CHAPITRE I
DE l'Éducation.
La nature exerce sur nous une grande influence; mais, les traces n'en sont pas si profondes, qu'elles ne doivent s'effacer et se perdre sous les formes nouvelles que nous fait prendre Téducation.
— Il n'y a point de nature si vicieuse , où un maître expérimenté ne puisse découvrir quelque côté maniable et contournable : mettez un cheval rétif et poussif entre les mains d'un habile écuyer, toujours il en saura tirer plus ou moins de service.
— C'est peu que l'éducation ne nous fasse ph^es ; il faut surtout qu'elle nous rende meilleurs.
Lès inclinations du jeune âge sont une chose trompeuse et difficile à bien saisir. Aussi, n'a-t-on rien de mieux à faire , dans le doute oii l'on se trouve de
ce qui doit leur être le plus propre , que d'acheminer les enfants à ce qui peut leur devenir un jour et le plus utile et le plus honorable.
— On demandait à Agésilas ce qu'il était d'avis que les enfants apprissent : « Cela qu'ils devront faire , répondit-il, lorsqu'un jour ils seront hommes. »
La colère et la violence, et tous les châtiments que la raison ne rend pas indispensables; doivent être irrévocablement bannis de tout bon plan d'éducation. Et Ton parvient peut-être mieux à discipliner la jeunesse par l'attrait du plaisir, que par la force et la contrainte.
— Ce n'est que dans le cas extrême où la raison se trouve à bout de champ, qu'il semble permis de recourir aux peines corporelles, pour ramener à de meilleures inclinations les mauvais disciples ; comme on emploie le feu et la force des coins pour redresser les courbures d'un bois difforme et rebelle.
La loi, dans un État sagement administré, devrait, au lieu d'abandonner indiscrètement l'enfance à la merci de parents injustes et barbares, pourvoir au contraire à tous les soins de son éducation ; et pren-