‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 31 sur 175 · DE LA JALOUSIE · texte numérisé non relu

DE LA JALOUSIE

Il n'y a rien de plus redoutable, en ménage, que la jalousie d'une femme ; et, contre un pareil mal, il n'est guère de remède qui vaille que la fuite ou la souffrance. Mais encore semble-t-il douteux qu'on ne doive échouer dans l'emploi de Tun comme deTautre de ces moyens, dont la pratique est, à vrai dire, une chose

assez peu facile; car une femme jalouse est capable, non seulement de lasser la patience du mari le plus tolérant et le plus débonnaire, mais même, s'il en venait à ne plus voir et à ne plus chercher de chance de salut que dans la fuite , de le poursuivre de ses cris et de ses fureurs de Fun à l'autre bout de l'univers; tant cette passion , lorsqu'elle s'est une fois emparée de ces pauvres âmes sans vigueur et sans consistance , leur fait comme un principe de vie ou de mort, de ne se nourrir plus désormais que de troubles et de tempêtes,

— La jalousie corrompt, chez une femme qu'elle vient à déchaîner contre son mari, jusqu'aux dons les plus heureux de la nature. C'est un mal qui, transformant pour elle en objets de haine les qualités les plus dignes de son affection, et s'irritant sans cesse, par la contrainte qu'elle sïmpose de couvrir du prétexte de la bienveillance les accès de son humeur chagrine et insociable, puise chaque jour de nouveaux aliments aux sources mêmes où devrait s'en trouver le préservatif ou la guérison.

Page 1