SUR LES ÉROSIONS ET REFOULEMENTS QUI LA RÉVÈLENT
Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, la force érosive des gaz croît très-rapidement avec leur pression et leur température; car les gaz de la dynamite, de la nitroglycérine et du fulmico ton, produisent des effets beaucoup plus intenses que ceux de la poudre, quoiqu'ils agissent pendant un temps incomparablement plus court.
Comme on l'a vu, aux phénomènes purement mécaniques s'ajoutent toujours des effets calorifiques et souvent des actions chimiques.
Les uns et les autres acquièrent une énergie surprenante lorsque les gaz, au lieu de tourbillonner dans un espace clos de toutes parts, sont violemment projetés dans une direction déterminée, par exemple, lorsqu'ils s'échappent par une û^ sure étroite. C'est ce qu'on a constaté spécialement pour les gaz de la poudre, qui, malgré l'infériorité de la tension
PUISSâKCE mécanique des GâZ. GC7
comparée à ceux de la dynamite, ont cependant, en agissant sur l'acier, instantanément fondu, pulvérisé et sulfuré ce métal.
Dans le cas d'un tel écoulement, le métal soutire la chaleur que toutes les particules gazeuses, qui se succèdent à sa surface avec une extrême vitesse, y accumulent malgré la détente qu'elles subissent déjà. En même temps, par une sorte de multiplication analogue, il arrête chimiquement et condense sur lui les molécules pour lesquelles il a de l'affinité, et c'est ainsi qu'en présence des gaz de la poudre la production de sulfure de fer est si abondante.
En ce qui concerne la partie mécanique du phénomène, on a vu que les cupules, excavées par les gaz de la dynamite, surtout quand elles sont profondes, présentent souvent, sur une partie de leur périphérie, un rebord ou bourrelet, en forme de bavure, qui fait saillie de 1 à 2 millimètres sur la surface générale. Ainsi, les gaz n'ont pas seulement produit des érosions, ils ont aussi arraché et refoulé le métal. L'aspect de la bavure, terminée par une crête anguleuse, aiguë et dentelée (fig. 234 et 235), ne s'expliquerait pas dans la supposition que le fer, en présence d'une très haute température, se serait ramolli. Pour produire son analogue, il faut avoir recours à l'action d'un poinçon d'acier, poussé énergiquement par une pression ou mieux encore par un choc. C'est d'ailleurs ce qui se voit journellement dans tous les ateliers où l'on travaille les métaux durs, au moyen du poinçon. Pour que la comparaison fût complète, il faudrait mettre en jeu des poinçons à tête hémisphérique, comme les innombrables empreintes gravées dans le fond des cupules. Ces cupules à rebords saillants ressemblent aussi, pour la forme et à la dimension près, au logement à* un projectile lancé par un canon dans une plaque de plomb, ou même dans une plaque de blindage.
608 CUPULES CARAGTËRISnQUES DES MÉTÉORITES.
n semblerait qu'à ce premier instant, qui précède, comme on Ta vu, les eiTets de fracture, cependant si subits, les gaz sont si fortement comprimés, qu'ils se comportent comme des corps momentanément solides, qui posséderaient une forte cohérence et une dureté assez considérable pour entamer le fer.
C'est à de telles conclusions, tout extraordinaires qu'elles paraissent pour des gaz travaillant à Tair libre, qu'on est amené invinciblement, par l'examen attentif des formes expressives qu'ils ont excavées. Ces représentations, caractéristiques et durables des mouvements gyratoires, des tourbillons, dont ces corps étaient animés, se sont gravées elle^ mêmes et en quelque sorte enregistrées sur des masses d'acier ou d'argile, à la manière de ce qui arrive, pour d'autres phénomènes, dans certaines expériences démonstratives de mécanique et de physique.
De très fortes pressions modifient donc singulièrement les caractères que l'on avait crus autrefois essentiels aux trois états solide, liquide et gazeux. Tandis qu'elles forcent les corps solides à s'écouler comme des liquides, elles font agir les gaz à la manière de corps solides et incompressibles, effaçant ainsi des démarcations consacrées par l'usage et montrant la continuité , ou mieux l'unité réelle d'action pour les divers états de la matière.