‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 134 sur 893 · V. 477. 575 sq · texte numérisé non relu

V. 477. 575 sq

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que, réfute l'expiation, d f e t nfeuse de l^lX",?. V'""*'-

tervalle indéteri^né k noIivHl» hL^ ' ?' ^^P»"-»'' »insi, par un inl

AGAMEMNON

l'absoudront de son audace. Un critique étranger * a pu dire, avec vérité, que le poète « use ici de sa puissance

surnaturelle, en faisant voler, vers son but terrible, les

heures trop lentes dans leur cours. »

Le héraut, à son entrée sur la scène, salue cette terre

de la patrie, qu'il n'espérait plus revoir. Ses premières

paroles sont données, avec cette vérité exquise que les

Grecs savaient si bien saisir, à la joie toute personnelle

de son propre retour. Il annonce ensuite le succès qui vient de couronner la difficile et pénible entreprise des

Grecs*. Mais, malgré la magnificence et Temphase de ses paroles, le souvenir aou^oureux du passé se mêle, en dépit de lui, à cet enthousiasme, pour ainsi dire officiel, auquel l'oblige le devoir de sa charge. Un dialogue tendre

et touchant s'engage entre lui et le chœur •; ils se rappellent avec une émotion toujours croissante les fatigues et les dangers de cette navigation lointaine, de ce long siège, les inquiétudes et les ennuis de Tattente où ils ont mutuellement consumé tant d'années. La reine met fin

à ces confidences pathétiques, en renvoyant le héraut vers

Agamemnon pour presser son retour. Elle s'exprime d'une manière remarquable. A travers les protestations fastueuses

de sa fidélité et de son amour, on s aperçoit que l'unique soin qui la préoccupe est d'attirer sa victime dans le piège

fatal qu'elle lui a préparé.

Resté seul avec le chœur, le héraut se trouve amené, par les questions qu'on lui adresse, à une bien triste révélation. Il se plaint qu'on le force à profaner un jour heureux par de funestes récits ; mais enfin il ne peut ca-

• i \ii/ , Schlecel.

2! Quelques vers conservés de VÉgisthc de Livius Andronicus (voyez plus haut, page 306) semblent avoir fait partie d'une scène analogue à celle-ci; ce passage particulièrement, sur l'incendie de Troie et le partage de ses dépouilles :

Nam ut Pergama Acccnsa et praeda per participes aequiter Pailitaest....

3. Et non pas la reine, comme le supposent sans vraisemblance un c.riain nombre d'éditions.

KSCIIYLE.

cher, ce qu'on n'ignorerait pas longtemps, les maliieurs qui ont assailli les Grecs à leur retour, leurs naufrages raultiphes, la dispersion de leur flotte, la disparition de iUenelas, dont on n'a point de nouvelles". Le chœur

éclate en plaintes douloureuses; il maudit dans des chants

admirables par le mélange de force et de grâce que nous avons déjà loué plus d'une fois, cette Hélène dont

la tatale beaiUé a perdu ' son époux, son ravisseur, les Grecs et les Troyens. N'est-on pas frappé du rapport

de ces scènes avec celles que remplissent d'une tristesse,

dune désolation toujours croissantes, dans la tragédie

des Perses, les récits du messager? N'admire-t-on pas

ne quelle manière étrange le poète célèbre la victoire de son héros, de quelle pompe lugubre et funèbre il entoure son triomphe?

Enfin paraît le triomphateur, qui semble poussé, par la main du Destin, vers le terme fatal de ses prospérités. n se montre à nos yeux environné d'un LrilJant cortéi^e

monte sur un char magnifique, et suivi d^un autre char

que chargent les dépouilles de Troie, et sur lequel est

assise la fille de Priam, la prophétesse Gassandre, le plus

beau prix de sa victoire». Le chœur lui adresse, avec tirk de ie'L^'s^^^^^^^^^^ r' '' ?^""'' ^"^^'^ conséquence on avait

Thîh if; â}^<^^' ^?^^' J'rometh.,8ô ,874 sqq ; Suppl., 46; Sept ad 7/166,564,645) sur les noms d'Apollon, de Promélhee d'EDanhns ^a Polynice y attachant un sens fatal, d'accord av^c le res oTordii^

ïeRhéus ibSsaa 'JP Phéniciennes, 6'^ii, 1495; les Troyennelm:

vove; fai..ntS^io « Phénictennes, auxquels nous venons de rende^etVESh!lP TM P/oc^^"?.n-seulement à Euripide, mais à Sof-honnnd nnmon^i?.! "''!'^d^aP"d Eunpidem, frigidum sane esse videtur quodnoraen Polynicis, ut argumentum morum, frater incessit • * Hph; ^^f ''"' °'?'*"^' ^" ''^'^ excellents (Epist, II i 187 ia ) des pièces à spectacle qui de sor^ temps charmaient le ne urlP TIpc Chevaliers eux-mêmes, à cet égard devLus p™"Tite [iv^son ion!

