Memorahil.j lil
deux d'entre eux, à Parrhasius et au statuaire G'iton, Il était naturel qu'ils cherchassent des sujets d'exercice, des occasions de lutte, dans les personnages, les situations dé'jh rendus par les poêles tragiques, et po^mlarisos par les succès du théâtre. De là cette statue a'Aristonidas, qui, en mémoire de VAlhamas d'Eschyle, ou d'un des deux Athamas de Sophocle', peut-être aussi de l'ouvrage d'Euripide , auquel l'épouse d'Athamas , la plaintive //îo^, avait donné son nom, voulant représenter, chez le terrible roi d'Orchomène, le repentir qui succède à la fureur, après qu'il a précipité son fils Léarque , s'avisa d'un moyen qui semble assez étranger au caractère, aux procédés de son art, et mêla ensemble l'airain et le fer, afin que la rouille de l'un, sortant à travers le luisant de l'autre, exprimât la rougeur de la honte ^ De là tant d'autres reproductions en airain, en marbre, par le pinceau surtout, des scènes les plus connues du théâtre tragique fon en trouvera la mention fréquente chez Pausania?, Pline et autres; il serait long et fatigant d'entrer ici dans ce détail), jusqu'à l'époque où Jules César acheta si chèrement, pour en orner le temple de Vénus Grénitrix % deux morceaux fameux d'un grand artiste du temps, de Timomaque de Byzance, son Ajax, sa Médée. Timomaque avait encore fait un Oresle, une Iphigénie en Tauride^ qui n'étaient pas d'un moindre prix^. Les épigrammes de l'Anthologie grecque, piquantes archives, bien souvent, du génie dramatique des sculpteurs et des peintres de l'antiquité, font ressortir, dans ces ouvrages d'un émule de Sophocle et plus encore d'Euripide, l'exquise vérité de l'expression, et d'une expression qui ne s'attaque pas seulement à une passion, mais, avec une hardiesse nouvelle, entreprend de rendre le combat de deux passions contraires^. Parmi ces innombrables statues
1. Voyez Attius, Atham. ,Fc3igm. — 2. Kor., ad Pison., 123.— 3. Plin., Hist. nat., XXXIV, 40. — 4. Plin., Hist. nat., VII, 39; XXXV, 9, 40. — 5. ld.,ibid., XXXV, ^0. Cf. Plutarch., de Aud.jjoet. — 6. Anthol.y IV, 6, 8,9. Cf. Auson., Epigr. cxxix. cxxx. Voyez plus loin, liv. III, ch. i;liv. IV, ch. IV.
dont la victoire avait depuis longtemps rempli les temples, les basiliques, les portiques et les places de Rome, dont les rapines des proconsuls ou le luxe éclairé de quelques amateurs avaient formé dans cette ville de riches galeries, il s'en trouva sans doute bon nombre qui interprétaient aux Romains, mieux encore que les traductions, les imitations de leurs poètes, les chefs-d'œuvre delà tragédie grecque. Nous connaissons par Properce* et par Ovide ^, par les scoliastes d'Horace et de Perse^, la magnifique décoration de la place où, en l'an de Rome 726, Auguste avait consacré le temple d'Apollon Palatin. Des portiques l'entouraient, -foi'més de colonnes en DQarbre de Numidie. Devant les colonnes étaient les statues équestres des cinquante fils d'Égyptus; dans leurs intervalles les statues pédestres des cinquante filles de Danaus, et, auprès d'elles, leur barbare père, l'épée à la main, les nombreux personnages de cette trilogie d'Eschyle que nous représente aujourd'hui sa tragédie des Suppliantes'*. Pline, qui parle assez fréquemment de la collection rassemblée p^r Asinius Pollion, nous dit qu'on y voyait, parmi d'autres morceaux précieux, un groupe immense d'un seul bloc, apporté de Rhodes. Apollonius et Tauriscus, qui en étaient les auteurs, y avaient reproduit le dénoûraent de YAntiope d'Euripide, Zélhus et Amphion attachant l'ennemie, la persécutrice de leur mère, Dircé, à un taureau furieux ^ C'est ce même monument qui, trouvé sous Paul III, dans les thermes d'Antonin, a passé du palais des Farnèses ses restaurateurs, desquels il a pris son nom de Taureau Farncse, dans le musée de Naples. A d'autres artistes de Rhodes, Agésandre, Polydore, Athécodore, était dû aussi ce groupe de Laocoon et de ses enfants, ornement du paL-iis de Titus, dans les ruines duquel on Ta retrouvé, au temps de Jules II, avec de tels transports d'enthousiasme, et que les vicissitudes de la guerre ont fait voyager, pour sa
1. laeg., II, XXIII, 1-4. — 2. Amor., II, ii, 4-5; Trnt., III, i, 00-02. — 3. Sat., II, 50. — 4. Voyez livre II, ch. i. — o. llht. nat., XXXVI, 4.
