malheureux ou de le mettre dans un état d’où leur ruine totale doive nécessairement dériver? Saisir adroitement le moment de la réforme n’est pas la moindre tâche d’un habile et vertueux politique.

Arr. 11. La révolution n’est pas finie, parce que les

riches absorbent tout bien, tandis que les pauvres

travaillent en véritables esclaves, gémissent dans la misère et ne sont rien dans l’État,

No II.

Voici maintenant les pièces qui ont trait aux mesures insurrectionnelles.

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