simplicité, avec gravité, ses félicitations, et semble l'avertir de se défier de démonstrations plus vives et plus trompeuses. Et, en effet, Clytemnestre ne tarde pas à faire parade d'une tendresse et d'une joie bien loin de

son cœur, dont Pexpression exagérée choque son époux

lui-même *, que démentent enfin, par un éclat terrible,

les paroles, semblables à un arrêt de mort, qui termment

son discours :

« Qu'il entre, avec les honneurs qui lui sont dus, dans ce palais, où l'on ne comptait plus le revoir. Pour le reste, mes soins ne s'endormiront point, et secondés, par les dieux, accompliront ce qui est juste et ce qu'a voulu le Destin ; »

et plus loin, cette sinistre invocation aux dieux, de nouveau associés à son forfait :

« Jupiter, puissant Jupiter, fais que mes vœux ne soient pas vains ; charge-toi de conduire à sa fin ce que tu as résolu *. »

Le langage d'Agamemnon, lorsqu'il retrace la vengeance qu'il a tirée des Troyens, lorsqu'il remercie les

dieux de sa patrie de la victoire qu'il leur doit, est plein

d'une énergique hardiesse, d'une élévation sublime : il

temporain, a traité quelque part {nist., VIT, 2) d'insensées les magnifi cences qu'étalait alors la mise en scène. Il en était déji ainsi lorsqu(

d appareil ils avaient, msaii-u, peruu vuui agicmcu^, ■ »pe«t«.v --.... spectatio tollebat omnem hilaritatem. . Quel plaisir, en effet, peuvent

donner six cents mulets défilant dans Clytemnestre?^ « Quid enim deleclalionis habent sexcenti muli in C/j/^emnestra?» Si l on suppose que

cette Clytemnestre, ouvrage d'Attius, probablement (voyez plus haut,

D 306) était une imitation de VAgamemnon d'Eschyle,on pourra voir, par une seconde supposition, dans la scène à lacjueile est parvenue notre analyse, l'occasion de cet interminable cortège de mulets, chargés apparemment du butin de Troie, qui avait si peu diverti Clcéron. La Clytemnestre d'Attius n'avait oas besoin d'un tel accessoire; elle altachait assez d'elle-même; le rôle principal, n<ms dit ailleurs Cicéron, était recherché des acteurs qui excellaient par le çeste. «scenici....siDi accommodatissimas fabulas eligunt. Qui voce freti sunt, Epigono-s Medumque; qui geslu, Mcnalippam, Clyt mnestram....» [ue off., l, ài.) 1. V. 891 sq. -- 2. V. 88ô sqq.— 3. V. 948 sq.

ESCHYLE.— 5t

^aiMp^^Rite

é22 ESCHYLE.

montre toutefois, au milieu de sa gloire, une modération qui lui concilie notre pitié, et jette un intérêt touchant

sur révénement funeste qui le menace et que l'on prévoit. Il refuse les honneurs, dignes d*un roi barbare, que

s'obstine à lui rendre, avec un hypocrite empressement,

une femme perfide ; il craint de fouler cette pourpre qu'elle fait étendre sous ses pieds, et qui parerait, dit-il, plus dignement les temples; comme s'il était lui-même effrayé de sa gloire, comme s^il voulait en dérober Péclat

à l'œil jaloux * des dieux, il se glisse furtivement et à la

hâte dans ce palais, d'où il ne doit plus sortir, et sur

lequel nous voyons planer l'image menaçante du Destin

irrité.

A peine est-il entré, que les pressentiments funestes

qui, depuis le commencement de ce drame, troublent les

vieillards d'Argos, se représentent avec plus de force et d'importunité à leur esprit. Ils tremblent pour ce roi qui

leur est rendu après une si longue absence et de si

grands dangers, et ils ne peuvent s'expliquer cette frayeur étrange.

u Mes yeux m'apprennent son retour, j'en suis témoin, et cependant il me semble qu'au dedans de moi mon cœur entonne de lui-même le lugubre chant d'Érinnys *. »

Bientôt s'ouvre une scène d'une merveilleuse beauté, la plus tragique inspiration qu'ait jamais rencontrée le génie d'Eschyle. Le Destin, dont l'idée a jusqu'ici été

rappelée sans relâche à notre esprit par des pressentiments, des présages, des oracles, par les souvenirs confus du passé, par les révélations mystérieuses de Tavenir,

nous est en quelque sorte montré sous une forme sensible dans le personnage de Gassandre, son confident et

son interprète. C'est, on s'en souvient, par un artiiice tout semblable, que, dans la tragédie des Perses, la fata-

lllé eîle-même avait été amenée, pour ainsi dire, devant

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