‹ Études sur les réformateurs, ou socialistes modernesChapitre 37 sur 59 · De l'Humanité, p · texte numérisé non relu

De l'Humanité, p

verte physique et médicale, était sur la voie du problème. Seulement il rêvait une perpétuité impossible, au lieu d'entrevoir une série de métamorphoses. L'homme, selon l'inventeur de ce nouveau pythagorisme, fait partie intégrante de l'humanité et ne saurait s'en distraire. L'homme n'est pas seulement une force, une virtualité ; mais cette virtualité, cette force, ont, en tant que telles, une nature déterminée. La mort iranche une manifestation de la vie, mais non l'essence même de la vie. L'homme ne peut être ni anéanti, ni s'en aller ailleurs ; car chaque homme est humanité, et son perfectionnement est indivisiblement uni au perfectionnement de l'humanité. C'est là ce que Giordano Bruno voulait exprimer par cette phrase : « Quand je vois un homme , ce n'est pas un » homme que je vois, c'est la substance. »

Mais si l'homme est l'humanité, qu'est-ce que l'humanité? L'homme, répond très -naturellement notre auteur : « L'homme-humanité , c'est-à-dire » l'homme ou chaque homme, dans son développe- » ment infini, dans sa virtualité qui le rend capable » d'embrasser la vie entière de l'humanité et de réa- » liser en lui cette vie. » Est-ce clair? et faut-il pousser plus loin le luxe des définitions?

« L'humanité donc est un être idéal, composé d'une » multitude d'êtres réels qui sont eux-mêmes l'humanité » en germe, V humanité à l'état virtuel.

» Et réciproquement, l'homme est un être réel dans o lequel vit, à l'état virtuel, l'être idéal appelé humanité. » L'homme est l'humanité dans une manifestation » particulière et actuelle.

» II y a pénétration de l'être particulier homme et » de l'être général humanité. Et la vie résulte de cette » pénétration l. »

L'homme étant l'humanité et vice versd,]e problème de la vie future se réduit à ces termes, que la vie future est en germe dans la vie présente, et qu'elle en sera le développement et la continuation. Nous-mêmes, aujourd'hui, que sommes-nous? Les fils et la postérité de ceux qui ont vécu? Mieux que cela : nous sommes au fond et réellement , dit notre auteur, les générations antérieures elles-mêmes. Toute solution de continuité dans la vie lui paraît étrange. Un enfant va naître : pourquoi refuserait-on au Créateur le pouvoir de faire renaître dans cet enfant un homme ayant déjà vécu antérieurement ? On opppose, à cette continuation de l'être individuel dans l'être collectif humanité, l'absence de mémoire. À cela, l'auteur répond que le soupçon d'une faculté de réminiscence a souvent circulé parmi les écoles philosophiques. Platon incline dans ce sens, Descartes parle des idées innées, et Leibnitz l'appuie. 11 n'y a pas mémoire formelle, mais il y a vague ressouvenir. Lïdentité ne persiste pas, cela est vrai ; mais dans le cours de la vie, l'identité ne se modifie-t-elle pas également ? D'ailleurs, à quelque âge que l'on prenne l'homme, enfant ou vieillard, on trouve chez lui, au même degré, le sentiment de son être, de son moi. Cependant le vieillard a vécu et l'enfant commence à peine à vivre. D'où vient que les virtualités sont les mêmes chez l'un et chez l'autre?

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