‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 82 sur 893 · Les Danaides. Voyez Suida?, Hésychius · texte numérisé non relu

Les Danaides. Voyez Suida?, Hésychius

3. Je dois dire que des critiques de grande autorité ont pensé bien diHeremmpnt. Quelques-uns, remarquant le noble rôle que jouent dans les Suppliantes le roi et le peuple d'Argos, ont clierché à quelle époque cette manière honorable de les présenter sur la scène avait pu convenir à la politique d'Athène«^. J. de MuUer, entre autres, dont le commentaire de Batler fait connaître l'opinion, a cru trouver rindication de cette époque dans le passage (I, 102) où Thucvdide nous apprend que, onze ans environ après bs guerres médiqiies, les Athénien»;, mécontents de Lacédémor,e, conclurent un traité d'alliance avec Ar^^o^ son ennemie. Bœckh {Grœc. trag. princip., v, vi) a encore rapproché cette date, mais par d'autres cens dérations. Ayant établi assez

subtilement, que le cliœur des Suppliantes, qui, selon la fable/aurait

dû être composé de cinquante personnes, ne l'avait été que de quinze r- ^"^ ^ ponclu que la pièce était postérieure à la représentation des Eumemdes, qui fut l'occasion de la réduction du chœur: quelle avait été par conséquent, composée par le poète après <a retraite en Sicile. Allant plus loin, et s autorisant des locuMons sinon siciliennes, comme lia paru à quelques-uns, du moins dorienncs, dont l'ouvrage abonde plus qu aucun autre d'Eschyle, il est arrivé à supposer que ceî ouvrage si péloponésien par le sujet et p^r le style, avait été fait pour la ville (JJitna, tondee assez récemment par Hicron , et dont ce prince

avait grossi la population factice, empruntée à divers lieux, comme le

LES SUPPLIANTES

Les Suppliantes d'Eschyle ne sont autres que ces fameuses Danaïdes, dont les aventures fabuleuses, souvent chantées par la poésie, ont été plus d'une fois et de bien des manière^ en tragédie, en comédie*, exposées sur la scène. Ce n'est pas toutefois là catastrophe terrible par laquelle les terminait la tradition qui fait le sujet de l'ouvrage, c/est seulement une des circonstances qui, selon ce poëte, ou ceux qu'il a suivis, l'avaient amenée.

Les filles de Danaûs ont fui les rivages du Nil pour échapper à l'hymen de leurs cousins, les fils d'Égyptus ;

soit, comme la plupart des interprètes l'ont pensé, qu*un tel hymen , contracté si près d'elles, dans 1-iur famille, leur ait paru illicite et criminel, scrupule qui peut sembler

étrange chez des filles de TÉgypte, où la sœur pouvait épouser le frère*, soit seulement, c'est le sentiment du scoUaste, et la conséquence qu'on peut tirer de quelques passages de la pièce ', qu'elles aient pris en horreur des époux imposés par la violence et dans un desquels leur père doit, aux termes d'un oracle, trouver un assassin*.

Quoi qu'il faille penser de leurs motifs, trop p';u marqués

peut-être par le poêle, puisqu'il était indispensable à l'intérêt de la pièce que le spectateur y pût entrer, elles ont été chercher un asile en Grèce, dans la ville d'Argos, d'où elles tirent leur origine. La première scène de la tragédie nous les montre, qui viennent de quitter leur vaisseau, et qui, retirées près d'un bois et d'une colline ornés de saintes images, adressent à ces divinités étrangères les prières les plus vives. Survient, à la tête d'homtnes ar-

ranporte Diodore (XI, 40), de cinq mille Péloponésiens {voyez plus

haut p. 83). Ce sont là des hypothèses ingénieuses, mais des hypothèses, et qui laissent libre de se régler pour le rang qu'il faut donner

aux Suppliantes, dans la c assification chronologique des pièces d'Eschyle, sur les caractères que présente cette tragédie, considérée comme œuvré dramatique. , , , , • *

1. Sans descendre aux facéties des modernes, les anciens ont eu leurs Petites Danaïdes dans les Danaïdes des [)oêles comiques Aristo-

jiiane et Diphile. Voyez Meineke, Fragm. corn. Grœc, t. 1 , p. 439; I, 1047; IV, 386. ^ . j »r . , • o i-

2. Diod. Sic, J, 27. — 3. Voyftz M. Boissonade, Nntul. m Supplie, V. 37, 119, 33G. Cf. 223. — 4. ApoUod., fîii;.'tof/i., Il, l.

ESCHYLE

mes, le souverain du pays, le roi des Pëlasges, Pélasgus *. Les Danaïdes se font reconnaître de lui comme la postérité de TArgieDue lo, et, à ce titre, réclament son assistance contre les persécuteurs auxquels el'es ont échappé et dont elles sont poursuivies. Pélasgus hésite : d'un côté, il craint de manquer aux devoirs sacrés de l'hospitalité ; de l'autre, il ne voudrait pas entraîner ses sujets dans une guerre dangereuse. Pour sortir d'embarras, il imagine de s'en remettre à leur décision. Par son ordre

donc, le vieux Danaùs porte à la ville les rameaux entourés de bandelettes, symboles sacrés du malheur suppliant, qui viennent de lui être présentés ; lui-même annonce qu'il va se rendre à rassemblée pour appuyer de ses prières les prières du vieillard, et prenant congé des

