CHAPITRE CINQUIÈME
Ag^amemnon.
Je ne craindrai pas de montrer d'abord à quel point Eschyle diffère de tous les poètes dramatiques qui l'ont suivi, en rapprochant de son Agamemnon, à défaut de la Clytemnestre de Sophocle et de VAgamemnon d'Ion, dont nous ne connaissons que les titres % à défaut des imitations qu'en avaient faites, pour la scène latine, soit en les reproduisant à part, soit en les mêlant, Livius Andronicus et Attius, peut-être aussi Ennius^, les ouvrages composés depuis sur le même sujet, à des époques fort diverses, par le Romain Sénèque, l'Anglais Thompson % l'Italien Alfieri*, et enfin par notre compatriote et notre contemporain Lemercier^ Ces quatre pièces, dont la
1. Les trois cents vers trouvés par Matlhaei dans la bibliothèque d'Augsbourg, et publiés par lui, en 1805, comme un fragment de la Clytemnestre de Sophocle, ont été bientôt reconnus, par Struve particulièrement, qui les a réimprimés en 1807, pour ce qu'ils étaient, un exercice scoîastique du moyen âge. Voyez, dans les Opuscules de God. Hermann , t. 1*', p. 60, l'ironique examen qu'il a fait, vers cette époque, de quelques-uns d'entre eux; voyez aussi dans la Préface de l'édition de Sophocle donnée en 1825 par Boisi^onade, son spirituel jugement sur ce qu'il appe'le • opellae monstrum, » et qu'il renvoie aux éditions de Sénèque, visiblement imité par l'auteur : « quum Sophocles iste personatus simia sit Senecae. »
2. Il reste d'un Égisthe de Livius Andronicus, d'un Égisthe, d'une Clytemnestre d'Attius, des vers qui peuvent être rapprochés de certains passages de VAgamemnon d'Eschyle, mais d'autres aussi qui se rapportent assez évidemment à des modèles différents. Ouant à Ennius, auteur d'une tragédie des Euménides, comment croire qu'il se soit borné à reproduire la pièce finale de YOrestie, capricieusement détachée des deux autres dont elle est inséparable? J'aime mieux croire, bien que le recueil de ses fragments tragiques n'en offre aucune trace, qu'il avait fait aussi son Agamemnon, ses Choéphores.