‹ Études sur les tragiques grecs: EschyleChapitre 111 sur 170 · Misiriss Monlague, lassai sur le ycnie de Slialispcare · texte numérisé non relu

Misiriss Monlague, lassai sur le ycnie de Slialispcare

LES r-ERSES. 237

une seule, souvent répétée, entre autres, par un savant éditeur d'Eschyle *. Comment Darius, à qui l'avenir est si bien connu, peut-il ignorer le passé ^? Il ne l'ignore pas le moins du monde, et ses questions n'ont d'autre but que do reconnaître s'il s'agit du désastre que lui ont autrefois prédit les dieux. Gela est si vrai, qu'il ajoute aux détails qu'on lui donne, et que, par exemple, il fait connaître comment les Perses, en détruisant par toute la Grèce les images et les temples des dieux, se sont attiré leur colère. Son attention une fois appelée sur l'événement, il voit, comme il appartient à un esprit prophétique, et ce qui s'en est accompli, et ce qui s'en accomplit encore : tout lui en est présent à la fois, et les causes et les conséquences.

Cependant Atossa rentre dans le palais; sa tendre prévoyance, éveillée par la sollicitude paternelle de Darius, y va tout préparer pour le retour d'un fils. Le chœur, resté seul, rappelle, avec la complaisance ordinaire à la vieillesse, oubliant, ce que n'ont oublié ni la reine ni son époux ' , ce dont lui-même s'est souvenu il n'y a pas longtemps *, la défaite de Marathon, quelle fut la splendeur du règne de Darius, splendeur si promptement, si honteusement ternie par les fautes de son successeur. La longue énumération géographique où, selon le génie d'Eschyle ^, sont passées en revue, parmi les conquêtes de Darius, celles-là précisément qui ont mis tant de pays, habités par les Grecs, sous son joug % semble, de la part du poète, le vœu, l'annonce menaçante de leur affranchissement, qu'a préparé la défaite de Xerxès.

Enfin arrive ce malheureux roi, seul, les vêtements en désordre, l'air triste et abattu: il revient dépoi.iUé par la destinée de sa grandeur et même de son orgueil. Succombant sous le poids du malheur, de la honte, il n'oppose que des larmes aux reproches des vieillards, dont le res-

1. Blomfield. L'objection a été reproduite dans la dissertation précédemment citée, Du merveilleux dans la tragédie grecque, p. 135.

2. V. 719 sqq. Cf. v. 805 sqq. — 3. V. 478, 784 sqq. — 4. V. 248. — 5. Schol. ad Frometh., v. 732 sqq. — 6. V. 868-891.

pecl ne peut enchaîner la voix et calmer le désespoir; il leur montre, en gémissant, tout ce qui lui reste de tant d'apprêts, d'une si grande armée, d'une telle puissance, le carquois où étaient ses flèches! C'est le dernier trait de cette admirable peinture.

Ainsi, humiliant, à son tour, dans ses vers, la puissance de Xerxès, Juvénal le montra, lui, ce superbe et impie dominateur de la mer, réduit à un seul esquif, qui s'échappe avec peine, à travers les cadavres flottants, sur les eaux ensanglantées :

Sed qualis rediit? Nempe una nave, cruentis Fiuctibus, ac tarda per densa cadavera prora *.

Déjà Lucrèce s'était plu à ramener le colossal despote aux proportions communes par l'universelle nécessité de la mort. Celui qui fit de la mer aux profonds abîmes un chemin pour son innombrable infanterie, qui sous les pas de ses escadrons foula dédaigneusement les vagues murmurantes, il l'avait représenté, au moment suprême, fermant, comme les autres, ses yeux à la lumière, et d'une bouche mourante exhalant son dernier souffle.

Ille quoque ipse viam qui quondam per mare magnum Stravit, iterque dédit legionibus ire per altum, Ac pedibus salsas docuit superare lacunas, Et contemsit equis insultans murmura ponti, Lumine ademto, animam moribundo corpore fadit*.

On admire, à juste titre, la fécondité d'invention qui a fait trpuver à Corneille toute une tragédie dans quelques lignes, de récit, où Tite Live avait raconté le combat des Horaccb et des Guriaces. Eschyle n'est pas moins admirable quand, d'un sujet aussi simple que celui de ses Perses^ il tire des effets si variés. Cette tragédie n ofl're que l'expression d'un seul et même sentiment, mais auquel le poëte prête divers langages. La douleur du courrier est toute patriotique, il ne songe qu'à la Perse ; la douleur de la reine

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