‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 130 sur 893 · Sermon sur la Providence · texte numérisé non relu

Sermon sur la Providence

ESCHYLE

aussitôt que celui qui sait le secret vous les fait rcgiràer

par un certain endroit, aussitôt toutes les lignes inégales venant à se ramasser d'une certaine façon dans votre vue, toute la confusion se démêle, et vous voyez parai: re un visage, avec ses linéaments et ses proportions, où il n'y avait auparavant aucune apparence de forme humaine. » Il en arrive à peu près de même quand on

regarde les tragédies d'Eschyle par un certain côté, qui

semble être le véritable. Alors disparaît cette incohérence, cette confusion que la plupart des critiques ont

cru y apercevoir, parce qu'ils n'avaient point saisi le secret

de leur point de vue; alors se développe une ordonnance forte et simple, un grand art de composition. J'insiste particulièrement sur ce mérite, celui qu'on a le plus contesté à notre poète et à l'ouvrage qui nous occupe. Cette pièce est partout empreinte du caractère de l'unité; une idée unique, l'idée du destin, y est sans cesse reproduite

BOUS des formes toujours nouvelles, toujours plus vives

et plus frappantes; un contraste fortement marqué y

oppose continuellement au souvenir des crimes de la race

d'Atrée Tattente de la vengeance et du châtiment, au triomphe d'Agamemnon la mort qui va l'atteindre; une catastrophe subite et imprévue, quoique vaguement annoncée et confusément pressentie, y succède tout à coup à la lente exposition qui remplit le drame tout entier et c'est dans ce brusque passage que le poêle a cherché principalement Teflet de son œuvre : voilà son dessein

expliqué; il ne reste plus qu'à voir comment il Ta exécuté

dans le petit nombre de scènes dont se compose cette

tragédie.

Je me sers à dessein du mot de scènes, et je ne crois

pas inutile de rappeler que l'usage où Ion est d'appliquer à ces antiques productions, si courtes et si simples, la division presque moderne de nos actes, n'a pas peu contribué à y faire ressortir d'une manière choquante le vide deTaction, la disproportion de certains détails, et surtout, en rompant par des interruptions arbitraires la continuité de la composition, à en rendre à peu près mécon-

AGAMEMNON

naissables le dessin et Turdonnance. Que deviendrait la

Tracstiguration de Raphaël, si, par une division k peu près semblable, on séparait en deux parties distinctes,

en deux tableaux, les deux scènes qui la composent, et que réunit, dans la pensée du peintre et dans l'imagination des spectateurs, le lien d'une sublime unité?

C'est de nuit que commence, à peu près comme la tra-

o&àk des Perses, avec laquelle j^aurai, et quant à Tordon-

nance, presque identique dans les deux pièces, et quant

aux détails, bien d'autres occasions de la comparer, la

tragédie d'Agamemnon^. La scène représente, ainsi que

je Tai déjà annoncé, la place publique d'Argos et le palais de ses rois. Stir le faîte de cette demeure est un esclave chargé d'attendre le signal de la priée de Troie, et qui, depuis dix ans, s'acquitte vainement de ce pénible soin^ Par ordre d'Agamemnon, une suite de fanaux, subitement allumés, devait transporter d'Asie en Europe la nouvelle de la victoire des Grecs, et Clytemnes-

tre a pris ses mesures pour en être à l'instant même

informée. Est-ce ennui de l'absence d'un époux, impa-

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