DE LA THAC.KDIi: GRECQUE. 151
plus grande gloire, du Vatican au Louvre, et du Louvre au Vatican. Ce groupe n'est peut-être pas, comme le disait Pline', de toutes les ])rodiictions de la peinture et do la sculpture la plus excellente, mais c'est assurément la p'us expressive, la plus tragique, et peut-être remonte-t-il, par l'imitation, de modèle en modèle, à travers la description de Virgile, si toutefois, ce dont on doute', elle lui est antérieure, à travers celles de la poésie alexandrine, dont avait pu profiter l'auteur de l'Enéide^, jusqu'au Laocoon de Sophocle. Parmi des tableaux de grands maîtres que regarde, sous un portique de Naplts, le hércs de Pétrone \ il en est un que lui ex.Jique en vers son compagnon de promenade, poëte communicatif, €t qui retrace avec d'av.tres scènes de la prise de Troie, le sujet si pathétiquement rendu par les sculpteurs rhodiens. Les tableaux dont Lucien a orné cette splendide maison si curieusement décrite dans une des compositions sophistiques de sa jeunesse, offrent, selon son expression % des drames en peinture, que Sophocle et plus encore Euripide ont dessinés d'avance : un Oreste tuant Égisthe près du cadavre de Clytemneslre déjà immolée, et, par ce dernier acte de justice, seul offert aux spectateurs, effaçant en partie l'idée de son parricide^; une Andromède, regardant avec effroi et non sans mélange de pudeur virginale, Persée qui combat pour sa délivrance et va la conquérir"^; une Médée, comme celle de Timomaque, le poignard levé sur ses enfants qui lui sourient ^ Il y a beaucoup de tableaux de ce genre, parmi ceux que se sont également complu à décrire les deux Philostrates % qui citent quelquefois à ce propos Sophocle et Euripide, et, sans remonter si haut, auraient pu trouver des autorités dans leur famille; ils avaient pour père et pour grand-oncle un sophiste du même nom, que ses quarante-trois tragédies, sans parler de ses trois livres
1. Hist. nat., XXXVI, 4. — 2. Voyez Lessing, Laocoon.— 3. Vovez Heyne, Excurs. v, vi ad Mn., II. — 4. Satir., lxxxix. — 5. De (Eco xxiu. — 6. Voyez plus loin, liv. III, ch. vu. — 7. Voyez plus haut', p. 135. — 8. Voyez plus loin, liv. IV, ch. iv. — 9. Imagines,
sur la tragédie*, nous commandent d'ajouter, par forme de supplément, à notre liste de poëtes tragiques. Gallistrate, sophiste d'époque inconnue, dont on joint ordinairement les statues^ aux tableaux des Philoslrates, se souvient aussi d'Euripide, à l'occasion d'une figure où nous retrouvons encore la Médée de ce poëte, avec ce conflit tumultueux de passions contraires, proposé par lui comme un problème à l'émulation des arts. Il est bien vrai qu'on peut justement soupçonner et statues et tableaux d'être des ouvrages imaginaires, dans la description desquels s'est jouée, faute de sujets plus sérieux, la fantaisie de ces écrivains. Mais, dans leurs inventions, ils se sont certainement conformés aux habitudes de composition des artistes leurs contemporains. Nous le savons par tout ce que nous a rendu, et nous rend encore, de la peinture,, de la sculpture antiques, à l'époque romaine, le sol de l'Italie ; et, sans en recueillir les preuves, ce qui serait infini, dans les galeries qui se sont formées par toute l'Europe de ces précieux débris, dans les recueils qui les ont reproduits par le dessin et expliqués par la science archéologique, nous en trouvons de suffisantes dans le livret seul de notre Muse'e. La nous rencontrons encore So|jhocle et Euripide dans des basreliefs qui nous offrent tantôt une scène détachée, comme par exemple celle d'Oreste vengeant son père, à*Anliope réconciliant ses fîls^; tantôt se déroulant sur les faces d'un sarcophage, des drames entiers, distribués comme par actes, selon la division romaine, toute la fable de Mèléagre, d'Hippolyte, de VIphigcnie en Tauride^ de VéterneWe Médée'', Des représentations de ce genre ne sont pas rares dans ce qui s'est conservé et se retrouve chaque jour des produits si nombreux de la toreutique, do la plastique, de la céramique chez les anciens. Or, au