Danaïdes, il les laisse dans le bois sacré sous la garde des dieux. Elles ne tardent point à apprendre de leur père que le peuple d'Argos les accepte comme hôtes et embrasse leur cause. Cependant, au milieu de leurs transports de joie, Danaus a aperçu, de la colline où il était monté, un vaisseau qui aborde, et d'où sort une troupe

dTgyptiens. Il quitte de nouveau ses filles, qui feraient prudemment de le suivre, et s'en excusent assez mal sur

Paccablement où les a jetées la crainte*, pour leur aller chercher, à Argos, des défenseurs. Quoiqu'elles le retiennent et qu'il s'arrêle lui-même sur la scène plus longtemps que ne le permet une situation si critique, il prévient

à temps Pélasgus, qui accourt délivrer les suppliantes au moment où, sans respect pour le bois sacré qui leur sert d'asile, pour les statues des dieux auxquelles elles s'attachent, les Égyptiens vont les entraîner vers le rivage. Entre

le roi des Pélasges et le héraut des fils d'Égyptus s'engage une dispute violente, bientôt suivie d'une déclaration de guerre; et la pièce se termine par des chants, où le chœur exprime à la fois sa reconnaissaiace pour la générosité de Pélasgus et ses craintes sur l'issiie de la lutte qui va commencer.

1. Apollodore, Biblioth., II, i, et Pausanias, Corinlh., xvi, le nomment Gèlanor. — 2. Y. 737 sqq.

LES SUPPLIANTES

Ce qu'il y a d^équivoqua dans un tel dénoûment, mêlé, tout heureux qu'il est, de pressentiments sinistres, semble indiquer que l'ouvrage était suivi d'une autre pièce ou même de deux, où on voyait, à la suite d'événements qu'il n'est guère possible de restituer avec certitude *, mais qui peut-être plaçaient Danaus sur le trône d'Argos et le forçaient de traiter avec les fils d'Égyptus, le mariage sanglant de ces derniers, la généreuse désobéissance et les cruelles épreuves d'Hypermnestre. Et en effet, au nombre des pièces perdues d'Eschyle, se trouve une tragédie des Danaïdes^ qui n'était pas, quoi

qu'en ait dit Strabon*, la même que les Suppliantes, qui

avait au contraire pour objet de continuer, d'achever

leur histoire laissée incomplète. Les fragments qui s'en

sont conservés le prouvent. LW semble avoir appartenu à un récit de la vengeance exercée par les filles de Danaiis sur leurs époux, dans la nuit même des noces;

l'autre* est composé de quelques beaux vers, où Vénus célèbre elle-même l'empire qu'elle exerce sur la nature ^

« Amant divin, le ciel, de ses pures eaux, veut pénétrer le sein de la terre; un môme amour presse la terre d'accomplir

cet hymen. La pluie céleste, tombant sur le sol, la féconde, et

il enfante pour les hommes les fruits de Cérès, pour les troupeaux l'herbe nourricière; et les arbres, sous l'humide embrasscment, développent leur verdure nouvelle. Tout cela, c'est moi qui en suis la cause. »

Ce second fragment n'est pas lui-même sans rapport avec le sujet d'une pièce dans laquelle une passion brutalement assouvie trouvait un châtiment cruel, dans

1. Apolîod., Bibliothj II, i; Hyg., Fab., 168; schol. Hom. adlCiad.^ I, 4î; Pind. ad Nem., X, 10; schol. iEschyl., ad Prometh., 878; Euripid. ad Htc, 870, Orest., 860; Serv. ad jEn.y X, 497, etc.

2. V, 2. God. Herinann corrigeant ce texte [de/Eschyli Danaîdibus; Opusc.j t. II, p. :]31) , au lieu de « comme dit iEschyle dans les Suppliantes ou les Danaïdes, • lit « et les Danaïdes. »

3. Schol. Pind., Pyth., III, 27. — 4. Athen., Deipn.,xm, — 5. Cl. Euripid., Hippolyt., 448, Œdip. Chrysipp., fragm. xvu, vu; Lucret., de Nat. rer.j I, 251; Virg., Ccorg., II, 324.

ESCHYLE

laquelle aussi une surprise de l'amour rendait, par

le changement soudain d'une dçs complices, cet attentat incomplet; il paraît, de plus, s'accorder avec ce que dit Pausanias * d'une statue que consacra à Vénus Nicéphore Hypermnestre, sauvée du châtiment dont la menaçait son père, par les suffrages de ses

juges, les Argiens. Je dirai toutefois que cette intervention de Vénus et les vers qu'elle prononce ont semblé rappeler les prologues et les dénoûments à machine d'Euripide, et qu'on y a vu une raison d'accorder

quelque attention au témoignage d'Eustathe*, qui attribue le second fragment des Danaïdes, non pa?, comme

Athénée, au grand Eschyle, mais à un pcêle alexandrin

du même nom •. S'il était vrai, comme i*a ingénieusement

conjecturé W. Schlegel, qu'une autre pièce, également perdue, de notre auteur, les Égyptiens''^ eût représenté

les filles de Danaûs forcées, pour éc'iapper à un hymen

détesté, de s'exiler de TÉgypte, les Suppliantes auraient occupé le milieu d'une trilogie*, et il serait plus facile de

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