‹ Études sur les vases peintsChapitre 20 sur 72 · Élite des monuments céramographiques, t. Ilf, pi. XLIV · texte numérisé non relu

Élite des monuments céramographiques, t. Ilf, pi. XLIV

que le vase lui-même. Les ornements dorés se trouvent sur des vases de la belle époque, et même sur quelques vases dont le style annonce déjà le déclin de Tart. On remarque cette richesse d'ornementation sur des poteries de très-petite dimension et de fabrique athéniennes sur des vases trouvés en Grimée', et dans la Gyrénaïque, sur quelques vases de Ruvo. Je cite ici trois délicieux aryballes : le premier, trouvé à Nola, autrefois de la collection Durand, où l'on voit Bacchus Indien, ou plutôt le roi Midas, monté sur un dromadaire et accompagné d'un brillant cortège'; le second, tiré d'un tombeau des environs d'Athènes, est décoré d'un tableau où Vénus, accompagnée de plusieurs divinités allégoriques, prépare une cage pour l'Amour^; le troisième enfin, découvert dans la Grande-Grèce, montre Eudaemonia, la déesse infernale, sous le plus riant aspect, et entourée de plusieurs de ses compagnes, qui reçoit le jeune Polyétès ».

Parmi les vases enrichis de dorures, il faut aussi mentionner plusieurs des coupes à fond blanc dont j'ai parlé plus haut, surtout celle où Ton voit Achille et Penthésilée, et celle où est représentée Anésidora entre Minerve et Vulcain, et enfin une magnifique cylix encore inédite à figures rouges sur fond noir, de la collection de M. le duc de Blacas, et qui est ornée d'une grande scène de bacchanale. Un des monuments les plus remarquables où les figures rouges sont relevées par l'or qui s'harmonise avec des couleurs vives, le vert, le rouge et le blanc, est l'amphore, ou pélikéy trouvée par M. Salzman dans un tombeau de Gamiros, dans l'Ile de Rhodes. On y a représenté le sujet, si souvent traité et reproduit par les artistes grecs, de Pelée et Thétis •.

1. Stackelberg, Die Gràber der Hellenen, pi. XVII et XXVIL Berlin, 4837, in-folio. — Éiile des monuments céramographiqites, t, I, pi. XCYIf. -t- Millingen, .Ancient tmed. tnonum.j 1. 1, pi. A, 4.

%. Antiquités du Bosphore Cimmérien, pi. LX. Saint-Pétersbourg, 4854, infolio.

3. Monuments inédits de l'Institut archéologique, t. I, pi. L. — Arch. Zeitung, 4844, pi. XXIV. — Cf. mon Cotai, Durand, n« 97. — Ce charmant vase appartient à M. le duc de Hamilton.

4. Siackelberg, Die Gràber der Hellenen, pi. XXIX. — Élite des monuments céramographiques, t. IV, pi. LXII. — Au Musée Britannique.

5. Ce vase, publié d*abord par M. Jules Minervini (Illustrazione di un antico vaso di Ruvo, Napoli, 4845, in-4*), a été reproduit dans le quatrième volume de Y Élite des monuments céramographiques, pi. LXXXIV.

6. Voir, pour les vases enrichis de dorures, un article que je viens de publier dans je Revue archéologique, janvier 4863, p. 4 et suiv.

Quant à Texécution des peintures, il est impossible d'admettre qu'on se soit servi de poncis ou de calques, ainsi qu'on l'a supposé. Pour cela on aurait dû trouver des répétitions fréquentes des mêmes sujets, des mêmes figures, vu la grande quantité de vases que l'on connaît. Or, on ne rencontre que de loin en loin des compositions parfaitement identiques, et en général pour des vases d'un travail peu soigné; encore, la plupart du temps, si l'ensemble d'une scène présente des dispositions semblables, il y a des différences dans les détails. Il est toutefois probable que dans les ateliers il y avait des modèles pour les sujets qui devaient se répéter fréquemment. On les imitait avec plus ou moins de liberté, et souvent d'après l'espace dont on pouvait disposer. De là vient que, quoique pareils dans l'ensemble, ils diffèrent cependant dans les détails. On ajoutait des figures accessoires, on en retranchait, on modifiait une composition selon les besoins du moment. Mais comment étaient faits les modèles destinés aux artistes qui peignaient les vases? On l'ignore complètement, les anciens n'ayant pas connu le papier, et par conséquent n'ayant pas eu les moyens dont disposent les artistes de nos jours pour multiplier, autant qu'ils le désirent, les croquis et les dessins.

11 est tout naturel que dans la fabrication des vases on n'ait employé qu'exceptionnellement des artistes de talent, et l'on se tromperait fort si l'on s'attendait à autre chose qu'à des produits d'ouvriers ou artisans d'un certain mérite et d'une certaine habileté. Dans l'antiquité, il n'y avait pas une séparation aussi tranchée entre l'artiste et l'artisan, entre l'art et le métier, telle qu'elle existe aujourd'hui. On regardait comme une condition essentielle et indispensable dans les arts plastiques la perfection des procédés matériels et mécaniques. Nulle part ailleurs peut-être cette action réciproque de l'art et du métier ne se fait mieux sentir que dans la fabrication des vases peints. Il seirait difficile de distinguer ce qui, dans ces peintures, appartient à l'invention. La plupart du temps, les compositions sont tellement bornées et disposées pour l'espace qu'on dirait qu'elles ont été faites pour lui, tandis que d'autres peintures prouvent au contraire qu'elles ont été prises de compositions plus étendues ou de sujets auxquels on a donné plus de développement en y ajoutant

des personnages accessoires. Il faut une grande habitude pour s'apercevoir de ces dispositions rendues nécessaires par l'espace qu'on voulait décorer; les plus habiles archéologues se laissent quelquefois abuser par des apparences trompeuses. On a supposé que les peintres des vases nous avaient transmis des copies d'œuvres d'art célèbres ; il est possible que dans le nombre il se trouve quelques copies de ce genre, mais la grande quantité et la variété de ces peintures ne permettent pas de croire que toutes dérivent de quelque composition de renom. Nous n'avons donc dans les vases peints, à quelques exceptions près, que des œuvres d*arl d'un mérite secondaire ; mais ces productions, quoique pour la plupart conçues et exécutées par des artistes inférieurs ou des artisans, ne montrent pas moins le grand développement des arts chez un peuple doué au plus haut degré de sentiments poétiques. Sans ces peintures, on ne se doutersdt guère de l'activité, de la vie qui régnaient dans les arts chez les Grecs.

Maintenant, « prétendre fixer une nomenclature exacte, en distinguant à coup sûr les pays et les époques, serait une témérité véritable, » comme l'a dit avec tant de raison M. le duc de Luynes^ Cependant il existe des règles pour tout homme qui a un œil exercé, et aujourd'hui on peut poser des limites, établir une certaine classification et distinguer des groupes; on peut fixer l'âge du plus grand nombre des vases, soit par le style des peintures, soit par les couleurs employées, soit encore par le degré de cuisson de l'argile. On arrive même à reconnaître les fabriques propres à certains pays par des signes dont nous aurons occasion de parler. Ensuite, il reste bien des points obscurs et bien des problèmes que la science n'est pas encore parvenue à résoudre. Ces réserves faites, il est permis de tenter un ordre de classification méthodique que des découvertes nouvelles peuvent modifier, mais non entièrement détruire.

Les plus anciens vases n'avaient pas de peintures; ils étaient faits de terre et sans couverte. Il est vrai qu'à toutes les époques on a fiEdl)riqué des vases sans ornements destinés aux usages domestiques, et il faut

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